Août 2005: Katrina se déchaîne à la Nouvelle – Orleans

1 11 2008

Des photos sur ce site allemand:

http://www.stern.de/politik/panorama/544856.html

Un article du monde – 03/09/2005 – sur les conséquences sociales de  Katrina (sera étudié en classe)

Katrina révèle les fractures sociales du pays

Les Américains ont assisté avec consternation à cette nouvelle démonstration de la vulnérabilité de leur superpuissance. En août 2003, le nord-est du pays avait souffert d’une panne généralisée d’électricité. Cette fois, c’est une ville entière qui est livrée à elle-même, « convertie en cité du tiers-monde », comme l’a dit Chris Matthews sur la chaîne MSNBC.

Les images de réfugiés marchant avec leur baluchon, de cadavres étendus sur le macadam que personne ne ramasse, ont sidéré dans le reste du pays, même si on a moins été surpris qu’à l’étranger de voir une majorité de Noirs parmi les victimes en détresse sur les toits ou les ponts. La Nouvelle-Orléans est une ville noire, à 67 %. Et à 30 % elle vit sous le seuil de pauvreté.

« Je ne pense pas avoir jamais entendu le terme «réfugiés˜ appliqué à des Américains », note Juliette Kayyem, chercheuse en sécurité internationale à Harvard, sur le blog America Abroad. « Depuis le 11 septembre 2001, les lignes entre politique intérieure et extérieure se sont brouillées », répond Lee Feinstein, du Council on Foreign Relations sur le même site.

Sur son îlot encerclé du Convention Center, une habitante de La Nouvelle-Orléans ne dit pas autre chose : « Ce n’est pas l’Amérique. » Elle attend depuis trois jours. Sa mère malade est assise par terre. La rapidité de la détérioration des rapports sociaux a été telle qu’on se tire dessus pour monter dans les bus destinés à l’évacuation. « Ce n’est pas l’Amérique », répète-t-elle.

Dans le New York Times, le chroniqueur David Brooks évoque déjà la tempête – politique – qui suit souvent les désastres naturels. « Regardez bien les gens que vous voyez errer dans La Nouvelle-Orléans : ils sont en majorité noirs et pauvres », remarque-t-il. Il rappelle l’exemple de la grande crue du Mississippi en 1927. Le désastre a révélé la cruauté des rapports raciaux. « Les Noirs ont été détenus dans des camps de travail », écrit David Brooks, pendant que les responsables de la municipalité « inondaient intentionnellement les quartiers pauvres » pour réduire la pression sur la ville. « Dans tout le pays, la population a commencé à réclamer que le gouvernement fasse quelque chose contre les désastres naturels. » Cela a été le prélude au New Deal de Roosevelt. Pour les Noirs, c’est une blessure qui s’est réveillée.

Le révérend Jesse Jackson a pris la direction de la Louisiane avec des autocars, puisque personne ne parvenait à sauver les populations retenues au Superdôme. Les leaders de la communauté mettent en cause l’Etat fédéral et le peu d’attention que celui-ci porte aux villes où les Noirs sont majoritaires.

« Le 11-Septembre a montré le pouvoir d’une nation unie en réponse à une attaque dévastatrice, écrit le professeur Mark Naison, de la Fordham University du Bronx. Le cyclone Katrina révèle la ligne d’une région et d’une nation, divisée par de profondes disparités sociales. »

Les autorités se sont refusé à polémiquer sur le fait que des dizaines de milliers d’habitants n’ont pas écouté les conseils de prudence et qu’ils ont ignoré l’ordre d’évacuation. « On ne savait pas où aller. On n’avait pas d’argent. La paie ne devait arriver que ce vendredi », a expliqué une réfugiée à la télévision.

Pour Spencer Crew, un responsable de Cincinnati, cité par le New York Times, l’ouragan va forcer les Américains à regarder les inégalités en face. Elles se font oublier, derrière la consommation de masse, mais elles ne disparaissent pas, comme le montrent les statistiques qui viennent d’être publiées sur l’augmentation régulière de la pauvreté depuis quatre ans. « Là, on ne peut pas faire comme si on n’avait rien vu, relève M. Crew. Les victimes du cyclone sont ceux qui étaient le moins à même de sauter dans une voiture et de s’enfuir. »

Le New York Times renvoie la responsabilité à la classe politique tout entière. Tout le monde savait que les digues étaient insuffisantes. « Des journaux locaux jusqu’au National Geographic », les mises en garde n’ont pas manqué. Le quotidien demande pourquoi les promoteurs immobiliers ont eu l’autorisation de détruire les îlots qui font barrière le long de la côte. Et pourquoi le Congrès s’est permis de couper les crédits destinés à la protection des digues. Un article du Times-Picayune de juin 2004 a fait le tour des blogs et des cercles de réflexion. C’est une interview de l’ingénieur des digues qui se plaint des coupes budgétaires. On y apprend qu’elles sont dues à la guerre en Irak et au financement de la lutte antiterroriste.

Corine Lesnes



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