Armistice de 1918 : comment croire en la paix ?

L’armistice de 1918 a été signé le 11 novembre à 5 h 15. Il marque la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la capitulation de l’Allemagne. Le cessez-le-feu est effectif à 11h précises. Les généraux allemands et alliés se réunirent dans un wagon-restaurant aménagé du maréchal Foch, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Plus tard en 1919, à Versailles, ils y signeront le traité de Versailles.

Une telle nouvelle entraîna dans l’ensemble du pays des volées de cloches et des sonneries de clairons annonçant la fin d’une guerre. Une guerre qui aura laissé plus de huit millions de morts et six millions d’invalides ou de mutilés. Quand on sait l’horreur et la terreur dans laquelle les soldats ont vécu durant quatre longues années, on imagine mal aujourd’hui comment ils ont pu croire, vraiment, que la guerre était finie…

Lazare PONTICELLI fut le dernier survivant français (décédé le 12 mars 2008, à l’âge de 111 ans). Né italien, doyen des Légionnaires puis résistant, gravement blessé, il fut décoré avant la fin de la guerre. Puis, il dut remonter en ligne au cours de l’année 1918. Il se souvenait qu’alors que son « bataillon se préparait à monter à l’attaque, on a appris la signature de l’armistice. Fallait voir ça ! C’était incroyable ! On s’est embrassés, Italiens et Autrichiens ensemble. Nous étions fous de joie ! » A chaque fois que la question lui était posée, il s’y revoyait et souriait en silence.

Léon WEIL, décédé le 6 juin 2006 à l’âge de 109 ans, était lui aussi l’un des derniers combattants survivants, acteur et témoin de la Grande guerre. Son témoignage avait été précisuement recueilli par Benoît HOPQUIN, journaliste du quotidien « Le Monde », le 14 novembre 2005. A cette occasion, il déclara « Un gradé est passé dans les tranchées et j’ai levé la main. Trois jours après, on m’a dit : tu pars dans les tanks, en formation, à Orléans. Je n’y croyais pas et le capitaine m’a dit : « Si, Weil tu t’en vas ! » C’est comme cela que j’ai quitté le front. » Léon WEIL appris donc la fin des combats et la signature de l’Armistice du 11 novembre  à Orléans, chez les tankistes, au camp militaire de Sercotte. S’il eut la chance de ne pas être blessé durant la guerre, il y a perdu deux frères au combat, Maxime et Désiré.

Pour mieux comprendre la manière dont cet armistice a été vécu de « l’arrière », là où les civils survivaient tant bien que mal, de moins en moins à l’écart des terribles combats et surtout bombardements, il faut se reporter à des témoignages d’autres militaires alors en période de convalescence. Ce fut le cas de Tony DE VIBRAYE, officier au 1er Régiment de Cuirassiers. A l’époque, il se trouvait à Paris, le 11 Novembre 1918 précisément…

« Je me trouve être à Paris le matin de l’Armistice. A onze heures, toutes les cloches se mettent à sonner ; le spectacle de la ville, à ce moment, est inoubliable. Un enthousiasme indescriptible s’empare spontanément de la foule sur les Grands Boulevards et la place de l’Opéra où, par chance, je passe à cet instant unique : tout le monde se met à chanter ou à hurler, d’un seul élan, la Marseillaise.

L’écho de milliers de voix s’est, en une seconde, substitué au vacarme habituel de ce quartier. Le chant s’amplifie d’ailleurs d’instant en instant ; le traffic s’arrête, la rue est à la foule et celle-ci, toute à sa grande liesse, à cette minute, vraiment sincère et unanime. Sans fin, les couplets de l’hymne national sont repris par un groupe puis par un autre. C’est poignant : les larmes montent aux yeux de combien d’entre nous !…
Je vois une femme vieille et ridée qui cherche à fuir dans une rue latérale. Son visage est bouleversé : de ses pauvres mains, cripées sur son tablier, elle ne parvient pas à étouffer ses sanglots. Je la suis des yeux : à bout de forces, sans doute, elle s’arrête dans un coin de porte et s’écroule… Contraste affreux !…
« 

Cette guerre immonde était finie.

C’était la « der des ders »…

A la mémoire d’Hubert BELVERGE,
soldat à Verdun, mon arrière grand père.

Pour en savoir plus :

– le Blog Les poilus se souviennent

– article du Figaro sur Lazare, le dernier des poilus

– témoignage de Lazare, par la classe de Première S4

– le témoignage de Léon WEIL (intégralité) par Benoît HOPQUIN

– Il y a 90 ans, l’armistice du 11 novembre 1918, synthèse de France 3

– regards croisés (franco-allemand) sur la grande Guerre

– un article où l’un des hommes du 415e régiment d’infanterie demande au général Boichut, commandant de la 163e division d’infanterie: « C’est y vrai mon général que c’est la paix? » sur le site de JDD.fr

  4 comments for “Armistice de 1918 : comment croire en la paix ?

  1. 12 novembre 2008 at 15:40

    J’ai aimé le documentaire passé sur France 2 hier soir, un bon rappel de mes cours de Première… Orienté sur les émotions et la vie des soldats, ce documentaire était souvent bouleversant. Le travail de colorisation opéré sur les images d’archives est vraiment incroyable !

  2. 12 novembre 2008 at 16:29

    Tout à fait d’accord avec toi : un grand moment de télévision et de mémoire. Bel hommage…

  3. Anne-Laure RIVIERRE (3eme C)
    27 novembre 2008 at 19:26

    Pourquoi cette guerre ne fut-elle pas la dernière ? Pourquoi après 1945, sachant les milliers de morts que la folie nazie a causé, certaines personnes s’obstinent-elles à croire encore aux idéaux nazis ? Vous me direz qu’on a tous une part de malveillance en nous mais… Comment faire pour que cela cesse une bonne fois pour toutes ?

  4. 28 novembre 2008 at 01:05

    Je serai tellement soulagé de pouvoir t’apporter une réponse. Hélas, je n’en ai pas… Parfois les silences sont plus cruels que de longs discours.

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