Pourquoi fuir l’Afrique ?

EPOQUE EPIQUE
Pourquoi fuir l’Afrique ?

A l’occasion d’une séquence d’introduction sur l’Afrique, en classe de 5ème, j’ai eu l’occasion de faire le bilan d’un peu toutes les idées reçues des élèves sur ce grand continent. Après l’évocation du désert, des animaux sauvages et des populations noires, la pauvreté s’est rapidement invitée parmi les représentations. Je ne pouvais hélas que confirmer cette réalité : ce continent est aussi pauvre qu’il est dynamique et porteur d’espoirs dans certaines de ses composantes – d’aucun se chargera de nous le rappeler à l’occasion de la prochaine coupe du monde de football qui se tiendra en Afrique du sud. Répondant à quelques questions, énumérant quelques chiffres pour étayer mon raisonnement, la petite voix de Juliette L. s’est soudain imposée pour me demander. « Monsieur, s’ils sont si malheureux, qu’ils viennent en Europe, et on n’en parlera plus ! »

Cette belle et non moins spontanée générosité m’a tout d’abord fait marquer un temps d’arrêt. J’avais déjà brossé un tableau si noir de la situation, que je n’avais pas envie d’en rajouter – surtout face à un raisonnement si logique et si porteur d’espoirs pour son auteur… Je n’ai donc pas osé briser d’un seul coup ce rêve illusoire – pour ne pas dire naïf – mais « heureusement » encore récurrent à cet âge où l’on ose encore croire que tout est possible.

J’ai montré à Juliette les places restées vides dans la rangée qui était à sa droite. Je lui en ais vanté les mérites (on voit mieux le tableau, l’éclairage est meilleur, je leur donnerai des Bonus, etc…) et demandé si elle avait envie de changer de place – puisque ce jour là elle était seule à sa table. Bien évidemment, elle a voulu engager cette migration salvatrice ! Seulement, quand j’ai expliqué à ceux de l’autre rangée qu’ils allaient devoir partager leur Bonus et moins s‘étaler sur leur table, ils se sont presque tous opposés à ce changement.

Ce n’était pas un piège et encore moins du prosélytisme. C’était juste l’explication simple et pratique que partager, ce n’était pas simple au quotidien. Alors quand il s’agit d’accepter que les plus démunis viennent vivre avec nous, c’est encore moins évident. Je suis un peu triste Juliette, de ne pas avoir pu d’apporter d’autre réponse. Mais la réalité est encore plus sombre que celle que tu as cru découvrir ce jour là…

Bruno SENTIER

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