Nous vous proposons quelques éléments de correction. Sachez qu’il n’y a pas qu’une solution possible: différents plans pourraient convenir.
Quelques remarques sur le sujet: les documents concernent la question classique des relations entre les générations. Mais ils examinent cette question du point de vue de la transmission des valeurs culturelles. Les documents étaient de nature différente: deux textes argumentatifs (le document 2 étant plus objectif que le document 3), un texte littéraire et un dessin de presse. Les bonnes synthèses seront celles qui exploitent suffisamment le dessin, qui proposent un plan pertinent et qui parviennent à faire dialoguer les documents entre eux.
Le document 1, extrait d’une pièce de théâtre, présente la difficulté inhérente à tout texte littéraire. En effet, dans ce type de texte, tout n’est pas écrit « noir sur blanc ». Il faut réfléchir pour dégager le maximum d’idées et interpréter, c’est-à-dire mettre à jour l’implicite du texte (les réponses laconiques du fils, l’attitude du père, la façon dont il parle à son fils…). L’idée centrale du texte est que l’art est un moyen de réunir les différentes générations.
Le document 2 est riche en idées, et contient quelques passages difficiles: par exemple: « Les nouvelles générations corrigeront quelque peu le tir pour éviter l’implosion et feront d' »ensemble » et de « concrètement » leurs mots de référence ». Ce texte explique les raisons de l’échec de la transmission des valeurs chez les jeunes.
Le document 3, plus court, souligne l’importance de l’héritage culturel et indique ce qui rend difficile sa transmission (certains milieux sociaux auraient plus de difficultés à accéder à la culture).
Le document 4 est un dessin de presse de Plantu, qui nous montre le désintérêt des jeunes pour l’histoire de leur nation. Il fallait bien exploiter les éléments du dessin.
La problématique du dossier: Comment se transmettent les valeurs culturelles d’une génération à l’autre ? Il était possible de proposer une problématique plus générale, pour cibler ensuite la question des valeurs culturelles: qu’est-ce qui fait le lien entre les générations?
Le tableau de confrontation: il vous permet de composer rapidement votre plan sans oublier d’idées.
| Arguments | Document de référence (2) | Document 1 | Document 3 | Document 4 | Piste de réflexion |
| 1 | La transmission des valeurs culturelles est le fil qui relie les nouvelles générations aux précédentes. | Importance de faire l’expérience de l’art, pour découvrir de nouvelles émotions, devenir adulte, se connaître, donner du sens à son existence.
L’art comme moyen de partage entre le père et son fils. |
La culture élève l’individu au dessus de l’existence animale, le fait accéder à une dimension supérieure : l’Humanité ;
La culture nous permet de percevoir certains aspects du réel (« enchantement »). Sans culture (entendue comme culture transmise de génération en génération), pauvreté de l’expérience, amnésie, solitude, abandon. |
La commémoration des armistices est un symbole important dans une nation.
Les deux adolescents n’ont pas l’air très perspicaces, donnent l’impression d’être victimes de la société de consommation. |
Le rôle des valeurs culturelles (III) |
| 2 | Les jeunes n’acceptent pas ces valeurs transmises par les parents ; l’écart se creuse entre les jeunes et leurs parents. | Désintérêt du fils pour son devoir sur l’art. Communique très peu avec son père (« ok »).
Distance entre le père et le fils, symbolisée par la distance physique |
Ignorance de l’histoire par les deux adolescents, et désintérêt (ils sont dos tournés à la statut) | Le clivage entre les générations (I) | |
| 3 | Les jeunes veulent apprendre par eux-mêmes, et non par leurs parents, quitte à refaire les mêmes erreurs ; ils ne veulent rien leur devoir ; ils pensent être meilleurs moralement que leurs parents. . La nouvelle génération, créatrice de ses propres valeurs, n’a plus de raison de se révolter contre la précédente. | Le fils finit par accepter les conseils de son père. | Les jeunes héritent des capitaux symboliques de leurs parents : économiques, matériels, sociaux. | La statue du soldat est agenouillée, comme pour montrer la soumission au devoir | Autonomie des jeunes (I) |
| 4 | Emergence d’une contre-culture, qui renforce le clivage entre les générations.
Les jeunes sont pragmatiques et solidaires (cf. ils font « d’ « ensemble » et de « concrètement » leurs mots de référence). |
Culture américaine (fast food, tenue vestimentaire, Halloween) ; importance des nouvelles technologies (allusion au bogue). | La culture des jeunes (I) | ||
| 5 | La contre-culture devient culture de référence. Progrès non cumulatif, caractérisé par les ruptures, sources de nouveauté. | L’héritage culturel ne conditionne pas les individus, ne les prive pas de liberté, puisqu’il est constamment remanié. | Apparition de nouvelles traditions (Halloween). | Le destin de l’héritage (III) | |
| 6 | Raison : de cette rupture : un monde qui change ; les adultes ne sont plus des modèles pertinents pour les jeunes car en décalage avec la réalité. Renforcement de l’influence du groupe des pairs, au détriment de celle des parents. | L’art est intemporel. | La culture nous relie aux « morts », aux générations précédentes. | Les deux adolescents ne sont pas accompagnés d’adultes. | Les modèles des jeunes (II) |
| 7 | Raison : nouvelle éducation, fondée sur l’incitation à l’autonomie, et non sur la transmission de valeurs. Parents qui ne se sentent plus capables de transmettre, surtout qu’ils connaissent des ruptures tout au long de leur vie. Perte d’autorité des parents vis-à-vis de leurs enfants. | Père qui refuse l’autorité, donne des conseils, fait appel à la réflexion de son fils, veut qu’il s’approprie son expérience, adopte le langage de son fils (« ok »), lui propose d’utiliser l’informatique. | La transmission des valeurs culturelles est brouillée par celle d’autres valeurs (sociales). Conflit entre l’« héritage » et l’« hérédité ». | Les nouvelles façons d’éduquer (II) | |
| 8 | Raison : un contexte historique différent oppose parents et enfants (le chômage est chez les jeunes ce que la guerre était pour leurs parents). | Plus aucun intérêt pour les guerres. | Influence du contexte historique sur les relations entre les générations (II) |
Plan: le plan découle de la hiérarchisation des « pistes de réflexion ». Nous proposons ici un plan analytique du type constat – causes – perspectives (conséquences, solutions…).
I. L’écart entre les générations se creuse de plus en plus (constat):
1/ Un rupture de la transmission: (argument 2)
– Les jeunes n’acceptent plus les valeurs transmises par les parents (doc. 2). Exemple: Victor, le fils de Charlie, ne semble pas s’intéresser à l’art (doc. 1), les deux adolescents ignorent l’histoire de leur pays, tourne le dos au passé avec désinvolture (doc. 4)
– Ce clivage s’accentue (doc. 2).
– On observe un manque de communication entre parents et enfants: Victor répond de façon très laconique à son père. Le père regrette qu’ils ne passent pas davantage de moments ensemble. Distance entre le père et le fils (doc. 1).
2/ Apprendre par soi-même: (argument 3)
– Les jeunes préfèrent apprendre par eux-mêmes, quitte à refaire les mêmes erreurs que leurs parents. Ils pensent être au-dessus de leurs parents. Comme ils sont maîtres de leur destin, ils n’ont pas besoin de se révolter contre leurs parents (doc. 2). D’ailleurs, Victor ne semble pas révolté contre son père, dont il finit par accepter l’aide (doc. 1).
– A contrario, leurs parents acceptaient de soumettre, comme le symbolise l’attitude du soldat à genoux, obéissant à son devoir de patriote (doc. 4).
– Pourtant, les jeunes héritent de « capitaux symboliques », qu’ils le veuillent ou non (doc. 3).
3/ Une contre-culture: (argument 4)
– L’émergence d’une contre-culture renforce l’opposition entre les générations (doc. 2).
– Cette contre-culture manifeste des valeurs matérialistes, mais aussi la volonté de partager (doc. 2). Victor finit par accepter de passer un moment avec son père (doc. 1).
– Les deux adolescents du dessin ont adopté la culture américaine (hamburgers à la main, tenue sportive, évocation d’Halloween) et les nouvelles technologies (allusion au « bogue ») (doc. 4).
Transition: Comment expliquer ce clivage ?
II. Les causes de l’accentuation de ce clivage (causes):
1/ Les adultes ne peuvent plus être des modèles pour leurs enfants: (arguments 6, 8)
– Le monde évolue très vite, et donc les jeunes y sont mieux adaptés que leurs parents (doc. 2).
– Outre les mutations très rapides du monde actuel, les contextes historiques sont totalement différents: le chômage est le fléau des jeunes, la guerre celle de leurs parents (doc. 2). La preuve: les deux jeunes n’ont plus aucun intérêt pour les histoires de guerre (doc. 4).
– Au contraire, l’art est intemporel (doc. 1) et n’intéresse donc pas les jeunes. La culture nous met davantage au contact des morts que des vivants (doc. 3).
– Les pairs remplacent les pères (doc. 2), comme le montrent les deux jeunes du dessin, qui ne sont pas accompagnés d’adultes (doc. 4).
– Il y a d’autres valeurs qui empêchent la transmission des valeurs culturelles, comme l’appartenance à un milieu social déterminé (doc. 3).
2/ Les parents ne veulent plus être des modèles à suivre: (argument 7)
– La façon d’éduquer les jeunes a beaucoup changé. Les parents amènent leurs enfants à prendre des décisions eux-mêmes (doc. 2). D’ailleurs, Charlie refuse de donner des ordres à son fils, mais essaye de leur convaincre. Il est davantage dans la négociation que dans l’autorité (il adopte le langage de son fils, lui propose une activité sur ordinateur et non sur papier) (doc. 1).
– La raison pour laquelle les parents préfèrent inciter leurs enfants à l’autonomie plutôt que de leur dicter leur conduite est qu’ils savent que le monde est précaire, et que ce qui était pertinent hier ne le sera pas demain (doc. 2).
Transition: Peut-on résorber cet écart?
III. La culture, moyen de réconcilier les générations (perspectives):
1/ L’importance de la transmission des valeurs culturelles: (argument 1)
– La culture relie les générations (doc. 2). Elle nous rattache à l’ensemble de l’Humanité, y compris les morts. Celui qui n’est pas cultivé est orphelin (doc. 3). L’art permet au père et au fils de partager un moment ensemble (doc. 1). La commémoration des événements permet de souder la nation, d’où l’importance des monuments aux morts (doc. 4).
– La culture permet aussi d’enrichir l’expérience, de ne pas mener une simple existence animale (doc. 3). Charlie explique à son fils qu’au musée, il éprouvera de nouvelles sensations (doc. 1). Enfin, les deux adolescents du dessin sont un contre-modèle: ils n’ont aucune curiosité intellectuelle, préfèrent manger un hamburger que de s’intéresser à l’histoire, vivent dans l’instant (ils ne pensent qu’aux événements immédiats) (doc. 4). On dirait qu’ils ont perdu la mémoire, qu’ils sont amnésiques. Ils ne sont pas touchés par la statue (doc. 3).
– La connaissance de ce qui nous précède nous permet de nous connaître, de mûrir, et surtout, de donner du sens à notre existence (doc. 1).
2/ La transmission des valeurs culturelles n’est pas un frein à l’innovation: (argument 5)
– L’héritage culturel ne prive pas les individus de leur liberté. La culture est sans cesse remaniée (doc. 3).
– C’est pourquoi les contre-cultures deviennent des « culture de référence » (doc. 2).
– La transmission des valeurs culturelles n’est donc pas à concevoir sur le mode linéaire de l’accumulation: il y a des ruptures, des contestations, et c’est ce qui explique la possibilité qu’ont les hommes de pouvoir toujours innover (doc. 2). D’ailleurs, les deux jeunes ne sont pas sans tradition, puisqu’ils ont adopté Halloween, fête venue du monde anglo-saxon (doc. 4).
N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions de plans!