Génération(s): le progrès de l’humanité (Pascal)

Dans ce passage extrait de la Préface du Traité du Vide, Pascal établit un parallèle entre la succession des générations à l’échelle de l’humanité et la succession des âges chez un seul homme: aussi, les hommes des temps anciens sont-ils encore des enfants du point de vue de l’humanité, et les hommes d’aujourd’hui, des adultes.

L’homme « n’est produit que pour l’infinité. Il est dans l’ignorance au premier âge de sa vie ; mais il s’instruit sans cesse dans son progrès : car il tire avantage non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs, parce qu’il garde toujours dans sa mémoire les connaissances qu’il s’est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu’ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement ; de sorte que les hommes sont aujourd’hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s’ils pouvaient avoir vieilli jusqu’à présent, en ajoutant aux connaissances qu’ils avaient celles que leurs études auraient pu leur acquérir à la faveur de tant de siècles. »

Dans ce passage, Pascal souligne le caractère continu et cumulatif du progrès: les hommes se transmettent leur savoir de génération en génération, de sorte que les hommes d’aujourd’hui sont « plus vieux », c’est-à-dire plus sages, que les hommes de l’Antiquité. Nous sommes comme si d’ « anciens philosophes » qui auraient vécu plusieurs siècles.

« De là vient que, par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s’avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l’univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d’un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tous les siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement…  » [en gras: citation à apprendre!]

Pascal compare donc le progrès de l’humanité au vieillissement d’un seul homme.

Mais n’y a-t-il pas rupture aujourd’hui dans la transmission des connaissances, des valeurs entre les générations? N’y a-t-il pas des discontinuités dans l’histoire des hommes, des parallélismes, des régressions? N’y a-t-il pas différentes évolutions selon les cultures?

Diderot au contraire, remarquait dans l’Avertissement au 8ème volume de L’Encyclopédie : « Le monde a beau vieillir, il ne change pas ; il se peut que l’individu se perfectionne, mais la masse de l’espèce ne devient ni meilleur ni pire » [à apprendre!]

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