Départ Imminent

16 12 2009

 

Déjà une heure que j’étais dans ce bateau, avec un mal de mer pas possible. Je me remémorais les derniers événements: ma mère quittant mon père alcoolique et m’emmenant avec elle, trajet interminable en voiture , préparation psychologique  à un départ imminent, changement de vie , départ, un bateau accompagné d’un mauvais temps  et d’un mal de mer récurrent. Bref tout pour déprimer. Pour l’instant j’évitais de trop y penser . J’essayais de me caler dans mon siège pour dormir; J’enviais ma mère qui dormait à côté de moi depuis longtemps et qui n’avait jamais le mal de mer. Au bout de plusieurs minutes, je finis par me lever et essayer de marcher normalement pour faire passer mes nausées. Je décidai d’aller sur le pont extérieur prendre l’air frais. A peine dehors que j’évitai une éclaboussure due à la houle, je refermai  la  porte rapidement. Non décidément le temps et la houle ne se calmaient pas. Je me dirigeai vers le bar-restaurant, mes nausées s’accentuèrent à l’odeur des pains et cafés habituels aux Français et à l’odeur des « petits déjeuners » typiquement anglais : la vision de ces assiettes  remplis de champignons, d’œuf brouillé et de bacon m’obligèrent à quitter les lieux rapidement, mais cela ne suffit pas, et dans le milieu d’un couloir je percutai un homme et me « vidai » sur lui. Il me dévisagea , puis dirigea son regard vers sa chemise, son teint devint vert puis violacé à la vue de la nouvelle couleur de sa chemise. Il me fusilla du regard, vociféra à grande vitesse des mots anglais incompréhensibles, je partis en courant, je l’entendais appeler le service mais j’étais déjà rendue à la salle où dormait toujours ma mère.
Une petite sonnerie et une voix sortit des haut-parleurs annonçant notre arrivée imminente à Portsmouth . A ces bruits, ma mère commença à se réveiller. Je m’installai vivement sur mon siège, et fis mine de dormir. Ma mère me secoua pour m’annoncer que nous étions arrivées. On se dirigea dans le parking du bateau puis, une fois dans la voiture, il ne nous restait plus qu’à attendre l’autorisation de quitter le bateau. Le silence dans la voiture était un peu gênant, ma mère finit par soupirer :  » Tu comptes rester muette combien de temps ? » . En réalité elle me demandait combien de temps j’allais continuer à faire la tête.
J’avouerais  que lorsque elle m’avait annoncé notre départ, j’avais été odieuse, complètement nulle, je lui avais dit ses quatre vérités en long en large et en travers. Mais j’avais le droit d’un côté : on me disait : « on s’en va du jour au lendemain » , sans me demander mon avis et cela voulait dire changement de vie, good bye aux copines et hello l’Angleterre, pays d’origine de ma mère ; je n’ai rien demandé, j’étais bien dans ma petite ville, du coup j’en veux beaucoup à ma mère même si pour nous deux ce n’est pas génial. Et alors ?
Mes pensées finirent de divaguer lorsque la grande porte s’ouvrit devant nous et lorsque la sortie fut libre, on démarra quasiment tout de suite. Je remarquai que la voiture à côté de nous était tout simplement celle du monsieur du couloir, justement il me vit et vociféra derrière sa vitre. Un petit rire m’échappa et je lui tirai la langue comme une gamine, en tout cas il me faisait bien rire cet « English »;
Nous roulâmes , les campagnes anglaises défilèrent devant moi. Je me retrouvai perdue  sur cette Angleterre, devant cette nouvelle vie …

Anycia.