Un bout de papier qui fait tout basculer

28 01 2010

Des milliers de corps gisaient à terre, il était presque impossible de marcher sans entendre des craquèlements peu ragoûtants sous ses pieds. La terre tremblait, nous déséquilibrant dans notre avancée suicidaire qui visait seulement à atteindre la cache de ravitaillement située à 500 mètres de nos dortoirs. Nos dortoirs, c’était seulement un endroit où on entendait moins le vacarme des bombes et des canons, mais du bruit, il y en avait assez pour nous empêcher de dormir. Le sang de nos camarades nous sautait au visage, la boue, qui s’écoulait des deux côtés du trou à rats dans lequel nous nous étions fourrés, venait se mêler aux corps désarticulés jonchant le sol ; le tout formait un revêtement de sol original mais funeste et sombre comme une nuit sans lune au milieu d’une forêt de conifères. Une pluie fine venait nous marteler le visage, où elle se mêlait à notre sueur ; nous étions obligés de cligner des yeux toutes les deux secondes au moins, si nous ne voulions pas voir comme à travers un verre recouvert de sucre et de buée. Les balles fusaient de tous côtés, et arrivés à destination, seuls des cadavres étaient là pour nous accueillir.

Dans le bâtiment, pas une cartouche ni une boîte de conserve en vue. Nous étions sûrement en avance, le camion de livraison ne devait pas être déjà passé. Nous attendîmes patiemment, jusqu’à ce qu’un soldat de notre régiment arrive, couvert de sang. Il tomba à genoux, puis s’étala à terre, son dos était criblé de balles, et un de ses bras ressemblait à un amas de chiffons. Nous voulions lui porter secours, mais nous ne sentions plus son pouls, la bataille était perdue pour lui. Je remarquai qu’il avait un papier dans la main, et malgré les taches de sang et de boue, je pus le déchiffrer. Je reculais horrifié : le convoi de livraison avait été intercepté par des soldats allemands, le prochain de ces convois n’arriverait pas avant un bon mois, nous étions condamnés à mourir.

 

 

Mattéo

Tags : ,

Actions

Informations

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire