Cacault, récit d’un détenu

2 03 2010

 Le matin vous arrivez à vélo, devant vous un feu, passage piétons. Le feu pour les voitures est vert, mais aucune automobile à l’horizon donc vous traversez et là, le calvaire commence : grilles du collège en vue, à peine deux mètres et déja un surveillant – comme ils se font appeler même si  gardien serait plus judicieux – vous fait la première réfléxion de la journée (« c’était dangereux, patati patata « , les écouter ensuite ne vaut guère grand chose) bref grilles passées, interdiction de les repasser dans l’autre sens avant 16h50 (les gardiens se relayent afin qu’il n’y ait pas de fuites) là c’est vérification des lampes : « tout marche ? ok c’est bon passe » , « ta lumière arrière ne fonctionne plus ! tu me donneras ton carnet que je prévienne tes parents. » ( MAIS ON NOUS PREND POUR QUI ?? ) ensuite dans le hangar à vélo c’est antivols obligatoires donc on attache son vélo et on enlève ses lumières ( pour éviter de se les faire voler ou qu’un imbécile complètement immature s’amuse à les allumer ; mais enlever ses lampes amèneront le soir à des remarques,… ) Voilà vous avez cinq minutes de récréation.

Huit heures : la sonnerie retentit. A peine une seconde plus tard, le CPE, déjà sur les nerfs celui-là, s’agite tout d’un coup et tente de nous faire accélérer le mouvement – je rappelle qu’il est huit heures et que l’on s’est levé il y a à peine une heure – par des signes et des clapements de mains incessants.

Huit heures et trentes secondes : je suis parvenu jusqu’aux casiers devant celui de ma classe « 3E ». Derrière moi ça se bouscule, devant moi, on tente de sortir et dans tout ce brouhaha, on peut entendre les glapissements du CPE toujours du côté des troisièmes bizarrement. Mais, j’ai réussi à retrouver mon sac et je l’ai sur mon épaule droite, ne reste plus qu’à trouver le moyen de sortir. J’essaye de me frayer un chemin en bousculant un peu ceux de devant, eux-mêmes bousculés par le CPE qui les pousse à monter plus vite encore en cours, sachant que nous avons cinq minutes : 300 secondes pour monter en cours…

Huit heures, une minute et seize secondes : je monte avec  un camarade en direction du batiment B. Là deux chemins sont possibles mais le matin, un seul est autorisé : le plus long selon d’où l’on arrive mais tant pis c’est ça où une négociation qui, on le sait, n’aboutira pas. Bref, là, deux heures de cours et récréation.

Là, on arrive et on repose son sac DANS LES CASIERS (même s’il n’y a plus de place ) ou on le retrouve à la vie scolaire ( où il est fouillé pour vérifier qu’il n’y a pas de bombe) . Dans la cour, il est interdit de s’appuyer sur les poubelles, il est interdit de s’asseoir sur les tables de ping-pong en béton sans filet où personne ne joue, il est interdit de s’asseoir sur le dossier des bancs, il est interdit d’arracher l’herbe, il est interdit de s’asseoir sur le rebord du muret du grillage vitré, il est interdit de rester dans les toilettes trop lontemps (surtout du côté des gars), il est interdit de se chamailler entre amis, etc… (la liste est longue). Fin de la récré, de nouveau deux heures de cours ( en empruntant le chemin extérieur car l’intérieur n’est toujours pas autorisé ). Récréation.

Et Passage au Réfectoire : lorsque la classe est appelée, on attend sous le préau puis dans la galerie ( cette fois en passant par l’intérieur, l’extérieur n’est plus autorisé ) puis au pointage en rang par deux ou renvoyé sur la cour (pour ensuite attendre sous le préau, …). Ensuite c’est l’attente, pas le droit de s’asseoir sur le rebord, ni de doubler (autorisé pour les professeurs). Repas pas super à très mauvais certains jours. Bon appétit (repas principalement constitué de pain). La durée qui nous est attribué pour les repas varie d’une heure pour les latinistes ( de deux heures pour les non-latinistes ) à une demi-heure pour tout le monde certains jours.

Puis les cours reprennent ( passage extérieur pour aller au bâtiment B le chemin intérieur n’est plus autorisé ). Le changement de cours à 13h40 du bâtiment A vers le bâtiment B, le passage intérieur est autorisé avec la justification que vous étiez en cours sinon vous aurez la joie de refaire le tour (pour vous retrouver au même endroit). Après ces deux heures de cours, récréation.

Sonnerie : vous retournez en cours sous les glapissements du CPE ( qui est toujours autant sur les nerfs ) et des surveillants, en passant par le passage extérieur si vous vous dirigez vers le bâtiment B.

Dans la journée, il est fortement déconseillé de se retrouver en permanence. Sinon, arrangez-vous pour vous retrouver au CDI. Si tel n’est pas le cas et que vous restez en permanence, ne faites pas tomber votre crayon, tenez-vous droit, ne vous baissez pas, baissez la tête vers votre cahier, ne regardez ni à droite ni à gauche ni, encore moins, derrière, ne répondez à aucun appel ( faites la sourde oreille ), parlez en articulant au gardien pour ne pas qu’il déforme vos propos, sortez un cahier, un livre ou n’importe quoi et faites semblant de rien.

 Pierre R., détenu 492S3E

 

ps : ce texte doit être pris sur le ton de l’humour mais il reflète néanmoins bel et bien une journée au collège Cacault.


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11 réponses à “Cacault, récit d’un détenu”

3 03 2010
thomas (15:28:50) :

j’adore…
et maintenant que j’y pense il est vrai que le CPE s’acharne toujours sur les 3ème alors que franchement je trouve l’attitude des autres niveaux pareil voir pire que la notre

3 03 2010
sroul (16:07:20) :

Cela serait assez intéressant que vous vous demandiez pourquoi ces contraintes existent… et si la mauvaise humeur ne déclenche pas parfois un peu de paranoïa …

3 03 2010
Margot (17:54:41) :

J’aime beaucoup! Cela peut ressembler à une caricature au premier abord, mais tout est absolument véridique.

3 03 2010
thomasviviani (19:05:30) :

je pense que pour ce qui est de la paranoïa la mauvaise humeur y est peu etre pour quelque chose en effet… il n’empèche que le cpe pourrait etre parano avec d’autres niveau pas que avec les 3èmes

3 03 2010
srautureau (20:34:50) :

l’humour fait parfois dire beaucoup de vérités (enfin ce que l’on peut penser être des vérités). Le ressenti doit être exprimé! mais est-ce vraiment le meilleure des façons? la lâcheté ou le courage… j’ai un penchant pour le courage de mes idées…

3 03 2010
sroul (21:07:07) :

Thomas, je parle de la paranoïa de Pierre…

4 03 2010
thomas (09:50:44) :

a désolé mais je pense que pierre n’est pas totalement voir pas du tout parano mais bon c’est comme vous voulez

4 03 2010
thomas (09:52:19) :

le courage c’est bien quand on ne se prend pas d’heure de colle derrière…

4 03 2010
matteopaviza (13:39:48) :

j’adore! Une caricature qui souligne un peu trop les vérités, mais des vérités quand même!

5 03 2010
olivier (19:28:06) :

superbe. Une analyse éxagérée mais récapitulative de ce qui peut arriver dans certains collèges. Ca se voit que c’est à prendre au second degré voire au trente-sixième degré pour les concernés (CPE et surveillants). Soit dit en passant les CPE, profs et surveillants sont aussi des êtres humains et chacun avec leurs caractères. Bonne continuation.

6 03 2010
sroul (00:44:45) :

Je profite de ce dernier message plutôt consensuel pour fermer les commentaires sur cet article : nous pourrons en discuter en assemblée si vous le souhaitez.