L’anecdote du dimanche (6) – Le chant des sirènes
Vous connaissez tous, bien évidemment, l’épisode de l’Odyssée où Ulysse doit résister au charme du chant des sirènes. On sait que ces dernières attiraient vers leur île les navigateurs grâce à leur douces voix et à leur sublime musique. Les marins s’approchaient alors de la côte et brisaient leurs vaisseaux sur des rivages déjà blanchis d’ossements : les Sirènes dévoraient les malheureux naufragés… Ô cruelles ! Le très astucieux Ulysse, s’étant fait attacher au mât de son bâteau, put résister à ces terribles créatures.
On imagine souvent ces dernières comme des femmes fascinantes à la queue de poisson. De nombreux peintres, à l’instant de Victor Mottez, en ont laissé des figurations saisissantes.

Victor Mottez, Ulysse et les Sirènes, (1848-1865), Musée des Beaux-Arts de Nantes
Et pourtant, chez les Grecs d’Homère et d’Aristophane, les sirènes sont d’abominables créatures, d’épouvantables rapaces, des femmes-oiseaux, comme on le voit sur ce vase du Ve siècle avt JC :

Stamnos (Detail), Ulysse et les sirenes, Art Attique (475 avt JC)
Que s’est-il donc passé ? Comment est-on passé de monstres hideux à des femmes lascives ? Il semble que ce soit au Moyen Age que la transformation se soit opérée. Mauvaise lecture des œuvres antiques ? Incompréhension du grec par nos moines peu hellénistes ? Le XIXe siècle romantique a en tout cas confirmé ce changement et nous confondons depuis le ramage et le plumage, incapables que nous sommes de penser la beauté du chant des sirènes sans les doter de corps désirables. Faut-il réellement s’en plaindre ?
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Principales sources : Umberto Eco, Histoire de la laideur, Flammarion, 2007, p. 14 ; Pierre Grimal, Dictionnaire la mythologie grecque et romaine, Presses Universitaires de France, 1951. Pour les fans d’Homère et d’Ulysse, vous pouvez encore visiter une exposition virtuelle de la Bibliothèque Nationale de France.








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