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Archives pour la catégorie ‘Anecdote du dimanche’

Anecdote du dimanche (23) – une évasion gonflée

berlin au temps de la guerre froideConstruit en 1961, le mur de Berlin avait pour but essentiel d’empêcher les Berlinois de  l’Est de passer vers l’Ouest. Plus de deux millions de personnes avaient en effet fui le bloc soviétique entre 1949 et 1961 pour regagner le bloc occidental et ses libertés individuelles. Affolés par cette hémorragie, les dirigeants de l’Allemagne de l’Est (appelée RDA – République Démocratique Allemande) ne virent rien de plus efficace que de construire une barrière de barbelés, de grilles et de béton. Malgré cela, pas moins de 235 000 personnes parvinrent à passer de l’Est à l’Ouest entre 1961 et la chute du mur en 1989. Ils le firent au péril de leur vie, puisque plus de mille personnes trouvèrent la mort en voulant franchir la frontière, dont 136 qui furent tuées au pied du mur.

Ceux qui réussirent à passer le firent avec beaucoup de courage et d’ingéniosité : voitures, cerfs-volants à moteur, tunnels ou encore sous-marins miniatures ! Une des fuites les plus spectaculaires eut lieu en 1979 à l’aide d’une montgolfière. Peter Strelzyk, mécanicien en RDA eut cette idée avec sa femme et un couple d’amis. Le plus dur ne fut ni le vol en lui-même, ni de maîtriser la technique pour fabriquer la montgolfière, mais de rassembler tous les éléments nécessaires sans attirer l’attention (il leur fallait coudre 1 200 m² de toile, en se la procurant morceau par morceau à travers le pays afin de ne pas susciter le moindre soupçon !). Malgré un premier échec, malgré la peur, malgré un départ compliqué (Peter brûle la moitié de sa barbe), leur évasion réussit après un vol d’une heure seulement…

Voici une petite vidéo venant du site de l’INA (encore !) où les chanceux évadés expliquent leur plan :

Le mur de Berlin est tombé en novembre 1989 et la guerre froide est terminée. D’autres murs hélas ont depuis été érigés et continuent d’être renforcés…

source : Magazine l’Histoire, numéro spécial, Octobre 2009.

source de l’image : linternaute.com

Anecdote du dimanche (22) – Ambroise Paré nous démontre le bienfait des légumes sur la santé

Certains d’entre vous connaissent sans doute Ambroise Paré, considéré comme le plus grand médecin du XVIe siècle. Sa réputation lui permit même de devenir « Premier Chirurgien » des rois de France Henri II et Charles IX qu’il servit brillamment (à ceci prêt qu’il ne put sauver le premier d’entre eux de sa fameuse blessure reçue à l’œil lors  d’un tournoi).

Un tel succès s’explique avant tout par son habileté dans l’art chirurgical. Ainsi, face à des cas d’amputation, plutôt que d’utiliser le fer rouge comme le faisaient alors tous ses collègues, il  décida de pratiquer des ligatures (sortes de nœuds réalisés sur des vaisseaux sanguins pour arrêter l’écoulement du sang), une technique qui était tout à la fois plus efficace et moins douloureuse.ambroise paré

Ses méthodes toutefois furent parfois plus originales et rudimentaires. Ainsi, il sauva  un jour la vie d’un tailleur d’habits parisien de façon fort étonnante. Ce dernier venait de se mettre à table avec cinq de ses amis, quand survint un incident qu’Ambroise Paré lui-même nous présente :

« Tous se mirent en devoir de bien escrimer de la dent. Un d’entre eux print un morceau de gros boyau cuilier : l’ayant mis en sa bouche, il luy tardoit qu’il ne fust en son estomach ; il l’avala sans mascher (…) : ce morceau luy demeura au milieu de la gorge, et ne peut passer, qui lui cauza une très grande difficulté de respirer, et tomba comme épileptique, le visage tout noir et livide« .

Appelé sur les lieux, le chirurgien s’approcha du malade, lui ouvrit grand la bouche et vit la gorge du tailleur bloquée par la viande. Son geste fut rapide et efficace : il aida le morceau à passer d’un coup de… poireau bien placé ! L’intervention frappe par son pragmatisme et sa rapidité, preuves indéniables de génie. Mais que ce geste soit celui du plus grand médecin de son temps, nous laisse imaginer l’état encore bien bredouillant de la médecine au XVIe siècle.

source : Madeleine Ferrières, Nourritures Canailles, Paris, 2007.

source de l’image : Théobald Chartran, « Ambroise Paré pratique la ligature des artères », XIXe siècle.

Anecdote du dimanche (21) – devinette et divination

« Le lyon jeune le vieux surmontera,
En champ bellique par singulier duelle,
Dans cage d’or les yeux luy crevera,
Deux classes une, puis mourir, mort cruelle. »


Ces lignes sont d’un certain Nostradamus, astrologue à la cour des monarques français Catherine de Médicis et Henri II (au XVIe siècle). De son vrai nom Michel de Nostredame,Nostradamus il est surtout connu pour son ouvrage appelé « Les Centuries » (ou « Prophéties« ), où il aurait annoncé un grand nombre d’événements à travers les siècles, de l’instauration de la Ière République française en 1792 à l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl…

Pour vous donner une idée du cheminement qui mène à voir de véritables prophéties dans ses écrits, je vous propose un petit jeu. Dans le quatrain recopié en début d’article, l’astrologue est censé avoir annoncé un événement ayant eu lieu de son vivant (mais après la rédaction de son ouvrage – paraît-il). L’idée est que chacun tente, par la simple lecture de ces quelques vers, de nous faire part des images qu’ils lui suggèrent. Pour que l’exercice fonctionne, vous ne devez pas vous aider d’un moteur de recherche, car il ne s’agit pas de deviner précisément quel événement serait ici prédit, mais de proposer une simple explication de ce texte, la plus basique possible. Nous saurons peut-être alors si les interprètes de Nostradamus tirent leur lecture par les cheveux, ou s’il s’agit d’une troublante vision…

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Je vous donne en commentaire quelques clés pour déchiffrer l’énigme.

Anecdote du dimanche (20) – Porcus diabolicus

Bien que j’aie déjà parlé de cochons dans une précédente « anecdote du dimanche », je me permets de remettre la bête sur le tapis. Il s’agit cette fois d’une affaire particulièrement grave, celle d’un régicide.

Cochon_Philippe_1131Nous sommes en plein Moyen Age, en l’an de grâce 1131, le 13 octobre pour être précis. Ce dit jour, le jeune Prince Philippe, fils du roi de France Louis VI le Gros, chevauche avec quelques compagnons à travers les rues d’un faubourg de Paris. Dans ces lieux sales et étroits, la visibilité est souvent très faible. Cela explique sans doute pourquoi personne ne voit un animal se précipiter dans les jambes de la monture princière, qui cabre et s’affole tant et si bien que Philippe tombe au sol et se blesse mortellement…

Cet épisode tragique a longtemps figuré dans les livres d’Histoire. Et pourtant, ce n’est ni la première, ni la dernière fois qu’un fils de roi mourait d’une chute de cheval. De plus, Louis VI avait d’autres garçons, la succession était donc assurée. Ce qui a rendu cet épisode si douloureusement mémorable, c’est que la bête coupable de la mort du Prince était un cochon. Non pas un sanglier fier et furieux de subir une chasse, mais un simple cochon des rues, animal méprisé entre tous pour son impureté supposée et sa gloutonnerie.

Dès lors, cet accident est perçu comme une souillure pour toute la dynastie capétienne. Il est interprété comme un signe d’infamie, remettant en cause le pouvoir monarchique. Les chroniques historiques en parlent comme d’une mort « ignominiosa, miseranda, turpis, improba, flagitiosa » (ignoble, misérable, honteuse, déshonnête, qui punit) ! Et pendant de nombreux siècles, on crut que tous les malheurs qui s’abattirent sur les rois de France ne furent que les échos différés de ce lamentable incident.

Allez savoir si Louis XVI ne maudissait pas encore ce porcus diabolicus à l’heure de monter sur l’échafaud, un certain 21 janvier 1793…

source : Michel Pastoureau, Le cochon, Histoire d’un cousin mal aimé, Découvertes Gallimard, 2009.

source de l’image : Manuscrit du XIVe siècle, qu’on peut trouver à la bibliothèque de Besançon et qui représente cette tragique anecdote.

anecdote du dimanche (19) – un singulier cratère

Pour la première fois, l’anecdote du dimanche est géographique (mais c’est aussi de la géologie, que mes collègues de SVT n’hésitent pas à me corriger, je les salue au passage).

MalgréDallol 1 - Hervé Sthioul les apparences, ces paysages surprenants et magnifiques sont bien terrestres. Nous sommes en Ethiopie, à Dallol. Les formes curieuses que vous voyez sur les photos sont nées d’une situation exceptionnelle : un volcan se trouve sous un lac salin en zone très aride. Ainsi, les minéraux et gaz volcaniques se mélangent au sel pour produire toutes sortes de phénomènes géologiques : jeysers, flaques d’acides sulfuriques, concrétions de soude et de soufre prenant l’aspect de champignons, d’éponges, de plateformes, de cheminées etc…

Dallol 2 - Rolf Cosar

Le site n’est connu du grand public que depuis peu, grâce (ou à cause ?) d’une émission de Nicolas Hulot. Un conflit y oppose par ailleurs le gouvernement éthiopien aux Afars, un peuple indigène qui avait jusqu’à présent le monopole de l’exploitation saline, mais qui se la voit retirer au profit de multinationales britanniques. La tension politique est si grande que la région est truffée de mines et que plusieurs enlèvements de touristes ou d’ouvriers y construisant des routes ont été signalés. Une fois de plus, il ne fait pas bon avoir trop de richesses sous ses pieds quand on est Africain.

Nous nous contenterons donc prudemment de photos et de vidéos, comme la suivante :


Dallol Le Volcan d acide – Sur les Volcans du…

Les photographies magnifiques sont de Hervé Sthioul pour la première et de Rolf Cosar pour la seconde.