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Archives pour la catégorie ‘Anecdote du dimanche’

Anecdote du dimanche (18) – le fouet pour toute consolation

Machine_de_MarlyComme vous le savez tous, le château de Versailles fut bâti sur d’anciens marécages, lieux a priori peu propices pour édifier quoi que ce soit de durable. Les conseillers de Louis XIV, alertés de son projet, tentèrent de l’en dissuader humblement. Mais le monarque absolu, déjà fort têtu et emporté par sa mégalomanie, refusa de changer d’un iota ses plans. Le royaume y engagea des sommes considérables et l’immense chantier compta jusqu’à 36 000 personnes !

Les conditions de travail étaient particulièrement dures et périlleuses. A chaque accident, les officiers du roi devaient verser une indemnité aux blessés qu’ils mentionnaient ensuite dans des livres de compte. Une jambe, un bras ou une côté cassés valaient 40 livres. Pour un œil crevé, on recevait 60 livres. En cas de décès, une somme de 60 à 100 livres était accordée à la famille du défunt (pour permettre des comparaisons, il faut savoir qu’une vache à l’époque coûtait environ 15 livres). Le pouvoir cherchait ainsi à calmer les fureurs populaires contre ce projet pharaonique.

Un jour de 1668 pourtant, une femme dont le fils venait de périr en chutant d’une machine,  ne put contrôler son courroux. Alors que le souverain passait à ses côtés, elle lui hurla quelques insultes bien senties, le traitant de « putassier, roi machiniste, tyran ! ». Il fallait vraiment être ivre  de colère pour lancer de telles paroles à l’adresse du Roi Soleil… Ce dernier se retourna vers la furie et lui demanda si c’est bien de lui qu’elle parlait. Plutôt que de se calmer, notre tête brûlée ne se démonta pas, lui rétorqua que oui et poursuivit par de nouvelles injures… Elle eut évidemment droit au fouet avant d’être jetée en prison.

La sanction peut paraître sévère pour quelques insultes proférées sous le coup de la colère, mais c’est tout à fait caractéristique de l’Ancien Régime, où la  monarchie était de « droit divin »… Ah, au fait, et dans notre Ve République, savez-vous ce que risque un citoyen qui oserait insulter de cette manière le Président ?

sources : Claire Constans, Versailles. Château de la France et orgueil des rois, Gallimard, 1991. image : tableau de Pierre-Denis Martin, « La machine de Marly », 1723, musée de Versailles.

Anecdote du dimanche (17) – on ne badine pas avec le mariage

doisneauComme tout professeur sérieux, je tombe malade le week-end. Pour éviter d’être absent demain, je m’économise. L’anecdote sera donc très rapide aujourd’hui, sous forme de devinette – même si la dernière a eu très peu de succès !

Le 16 septembre 1960, Bernadette Unvois et Philippe Meckert se sont mariés civilement et religieusement dans la commune de la Celle-Saint-Cloud, sous les applaudissements de leurs amis. Quelques mois plus tard pourtant, leur union fut annulée et les époux furent condamnés à un an de prison ferme et à une grosse amende. Le substitut du Procureur avait justifié leur condamnation avec sévérité : « Vous avez triché avec la vie, avec vous-mêmes. Cela vous regarde. Mais vous avez aussi triché avec nous, avec la société, avec des institutions dont nous avons tous besoin ».

Qui osera tenter une réponse sans aide d’internet à la question suivante : quelle fut le délit commis par les mariés ? Faites preuve d’imagination et analysez bien la phrase du substitut.

La réponse a été trouvée par Matthieu (voir dans les commentaires) ! Bravo à lui et merci à tous ceux qui ont participé.

photographie : Robert Doisneau.

Anecdote du dimanche (16) – tombé du ciel

saint_louis_rendant_justice

Plongeons-nous aujourd’hui dans le XIIIe siècle, le fameux « temps des cathédrales », marqué par le très long règne de Louis IX, alias Saint Louis (1226-1270). Ce dernier, comme vous le savez, se plaisait à juger et conseiller le peuple à l’ombre d’un chêne du bois de Vincennes.

Ce n’est pourtant pas à Vincennes, mais au cœur de Paris que nous le retrouvons, par un matin d’automne. Il se promène alors à travers les rues de la capitale, plus précisément dans le quartier latin, où se concentrent de nombreux étudiants. Il est très tôt et le roi somnole sans doute un peu sur son cheval. Soudain, il croit entendre un cri : « Gare dessous ! ». A peine prend-il conscience de l’alerte, qu’il se retrouve couvert d’urine et d’excréments…

A cette époque en effet, les villes n’étaient pas équipées d’égouts, les toilettes n’existaient pas. Par conséquent, la population était habituée à utiliser des pots de chambre, qu’elle vidait ensuite par la fenêtre, en tâchant d’avertir auparavant les piétons. Parfois hélas, le cri était un peu tardif et quelques passants pouvaient s’en trouver fort em…bêtés. Mais dans ce cas précis, ô scandale, le piéton malheureux était le roi en personne ! Le monarque voulut donc savoir à qui il devait ce cadeau tombé du ciel. Une rapide enquête désigna un étudiant. Comment fut-il sanctionné ? Une amende ? une humiliation publique ? fut-il pendu ou écartelé ? Pas le moins du monde ! En effet, plutôt que de sanctionner le malotru, Louis  IX décida au contraire de l’honorer d’une bourse. Il tenait ainsi à féliciter un jeune homme motivé, qui se levait dès l’aube pour étudier…

sources : Roger-Henri Guerrand, Les lieux. Histoire des commodités, 1985. [Un livre original et amusant sur l’histoire des toilettes !] ; source de l’image : Louis IX rendant la justice, par de Neuville, gravure de l’ouvrage de Guizot, Histoire de France (1894) – www.histoire-fr.com

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Anecdote du dimanche (15) – une galette très politique

Mantegna (Padoue 1431 - Mantoue 1506), Los Angeles, Paul Getty museumLa fameuse « galette des rois » qu’on mange (et qu’on remange et re-remange…) traditionnellement le 6 janvier est aujourd’hui vendue tout au long du premier mois de l’année, jusqu’à dégoûter les plus gourmands de la simple odeur de la frangipane…

Nous savons que la tradition remonte au moins aux Romains. A l’époque cependant, on l’appelait « gâteau des rois » et il était associé aux cultes du dieu Saturne. Les chrétiens s’approprièrent la cérémonie peu à peu et en firent une célébration de l’arrivée des trois mages venus apporter l’or, la myrrhe et l’encens au petit Jésus (comme le montre le tableau de Mantegna ci-contre). Le passage se fit sans douleur d’une culture à l’autre, on remplaça simplement les anciennes fèves des Romains par de petites figures de l’enfant Jésus.

Mais quelques siècles plus tard pourtant, lors de la Révolution française, notre chère galette faillit disparaître dans les abîmes du temps… Le député Pierre Louis Manuel affirma le 30 décembre 1792 devant l’Assemblée qu’un tel gâteau n’avait plus sa place dans une République, que sa célébration ne pouvait qu’être « anti-civique » ! Un tonnerre d’applaudissements lui répondit… La galette était bel et bien menacée de disparition. Mais les pâtissiers, ulcérés de se voir retirer une telle rentrée d’argent et appuyés par le peuple qui tenait à cette tradition (et à son gâteau), firent une pression terrible. L’Assemblée finit par reculer et proposa un compromis : on parlerait maintenant du « gâteau de l’Egalité », il célèbrerait la « fête du bon voisinage » et des bonnets phrygiens remplaceraient le petit Jésus ! Mais malgré toutes ces concessions, la réforme ne fut jamais réellement appliquée et la tradition du « gâteau des rois » revint fort vite.galette

Question subsidiaire à tous mes lecteurs (mais il faut répondre sans l’aide d’un quelconque moteur de recherches) : combien y avait-il de fèves dans les deux énormes galettes (pas moins d’1,20 m de diamètre) récemment découpées avec appétit par Nicolas Sarkozy en personne dans le palais de l’Élysée ?

La réponse se trouve dans les commentaires !

sources : http://www.canalacademie.com/La-galette-des-rois.html, Albert Soboul, Dictionnaire de la Révolution française, 1989 ; source photo : AFP ; tableau : Mantegna (Padoue 1431 – Mantoue 1506), Los Angeles, Paul Getty museum.

Anecdote du dimanche (14) – l’armée de terre cuite

Et encore une anecdote rédigée par un élève ! Il s’agit de Fabien C., le célèbre Chalonnais.

La Chine est un pays qui attire ou impressionne surtout par son immensité : celle de son territoire, de sa population, mais aussi celle de ses œuvres telles la Grande Muraille (pas moins de 6 259,6 km de murs) ou la Cité interdite (8 704 pièces).

Aujourd’hui, je voudrais parler d’une de ces œuvres, un peu moins connue mais tout aussi spectaculaire : l’armée de terre cuite. armee de terre cuiteIl s’agit de figures de soldats de terre cuite à 900 degrés d’environ 2m de haut, entourant le mystérieux mausolée de Xi’an.

Sa réalisation est attribuée à l’empereur Qin Shi Haungdi, au IIIe s. av JC (mais il ne faudrait pas oublier les 700 000 personnes qui ont travaillé à l’édification et qui furent ensuite enterrées vivantes dans le mausolée pour que tout ceci soit gardé secret…).

Et en effet, le secret persista longtemps car ce n’est qu’en 1974 (soit plus de 2 000 ans après) que des paysans retrouvèrent par hasard cette armée, censée représenter celle de l’empereur. Elle est constituée d’environ 6 000 soldats (archers, arbalétriers, cavaliers…) avec une arme en bronze, mais aussi de chevaux, de musiciens, de scribes et de notables. Les historiens pensent que l’empereur voulait s’entourer de toutes les choses qu’il avait aimées durant sa vie pour le protéger dans l’au-delà !

La tombe quant à elle, enfouie sous plus de 100 mètres de terre et de pierre, reste encore inviolée ! On n’en connaît le contenu qu’à travers une légende qui raconte que l’empereur se serait entouré de tout ce qu’il avait de plus précieux : de bijoux, de femmes et même d’une reproduction de son empire avec des rivières de mercures censées couler éternellement… Chine

Si cet endroit n’a pas encore été fouillé, c’est que l’Etat chinois juge imprudent d’y pénétrer car on pourrait abîmer ce qui s’y trouve. De plus, les historiens préfèrent attendre une évolution de la technologie pour pouvoir sonder et éviter les différents pièges (flèches empoisonnées…) mentionnés dans la légende !

Je ne doute pas que tout cela soit vrai et une partie de la légende a été confirmée par ce qu’on trouve autour du tombeau mais je me pose encore une question : comment la légende est-elle née si l’empereur avait fait enterrer tous les témoins avec lui ?

sources : article de Wikipedia ainsi que http://abreuvdesdragons.canalblog.com/archives/2009/04/29/13368003.html et  http://www.lefigaro.fr/medias/2007/11/26/cfe91d82-9be1-11dc-9f8b-77f10336c059.jpg

sources des images : http://www.arc-en-terre.org/ et http://www.moto-autour-du-monde.net/photo-france-chine-route-soie/; http://www.chine-informations.com/