Il y a 90 ans …

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     Au niveau de l’espérance de la vie d’un homme, quatre-vingt dix ans représentent beaucoup. Et pourtant c’est un peu moins qu’un siècle et donc finalement on peut dire que « c’était hier » par rapport à l’histoire de l’humanité.  Le nom commun « humanité » a plusieurs sens et l’un d’entre eux est : « sentiment de bienveillance : compassion, bonté ». Comment ne pas y voir un paradoxe quand on songe aux horreurs associées à la première guerre mondiale dont le 11 novembre prochain on va célèbrer la fin il y a 90 ans ?

     Je viens de terminer de lire Cheval de guerre de Michael Morpugo . Il s’agit de la vision la « Grande Guerre » par un cheval prénommé Joey qui participe de force aux combats, qui, comme les combattants, affronte les obus, les barbelés et tous les dangers de la guerre. C’est le second livre que Michael Morpugo consacre à cette période de l’histoire. Le premier est Soldat Peaceful dans lequel l’auteur fait référence à la hiérarchie militaire anglaise qui abuse  de son autorité auprès des jeunes recrues. Ce sont des ouvrages de « littérature de jeunesse » qui, à travers des fictions, offrent un témoignage historique.  D’autres romans plus « classiques »  comme Le feu de Henri Barbusse, Les croix de bois de Roland Dorgelès, l’équipage de Joseph Kessel. Orages d’acier de Ernst Jünger, Education héroïque devant Verdun d’Arnold Zweig, La randonnée de Samba Diouf de Jérôme et Jean Tharaud proposent aussi une vision apocalyptique de ce l’on a appelé « la der des ders » et qui malheureusement ne l’a pas été puisqu’il y a eu un second conflit mondial. Ce sont « les gueules cassées » que le livre puis le film La chambre des officiers mettent en scène.  Ce sont de pauvres hommes aux visages déformés, mutilés après avoir reçu des gaz axphyxiants ou des lance-flammes. Cette vidéo, http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=%2014%2018&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv#, montre le quotidien des soldats  et l’émission C’est pas sorcier  qui est reprise sur   http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&q=c’est%20pas%20sorcier%201914&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wv#  insiste sur les enjeux de conquête de territoires au grand mépris des hommes envoyés se battre et pris pour de la simple « chair à canon ». Mais Jean Jaurés avait mis le monde en garde en s’élevant contre le début des hostilités, appelant à la grève et au refus des combats. Ce militant pacifiste a alors été assassiné le 31 juillet 1914.

       Ni les soldats français ni les soldats allemands ne voient dans « l’autre » un ennemi. Ils se sentent proches, solidaires, tous victimes de la folie de dirigeants politiques avides de pouvoir. On se souvient du film Joyeux Noël dont une analyse figure sur ce site : http://www.zerodeconduite.net/blog/index.php?itemid=1118 Et les combats deviennent si violents, si meurtriers et en même temps si inutiles que certains désertent ou se mutinent. En France, l’honneur de ces hommes n’a été sauvé qu’en 1998 quand, dans un discours, Lionel Jospin les a  réhabilités sinon, jusqu’à cette date, officiellement, ils étaient « des traitres ».

        Les « poilus » souffraient chaque jour un peu plus pour une cause belliqueuse voulue par des dirigeants. Et ce conflit devenait mondial par le jeu des alliances, réquisitionnant des soldats d’ Afrique noire (Sénégal, Burkina Faso, Bénin, Mali, Niger) et d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie),  de Madagascar de Chine, d’Indochine,  des Antilles et de Guyane. Il y avait environ sont 600 000 soldats en provenance des « colonies » qui, en période de paix, n’avaient droit qu’à du mépris. Beaucoup y ont laissé la vie sans pratiquement de reconnaissance.

    Depuis la disparition de Lazare Ponticelli le 12 mars 2008, il n’y a plus de « poilu », en France, pouvant porter témoignage de cette époque. Comment faire pour que la mémoire se perpétue ?

Lazare Ponticelli à 110 ans, dernier poilu en France

 Cette année les manifestations se succèdent parce que ce sont les 90 ans. Il y a les « Paroles de poilus  » qui se multiplent comme celle visible sur  http://www.lemonde.fr/1914-1918-90-ans-apres-l-armistice/portfolio/2008/10/31/la-guerre-de-14-18-racontee-en-photos_1112556_736535.html . Il y a les diverses expositions dont celle qu’organise la BFM de Limoges ( http://www.bm-limoges.fr/agenda.html?eve=463#eve463 ) , les reportages télévisés ( France 5 le 10 novembre à 20h40, France 2 le 11 vovembre à 20h50, Arte le 12 vovembre à 21 h). Mais que faire les années suivantes pour que le devoir de mémoire se poursuive ? Comment atteindre les consciences, comment faire pour que ce ne soit pas qu’une simple date qui donne droit à un jour férié et que ce soit vraiment l’occasion de se pencher sur le passé de la France et du monde pour qu’une telle folie de conquêtes n’existe plus et ne débouche sur une pugnacité exterminant des innocents ?

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Fête des morts

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Nous sommes en vacances depuis vendredi 24 octobre et ce jusqu’au 6 novembre. Nous avons l’habitude de dire que ce sont « les vacances de Toussaint« . Comme ce type de congés scolaires n’existe pas dans les pays avec lesquels notre réseau de blogs scolaires nous a mis en relation, il me semble intéressant de préciser un certain nombre de faits.

La Toussaint est une fête catholique qui, comme le nom l’indique, consiste à rendre hommage à tous les Saints. Sa date est fixée au 1er novembre et il s’agit d’un jour férié. Il y a de plus en plus confusion entre « la Toussaint » et  » le jour des morts » qui, lui, a lieu le 2 novembre et qui, lui, n’accorde aucun repos particulier. Je dis qu’il y a amalgame parce qu’en fait, depuis plusieurs années, les gens se recueillent dans les cimetières, fleurissent les tombes pour Toussaint et non le lendemain comme il se devrait. Cette « pratique  » vient du fait que le jour des morts n’étant pas chômé, il n’y a pas d’autre choix. Les chrysanthèmes sont les fleurs les plus choisies pour poser sur les caveaux, de même que les arbres qui bordent le plus les cimetières sont le plus souvent des cyprès ou des ifs.

Le cimetière du Père Lachaise, à Paris est connu, même hors période de Toussaint, comme un « haut lieu touristique », mais auriez-vous aussi l’idée, en venant à Limoges, de programmer la visite du cimetière de Louyat? Il faut savoir que « Louyat » désigne le domaine. Notre cimetière est parmi l’un des plus grands de France. Il s’étend sur plus de 35 hectares, comporte 40 000 sépultures et environ 200 000 défunts y reposent. Ce site funéraire posséde aussi une particularité : des plaques en porcelaine indiquent le nom des défunts ! Il faut bien entendu voir un lien entre l’usage de la porcelaine et le fait qu’il s’agisse de Limoges. De nombreuses personnalités sont enterrées dans ce lieu : quelques maires de Limoges , David et Charles Haviland dont les noms sont associés à la porcelaine, Adrien Dubouché, généreux mécène du musée de céramique, Camille Vardelle, jeune homme tué lors des émeutes ouvrières de 1905 à Limoges. Vous aurez encore plus de détails sur ce cimetière en venant emprunter au CDI Pays du Limousin n°37 du 15 octobre 2008. Le cimetière de Limoges n’est pas le seul en Limousin à avoir des plaques funéraires en porcelaine. Le cimetière de Linards en a aussi et voici un lien pour voir comment se présentent ces « décorations mortuaires » : http://linards.ifrance.com/histoire/plaques/plaques.htm

Puisque ce blog se veut ouvert « sur l’étranger », je vais aussi vous parler d’autres cimetières. D’abord du cimetière de Staglieno à Gênes (Italie) que j’ai eu l’occasion de visiter avec mes parents il y a de nombreuses années. Il est considéré comme une curiosité touristique à cause des tombeaux . Des stèles monumentales font de lui comme un musée. Le site officiel permettra d’avoir plus de renseignements : http://www.cimiterodistaglieno.it/

Suite au commentaire de Cristolinette, je rajoute donc une photo du cimetière d’Hammamet en Tunisie ainsi qu’une autre représentant la tombe de Bettino Craxi dans ce même cimetière. Je la remercie pour ce don.

Je n’ai pas visité le cimetière Bellu de Bucarest ( Roumanie) mais sa réputation dépasse son pays. Aussi je sais qu’il abrite de nombreuses personnalités dont le célèbre architecte Ion Mincu

L’Argentine a été fortement marqué par la personnalité d’ Eva Duarte de Perón qui a été la femme du président argentin. La chanteuse Madonna a interprété le rôle d' »Evita » au cinéma . Le cimetière de La Recoleta à Buenos Aires laisse reposer de nombreuses personnalités dont Eva Perón. Ce site, en espagnol, donne des explications complémentaires sur ce cimetière : http://www.info-recoleta.com/cementerio_recoleta.htm

Au Canada, plusieurs cimetières sont célèbres mais le plus grand est celui de Notre-Dame-des-Neiges à Montréal (Québec) , cimetière catholique qui jouxte justement le cimetière anglophone et protestant du Mont-Royal.

Ce lien donne encore plus de détails sur les différents cimetières du monde : http://www.landrucimetieres.fr/spip/ . Pour que vous ne trouviez pas mon article trop macabre, je voudrais ajouter qu’il y a en fait plusieurs façons de fêter les morts : se recueillir sur les tombes mais aussi faire la fête avec Halloween. J’ai remarqué que nos amis de Georgie préparait un petit article à ce sujet , alors je vous invite à aller y jeter un coup d’oeil : http://lewebpedagogique.com/wiesendanger/ , rubrique « Les questions » . Outre les déguisements , la citrouille est au coeur de cette tradition . Elle décore les maisons et s’accompagne de symboles mortuaires.

La citrouille d\'Halloween est appelée Jack O\' Lantern

Pour rester, disons, dans le « ton », je vous propose quelques expressions plus ou moins familières que l’on utilise quand quelqu’un est mort : « il a cassé sa pipe« , « il mange les pissenlits par la racine« , « il est ressorti les pieds devant« , « il a fermé son parapluie« , « il a passé l’arme à gauche« , « ses dents ne lui font plus mal« . En connaissez-vous d’autres ?

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Frugalité

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        Nous entrons dans la 19ème Semaine Nationale du goût. Les enfants seront éduquer à la nutrition et à la gastromie. Limoges sera bien sûr de la fête. Des animations se dérouleront dans le ventre ( le mot se prête déjà à évoquer la cuisine !) de Limoges, sur les marchés, dans les halles centrales. Il y aura bien sûr la célèbre Frairie des Petits-Ventres de la rue de la Boucherie. Les produits locaux seront à l’honneur : grillons, andouillettes, galetous, clafoutis, pâté de viande, etc. Ceux d’Alsace y seront aussi. Il y aura de la choucroute, des tartes aux mirabelles, des « flammekueches », des pains d’épice, etc. Naturellement le lycée Jean Monnet va s’investir dans cette action qui a pour dessein de faire découvrir les saveurs. Voici, en lien, les menus qui seront proposés au lycée : http://www.lyc-jean-monnet.ac-limoges.fr/spip.php?breve132

    J’ai voulu profiter de cette semaine du goût pour philosopher un peu. Je vous livre donc quelques-unes de mes réflexions. Comme chacun doit sans doute le savoir, « frugalité » est un mot de la famille de « fruit« . Il signifie « sobriété » et ce sens laisse vraiment rêveur quand on connaît toute la richesse de goûts et toute la diversité des fruits! « Frugal » veut dire « qui se nourrit de peu, qui vit d’une manière simple », mais cette notion ne se comprend que par rapport à quelqu’un qui, au contraire, privilègierait, par exemple, la viande pour ses repas car, en continuant « mon tour des musées gastronomiques« , je vais vous montrer toutes les possibilités culinaires que l’on peut tirer des fruits!

         Pour poursuivre l’idée d’opposition entre la prétendue austérité et le fait de manger des fruits, commençons par parler de la châtaigne (et nous  ne serons pas « marron »!) dont le musée se trouve à …Joyeuse ! Il s’agit d’une ville de l’Ardèche. Ce musée est installé depuis 1984 dans l’ancien couvent des Oratoriens (tiens, l’idée de vie monastique revient!). Vous pouvez visiter ce lieu de façon virtuelle grâce à http://www.pays-beaumedrobie.com/fr/musee-chataign/accueil-chataigne.php mais il est tout de même préférable d’aller sur place car vous aurez la chance de déguster des terrines de châtaigne, des crèmes de châtaigne et tout un éventail de nouveaux produits. Mais il y a une seconde ville en Ardèche qui célèbre la châtaigne : Saint-Pierreville. Il y existe une Maison du châtaignier. C’ est un centre de réunion pour les casténéiculteurs et pour tous ceux qui s’intéressent à ce fruit. On y trouve  des objets fabriqués à partir du châtaignier et des produits du terroir à base de châtaigne. Pour avoir une idée, consultez : http://www.chataigniers.fr/maison/index.htm

     Pour continuer à plaisanter sur le lien entre la frugalité et la tristesse, passons maintenant à un fruit qui peut être avec ou sans pépins : la mandarine. Il s’agit du fruit du mandarinier qui est un arbre originaire d’Asie (Chine, Indochine). Le nom a été donné par référence à sa pelure qui a la même couleur que celle de la robe de soie portée par les mandarins, hauts fonctionnaires de l’empire chinois. Sa culture se trouve surtout au bord du bassin méditerranéen. Un musée lui est consacré à Seclin dans le Nord. Il est possible de le visiter de façon virtuelle en allant à : http://www.domainenapoleon.com . Avec cette adresse électronique, http://www.mandarine-napoleon.com/ vous obtiendrez quelques secrets de la fabrication de l’alcool fait de la macération de ce fruit dans du cognac que Napoléon appréciait beaucoup.

     Poursuivons avec l’austérité et disons que nous allons rentrer dans notre coquille. Celle de la noix, bien sûr! L’écomusée de la noix du Périgord se trouve en Dordogne, exactement à Castelnaud la Chapelle. Sa visite virtuelle est possible : http://ecomuseedelanoix.site.voila.fr/ . Il offre aux visiteurs des renseignements sur les origines, l’histoire, le travail, la culture du noyer et de la noix en Périgord noir. Il est possible d’assister à la préparation traditionnelle de l’huile de noix, mais les gourmets apprécieront les produits régionaux : noix, gâteau aux noix, liqueur et vin de noix, confiture de noix verte, etc.

  Quand on doit s’accommoder de ce qui ne plaît pas, il faut savoir couper la poire en deux. Et, même, quand les temps sont durs, on doit garder une poire pour la soif, c’est-à-dire faire des réserves pour l’avenir. Avez-vous déjà entendu parler de « la poire d’Angoisse  » ?  Il y a bien sûr un jeu de mots parce qu’initialement « une poire d’angoisse » est un instrument de torture (cf http://www.france-pittoresque.com/anecdotes/58.htm  ). Mais « Angoisse » est un arrondissement de Nontron en Dordogne dans lequel on trouve une poire d’hiver au goût très âpre.  Savez-vous ce qu’est « une poire tapée  » ?  C’est une spécialité de Rivarennes en Indre-et-Loire. Ce site, http://www.poirestapees.com/fabrication.html vous fait découvrir la technique de fabrication. Mais on pense aussi au douillon dont parle beaucoup Guy de Maupassant dont l’action de ses romans se passe en Normandie. Un « douillon » est une poire cuite dans de la pâte à pain (cf cette recette http://www.cuisineaz.com/Recettes/Douillon-de-poires-3936.aspx ). Et ceci m’amène à vous parler de La maison de la pomme et de la poire située à Barenton dans la Manche, en Basse-Normandie.  On vous parlera sûrement des produits cidricoles : cidre, calvados, poiré, apéritif de poire, etc. En Haute-Normandie, exactement à Sainte-Opportune-La-Mare (dans l’Eure), il existe un musée pomologique (cf http://www.tourisme-quillebeuf.com/Sainte-Opportune-la-Mare,6,0,48.html )

    Pour conclure, je vais vous dire quelques mots sur le pruneau. Encore une fois, vous remarquerez que familièrement ce mot désigne aussi la balle d’une arme à feu, alors ça n’a vraiment rien d’hospitalier et de réjouissant ! Et quand on sait qu’un pruneau est une prune séchée au four ou au soleil, on ne rit plus du tout car, familièrement aussi, « une prune » est une contravention ! Je ne vous dis pas cela pour des prunes parce que je veux vous présenter le Musée du pruneau gourmand qui se trouve à Granges-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne  : http://www.lot-et-garonne.fr/decouvrir/pruneau/museepruneau.htm . Le mot « pruneau » est naturellement associé à Agen . C’est tout de même un signe : phonétiquement ça fait « à jeûn  » ! Il faut donc rester frugal !

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Entretien avec Christiane Lahaie, romancière québécoise.

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Dans le cadre de mes fonctions au niveau du groupe de travail des documentalistes du Rectorat de Limoges, j’ai présenté plusieurs de vos ouvrages dans la rubrique « Coups de cœur ». Cependant, il me semble que vous n’êtes pas encore  assez connue de mes collègues, aussi j’aimerais davantage vous présenter. Vous êtes une romancière québécoise. Vous écrivez pour un public adulte, mais vous pouvez séduire des lecteurs adolescents.  
 
 

 
 

  1) Dans vos livres, on sent votre connaissance profonde de la Grande Bretagne. Les héros d’Insulaires la parcourent, certaines scènes de La cour intérieure rappellent celles décrites par Charlotte Brontë dans Jane Eyre ou bien par Daphné du Maurier dans Rebecca.  Il y aussi de nombreuses références à Shakespeare et le titre de chaque nouvelle d’Insulaires est en anglais. Pourquoi alors avoir choisi d’enseigner la littérature française à l’université de Sherbrooke ? Par défi ? Parce que vous êtes Québécoise ?

 

   Tout d’abord, je dois préciser que j’enseigne la création littéraire (ce qui est peu fréquent en France), la littérature québécoise et le cinéma à Sherbrooke. J’ai donc plusieurs champs d’intérêt et des méthodes pédagogiques multiples. Si la Grande-Bretagne semble si présente dans mes écrits, c’est que j’ai des parents anglophiles et que j’ai grandi dans un milieu bilingue (une base militaire canadienne) où des francophones et des anglophones d’origines diverses se côtoyaient. Très tôt, j’ai lu en anglais les œuvres de Daphné du Maurier, de Jane Austen et des sœurs Brontë. En outre, ma mère avait un ami britannique qui venait souvent à la maison et dont l’accent me faisait rêver à des contrées lointaines. J’ai donc finalement étudié les littératures anglaise et américaine au niveau du baccalauréat à l’Université McGill (Montréal, Canada) avant de bifurquer vers la création littéraire et la littérature québécoise. N’étant pas anglophone à la base, je ne pouvais réellement envisager d’enseigner en anglais au niveau universitaire. Cela ne m’empêche toutefois pas d’initier mes étudiants au corpus anglophone (en traduction) dans le cadre de mes cours de création.

 

 2) La Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges a présenté une exposition consacrée à la « découverte de la Nouvelle-France » dans le cadre des 400 ans de Québec. Nous nous sentons proches de « nos cousins d’Amérique ». Moi-même j’ai vécu au Canada il y a 27 ans. Je résidais en Nouvelle-Ecosse, mais j’ai eu l’occasion d’aller dans « La Belle Province ».  Chants pour une lune qui dort fait référence à Limoges au niveau de l’écriture. Quels sont vos liens avec cette ville ?

 

   Mes liens avec la ville de Limoges ont d’abord été académiques. J’ai pris contact avec le professeur Bertrand Westphal, de l’Université de Limoges, parce qu’il dirige une équipe de recherche sur les « Espaces humains ». Comme je m’intéresse moi-même à la mémoire des lieux et à la représentation de l’espace dans le texte littéraire, je tenais à le rencontrer pour discuter de ces questions avec lui. C’était également ma première sabbatique en 2003  et je voulais quitter le Québec pour écrire loin de chez moi. Avec le temps, le professeur Westphal et sa famille sont devenus des amis sincères. De même, les gens chez qui j’ai logé pendant un mois, et qui m’ont accueillie avec une générosité hors du commun, sont restés de grands amis à qui je rends visite tous les ans, ou presque. Ce sont les Jean-François et Liliane à qui mes Chants sont dédiés. Sans leur présence, je n’aurais sans doute pu écrire ce livre difficile. J’ai donc trouvé à Limoges un deuxième chez-moi.

3) Les femmes occupent une place particulière dans vos romans. Dans La cour intérieure, Linda Sorrento brûle la vedette au chanteur Malory. Elle fouille dans le passé de l’artiste pour comprendre les rapports qu’il a entretenus avec son ex épouse Eleonor.  Dans la nouvelle Walls of Wales extraite d’Insulaires, la femme de ménage Samantha Smith décachette les lettres qu’un client a mises à la poubelle. Dans la dernière nouvelle de Hôtel des brumes c’est la future épouse d’Ahmar Khan qui lui a caché des secrets bien que lui-même en cache un encore plus gros en faisant de son mariage le jour de son décès. Dans Chants pour une lune qui dort, une femme battue confesse son quotidien et s’adresse à son bourreau. Etes-vous une féministe ?

 

Je suis certes féministe, une féministe qui souhaite ardemment que les rapports entre les hommes et les femmes cessent d’être des rapports de pouvoir. Mais ce n’est pas demain la veille, hélas. Ceci dit, j’ai la chance de vivre avec un homme exceptionnel qui m’a toujours appuyée dans ma démarche créatrice, professionnelle et personnelle. Il est même encore plus féministe que moi : il faut le faire ! 

4) J’enseigne dans un lycée hôtelier dont un hôtel d’application est en cours de construction. Son achèvement est proche. J’ai donc particulièrement été sensible à Hôtel des brumes, roman dans lequel vous ouvrez toutes les portes.  J’espère cependant que « notre hôtel » ne connaîtra pas toutes les intrigues dont vous parlez. Votre précision sur le comportement des clients laisse à penser que vous êtes une grande voyageuse. Est-ce vrai ? Nous ferez-vous l’honneur de faire bientôt une escale dans l’hôtel d’application du Lycée Jean Monnet de Limoges ?

Je suis une grande voyageuse, c’est vrai, mais la plupart de mes voyages sont intérieurs. Je crois que l’âme humaine est le plus long et le plus fascinant des voyages. Cet hôtel des brumes est inspiré d’un séjour au Colony, vieil hôtel situé dans l’État du Maine. Pour créer ces personnages, je me suis inspirée de gens que j’y ai croisés et dont j’ai imaginé la vie intime. L’imagination occupe ici la part du lion, car mon but dans l’écriture n’est pas de « faire réaliste ». On me le reproche d’ailleurs parfois. Je crois davantage à la vie rêvée, métaphorisée, qui permet de ne pas se contenter de la raison, mais d’y inclure aussi la passion dans ce qu’elle a de complexe, voire d’insaisissable. J’ai fait une incursion dans ce que j’appellerais l’hyper réalisme dans mes Chants pour une lune qui dort. De me tenir aussi près du réel a été une véritable épreuve pour moi. Pour mon prochain roman, donc, retour à l’imaginaire, et un retour fracassant, car j’ai entamé un roman de science-fiction. Ursula LeGuin est mon modèle en la matière, plus précisément dans La main gauche de la nuit, une œuvre extraordinaire, méconnue par les francophones à mon humble avis.

Je compte retourner à Limoges en 2009. Si cela se concrétise, il me fera plaisir de vous rendre visite et je vous remercie de me donner l’occasion de me faire mieux connaître des Limougeauds, gens simples dont la chaleur humaine me touche grandement !      

 Je vous remercie d’avoir accepté de répondre aussi aimablement à mes questions.

 

Merci à vous !

 

Christiane Lahaie

 

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Les visites de l’été

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J’ai favorisé la mise en place d’une correspondance de nos élèves avec une enseignante d’Afrique du Sud et une autre de l’Ohio. Des circonstances spéciales ont permis à ces deux personnes de venir, durant cet été, en Europe et de faire une halte à Limoges. Bien sûr, en cette période de vacances scolaires, les élèves n’ont pas pu profiter pleinement de ces opportunités et avoir un contact direct avec elles. Cependant Debra et Daleen sont venues jusqu’au Lycée Jean Monnet. Elles ont visité des lieux symboliques de Limoges comme Le jardin de l’évêché avec l’animation « la floraison des mots », la Bibliothèque Francophone Multimédia avec l’exposition sur « la découverte du Québec », la Mairie avec la présentation de « Féeries de porcelaine« , la rue de la Boucherie, le jardin d’Orsay, etc. Elles ont rendu hommage aux victimes de la barbarie nazie en se rendant au village martyr d’Oradour-sur-Glane. Elles ont goûté à notre cuisine qui change bien sûr beaucoup des leur. Elles se sont toutes les deux initiées à l’escrime pour laquelle Limoges a été choisie dans le cadre du championnat du monde vétérans qui aura lieu du 1er au 5 octobre 2008. C’est pourquoi je souhaite que quelques photos, mises sur ce blog ainsi que celui des élèves de CAP de Doris Parneix dont le lien figure dans ma blogoliste, montrent combien Debra et Daleen éprouvent de sympathie pour leurs correspondants, se soucient de leurs études, souhaitent connaître le contexte dans lequel ils vivent et poursuivre les échanges avec eux. Debra se propose même d’animer, dans son lycée, un blog Français Langue Etrangère qui servira de support pour que nos élèves rentrent en communication avec les siens.

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Menons l’enquête

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    » Le roman policier est un récit où le raisonnement crée l’effroi qu’il est chargé d’apaiser » a écrit Narcejac. Cela sous-entend  que ce genre littéraire repose au moins sur deux questions : qui a tué et pourquoi ? Cette spécificité de l’intrigue explique que ses débuts ont été le feuilleton parce que le « polar » doit faire savourer l’attente.

    Il s’agit donc d’un roman à énigmes et, a priori le lecteur et l’enquêteur disposent des mêmes éléments pour trouver les indices de façon à identifier le coupable et trouver ses mobiles. Le paradoxe est que plus le récit « avance » et plus justement on revient en « arrière » pour trouver les motivations de l’assassin. Le temps joue contre le criminel.

    L’enquêteur est un héros ou bien, au contraire, un anti-héros, mais, dans tous les cas il est la figure essentielle du roman. Il est encore plus important que l’assassin. Les habitudes de ce détective deviennent familières au lecteur, à tel point qu’il se forme comme un « couple »entre eux deux. Le quitter est impensable alors Conan Doyle a été sollicité pour réssuciter Holmes qu’il avait fait mourir à la fin du Dernier problème.

   Au niveau du CDI, nous avons tout un pôle consacré au roman policier dont la cote débute par un « P » pour bien le remarquer. Vous y trouverez « les reines du crime » : Agatha Christie, Elizabeth George, P.D. James, Ruth Rendell, etc . Elles sont près d’autres comme Sir Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, Fred Vargas, Anne Perry, Michael Connely , etc . Vous pouvez  aussi « retrouver » ces auteurs sur http://www.romanpolicier.com/ ou bien http://www.polars.org/. Sachez aussi qu’il y a une animation sur le roman policier en ce moment à la BFM de Limogeshttp://www.bm-limoges.fr/agenda.html?eve=449#eve449 . Enfin, la revue Lire n°366 de juin 2008 est « spécial polar ».

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Changement de décor

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             Mon billet d’hier attirait votre attention sur l’esthétique et le côté fonctionnel d’un bâtiment. Comme les conditions de vie changent au fur et à mesure des époques, on est en droit de s’imaginer que les constructions doivent être « recyclables », évolutives.

           Je vais donc vous parler de l’ancienne caserne du quartier Villars à Moulins (Allier), désertée par les militaires, mais qui, classée « monument historique » est devenue le Centre National du Costume de scène et de la Scénographie en juillet 2006.

            Les architectes Jean-Michel Wilmotte et Jacques Brudin ont rénové et agrandi le bâtiment initial. Disons qu’ils ont frappé les trois coups et qu’ensuite le spectacle a pu commencer! En effet, le CNCS conserve une prestigieuse collection de 8 000 costumes de scène et de décors de théâtre. L’ensemble provient de la Bibliothèque Nationale de France, de la Comédie-Française  et de l’ Opéra National de Paris. De nombreux costumes sont signés Christian Lacroix et Jean-Paul Gautier. Certains ont été portés par la cantatrice Maria Callas ou le danseur russe Rudolf Noureev.

          Ce centre national a fait peau neuve, tel un caméléon. Sa seconde vie lui promet un brillant avenir. En attendant d’aller réellement visiter ce musée, découvrez-le de façon virtuelle : http://www.cncs.fr/ . Un lieu où devraient sans doute aimer à aller nos élèves de 3ème DP6 qui nous ont fait une excellente prestation théâtrale jeudi après-midi en mettant en scène, aidés en cela par le comédien Philippe Lopes de la compagnie théâtrale limousine  O’ Navio   à propos de laquelle on peut plus amplement  s’informer sur   http://www.onavio.com/leech/menu.htm ou http://www.myspace.com/onaviotheatre , des saynettes qu’ils ont eux-mêmes rédigées (dont une en anglais !) . Le spectacle était suivi d’une présentation de diaporamas reprenant, sous forme de bandes dessinées accompagnées d’un fond musical en rapport, les textes qu’ils avaient, quelques minutes auparavant, mis en scène. Bravo les élèves. Félicitations! Merci à toute l’équipe pédagogique dans laquelle on compte le CDI, d’avoir contribué à assurer ce succès.

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Paris parie de bien vous documenter

Animations culturelles, Cinéma, Littérature, Pédagogie, Personnages, Société 14 commentaires

                 J’aime fréquenter la BFM de Limoges et ses annexes, cependant il faut avouer que parfois l’objet des recherches est très complexe et nécessite la lecture d’ouvrages spécialisés.  Peut-être aimez-vous flâner dans la capitale pour « faire les magasins » comme on dit et que finalement vous ne connaissez pas toutes les possibilités offertes. Il existe, à Paris, de nombreuses bibliothèques spécialisées dont vous trouverez la liste précise  en consultant : http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=6369&document_type_id=5&document_id=15317&portlet_id=14344

             Leurs grandes  spécialisations sont définies à http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=7974 et sachez qu’il est possible, depuis chez vous, d’avoir accès à une recherche sur catalogue. Parions que vous allez aimer cela!

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Email et courriel

Animations culturelles, Grands événements au lycée, Langues, Littérature, Peinture, Société 1 commentaire

       Vous connaissez nos « cousins » québécois et savez combien ils estiment important d’empêcher la suprématie de la langue anglaise en « francisant » les expressions. Ainsi, ils ne font pas du « shopping », mais ils « magasinent ». Mais c’est surtout dans le domaine informatique qu’ils veulent développer un vocabulaire français . Ainsi,  ils n’écrivent pas des « emails » mais des « courriels » (sous-entendu « courriers électroniques »), ils n’ont pas de « spam » mais des « pourriels » (courriers électroniques pourris, c’est-à-dire indésirables).

       Il n’empêche que Lorraine Bouchard, artiste québécoise, viendra à Limoges pour parler  » Email » que l’on traduit en anglais par « enamel »! Eh oui, je fais un jeu de mots, je veux parler de sa venue Boulevard de la Cité, à Limoges, à la Maison de l’émail qui s’est ouverte fin 2007. A ce sujet, la revue Pays du Limousin, à laquelle le CDI est naturellement abonnée   et dans laquelle le Conseiller Principal d’Education du lycée, Fabrice Varieras, rédige quelques articles,  titrée dans son numéro 31 du 15 octobre 2007 (p 28  à 31) : « Maison de l’émail, un nouveau bijou à Limoges ». L’article était signé Clémentine Perrin et comportait de magnifiques photos. Le Maison de l’émail se trouve au 18-20 boulevard de la Cité à Limoges et est gérée par l’Association Professionnelle Pour l’Email de Limoges.

         Je vous donne des liens en direction de sites en relation avec mes propos :

 http://www.enamel-house.com/ (maison de l’émail à Limoges)

http://www.ville-limoges.fr/Limoges/weblimog.nsf/Tous%2Bdocuments/Z98 (Limoges, ville d’Art)

http://lorrainebouchard.com/accueil/index.html  (Le travail de Lorraine Bouchard).

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Raconte- moi une histoire

Animations culturelles, Littérature, Pédagogie 7 commentaires

  Vous savez, c’est la phrase clef de l’enfant avant de s’endormir. Il souhaite que son parent lui aide à trouver le sommeil grâce à la rêverie qui succède aux contes lus. Pensez à la stratégie employée par Shéhérazade dans les Contes des Mille-et-une nuits de façon à ce que le roi de Perse n’abuse pas d’une vierge chaque soir. Le sultan s’endort, non que l’histoire  soit inintéressante, mais parce que Shehérazade ne la finit jamais et demande d’attendre au lendemain pour connaître la suite. A la manière des enfants, le sultan plonge dans le sommeil pour que plus vite passe la nuit et vienne le jour. Le récit est captivant.

    Les contes, cette année, sont inscrits au programme de classe de terminale aec l’étude de ceux de Perrault et c’est donc un élément déterminant pour comprendre que ce type de récit ne vise pas que l’enfance et participe à tous les âges de la vie. Le psychaniste Bruno Bettelheim a analysé les contes et a montré qu’en fait il y avait toute une symbolique sexuelle autour. L’enfant perçoit l’histoire au premier niveau, mais l’adulte comprend très bien, par exemple, que dans Peau d’Ane l’inceste est évoqué.
  

 Ces récits ne négligent pas les problèmes sociaux. Le Petit Poucet sauve ses frères de l’abandon dans la forêt auquel avaient été contraints les parents trop pauvres. Les contes, malgré leur principe de « merveilleux », ne négligent pas la famine, la misère.
     

  Donc, si vous voulez vous plonger dans ce type de littérature, venez assister aux animations du festival des Coquelicontes dont vous trouverez le programme à  l’adresse suivante :

 http://www.crl-limousin.org/site_crl/dossier_coquelicontes/presentation_coq.html

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