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Six mégapixels, un écran TFT de 2,4 pouces, un zoom digital de 720 x 480 de résolution, et, en prime, une carte mémoire de 2Go. Tout ceci à un prix vraiment très attractif. Bien calée derrière la vitrine, sur un socle bien douillet, je contemplais ces être qui passaient en grand nombre devant moi. Ils étaient attirés par une pancarte volumineuse dont j’étais très fière, qui garantissait qu’avec mon rapport qualité/prix,j’étais la meilleure caméra numérique qui soit. Mon royaume de verre me convenait parfaitement. Je surplombais tout le gratin des perles technologiques. Illuminée de mille feux, je savourais ces moments de gloire, j’avais un succès fou. Cependant je devinais que mon règne n’était pas éternel. Je savais qu’un jour, quelqu’un m’achèterait ; un joumaliste, un explorateur, un grand réalisateur de film … Je me voyais filmer les hautes chaînes de l’Himalaya, les plaines du Nordeste brésilien, les gondoles vénitiennes, faire un tour du côté de Mexico, aller au port d’Amsterdam, à Paris, Londres, Milan, Barcelone, Pékin, puis passer voir le Grand Canyon, voir le relief brut et accidenté des îles Fidji, les temples bouddhistes thaïlandais … Je m’imaginais que grâce à mes belles images, certains verseraient des litres de larmes, que je provoquerais des frissons d’horreur, de plaisir, de nombreux éclats de rire. Je vous entend déjà ricaner. Vous pensez que j’avais de trop grandes ambitions. Seulement, moi, je pensais que ce n’était pas que des rêves, j’étais certaine de ma future réussite. Un bijou de la technologie comme moi était voué à faire de grandes choses.

Il a fallu s’armer de patience, mais le grand jour est enfin arrivé ! J’ai dit adieu à mon doux et confortable piédestal, je m’en allais découvrir le monde !

Jeune, ordinaire, trop ordinaire même. Ni belle, ni moche ; c’était une adolescente comme on en voyait partout. Voici la première description que l’on pouvait donner à la vue de ma propriétaire, une certaine Natasha. Mes premières prises étaient affreuses. Réglages hasardeux et mauvaise lumière ont fait de mes débuts un échec total. Mais j’étais optimiste ! Ma nouvelle maîtresse était une novice, je pensais qu’elle avait un talent encore bien caché, qui allait se développer grâce à mon intervention.

Ce que je ne savais pas encore à ce moment là, c’est qu’un réel gâchis artistique allait débuter, et ce que je savais encore moins, c’est que j’allais en être le malheureux témoin.

Toute la joumée, à n’importe quel moment, à n’importe qu’elle heure, je voyais s’étaler et se pavaner devant mon objectif des créatures aussi bêtes et inutiles que Natasha. Elle passait son temps à filmer son entourage, en me braquant à tout bout de champs sur de pauvres victimes. Des victimes qui n’étaient d’ailleurs jamais à leur avantage. Je voyais passer de tout ! Au très délicat porc qui se grattait sauvagement le bout du nez en passant par le gros plan sur un visage cerné et pas très frais sortant du lit au petit matin, elle ne ratait rien ! Pour votre bien-être, je ne m’étendrais pas sur tout ce que Natasha osait filmer. Ses films étaient gardés, classés, datés minutieusement sur son ordinateur. Son obsession pour les images « chocs» était telle qu’elle ne manquait jamais le moindre faux pas, il ne fallait surtout pas se laisser aller si elle était dans les parages, même si on avait le nez qui nous démangeait, la culotte qu’il fallait remonter, une envie d’écouter du Sardou. Rien. Les membres de sa famille étaient sur le qui-vive constamment. Ces vidéos étaient précieuses, elles servaient à mademoiselle pour obtenir ce qu’elle désirait. Une sorte de monnaie d’échange. C’était une combine très astucieuse mais terriblement diabolique, je ne supportais pas d’en être l’associé -! Je préférais encore devenir une banale caméra de surveillance plutôt que de continuer à collaborer.

«Une vulgaire caméra, bas de gamme, il fallait s’y attendre … ! ». Les premières insultes fusaient, la guerre avait éclaté. Je l’avoue, mon idée n’était pas très réfléchie. Lorsque j’ai commencé à simuler une panne, Natasha m’a amené directement au service après-vente. Cela n’allait durer qu’un temps, je n’aurais pas supporté un deuxième problème de batterie, une deuxième réparation, ces opérations me chatouillent, me gratouillent ; et moi, je suis très fragile.

J’essayais d’échafauder un autre plan de vengeance, lorsque, croyez moi si vous le voulez, des extraterrestres ont débarqués sur notre planète. Parfaitement, des extraterrestres. Très sympathiques d’ailleurs. Ils ont semés un grand trouble sur toute la planète Terre, ils ont fait une entrée fracassante, grande, belle, pharaonne. En un mot ils m’ont é-p-a-t-é. Ils ont tout détruits, il n’y avait rien de récupérable. Ils ont quand même laissés quelques vaches, sinon ça aurait fait trop « cliché », selon eux. C’est là que j’ai rencontré Gurb, au départ il m’avait emporté pour des expériences, puis nous sommes devenus de grands amis. Natasha, elle, est un sujet de recherches important , elle et ses vidéos sont analysés, décortiqués. Mes nouveaux copains font des recherches sur l’erreur de fabrication, ou ce qu’ils appellent plus fréquemment sur le « beug » humain. Maintenant je vais très bien ; Gurb et moi avons beaucoup de projets, entre autres, nous voulons tourner un film, une comédie légère : la vie d’un appareil photo dans les mains d’une jeune extraterrestre sur la planète Grouch. Ça peut être pas mal du tout …

Luana – 2nde 3

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