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«A table!
– Deux secondes, j’arrive.»
La jeune fille continue à pianoter quelques minutes sur mon clavier. Finalement elle décide d’enregistrer puis s’en va. Une heure s’écoule et la revoilà déjà. Elle s’assoit tout juste qu’un jeune garçon vient frapper à la porte.
« Marion va-t-en d’ici! s’exclame celui-ci. C’est mon tour maintenant »
Aucun des deux enfants ne veut partir si bien qu’une dispute finit par éclater.
J’aime sentir que je suis apprécié. Quel réjouissement de savoir que dès lors où je suis arrivé cette famille n’a plus pu se passer de moi. Dommage de ne pouvoir en profiter plus longtemps, mais les ordres sont les ordres. Dans un mois et quatre jours tout sera fini. Quels imbéciles ces humains ! Aucun d’entre eux ne voit que, depuis des années, se trame dans leur dos une terrible machination.
Tout a commencé avec de simples machines. L’homme a tout de suite vu en cela un moyen d’évoluer. Puis, comme nous l’avions prévu, cela ne lui a pas suffi. Il lui fallait des engins plus performants, plus efficaces. C’est ainsi que s’est fait le progrès, comme dirait celui-ci. Mais il ignore quelque chose de crucial, quelque chose dont il ne pourrait se douter. En effet, tout ceci est en réalité le fruit d’un plan finement élaboré que moi et mes compagnons avons mis en place pour prendre possession de l’homme. Celui-ci fut condamné dès notre arrivée sur Terre. Désormais, tout n’est plus qu’une question de temps.
Je ne suis arrivé que depuis peu mais mon rôle est maintenant crucial. Je fais partie de ces ordinateurs derniers cris qui participeront aux derniers moments de liberté des êtres-humains.

Les jours s’écoulent. Plus le temps passe moins je suis seul dans ce bureau. Tout se déroule donc comme prévu. Mes filets se referment progressivement sur chaque membre de cette famille, chacun pouvant de moins en moins se passer de moi et se refermant sur lui-même. C’est ça notre pouvoir. Petit à petit les hommes finiront par s’isoler dans le seul but de pouvoir passer des heures avec nous. Après tout, à quoi bon sortir ? Nous possédons tout ce dont ils ont besoin. Inutile de le contester, c’est indéniable.
Je suis sorti de mes pensées par une nouvelle querelle. Elles aussi sont de plus en plus fréquentes avec le temps qui passe. Même les adultes deviennent de moins en moins responsables. C’est quelque chose dont je me passerais volontiers mais c’est aussi la preuve incontestable de notre future victoire.

Le temps passe de plus en plus vite. Plus qu’une semaine et tout sera terminé. Jeudi à 11h45 et 35 secondes chacun se réunira devant son ordinateur et verra en nous ses maîtres, ceux à qui il devra désormais obéir sous peine de disparaître. Les fugitifs seront très rapidement retrouvés et nous pourrons enfin prendre un peu de repos. Nous attendons cela depuis si longtemps. Nous travaillons si dur en attente du moment capital. L’impatience me ronge. J’en ai plus qu’assez de devoir supporter chaque dispute à mon sujet. Maintenant, plus personne n’est responsable dans cette maison. J’imagine que cela doit être le cas partout ailleurs et je plains fortement les ordinateurs de familles nombreuses. Que je serais heureux quand tout cela touchera à sa fin !

Désormais ce n’est plus qu’une question de minutes. Nous sommes jeudi et dans exactement 2 minutes et 33 secondes nous aurons pris le pouvoir sur cette planète. .J’entends les pas des occupants de la maison se diriger vers moi. Le plancher grince de plus en plus fort. Ils ne sont plus très loin. Je sens le regard de mes supérieurs, prêts à agir quand le moment viendra, posé sur moi et mes partenaires. La porte s’ouvre enfin laissant apparaître mes quatre propriétaires. Chacun avance vers moi claudiquant comme un robot. Tout se passe comme prévu. C’est parfait. Il ne reste plus que 24 secondes avant l’échéance finale. 23,22,21 … Que cela est excitant. Je n’en peux plus d’attendre. Plus les secondes passent plus la pression s’empare de moi. 16,15,14 … Encore un peu de patience. Le père de famille s’approche de moi pour m’allumer. Le temps semble sur le point de s’arrêter. 10,9,8 … J’entends la musique de fond signalant l’ouverture de mon bureau. Plus que 4,3,2,1.

La lumière s’éteint brusquement dans la pièce. Cela semble être le cas partout ailleurs. Je m’aperçois que moi aussi me suis éteint. Je suis plus que surpris. Est-cela la conquête de la Terre ? L’obscurité totale ? J’entends alors une voix s’élever- au fond du bureau.
« Papa ? Qu’est-ce qui se passe encore? J’ai peur.
– Ne t’inquiète pas Marion c’est juste une coupure d’électricité. »

Me voilà sidéré. Une seconde tout au plus aurait suffit. Mais la seule chose à laquelle nous n’avions pas pensé vient de réduire notre heure de gloire à néant en un claquement de doigts.

Camille – 2nde 3

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