Syntax error

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« Mais … que s’est-il passé ? »

C’est vrai, après tout, il ne s’est rien passé. Comment pouvais-je me douter de ce qui arriverait ? C’est à cause de mon travail, peut-être. C’est vrai, c’est au travail que tout a commencé.

J’étais comptable dans une entreprise. Et là, toute la journée, je comptais. J’adorais ça, j’avais ma calculatrice toujours avec moi. Rien de plus banal, finalement. Il ne se passait rien. Je calculais, je comptais, j’additionnais, je retenais, je multipliais, je revenais, et je recommençais, encore, encore et encore, à l’infini ! Le nombre n’ont pas de limite, tout est calculable, tout est mesurable, pourquoi s’en priver ? Un problème ? Hop, je sors ma calculatrice, quelques calculs simples et la solution se retrouve affichée devant vos yeux, comme par magie. Combien de bénéfices pouvons-nous tirer de cette affaire ? Calculatrice. Combien pouvons-nous acheter de matériel ? Calculatrice. Dans combien de temps ce chantier sera-t-il terminé ? Combien de fois aurais-je le temps de faire le tour de la terre en ce laps de temps ? Quelle est l’aire de mon bureau ? Calculatrice, calculatrice, calculatrice.
Comme c’était pratique !

Sachant qu’il y a trente-deux marches pour sortir de mon immeuble, puis vingt-quatre plus douze petites dans le métro, plus les quarante-huit à mon bureau, en sachant que je fais l’aller retour plus la pause pour manger où je descend dans la rue, cela fais … calculatrice: deux fois trente deux, plus deux fois vingt-quatre, plus deux fois douze, que j’additionne à quatre multiplié par quarante-huit, égal … trois cent vingt huit marches passées dans la joumée ! Mais combien descendues, combien montées ? Combien en un mois, en un an ? Calculatrice.

C’est devenu une obsession, je calculais tout ce que je faisais, combien de temps je dormais, combien de grammes d’aliments je mangeais. Et puis je ne dormais plus, je ne mangeais plus pour pouvoir calculer. Et, évidemment, je ne travaillais plus non plus. Il a fallu trois mois à mon chef pour ne plus me supporter. Il lui a fallu un jour pour me mettre à la porte. Il m’a fallu deux heures trois quart pour expliquer à ma femme ce qui s’était passé.

« Mais il ne s’est rien passé ! Cela fait deux ans et cinq mois que je vais dans cette boîte tous les matins, que je fais le même boulot ! Comment veux tu que j ‘y comprenne quelque chose ?

– Ecoute, tu ne fais plus attention à rien, tu es complètement obnubilé par cette … calculette ! Il faut te ressaisir ! Tu vas devoir retrouver un emploi et … tu m’écoutes ?

– Oui … Oui, c’est ça, deux ans, cinq mois et treize jours, exactement.

– Regarde-moi quand je te parle ! Il faut que tu retrouves du travail !

– Laisse-moi, je travaille ! »

Elle a piqué une crise de nerfs. Finalement, elle a dû en avoir marre et partir, mais je ne m’en suis aperçut que le lendemain matin, quand j’ai trouvé la table du petit déjeuner vide. Partie !
Ah, elle était partie ! Ah … mais, comment allais-je manger, moi? J’ai cinq euro vingt-cinq centimes. Combien de croissants pouvais-je me payer avec vingt-cinq centimes ? Calculatrice. Finalement, c’était très bien comme ça. J’avais la journée pour moi ! Pas de travail, pas de femme, rien que moi et mes calculs ! Ah ! Ah ! Le monde entier m’était ouvert !

Le soir venu, ma femme revint. Elle partit dans la chambre, faire des valises. Ah, elle partait définitivement ! Enfin ! Dire que j’avais passé … c’est ça, cinq ans, un mois et quatre jours avec elle. Que de temps perdu, environs …

J’étais déjà en train de faire des pronostics, lorsque quelqu’un frappa à la porte et des hommes entrèrent.

– Bonjour madame. C est lui ?

– Oui, je … ses valises sont prêtes. Chéri ?

– Mais qu’est-ce que … comment, « Syntax error » ? Il était parfaitement clair, ce calcul !

– Chéri, tu vas devoir suivre les messieurs, je … c’est pour un certain temps seulement … tu m’écoutes ?

– Syntax error ! C’est la meilleure, celle là ! Il y a des gens qui ne manquent pas d’air ! SYNTAX ERROR !

Je m’étais levé, à présent, et je parcourais la pièce en faisant de grands gestes.

– Syntax error ! Tu sais ce qu’il te dit, Syntax error ? Il te dit vas te faire calculer ailleurs, ouais !

– Mais … que s’est-il passé ? demanda un des médecins.

Ma femme me regarda avec un air triste.

– Rien … il ne s’est rien passé.

Mais déjà les médecins m’emmenaient, loin, très loin de mes ennuis, dans une petite maison avec une chambre blanche, dans laquelle je pourrais calculer, encore et toujours, jusqu’à la fin de ma vie …

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Monsieur et son métro

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Monsieur est un peu malade, sûrement le mois de février, un état grippal passager. Monsieur se lève péniblement. Il n’a pas beaucoup dormi cette nuit, encore ces petites insomnies dues au stress constant du travail. Il embrasse machinalement le front de Madame et va prendre sa douche quotidienne.

Après avoir pris son petit-déjeuner, mis ses mocassins en cuir et réajusté sa cravate, Monsieur sort et prend la rue Rambuteau, passe devant le Forum des Halles, pour se rendre à la station de métro Châtelet. Il attend la prochaine rame, comme toutes les autres personnes qui se rendent à leur travail. Monsieur participe de façon active à la vie sociale et économique de son pays. Malheureusement, parmi les individus qui attendent sur ce quai, il y a également des clochards, des SDF. Ils font tache, avec leurs vieux vêtements noircis par la crasse, au milieu de tous ces costumes et ces tailleurs proprets. Monsieur s’avance pour pouvoir entrer le premier et se retrouve à côté de l’un de ces nécessiteux. Mais Monsieur ne le regarde pas, il se contente de hausser un sourcil d’un air dédaigneux. Vous ne pensez tout de même pas que Monsieur prête quelque attention à un pouilleux ?

La rame arrive sur le quai en crissant bruyamment. Monsieur fait un pas pour entrer. Bousculé par le flot des passagers, il réussit à avoir une place en poussant une vielle dame. Il faut savoir s’imposer dans la vie.

Voilà, maintenant il doit attendre, attendre dans la monotonie ambiante, attendre au milieu de tous ces visages vides et dénués de tous sentiments. Monsieur est agacé.

Enfin sa station arrive. Les portes s’ouvrent, une masse dense et grouillante sort précipitamment et mécaniquement tels les rouages d’une machine infernale fonctionnant à plein régime.

Monsieur suit la foule et sort de la station. Il traverse la place du Tertre, toujours occupée par de prétendus artistes sans intérêt, qui vous interpellent pour soi-disant faire votre portrait et vous soutirer une « petite pièce » comme ils disent, pour payer leurs gribouillages médiocres. Heureusement, Monsieur ne s’est jamais laissé prendre par cet attrape-touriste : il marche et regarde droit devant lui, hermétique à tout mouvement extérieur. Il faut se protéger de toute déchéance. L’art. … quelle aberration, quelle inutilité ! Monsieur est irrité.

Après avoir descendu la rue Mouffetard, Monsieur arrive enfin sur son lieu de travail : une grande entreprise d’ingénieurs en aéronautique. Les heures passent. La journée est rythmée par l’élaboration de projets très onéreux, la contemplation du décolleté de la nouvelle secrétaire et l’envoi d’un mail coquin à sa maîtresse qu’il ira retrouver en fin d’après-midi.

A 16 heures, Monsieur téléphone à Madame pour la prévenir qu’il ne rentrera que vers 19 heures, qu’il a beaucoup de travail, qu’il ne peut pas faire autrement et qu’il en est désolé. Madame sait que Monsieur travaille énormément, elle comprend.

Après avoir débité son alibi, Monsieur ayant fini sa journée, prend l’ascenseur, sort de l’immeuble et traverse la place des Abesses. Il descend à la station de métro la plus proche et attend. La rame arrive, il s’engouffre dedans, porté par la foule. Le trajet dure seulement 5 minutes. Le métro s’arrête, et Monsieur se lève presque aussi automatiquement que les portes qui viennent de s’ouvrir. Il prend l’escalator et débouche sur la rue Bailleul. Il arrive rue Jean Monet, au 17, à l’hôtel le Bristol, un quatre étoiles, excusez du peu … Là, il prend l’ascenseur et va rejoindre sa maîtresse. Vous comprenez, Madame son épouse est à présent femme au foyer, mère de deux enfants, et son corps n’est plus tout à fait le même qu’au premier jour. Monsieur délaisse donc quelque peu son devoir conjugal. Cependant, il doit assouvir ses besoins d’homme viril et puissant. Et puis si cela vous choque, mettez-vous au goût du jour, tout homme reconnu a une maîtresse voyons ! Monsieur est excité.

Après avoir passé une heure trente dans des ébats bruyants et éreintants, Monsieur reprend l’ascenseur, redescend au rez-de-chaussée et reprend la rue dans l’autre sens. Il rejoint la même station de métro qu’à l’aller et attend. La rame de métro arrive et Monsieur passe les portes.
Monsieur attend. Il est 1 8 heures 45. Monsieur pourra arriver chez lui à l’heure dite. Quand la voix artificielle des hauts parleurs annonce
« Châtelet » il est 1 8 heures 55, il a juste le temps de sortir de la bouche de métro, de passer le Forum des Halles, d’arriver rue Rambuteau et d’ouvrir la porte de « son petit chez lui ».

Dès son entrée, son fils et sa fille l’agrippent de tous les côtés. Madame dit bonsoir à Monsieur en lui embrassant tendrement la joue. Satisfait, Monsieur s’installe sur le canapé en attendant le repas, et allume leur home cinéma dernier cri. De légers tremblements agitent sa main posée sur l’accoudoir. Monsieur est surmené.

Le lendemain, Monsieur, prêt à partir, réajuste sa cravate. Il entend la radio annoncer la grève du Métro. Monsieur supporte de moins en moins ce genre de tracas. Son visage est un peu crispé. Il descend au parking privé prendre sa voiture, démarre et sort du sous-sol. Une vieille dame au loin traverse la rue. Monsieur sourit, accélère. Son coupé BMW bondit et atteint de plein fouet la frêle silhouette.

Monsieur a craqué.

Hélène – 2nde 2

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Une invasion presque parfaite

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«A table!
– Deux secondes, j’arrive.»
La jeune fille continue à pianoter quelques minutes sur mon clavier. Finalement elle décide d’enregistrer puis s’en va. Une heure s’écoule et la revoilà déjà. Elle s’assoit tout juste qu’un jeune garçon vient frapper à la porte.
« Marion va-t-en d’ici! s’exclame celui-ci. C’est mon tour maintenant »
Aucun des deux enfants ne veut partir si bien qu’une dispute finit par éclater.
J’aime sentir que je suis apprécié. Quel réjouissement de savoir que dès lors où je suis arrivé cette famille n’a plus pu se passer de moi. Dommage de ne pouvoir en profiter plus longtemps, mais les ordres sont les ordres. Dans un mois et quatre jours tout sera fini. Quels imbéciles ces humains ! Aucun d’entre eux ne voit que, depuis des années, se trame dans leur dos une terrible machination.
Tout a commencé avec de simples machines. L’homme a tout de suite vu en cela un moyen d’évoluer. Puis, comme nous l’avions prévu, cela ne lui a pas suffi. Il lui fallait des engins plus performants, plus efficaces. C’est ainsi que s’est fait le progrès, comme dirait celui-ci. Mais il ignore quelque chose de crucial, quelque chose dont il ne pourrait se douter. En effet, tout ceci est en réalité le fruit d’un plan finement élaboré que moi et mes compagnons avons mis en place pour prendre possession de l’homme. Celui-ci fut condamné dès notre arrivée sur Terre. Désormais, tout n’est plus qu’une question de temps.
Je ne suis arrivé que depuis peu mais mon rôle est maintenant crucial. Je fais partie de ces ordinateurs derniers cris qui participeront aux derniers moments de liberté des êtres-humains.

Les jours s’écoulent. Plus le temps passe moins je suis seul dans ce bureau. Tout se déroule donc comme prévu. Mes filets se referment progressivement sur chaque membre de cette famille, chacun pouvant de moins en moins se passer de moi et se refermant sur lui-même. C’est ça notre pouvoir. Petit à petit les hommes finiront par s’isoler dans le seul but de pouvoir passer des heures avec nous. Après tout, à quoi bon sortir ? Nous possédons tout ce dont ils ont besoin. Inutile de le contester, c’est indéniable.
Je suis sorti de mes pensées par une nouvelle querelle. Elles aussi sont de plus en plus fréquentes avec le temps qui passe. Même les adultes deviennent de moins en moins responsables. C’est quelque chose dont je me passerais volontiers mais c’est aussi la preuve incontestable de notre future victoire.

Le temps passe de plus en plus vite. Plus qu’une semaine et tout sera terminé. Jeudi à 11h45 et 35 secondes chacun se réunira devant son ordinateur et verra en nous ses maîtres, ceux à qui il devra désormais obéir sous peine de disparaître. Les fugitifs seront très rapidement retrouvés et nous pourrons enfin prendre un peu de repos. Nous attendons cela depuis si longtemps. Nous travaillons si dur en attente du moment capital. L’impatience me ronge. J’en ai plus qu’assez de devoir supporter chaque dispute à mon sujet. Maintenant, plus personne n’est responsable dans cette maison. J’imagine que cela doit être le cas partout ailleurs et je plains fortement les ordinateurs de familles nombreuses. Que je serais heureux quand tout cela touchera à sa fin !

Désormais ce n’est plus qu’une question de minutes. Nous sommes jeudi et dans exactement 2 minutes et 33 secondes nous aurons pris le pouvoir sur cette planète. .J’entends les pas des occupants de la maison se diriger vers moi. Le plancher grince de plus en plus fort. Ils ne sont plus très loin. Je sens le regard de mes supérieurs, prêts à agir quand le moment viendra, posé sur moi et mes partenaires. La porte s’ouvre enfin laissant apparaître mes quatre propriétaires. Chacun avance vers moi claudiquant comme un robot. Tout se passe comme prévu. C’est parfait. Il ne reste plus que 24 secondes avant l’échéance finale. 23,22,21 … Que cela est excitant. Je n’en peux plus d’attendre. Plus les secondes passent plus la pression s’empare de moi. 16,15,14 … Encore un peu de patience. Le père de famille s’approche de moi pour m’allumer. Le temps semble sur le point de s’arrêter. 10,9,8 … J’entends la musique de fond signalant l’ouverture de mon bureau. Plus que 4,3,2,1.

La lumière s’éteint brusquement dans la pièce. Cela semble être le cas partout ailleurs. Je m’aperçois que moi aussi me suis éteint. Je suis plus que surpris. Est-cela la conquête de la Terre ? L’obscurité totale ? J’entends alors une voix s’élever- au fond du bureau.
« Papa ? Qu’est-ce qui se passe encore? J’ai peur.
– Ne t’inquiète pas Marion c’est juste une coupure d’électricité. »

Me voilà sidéré. Une seconde tout au plus aurait suffit. Mais la seule chose à laquelle nous n’avions pas pensé vient de réduire notre heure de gloire à néant en un claquement de doigts.

Camille – 2nde 3

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Histoire d’une parmi tant d’autres

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Je me sentais bien, flambant-neuve au milieu de ce rayon de supermarché, je sentais encore la colle de cette étiquette contre mon ventre. Une capsule me servant de bâillon afin d’éviter que par une maladresse quelconque je renverse le liquide pétillant que je contenais. Je me sentais fière, j’allais être utile à quelqu’un, j’étais belle, j’arborais des formes avantageuses et une magnifique peau verte translucide. L’attente dans ce rayonnage me sembla être des siècles tant j’étais pressée de servir, enfin servir …

Petit à petit, le rayon perdit à yeux ses belles couleurs, il devint terne et grisonnant, le temps paru long. Je vis toutes mes jumelles se faire la malle dans les providentiels sacs plastiques des clients pressés.

Et puis un jour que je me morfondais seule dans ce rayon, oh miracle, une grande main pleine de doigts s’approcha de moi, me saisit et me lâcha dans un sac plastique. A moi la nouvelle vie !

L’extase d’une vie d’aventures et de beuveries emplissait mon petit corps tout vert alors que commençait le balancement en direction de la caisse. Bientôt je me sentis soulevée, puis déposée sur un sol de caoutchouc, le tapis roulant m’emmena devant la caisse, un léger chatouillement dû au laser et à moi la liberté !

Mais soudain ce fut la désillusion, dans l’immense poche où je venais d’atterrir, se trouvaient déjà une douzaine de jumelles. Je me sentis trahie, je me croyais l’unique élue de ce bel acheteur, mais non je n’étais qu’une parmi tant d’autres …

C’est la mort dans l’âme que je vécus le trajet jusqu’au coffre d’une petite voiture déglinguée. Une fois de plus je sentis ses grosse mains à travers la fine paroi du sac, elles nous soulevèrent et nous lâchèrent dans un coffre encombré. Je sentis la mousse remonter a cause des nombreux soubresauts que subit l’automobile durant le trajet. Je crois bien que j’étais malade quand l’homme empoigna de nouveau la poche plastique, la montée des escaliers n’arrangea pas mon état, la mousse continuais de monter, j’avais l’impression que ma tête allait exploser sous la pression. J’entendis une clef tourner dans une serrure, on déposa le sac sur le sol. On nous souleva de nouveau mais cette fois pour nous déposer dans un frigidaire. Ah quel bonheur que la fraîcheur d’un frigo après un périple de la sorte! Je profitais de ce moment de répit pour réfléchir à ma condition. C’est vrai après tout, qui se soucie des états d’âme d’une pauvre bouteille … Je me sentais seule et perdue dans un monde inconnu. Malgré la présence de toutes ces sœurs, mais elles trouvaient cela normal de se faire acheter, vampiriser puis jeter sans autre forme de procès.

Je me trouvais ridicule d’avoir pu penser que la vie pourrait m’apporter quelque chose de plus, qu’avais-je imaginé, qu’un humain pris de pitié m’aurais prise sous sa protection …

Non tout ce qui intéressait les hommes c’était le houblon brassé que nous contenions, ils n’avaient donc aucun respect pour nous pauvres bouteilles. Et puis, quel effet cela fait de se faire boire ? Certaines disent que c’est douloureux, d’autres que l’on ne sent rien. Je n’en crois aucune, on n’a jamais revu de bouteille vide en vie. Soudain je pris peur, que pouvaient-ils bien nous faire? Comment s’y prenaient-ils pour nous boire? Ils n’oseraient tout de même pas nous ôter notre capsule, ce devait être extrêmement douloureux. Le simple fait d’y penser me donnait froid dans le dos. Soudain la porte du frigo s’ouvrit et une paire de grands yeux gris me surplomba, une grande main s’avança et se saisit d’une de mes sœurs puis la porte se referma. Je tentais de me rassurer, jamais un homme avec de si beaux yeux n’oserai faire du mal à un être sans défenses. Puis à force de penser à cette paire d’yeux, je me pris a rêver que cet homme était bon et qu’il allait m’emmener loin de ce frigo, de cette maison, loin de tout, lui et moi. Le bruit de la porte qui s’ouvre m’arracha à mes rêveries et les yeux réapparurent. Cette fois la main s’empara de moi, oh comme son contact était doux … Je vis ses lèvres s’approcher de ma capsule, il ouvrit la bouche … et planta violemment ses dents dans ma capsule. Il la fit sauter en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la douleur était insupportable, ses lèvres se collèrent à la plaie ouverte et il aspira goulûment et d’une traite mon précieux contenu. Moi je souffrais du corps et de l’âme, cet homme que j’avais commencé à aimer avais abusé de son pouvoir sur moi, je n’avais pas pu me défendre. Et une fois son forfait accompli, il me lança violemment sur le sol, ma dernière pensée fut que j’allais mourir d’amour, je lui avait tout donné et il avait TOUT pris.

 

 

Francès – 2nde 3

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Elle était sortie prendre l’air

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C’est avec difficulté qu’il a commencé son repas. Il mâchait la chair dure de la cuisse suintante de graisse qu’il tenait dans sa main. Un oiseau, peut être de la volaille. Il n’en était pas sûr.

« Laisse m’en, j’ai faim. »
Il reposa sa nourriture dans l’unique plat de porcelaine fissuré, l’ombre d’un dessin aux couleurs délavées d’une fleur vers le centre, posé sur la table de bois.Il mit une main à sa bouche et retira son dentier.

« Tiens », dit-il.

Elle allait mettre le dentier, mais s’arrêta. Elle prit le couteau, retira quelques morceaux de viande coincés ça et là, et l’inséra dans sa bouche. Puis elle serra les dents pour vérifier qu’il était bien agencé. Prenant la cuisse dans le plat, elle mangea.
« C’est froid.
– On n’a plus de bois.
– Du gaz ?

– On a plus de gaz.

– Il faudra en acheter.

– On n’a plus d’argent.
– Il faut attendre un mois.
– Il faut attendre un mois. »
Elle était à la fenêtre, et fumait. Il s’approcha d’elle.

« Ça va mieux?

– Non.
– Je peux ?»

Elle lui tendit la cigarette. Il la porta à ses lèvres.

« Je vais essayer de te trouver quelque chose.

– On n’a plus d’argent.
– Je sais. »
Elle soupira.

« Et si on vendait le dentier?
– Tu es fou ? On ne peut pas.
– Non, on ne peut pas.
– Tant pis.
– Mais tu as besoin de soins …
– Ça va passer.
– Tu dis toujours ça.
– C’est toujours passé. »
Il soupira et souffla la fumée qui s’évapora en longues volutes dans le ciel de plomb. Il lui tendit la cigarette.

« Ne tarde pas à fermer la fenêtre, il ne faut pas que le froid rentre.
– Oui.

– Il nous en faut un deuxième.
– Pourquoi ?

– C’est pour ça qu’on est si malade … Regarde comme on est sale … Avec un deuxième dentier, ça ira mieux.

– On n’a plus d’argent.

– Je vais essayer.

– Tu pars ?
– Oui.
– A ce soir.
– A ce soir.

Il l’embrassa, enfila son vieux manteau de cuir et ouvrit la porte. Elle se retourna et l’interpella : « Il est où ? ».
Il répondit que le dentier était dans le tiroir, près du lit, comme toujours. Il referma doucement la porte : elle manquait de se casser depuis quelques semaines, et il ne le fallait vraiment pas, ils n’avaient plus d’argent.

Un peu de vent soufflait, mais il ne faisait pas vraiment froid. Le printemps arrivait doucement, apportant son taux de soucis et d’allergies. Il se mit en marche rapidement vers la station de tram la plus proche. Il calcula mentalement les dépenses restantes avant la fin du mois et la prochaine paye. Après la crise médicale dont la France a souffert ces derniers temps, les prix des frais médicaux ont au moins doublé. Elle avait attrapé une angine, on l’a soigné à temps mais ils ont dû débourser 150 €. Évidemment, à cause du dentier qu’ils se partageaient, il a été atteint du même mal peu de temps après. Pour le mois, les frais médicaux ont dépassé les 350 €, un peu plus du tiers de son salaire. Il y passa sa journée. La grande place où était situé l’hôpital était noire de monde. Les patients les moins riches en occupaient les bords, étendus sur des lits de fortune. On lui dit vite que, désolé, l’hôpital ne délivrait plus qu’un seul dentier par foyer, et qu’il faudrait qu’il fasse recours au marché d’Etat qui en vendait d’occasion au prix fort pour renflouer les caisses médicales.Il savait bien que cet argent serait plutôt utilisé pour la « Sécurité du territoire» que pour aider la médecine, et de toute façon, il n’avait pas d’argent. Son retour lui prit plus de temps que prévu. Le tram a été stoppé, encore un mort sur la voie. Et on se battait pour avoir son dentier, et on se battait pour avoir les meilleurs morceaux. Le mort avait été sûrement aisé, il n’était pas encore maigre. Lui, n’avait pas participé à la bagarre. Il ne voulait pas risquer sa vie pour un second dentier. Il y en avait un qui l’attendait, chez lui.

 

Assise en tailleur sur le sol de pierre de la pièce à vivre. Ses mains tremblantes allument leur dernière cigarette. Ils n’avaient pas été assez vigilants. Tout est renversé autour d’elle. Ils n’avaient pas été assez vigilants. Elle était sortie prendre l’air. Et quand elle était rentrée …

Elle pleure. Ils n’ont pris que le dentier. C’était ça qu’ils cherchaient. Ils voulaient vivre. Elle pleure et soupire. Eux aussi, ils voulaient vivre.

 

Au moins, bientôt, ils n’auront plus faim.

 

 

Hugo – 2nde 3

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Tout ça pour une pub

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Bill Bryson, âgé de quinze ans vit en compagnie de ses parents, de son frère et de sa sœur. Cette famille américaine demeure dans un quartier de Boston au bord de la Charles River. Victime de l’obésité qui touche maintenant plus de neuf pour cents des enfants de douze à dix-sept ans, Bill pèse 150 kilos pour 1m60.
Vous vous demandez quel est le péché mignon qui lui procure un corps d’athlète et une énergie sans pareille ! C’est le Nutella. Vous connaissez peut-être cette exemplaire Pâte à Tartiner aux noisettes et au Chocolat, si peu grasse qu’elle ne contient que des huiles notamment végétales qui sont tenues en suspension par de la lecithine de soja (un émulsifiant excellent pour la santé !), si goûteuse grâce au lait écrémé en poudre présent à seulement 6,6% et surtout grâce à la considérable présence du chocolat au cacao maigre de 7,4%. La cerise sur le gâteau est bien entendu le sucre ainsi que l’arôme artificiel qui donne envie d’en manger indéfiniment, ce qui permet aux commerçants d’en vendre encore et encore avec délectation jusqu’à plus de 70000 tonnes par an en Amérique. Sachez quand même que le mot Nutella est composé de « nut » (noisette) et « -ella », suffixe de nombreux prénoms italiens comme Isabella ou Stella. Le Nutella serait alors comme un véritable être humain et nous devrions lui dire merci plus souvent car c’est lui qui créé le déséquilibre entre notre apport calorique quotidien et nos dépenses énergétiques. Dans 100 g de Nutella, il y a 530 kcl soit un quart des besoins caloriques journaliers or un pot a une masse de 400g. Ah oui, important de le signaler, la publicité va même jusqu’à nous dire comment goûter convenablement. Elle a inventé « le goûter Nutella » : pain 30g, Nutella 15g, yaourt 125g, jus d’orange 100ml soit 250kcl. Cette publicité, proposant des plaisirs extrêmes aux yeux des enfants, provoque chez eux des troubles psychologiques. Ainsi l’enfant est « envoûté» et « poussé» à la consommation d’un produit unique et qui lui procure un « bien-être » fou. Il n’y a qu’à voir le pauvre Bill !
Franchement, tirons révérence à la publicité qui maîtrise prodigieusement la société dès son plus jeune âge.
Enfin, aujourd’hui, Bill qui est accro au Nutella n’en a plus chez lui. Quelle honte ! Il s’empresse donc d’aller en acheter. En errant, désespéré, il aperçoit enfin une petite épicerie, enfoncée dans un coin sombre de la petite rue Nutellife. Sur l’enseigne est collée une publicité pour le Nutella qui récite visiblement « Nutella vous accompagne au quotidien » et « En ce moment pour 2 pots achetés, le 3ème est offert». Cette affiche ne passe pas inaperçue aux yeux de Bill qui se hâte dans le petit Superpot, pardon, la petite superette. Intrigué par un produit à l’emballage doré, il s’en approche et constate que c’est un pack de trois pots de Nutella. De retour chez lui, il ouvre instinctivement les trois pots dorés et en gobe goulûment ce qu’il appelle l’or brun mais, à notre avis, qui ressemble plutôt à un magma d’huile marron. Mais quelque chose lui semble différent, ce Nutella n’a pas le même goût que d’habitude. Il tâte alors la matière de ses lèvres si joliment colorées de chocolat (comme dans la publicité vous savez). Ce geste confirmait alors sa pensée, ce chocolat-là est meilleur. Le garçon, relativement ventru, en veut un autre exemplaire. Il demande alors à sa mère d’aller en acheter au même endroit que lui. Malheureusement, il n’y avait plus les même pots, Mme Bryson lui en achète un, par conséquent différent, mais toujours de la même marque, Nutella. Bill, pas content, commence à « faire des siennes » à sa brave mère qui commence à s’énerver elle aussi, mais calmement :

 » Mais enfin Bill, c’est toujours du Nutella !

– Non, celui-ci n’a pas le même emballage. Il y a marqué dessus Nutella votre complice au quotidien, sur l’autre était marqué vous accompagne au quotidien.

– Et bien, c’est pareil !

– Non, ça n’a pas le même goût ni le même usage.

– Tout ça pour une question de publicité. Ne sois pas idiot, ne prends pas au mot ce qu’il y a écrit sur l’emballage, c’est juste pour promouvoir et mieux vendre le produit !

– C’est comme de la publicité mensongère alors !?

– Mais non, ne dis pas de sottises, c’est absurde, ça n’a strictement rien à voir ! J’en ai rien à fiche, je veux le même sinon je jette celui que tu m’as acheté !

– Ils ont bien trouvé leur slogan les promoteurs, dit-elle mécontente et à part ; il en faut de l’énergie pour être un enfant ! « 

Vincent et Robin – 2nde 3

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Métro, boulot, dodo, mort

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Métro, boulot, dodo, mort

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Costards, cravates, valisettes en cuir … Chemisiers fins, maquillages rapides ou impeccables, sacs à main de marque … Et ces non sourires, comme tous ici.Là, une adolescente déjà abattue dès le matin, sûrement en route vers la même routine que la veille, la même rengaine, un léger rictus aux lèvres. Ses épaules sont voûtées par le poids d’un sac d’école trop lourd pour elle. Ici un jeune cadre, pas franchement dynamique, plutôt endormi, engourdi, abruti. Son attaché-case ressemble à une bombe à retardement qu’il regarde d’ailleurs, anxieux. Lui aussi affiche un rictus de souffrance. Encore ici, une mère de famille qui se débat avec trois sacs trop lourds, trop gros, une poussette et son bébé bruyant. Il n’est pas huit heures, elle ressemble à celle qu’elle sera douze ou treize heures plus tard, morne et éreintée. Le bébé hurle, le rictus de la mère s’ancre et elle grimace davantage.

Chaque matin, dans ce lieu morne, cette rengaine tellement connue me revient :

« Métro, boulot, dodo ».

Un mot a été oublié. Il serait plus juste de dire …

« Métro, boulot, dodo, mort ».

En plus, ça ne colle que mieux à ce que j’observe chaque matin et soir là-dedans. Des visages tristes, ennuyés, fatigués. On pourrait imaginer que tous ces gens se cachent dans leur bulle de pensées douces, de souvenirs heureux, de rêveries d’avenir prospères. Qu’il y a du beau en eux même s’il est tôt.

Non. Non! On le voit, on le sent, on le lit dans leurs yeux vides, ils sont décérébrés, abrutis. L’adolescente est reliée à son fil. Le jeune cadre est relié à son fil. La mère de famille, coupée du bébé, est reliée à son fil. Tous! Tous, ils sont dans leur bulle de musique vissée aux oreilles. Leurs pas avancent selon la cadence de ce qu’ils s’injectent. Leur souffle est commandé par un rythme pulsé dans leurs oreilles. Leur cœur bat et les fait encore avancer vers le jour suivant parce qu’ils sont en jonction avec cette espèce de cordon ombilical du XXlème siècle.

L’incontournable. Celui que chacun possède. Partout. Celui auquel on prête toutes les attentions. Est-il à jour ? Est-il rechargé ? Est-il bien clipé ? Deux oreillettes, un fil en forme de V et un boîtier. Un boîtier coloré si petit, si discret, si insignifiant, mais d’une telle contenance que le trajet pourrait durer plusieurs heures. Des jours, pour les modèles les plus sophistiqués. Des vies entières?

Les pubs pour ces boîtiers envahissent notre quotidien :

« Petit ? Mais la plus grande idée qui soit. Soyez populaire, soyez dans le vent, partagez vos émotions, mais soyez avare de votre musique. Pour vos oreilles seulement, pour votre plaisir uniquement. Avec un affichage lumineux d’une qualité étonnante, ayez chacun votre … »

Ou celui-ci, d’un concurrent :

« Toujours sur vous ? Toujours en vous ? Un délice qui se glisse dans vos oreilles pour oublier le temps ? Vous recherchez la musique de votre chanteur préféré ? Celle du dernier film que vous avez aimé ? Pour vous promener partout, tout le temps et toujours avec « Toute la musique que j’aimeeuuu … », choisissez notre marque leader sur le marché … »

Mais leur musique ne les fait plus sourire.

Pourtant que seraient-ils sans leur MP3 ? Sans mélodies, chansons, ritournelles, romances, complaintes, rengaines, couplets, pour les bercer, pour les empêcher de penser?

Je déteste le métro.

Je déteste tous ces visages blêmes, dénués d’expressions, ou alors, pire, ces visages aux moues déprimées. Comment survivrait ce monde d’accablés, d’épuisés, sans cet objet fétiche? Ils ne survivraient pas. Tout simplement.

Ils sont « accros » comme on dit. Ils ferment les yeux et écoutent ?

Non! Ils ferment les yeux et entendent seulement, c’est pire ! Ils ne sourient pas. Le regard dans le vide. Plus je les regarde et plus la colère monte en moi. Ils ne vont pas à l’abattoir, bon sang ! Société injuste. Inégale. Ces gens ne sont jamais contents de ce qu’ils ont. Ils sont écoeurants.

Avec milles précautions, pour surtout n’effleurer personne dans ce lieu sur bondé, ni être frôlée, je me tourne vers le côté vitré du wagon. Je ne les supporte plus. Eux et leur spectacle désolant. Je croise mon reflet. Je regarde mon visage. Je sursaute. Mes yeux à la lueur boudeuse. Mes oreilles emprisonnées. Mes lèvres … Je manque d’étouffer. Je suis comme eux ! J’avance vers la même mort. Car les mêmes écouteurs dépassent de mon blouson, me relient au boîtier et m’enferment dans mes pensées. Sur mes lèvres est affiché le même rictus que chaque personne présente dans ce wagon, la même moue boudeuse.

Je suis comme eux.

J’ai la même routine qu’eux.

Je suis comme eux.

Je ferme les yeux …

Je suis comme eux.

Joanie – 2nde 3

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Femme fatale

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 » Cela faisait déjà 6 minutes et 48 secondes que je l’observais. Elle, une inconnue, une Parisienne. Comme tous les jeudis, j’étais au café Les Lucioles, 102 Boulevard de Ménilmontant, 20ème arrondissement, Paris. Je pouvais même affirmer qu’elle n’était pas une habituée. Sur la terrasse, elle sirotait un café bien noir comme s’il allait lui brûler le palet. Faisait tourner incessamment sa cuillère dans le liquide et le sucre fondait. Sa petite robe rouge remuait frénétiquement à la moindre brise de vent, elle s’entortillait alors dans son châle noir pour se protéger du froid. Elle fouilla dans son sac, en sortit un paquet de Philip Morris Light, en fit glisser une dans ses doigts, la posa entre ses lèvres et l’alluma avec son briquet La cigarette crépitait à chaque bouffée, elle fermait alors les yeux, comme envoûtée, laissait s’évader la fumée, faisait tomber la cendre, et repartait de même.

À la table d’à côté, une petite fille la fixait avec envie. Envie de devenir comme elle, mystérieuse et irrésistible … mais à quel prix. Je l’imaginais dans cinq ou six ans, à peine sortie de la préadolescence, partageant sa première cuite avec des copines de palier à l’occasion d’une petite fête chez l’une d’entre elles. Fumant sa première cigarette derrière un muret, à la sortie du collège. Se pavanant devant le lycée, entourée par une épaisse fumée, dans les bras de son premier véritable amour, qui après le long chagrin de leur séparation, ne deviendra qu’un nom vaguement oublié auquel viendra s’en ajouter d’autres. Attendant avec impatience l’âge de la majorité, pour enfin ressentir ce que c’est que la liberté et goûter aux joies de l’indépendance et des premières galères … mais elle n’était pas sensée s’en rendre compte à cet instant.

Pendant ce temps ou je re-visionnais mes propres découvertes défectueuses, qui étaient sûrement vaguement proche de celles de la jeune femme face à moi, celle-ci ne décrochait pas son regard d’ « Intentions » d’Oscar Wilde. Elle ramena enfin la cigarette à sa bouche, et l’écrasa péniblement dans le cendrier. Celle-ci ne lui avait pas vraiment plu.

Marc, le serveur des Lucioles, un homme que je connaissais bien car j’avais déjà une ardoise assez longue chez lui, posa son dernier café avant sa pause, sur la table de la demoiselle. Elle tourna une page, s’arrêta sur la phrase « Les cigarettes ont au moins le charme de vous laisser inassouvi », le remercia avec un léger sourire, et retira un second petit tube blanc de son carton. De ma place j’apercevais les petites traces de rouge à lèvres déposées sur le filtre. Irrésistible. À ce moment-là, comme à toutes ses pauses de 16h30, Marc s’appuya sur la porte de l’entrée, la clope au bec. Ce jour-là il était pensif. Agathe n’était pas venue lui rendre visite. Je ne pouvais alors pas contrôler mon imagination qui me laissait à penser que sa copine l’avait quitté. La veille, au soir, il était arrivé exténué à leur appartement avec 1 h de retard. Elle avait déjà fait ses valises. Il l’avait supplié de rester, et elle avait fini par tout lui déballer, de son boulot de serveur jusqu’au goût amer et dégoûtant de la cigarette dans sa bouche et l’odeur nauséabonde que celle-ci laissait sur les oreillers. Elle n’avait pas eu la force de lui avouer tous ses soupçons; elle était presque sûre qu’il la trompait. Elle devait être à bout de nerfs.

Pendant ce temps où je faisais l’éloge de mes propres défaites amoureuses, qui ressemblaient sûrement à celles qu’avait dût vivre la jeune femme en face de moi, la fumée avait formé un halo autour d’elle. Un ange d’autre cieux. Elle était en train de savourer cette cigarette, et ses gestes se répétaient comme les discussions lassantes d’un couple. Elle était tellement belle, et de fumer la rendait probablement plus femme, plus mature. C’était sûrement pour ça qu’elle avait commencé.

De l’autre côté de la rue, un vieil homme assis sur un banc fume la pipe, et c’était une bouffée de fumée en plus qui venait se rajouter à une liste interminable, il n’avait pas l’air en forme. Il commençait à se faire vieux, et chaque ride de son visage avait une histoire. Je l’imaginais quatre ans auparavant, quand il apprenait que son meilleur ami, Jean-Pierre, était mort d’un cancer du poumon alors que celui-ci avait survécu à la guerre d’Algérie. C’était à cette période qu’ils avaient tous les deux commencé à fumer, et ne s’étaient jamais vraiment arrêtés. Le vieil homme avait été sous le choc pendant plusieurs jours. Si une arme ne l’avait pas tué, c’était un petit bâton blanc.

Pendant ce temps où j’inventais un passé bien lourd à un pauvre homme, la jeune femme en face de moi se raccrochait à sa clope comme à sa vie et ces deux choses là ne se consumaient pas indéfiniment. Mais elle préférait profiter, vivre au jour le jour, et ne pas programmer ; elle s’était sans doute arrêtée à ce café parce que la terrasse lui avait plus, rien d’autre.

Elle s’était alors mise à me fixer. Elle avait une manière tellement sensuelle d’écarter ses doigts, la cigarette à la bouche, de la retirer, d’aspirer les yeux à demi clos. Une entourloupe pour me séduire ?

Cette demoiselle est par la suite devenue ma femme, comme vous le savez tous. Aujourd’hui, environ trente ans après cet épisode, je voudrais vous remercier d’être venus si nombreux, famille et proches, pour porter son deuil avec moi. »

Laureline – 2nde 3

 

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Stella

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Stella se réveille.

Elle a du mal à dormir ces temps-ci. Au réveil, il est à peine cinq heures. A côté d’elle, Eric dort. Eric dort tout le temps. Stella essaye de se rendormir en réchauffant ses mains gelées dans le cou brûlant d’Eric, mais rien y fait, le sommeil ne viendra plus avant qu’elle fasse ce qu’elle a à faire. Il grogne et se retourne. Elle grogne, et y retourne, comme chaque nuit ou presque maintenant, à la recherche de ses petits protégés. Elle les cache, pour ne pas être tentée, et pourtant, chaque fois, elle les retrouve avec un plaisir non-dissimulé. Maintenant, elle avance sa main dans le noir, trouve l’interrupteur de la lampe de chevet, et court presque jusqu’à la cuisine, allumant toutes les lumières sur son passage comme autant d’autorisations qui lui disent « vas-y, tu peux y aller, ils t’attendent.» Elle y est. Elle ouvre le placard, et plonge littéralement parmi les torchons. Son oreille est à l’affût de ce petit bruit qu’ils font quand ils s’entrechoquent, mais elle n’entend rien. Sa main se heurte au fond du placard, alors Stella déplie et froisse tous les carrés de tissus. Elle était pourtant sûre de les avoir cachés là! Il faut qu’elle les retrouve! Son cerveau avait la certitude d’en avoir un sous peu, alors maintenant, il le lui faut. Le placard est vide désormais, elle a tout jeté par terre. Il y a des torchons partout dans la cuisine, certains même accrochés sur les épaules nues de Stella, d’autres flottants dans l’évier bouché, mais eux, ils n’y sont pas.

Stella se recouche.

Elle doit bien pouvoir y arriver, juste une nuit. Elle doit se rendormir, penser qu’elle ira en acheter demain matin et qu’elle rattrapera son retard de cette nuit. Elle se plante toute droite dans le lit encore chaud et fixe le plafond blanc. Elle doit penser à autre chose. Alors elle pense à Eric, à tout ce qu’il fait pour elle, et à leur mariage qui s’est si bien déroulé. Elle pense aux enfants qu’ils vont peut-être avoir et à la vie de famille, avec lui. Et puis elle pense à toutes ces fois où il a refusé de lui en acheter et où elle a dû, seule, marcher jusqu’au supermarché pour s’en procurer, parce qu’il ne voulait pas lui prêter sa voiture, répétant que c’était pour son bien. Et en ce moment, c’était de pire en pire. Il devenait obsédé par ça ; refusant de lui parler tant qu’elle en avait un, il organisait même des fouilles draconiennes pour découvrir la dernière cachette. Oh ! peut-être qu’il a trouvé le paquet entre les torchons …

Stella se relève.

Elle rallume la lampe de chevet puis celle du bureau, du couloir et enfin de la cuisine. Elle ouvre la poubelle : il les a sûrement jetés.

Stella fouille.

Elle retourne tout, comme pour les torchons. Rien, il n’y a rien. Maintenant, elle est persuadé que c’est lui qui les a pris. Alors, elle se surprend elle-même dans un accès de folie, ouvrant tous les tiroirs et mettant tout ce qu’ils contiennent par terre. La farine vole, le batteur électrique, le riz, le mixeur, les boîtes de conserve tombent dans un vacarme épouvantable. Les chips s’évadent du paquet qu’elle a ouvert pour vérifier qu’ils n’étaient pas dedans, la bouteille de jus d’orange explose à ses pieds mais elle n’y prête pas attention, esquivant habilement les gros morceaux de verre et s’écorchant les pieds sur les autres. Elle ne pense qu’à eux, et maudit Eric, hait Eric et déteste Eric. Le désastre se déroule comme une suite logique : Stella crie des mots, des bouts de phrases à peine compréhensibles, ouvre la fenêtre de l’appartement et se met à lancer les aliments à travers, vide le tiroir à couverts, fouine aux endroits les plus incongrus, ouvrant même les œufs pour en vérifier le contenu. Désormais, Stella ne crie plus, elle hurle. C’est ici qu’Eric, les yeux encore bouffis de sommeil écartés par la surprise, arrive dans cette cuisine qui n’en est plus vraiment une. « Où sont-ils ? Dis-moi ! Où les as tu mis ? Où sont-ils, où sont-ils ?? » Eric, effrayé, ne comprend pas. Est-ce encore sa Stella, là, à genoux devant lui, en train de le frapper avec le couteau à viande ? Il ne crie même pas tant sa surprise est grande, et, incrédule, il s’effondre sans vie sur les débris de verre et dans le jus d’orange.

Alors, Stella entend.

Ce bruit qu’il y a eu quand l’homme est tombé … ce petit bruit qu’ils font quand ils s’entrechoquent. Elle se jette sur le petit paquet bleu, l’arrache de la main encore chaude, déchire l’emballage avec les dents, et ouvre le paquet du mauvais côté : toutes les petites pastilles blanches s’étalent sur le sol dans un cliquetis adorable. Alors, Stella prend cinq de ces chewing-gum, en met un dans la bouche ouverte de son mari, et savoure, nue au milieu des flocons de purée voletants, ce qu’il venait tendrement lui apporter.

Juliette et Flora – 2nde 3

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Avant-premières d’un cinéma alternatif

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Six mégapixels, un écran TFT de 2,4 pouces, un zoom digital de 720 x 480 de résolution, et, en prime, une carte mémoire de 2Go. Tout ceci à un prix vraiment très attractif. Bien calée derrière la vitrine, sur un socle bien douillet, je contemplais ces être qui passaient en grand nombre devant moi. Ils étaient attirés par une pancarte volumineuse dont j’étais très fière, qui garantissait qu’avec mon rapport qualité/prix,j’étais la meilleure caméra numérique qui soit. Mon royaume de verre me convenait parfaitement. Je surplombais tout le gratin des perles technologiques. Illuminée de mille feux, je savourais ces moments de gloire, j’avais un succès fou. Cependant je devinais que mon règne n’était pas éternel. Je savais qu’un jour, quelqu’un m’achèterait ; un joumaliste, un explorateur, un grand réalisateur de film … Je me voyais filmer les hautes chaînes de l’Himalaya, les plaines du Nordeste brésilien, les gondoles vénitiennes, faire un tour du côté de Mexico, aller au port d’Amsterdam, à Paris, Londres, Milan, Barcelone, Pékin, puis passer voir le Grand Canyon, voir le relief brut et accidenté des îles Fidji, les temples bouddhistes thaïlandais … Je m’imaginais que grâce à mes belles images, certains verseraient des litres de larmes, que je provoquerais des frissons d’horreur, de plaisir, de nombreux éclats de rire. Je vous entend déjà ricaner. Vous pensez que j’avais de trop grandes ambitions. Seulement, moi, je pensais que ce n’était pas que des rêves, j’étais certaine de ma future réussite. Un bijou de la technologie comme moi était voué à faire de grandes choses.

Il a fallu s’armer de patience, mais le grand jour est enfin arrivé ! J’ai dit adieu à mon doux et confortable piédestal, je m’en allais découvrir le monde !

Jeune, ordinaire, trop ordinaire même. Ni belle, ni moche ; c’était une adolescente comme on en voyait partout. Voici la première description que l’on pouvait donner à la vue de ma propriétaire, une certaine Natasha. Mes premières prises étaient affreuses. Réglages hasardeux et mauvaise lumière ont fait de mes débuts un échec total. Mais j’étais optimiste ! Ma nouvelle maîtresse était une novice, je pensais qu’elle avait un talent encore bien caché, qui allait se développer grâce à mon intervention.

Ce que je ne savais pas encore à ce moment là, c’est qu’un réel gâchis artistique allait débuter, et ce que je savais encore moins, c’est que j’allais en être le malheureux témoin.

Toute la joumée, à n’importe quel moment, à n’importe qu’elle heure, je voyais s’étaler et se pavaner devant mon objectif des créatures aussi bêtes et inutiles que Natasha. Elle passait son temps à filmer son entourage, en me braquant à tout bout de champs sur de pauvres victimes. Des victimes qui n’étaient d’ailleurs jamais à leur avantage. Je voyais passer de tout ! Au très délicat porc qui se grattait sauvagement le bout du nez en passant par le gros plan sur un visage cerné et pas très frais sortant du lit au petit matin, elle ne ratait rien ! Pour votre bien-être, je ne m’étendrais pas sur tout ce que Natasha osait filmer. Ses films étaient gardés, classés, datés minutieusement sur son ordinateur. Son obsession pour les images « chocs» était telle qu’elle ne manquait jamais le moindre faux pas, il ne fallait surtout pas se laisser aller si elle était dans les parages, même si on avait le nez qui nous démangeait, la culotte qu’il fallait remonter, une envie d’écouter du Sardou. Rien. Les membres de sa famille étaient sur le qui-vive constamment. Ces vidéos étaient précieuses, elles servaient à mademoiselle pour obtenir ce qu’elle désirait. Une sorte de monnaie d’échange. C’était une combine très astucieuse mais terriblement diabolique, je ne supportais pas d’en être l’associé -! Je préférais encore devenir une banale caméra de surveillance plutôt que de continuer à collaborer.

«Une vulgaire caméra, bas de gamme, il fallait s’y attendre … ! ». Les premières insultes fusaient, la guerre avait éclaté. Je l’avoue, mon idée n’était pas très réfléchie. Lorsque j’ai commencé à simuler une panne, Natasha m’a amené directement au service après-vente. Cela n’allait durer qu’un temps, je n’aurais pas supporté un deuxième problème de batterie, une deuxième réparation, ces opérations me chatouillent, me gratouillent ; et moi, je suis très fragile.

J’essayais d’échafauder un autre plan de vengeance, lorsque, croyez moi si vous le voulez, des extraterrestres ont débarqués sur notre planète. Parfaitement, des extraterrestres. Très sympathiques d’ailleurs. Ils ont semés un grand trouble sur toute la planète Terre, ils ont fait une entrée fracassante, grande, belle, pharaonne. En un mot ils m’ont é-p-a-t-é. Ils ont tout détruits, il n’y avait rien de récupérable. Ils ont quand même laissés quelques vaches, sinon ça aurait fait trop « cliché », selon eux. C’est là que j’ai rencontré Gurb, au départ il m’avait emporté pour des expériences, puis nous sommes devenus de grands amis. Natasha, elle, est un sujet de recherches important , elle et ses vidéos sont analysés, décortiqués. Mes nouveaux copains font des recherches sur l’erreur de fabrication, ou ce qu’ils appellent plus fréquemment sur le « beug » humain. Maintenant je vais très bien ; Gurb et moi avons beaucoup de projets, entre autres, nous voulons tourner un film, une comédie légère : la vie d’un appareil photo dans les mains d’une jeune extraterrestre sur la planète Grouch. Ça peut être pas mal du tout …

Luana – 2nde 3

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