Comment (se) représenter le chômage ? (1 : approches microéconomiques)

Le chômage, c’est bien sûr la situation d’un individu dépourvu d’emploi, disponible rapidement et qui en cherche un. Mais même une définition aussi simple suscite de nombreuses questions, comme en témoignent les difficultés de l’Insee à compter les chômeurs. Comment les économistes peuvent-ils penser le chômage ?

Dans la théorie néoclassique standard, le travail est conçu comme une marchandise qui s’échange sur un marché contre un certain prix (en réalité, un prix relatif : le salaire est exprimé en unités de bien). Ce sont les travailleurs qui possède cette force de travail, et qui l’offrent sur le marché du travail. Les entreprises expriment une demande de travail (elles offrent des emplois).

Si le taux de salaire peut s’ajuster, les mécanismes du marché (la fameuse « main invisible » d’Adam Smith) permettront aux agents de modifier leurs offres et leurs demandes pour aboutir à un équilibre : il n’y a pas de chômage.

Le chômage ne peut provenir dans la perspective néoclassique que de rigidités induites par les arrangements institutionnels (État-providence, action des syndicats, etc.) Ces rigidités aboutissent à la fixation d’un taux de salaire supérieur au taux de salaire d’équilibre.
Le chômage dans la théorie standard

Toutefois, cette histoire repose sur un certain nombre d’hypothèses fortes :

  • la transparence du marché du travail permet de disposer immédiatement et sans coût de toute l’information nécessaire sur les travailleurs et les entreprises, sans quoi l’équilibre ne se réalisera pas ;
  • le travail est un bien homogène (une heure de travail de Bernardo est stictement identique, ou au moins interchangeable avec une heure de travail de Don Diego).

Des travaux ultérieurs ont entrepris de relâcher ces hypothèses :

  • Dans une série d’articles parus au début des années 1960, George J. Stigler suppose que le demandeur d’emploi ne connaît pas toutes les offres disponibles. Il lui faut du temps pour prospecter le marché. C’est la théorie du « job search » : le chômage résulte d’un arbitrage entre son coût (perte de revenus, stigmatisation…) et ses gains anticipés (meilleur salaire, meilleures conditions de travail…) Cliquez sur ce lien pour voir une présentation de la théorie du job search par Jean Bourdon, de l’Université de Bourgogne.
  • En 1964, l’économiste Gary S. Becker montre quant à lui que le travail est hétérogène : on peut améliorer sa qualité par l’investissement en capital humain. Celui-ci peut être réalisé par l’entreprise ou le salarié, en fonction de son coût et de ses avantages attendus. En supposant que l’augmentation du niveau de formation améliore la qualification des salariés, le manque d’investissement en capital humain est alors source de chômage.

Ces travaux ont pour point commun de reposer sur une approche microéconomique du marché du travail : elles cherchent à expliquer le chômage par la rationalité individuelle des agents. Dans la deuxième partie, nous verrons comment il est possible de penser le chômage dans une perspective macroéconomique.

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