La conscience : le moi en miroir

Le test du miroir a été inventé dans les années 1970 par le psychologue américain Gordon G. Gallup. Ce test consiste à vérifier si un animal est capable de reconnaître son propre reflet dans un miroir. On endort l’animal et on lui place une marque de peinture sur le front. Dès qu’il se réveille, on lui présente un miroir. S’il essaie de toucher la marque, cela montre qu’il a reconnu son image, et donc qu’il a conscience de lui-même.

À l’heure actuelle, les seuls animaux qui réussissent ce test sont les éléphants, les chimpanzés, les bonobos, les gorilles, les orangs-outans, les macaques rhésus, les rats, les pieuvres, les dauphins et les orques (qui essaient d’enlever la tache en se frottant contre le bassin).

Sur le plan philosophique, il est tentant d’assimiler la capacité à se reconnaître dans un miroir à la capacité à avoir conscience de soi. Mais il semble que le lien soit loin d’être aussi évident. D’une part beaucoup d’animaux attachent une importance cruciale à d’autres sens que la vue : le reflet d’un chien dans un miroir n’a pas d’odeur, il est donc normal qu’il ne soit pas identifié comme un autre animal, et qu’il ne présente ainsi pour lui ni menace ni intérêt.

Même pour les humains il semble qu’il y ait de fortes variations d’une culture à l’autre. Le seuil de 18-24 mois est valable pour les cultures occidentales, où les miroirs sont omniprésents, mais un petit fidjien ou un petit kenyan peux attendre jusqu’à 6 ans avant de se reconnaître, ça n’est pas pour autant qu’ils n’ont pas conscience d’eux mêmes !

 

John-William Waterhouse - Echo et Narcisse, 1903

 

À sa naissance, le devin Tirésias, à qui l’on demande si l’enfant atteindrait un âge avancé, répond : « Il l’atteindra s’il ne se connaît pas. » Il se révèle être, en grandissant, d’une beauté exceptionnelle mais d’un caractère très fier : il repousse de nombreux prétendants et prétendantes, amoureux de lui, dont la nymphe Écho. Une de ses victimes éconduites en appelle au ciel. Elle est entendue par la déesse de Rhamnusie – autre nom de Némésis – qui l’exauce. Un jour, alors qu’il s’abreuve à une source après une dure journée de chasse, Narcisse voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Tandis qu’il dépérit, Écho, bien qu’elle n’ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho à sa voix : « Hélas ! Hélas ! ». Narcisse finit par mourir de cette passion qu’il ne peut assouvir. Même après sa mort, il cherche à distinguer ses traits dans les eaux du Styx. Il est pleuré par ses sœurs les naïades. À l’endroit où l’on retire son corps, on découvre des fleurs blanches : ce sont les fleurs qui aujourd’hui portent le nom de narcisses. (Echo et Narcisse de John William Waterhouse)

L’histoire de Narcisse est passée dans le langage courant ; en effet, on dit d’une personne qui s’aime à outrance qu’elle est narcissique.

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 Courtesy of John Holcroft

 

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