Dans la peau d’un autre : expérience d’extracorporalité

Il ne s’agit pas du dernier film de science-fiction, ni d’un roman d’anticipation mais bien le sujet des dernières recherches scientifiques conçues par l’équipe du jeune neurobiologiste Henrik Ehrsson de l’Institut Karolinska de Stockholm. Celles-ci s’inspirent des travaux du neurobiologiste Matthew Botvinick. Ce chercheur de l’université de Princeton a publié en 1998 un article dans Nature, où il décrit «l’illusion de la main en caoutchouc». Un volontaire, dont le bras est dissimulé à la vue, est assis à une table sur laquelle repose un bras en caoutchouc. Le chercheur caresse simultanément la main du volontaire et celle du bras en caoutchouc. Au bout d’un temps, le sujet dit avoir la sensation que le faux bras lui appartient.

Il s’agit de donner l’illusion que le cobaye ressent des stimuli tactiles comme les siens alors qu’ils sont effectuées sur un autre corps.

Le but de l’expérience est de révèler une triple interaction entre la vision, le toucher et la proprioception»,terme qui désigne la perception de la disposition des parties de son corps les unes par rapport aux autres en étudiant les fondements biologiques de la conscience.

« «Notre projet, explique Valeria Petkova, jeune chercheuse dans l’équipe d’Ehrsson, est de décrypter les mécanismes neurobiologiques déterminant la perception du corps, élément fondamental de la conscience de soi.» Autrement dit, il s’agit de comprendre comment mon cerveau sait que ceci est «ma» peau, «mon» pied, «ma» tête. Pour révéler les bases de cette perception, les neurologues ont cherché ce qui pouvait la troubler. Ils ont donc créé des illusions de conscience corporelle… » (…) à force de voir ce ventre de plastique être l’objet d’une caresse que je ressens, je suis prise d’une illusion étrange. Je me sens être dans le corps que je vois. Je suis passée dans le corps du mannequin…«L’expérience fonctionne à chaque fois», relève Valeria Petkova. Au-delà de toute espérance : lorsque le crayon est remplacé par un couteau qui menace le ventre du mannequin et lui seul, les volontaires se sentent physiquement agressés : la chercheuse l’a vérifié en mesurant la conductance de leur peau, qui a révélé une subtile sudation.(cf. lien ci-dessous)

http://www.liberation.fr/sciences/2009/02/10/dans-la-peau-d-un-autre_308953

On imagine à quel point les résultats fascinants de ces expériences sont une grande source d’espoir pour les amputés (syndrome du membre fantôme) et les paralysés.

Du point de vue philosophique :

Elles interrogent notre rapport au monde, la réalité de nos perceptions. En effet, on voit que l’illusion peut être facilement créée sur un individu qui pourtant sait que c’est une illusion ! Le monde tel que nous le percevons est-il réellement tel ? Tout ceci pose une question épistémologique : Notre conscience a-t-elle raison de croire ce qu’elle croit ? Il convient alors de s’interroger sur l’origine, la nature et les limites de notre connaissance du monde (et de soi);

Enfin, elle mettent en exergue sur l’importance de la perception de son image pour la conscience de soi, idée soutenue par le test du miroir (cf. la conscience, le moi en miroir).

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