Les pouvoirs et fonctions de la parole -introduction

Pourquoi parlons-nous ?

 


Analyse des termes du sujet et Révision de la première partie :

La question « pourquoi? » peut renvoyer à trois interrogations différentes :

  • Quelle est la/les cause(s) ?
  • Quel est le but(s) ?
  • à quoi bon ? (la parole ne rate-t-elle pas son but ?)

Nous avons vu dans notre première partie les causes à l’origine de la parole chez l’homme. Nous allons voir dans cette deuxième partie les fonctions, buts et pouvoirs que confère la parole.

Parler, au sens large, c’est transmettre un message de quelque façon que ce soit. C’est en ce sens que l’on dit par exemple « ce tableau me parle ».
Au sens étroit, parler, c’est faire usage d’un langage articulé, oral. Nous, les êtres humains, sommes doués de parole en ce sens.Il faudra réfléchir sur les raisons qui nous poussent à communiquer en général, mais aussi sur les raisons qui nous poussent à communiquer oralement en particulier.

Problématique

  • Quelles sont les différentes fonctions du langage?
  • Au-delà de ces fonctions, quelles motivations profondes poussent l’être humain à communiquer linguistiquement ?
  • Pourquoi utiliser la parole (langage oral) plutôt qu’un autre type de langage (l’écrit, par exemple)?

Développement

A.  Nous parlons pour communiquer

Parler, c’est utiliser utiliser une langue, c’est-à-dire un système de signes qui sert à communiquer (Ferdinand de Saussure).

Donc, nous parlons pour communiquer, c’est-à-dire transmettre un message, par un canal, à un récepteur, au sujet d’un référent.

Mais la communication peut avoir différentes fonctions (Cf. G. Mounin: les fonctions du langage selon Roman Jakobson) :

Nous parlons pour dire quelque chose  (5) :

  • Fonction informative (fonction de base de communication d’une information sur le référent du message).
  • Fonction expressive (manifestation de l’état du locuteur, en particulier de son état affectif).
  • Fonction métalinguistique (quand le langage se prend lui-même pour objet, c’est-à-dire quand il est utilisé pour parler du langage lui-même, comme dans le cas d’un livre de grammaire française écrit en français).
  • Fonction d’élaboration de la pensée, ou logique (énoncer, préciser, développer, illustrer, argumenter une thèse, comme dans l’exercice de dissertation). Logos, en grec, c’est à la fois le langage et la pensée.
  • Fonction conative (provoquer une réaction de la part du récepteur, soit sous la forme d’un comportement comme obéir à un ordre, soit sous la forme d’un état d’esprit comme réagir à un discours persuasif ou à une pièce de théâtre). => plus pour l’effet produit => action

Nous parlons pour ne rien dire (3):

  • Parler peut être un moyen d’établir le lien préalable à toute communication. C’est la fonction phatique (établir le contact entre l’émetteur et le récepteur, attester d’une reconnaissance réciproque).
  • Parler peut aussi consister à faire quelque chose plutôt qu’à communiquer quelque chose. C’est la fonction performative (Austin). Dire « je te promets de venir demain », ce n’est pas simplement communiquer l’information que je viendrai, c’est aussi faire la promesse de venir. Il n’y a pas d’autres façons de promettre que de dire que l’on promet (d’où le titre de l’ouvrage de Austin : Quand dire, c’est faire).
  • Parler peut enfin consister à créer des formes. C’est la fonction esthétique (créer un univers poétique).

B.  Mais pourquoi communiquer ? (pouvoirs)

  • Nous parlons pour communiquer mais à quoi sert la communication? Pourquoi vouloir communiquer?
  • Nous parlons pour créer des liens avec autrui. Le langage permet l’intersubjectivité sans laquelle l’objectivité n’aurait aucun sens (Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique). Descartes voit même dans le langage la seule façon de sortir de l’isolement du Cogito : je sais que je ne suis pas le seul être pensant au monde parce que les autres hommes parlent comme moi pour exprimer leurs pensées. La fonction expressive a pour finalité la communication des consciences.
  • Nous parlons pour connaître et manipuler le monde. Sans le langage, la science serait impossible. Pour connaître, il faut pouvoir abstraire, pour abstraire, il faut pouvoir représenter symboliquement. La fonction d’élaboration de la pensée a elle-même pour finalité de nous rendre « maître et possesseur de la nature ». (Descartes)
  • Nous parlons pour manipuler, ordonner, dominer. Le langage produit et reproduit un ordre social. C’est un puissant instrument de domination. (La Nov Langue de 1984 de George Orwell). Summum de la fonction conative.
  • Nous parlons pour contester, renverser l’ordre établi. Le langage est aussi un puissant instrument de subversion. Le langage permet de rêver. Il permet l’utopie. Mais l’utopie, justement parce qu’on la sait non réalisée n’est pas pure illusion : elle se donne comme projet. Nous parlons pour pouvoir concevoir l’avenir et ainsi travailler à le faire advenir.

C.  Pourquoi communiquer par la parole ?

  • La parole est orale. Le canal utilisé est l’onde sonore. La parole = acte singulier d’utilisation de la langue par la production de son articulés.
  • La parole échangée est l’espace du dialogue. (Cf texte de Merleau-Ponty sur le dialogue)
  • Dans le dialogue, les interlocuteurs prennent tour à tour la parole. les rôles émetteur/récepteur sont interchangeables entre les interlocuteurs. Le canal est réversible. Mais le véritable dialogue est plus qu’un simple échange de parole. D’où la nécessité, nous dit Platon, de respecter certaines règles (ne pas se contredire, être de bonne foi, écouter, accepter l’objection, être prêt à reconnaître ses erreurs…). La parole échangée suppose un partage d’idées et non la pure affirmation dogmatique d’une opinion. Dans l’échange, on est prêt éventuellement à changer de point de vue.
  • La parole est vivante. L’écriture totalitaire fige la pensée, momifie la créativité, adresse une fin de non recevoir à toute mise en question. N’est-ce pas la raison pour laquelle Socrate accusait l’écriture de rester lettre morte et lui préférait le dialogue, véritable accoucheur des âmes ? « L’écriture », dit Socrate dans le Phèdre, « a de graves inconvénients, tout comme la peinture. Les produits de la peinture semblent vivants, mais posez leur une question, ils gardent gravement le silence. Il en est de même des discours écrits.

par Maryvonne Longeart http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/notions/langage/methode/sujets/dissert/parler/parler.htm#haut

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