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Textes sur le désir et consommation

Ces textes nous montrent comment la société de consommation exacerbe le mécanisme du désir fondé sur la logique cyclique de l’insatisfaction. En proposant sans cesse de nouveaux objets, elle ne fait qu’amplifier le phénomène. De plus, les stratégies de la publicité mettent en lumière la cause profonde du désir : un manque radical d’être. Elles ne nous offrent pas de l’avoir mais de l’être : nous allons être plus beaux,  aventuriers, princesses ou de bons parents en achetant tel ou tel produit. On peut donc dire, à l’instar de Baudrillard dans Système des objets que « la consommation n’a pas de limite ». Enracinée dans ce manque d’être, elles nous offrent des symboles, des images que nous cherchons à atteindre en vain. Car jamais des objets, de l’avoir ne pourra se substituer à l’être.

 

 » Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…).

Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…).

Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. « 

Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé parmi d’autres patrons dans un livre Les dirigeants face au changement (Editions du Huitième jour)

« Je me prénomme Octave et m’habille chez APC. Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur Photoshop. Images léchées, musiques dans le vent. Quand, à force d’économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, celle que j’ai shootée dans ma dernière campagne, je l’aurai déjà démodée. J’ai trois vogues d’avance, et m’arrange toujours pour que vous soyez frustré. Le Glamour, c’est le pays où l’on n’arrive jamais. Je vous drogue à la nouveauté, et l’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente. Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas.

Votre souffrance dope le commerce. Dans notre jargon, on l’a baptisée « la déception post-achat ». Il vous faut d’urgence un produit, mais dès que vous le possédez, il vous en faut un autre. L’hédonisme n’est pas un humanisme : c’est du cash-flow. Sa devise ? « Je dépense donc je suis. » Mais pour créer des besoins, il faut attiser la jalousie, la douleur, l’inassouvissement : telles sont mes munitions. Et ma cible, c’est vous. »

99 Francs Beigbeder 

Il n’y a pas de limites à la consommation. Si elle était ce pour quoi on la prend naïvement : une absorption, une dévoration, on devrait arriver à une saturation. Si elle était relative à l’ordre des besoins, on devrait s’acheminer vers une satisfaction. Or, nous savons qu’il n’en est rien : on veut consommer de plus en plus. Cette compulsion de consommation n’est pas due à quelque fatalité psychologique (qui a bu boira, etc.) ni à une simple contrainte de prestige. Si la consommation semble irrépressible, c’est justement qu’elle est une pratique idéaliste totale qui n’a plus rien à voir (au-delà d’un certain seuil) avec la satisfaction de besoins ni avec le principe de réalité. C’est qu’elle est dynamisée par le projet toujours déçu et sous-entendu dans l’objet. Le projet immédiatisé dans le signe transfère sa dynamique existentielle à la possession systématique et indéfinie d’objets/signes de consommation. Celle-ci ne peut dès lors que se dépasser, ou se réitérer continuellement pour rester ce qu’elle est : une raison de vivre. Le projet même de vivre, morcelé, déçu, signifié, se reprend et s’abolit dans les objets successifs.

Baudrillard Le Système des objets

Jusqu’ici, toute l’analyse de la consommation se fonde sur l’anthropologie naïve de l’homo œconomicus, ou mieux de l’homo psycho-œconomicus. Dans le prolongement idéologique de l’Économie Politique classique, c’est une théorie des besoins, des objets (au sens le plus large) et des satisfactions. Ce n’est pas une théorie. C’est une immense tautologie1 : « J’achète ceci parce que j’en ai besoin » équivaut au feu qui brûle de par son essence phlogistique2[…].
Cette mythologie rationaliste sur les besoins et les satisfactions est aussi naïve et désarmée que la médecine traditionnelle devant les symptômes hystériques ou psychosomatiques. Expliquons-nous : hors du champ de sa fonction objective, où il est irremplaçable, […] l’objet devient substituable de façon plus ou moins illimitée dans le champ des connotations, où il prend valeur de signe. Ainsi la machine à laver sert comme ustensile et joue comme élément de confort, de prestige, etc. C’est proprement ce dernier champ qui est celui de la consommation. Ici, toutes sortes d’autres objets peuvent se substituer à la machine à laver comme élément significatif. Dans la logique des signes comme dans celle des symboles, les objets ne sont plus du tout liés à une fonction ou à un besoin défini. Précisément parce qu’ils répondent à tout autre chose, qui est soit la logique sociale, soit la logique du désir, auxquels ils servent de champ mouvant et inconscient de signification.
Toutes proportions gardées, les objets et les besoins sont ici substituables comme les symptômes de la conversion hystérique ou psychosomatique. Ils obéissent à la même logique du glissement, du transfert, de la convertibilité illimitée et apparemment arbitraire. Quand le mal est organique, il y a relation nécessaire du symptôme à l’organe (de même que dans sa qualité d’ustensile, il y a relation nécessaire entre l’objet et sa fonction). Dans la conversion hystérique ou psychosomatique, le symptôme, comme le signe, est arbitraire (relativement). Migraine, colite, lumbago, angine, fatigue généralisée : il y a une chaîne de signifiants somatiques au long de laquelle le symptôme « se balade » — tout comme il y a un enchaînement d’objets/signes ou d’objets/symboles, au long duquel se balade, non plus le besoin (qui est toujours lié à la finalité rationnelle de l’objet), mais le désir, et quelque autre détermination encore, qui est celle de la logique sociale inconsciente.
Si on traque le besoin en un endroit, c’est-à-dire si on le satisfait en le prenant à la lettre, en le prenant pour ce qu’il se donne : le besoin de tel objet, on fait la même erreur qu’en appliquant une thérapeutique traditionnelle à l’organe où se localise le symptôme. Aussitôt guéri ici, il se localise ailleurs.
Le monde des objets et des besoins serait ainsi celui d’une hystérie3généralisée. De même que tous les organes et toutes les fonctions du corps deviennent dans la conversion un gigantesque paradigme que décline le symptôme, ainsi les objets deviennent dans la consommation un vaste paradigme où se décline un autre langage, où quelque chose d’autre parle. […] On pourrait dire que cette fuite d’un signifiant à l’autre n’est que la réalité superficielle d’un désir qui, lui, est insatiable parce qu’il se fonde sur le manque, et que c’est ce désir à jamais insoluble qui se signifie localement dans les objets et les besoins successifs.
Sociologiquement […] on peut avancer l’hypothèse que […] si l’on admet que le besoin n’est jamais tant le besoin de tel objet que le « besoin » de différence (le désir du sens social), alors on comprendra qu’il ne puisse jamais y avoir de satisfaction accomplie, ni donc de définition du besoin.

Jean Baudrillard, La société de consommation(1970).

1. tautologie : lapalissade, truisme.
2. phlogistique : propre à s’enflammer.
3. hystérie : ici, désir névrotique sans limites.

Popper = la Psychanalyse, une pseudo-science.

Trouvez le thème et la thèse du texte de texte Popper tiré de Conjectures et Réfutations.

1- A quoi l’auteur compare-t-il la psychanalyse à la fin du texte ? Pourquoi (rapport avec la thèse) ?

2- Dégagez l’argument au début du texte qui prouve la pseudo-scientificité de la psychanalyse pour Popper ? (deux phrases)

3-La réfutabilité est un critère de scientificité pour Popper, montrez le paradoxe de cette thèse. En quel sens faut-il alors comprendre ici irréfutable ?

4-La colère divine cause de l’orage : est-ce réfutable ?; Le marxisme, le darwinisme ? Le système ptoléméen est-il scientifique (géocentrique) ?

Les trois critères de scientificité d’une théorie selon Popper sont :

-la vérifiabilité

-la reproductibilité

-la réfutabilité ou falsifiabilité.

un énoncé est falsifiable « si la logique autorise l’existence d’un énoncé ou d’une série d’énoncés d’observation qui lui sont contradictoires, c’est-à-dire, qui la falsifieraient s’ils se révélaient vrais » Qu’est-ce que la science ? K. Popper

Si un comportement inverse de celui qui est observé se révèle tout aussi compatible avec la théorie proposée, alors cette théorie n’explique rien. L’idéal du chercheur est pour Popper celui qui, ayant défini au préalable les critères de réfutabilité de sa propre hypothèse, part lui-même à la recherche des faits susceptibles de prouver la fausseté de son intuition.

Le chercheur, dans son rapport à l’expérience, ne doit pas se mettre à la recherche d’une confirmation de sa théorie qui se résumerait à une addition d’exemples résolument non-scientifique. C’est bien d’ailleurs ce qu’il reproche aux marxistes et aux psychanalystes, qui développent des stratégies qui « immunisent » leurs théories en dérogeant au critère de réfutabilité, et finissent par tout expliquer, tout englober dans leurs théories, même des comportements contradictoires, et n’ont alors plus rien de scientifique ; ce sont des systèmes de pensée, des « visions du monde », mais pas des théories scientifiques.

Une théorie qui se verrait confirmer dans tous les cas (mêmes contradictoires) est le contraire d’une théorie scientifique car deux effets opposés ne peuvent être expliqués par la même cause. 

 

De plus, pour pouvoir être réfutée, une théorie doit pouvoir identifier, observer, mesurer la cause. Si la cause est l’inconscient, alors vous vous condamnez à ne jamais pouvoir l’observer tel quel. Car si c’est en tant qu’inconscient qu’il agit, si la pulsion n’est plus refoulée, les symptômes doivent disparaître. S’ils persistent, alors c’est que ce n’était pas la cause.

Enfin, si le patient ne guérit pas une fois que le psychanalyste a interprété et mise au jour la pulsion refoulée, ce dernier l’expliquera par un déni inconscient du patient. C’est encore l’inconscient qui vient justifier l’impossibilité de le prouver.

On a donc une pétition de principe : soit une théorie qui cherche à démontrer ce qu’elle présuppose.  

Pour Popper, aucune théorie ne peut jamais être absolument vérifiée, on ne peut jamais atteindre la vérité, on ne peut que démontrer avec certitude la fausseté de théories antérieures. On ne peut que démontrer le faux, jamais le vrai pour ce qui est de l’induction. Une observation (ou deux ou mille) ne prouvent pas la vérité d’une théorie. En revanche, un contre-exemple prouve sa fausseté.

La falsifiabilité est le fondement sur lequel construire solidement notre savoir scientifique, car elle permet le progrès continu des théories en direction d’une vérité jamais atteinte, toujours approchée à la manière d’une asymptote. En effet, pour Popper, les sciences sont condamnées à progresser ou à n’être pas véritablement des sciences.

Ainsi, il faut distinguer vérité et scientificité : Une théorie peut être scientifique mais fausse. L’histoire des sciences nous le confirme. Galilée, Newton restent des scientifiques quand bien même leurs théories ont été révisées par Einstein. La théorie ptoléméenne, par exemple, reste scientifique car on a pu prouver qu’elle était fausse. La psychanalyse ne contient pas les conditions d’une telle réfutation. On peut donc croire en l’inconscient mais jamais le prouver scientifiquement.

Le moi s’identifie-t-il à la conscience ? Suis-je ce que j’ai conscience d’être ?

Vous trouverez ici le cours sur l’inconscient.

Concepts à retenir :

inconscience/inconscient; refoulement, censure, force, préconscient; ça, surmoi, moi, sublimation, pulsion, névrose, psychose, rêves, lapsus, actes manqués

Quelles notions relatives au sujet sont liquidées avec sa théorie de l’inconscient ?

le cogito (Descartes pose l’équivalence pensée-conscience-psychisme); la connaissance de soi, l’identité, unité (altérité au cœur de la personne), ipséité, liberté, responsabilité, morale

Questions sur le cours de l’inconscient :

1-Quand a été inventé la psychanalyse ? Par qui ? Quelle est sa particularité par rapport aux sciences de l’époque ?

2-Distinguez inconscience et inconscient.

3- Expliquez « le moi n’est pas maître dans sa propre maison »

4-Freud reprend le concept de force de la physique pour définir l’inconscient (psychique). A qui le reprend-il ?

5-Qu’est-ce qu’une topique ? Combien Freud en présente-t-il ?

6-Qu’est- ce que le refoulement ? Pourquoi un désir, souvenir sont-ils refoulés ?

7-Quelles sont les nouveautés de la deuxième topique ?

8-Qu’est-ce que la sublimation ?

9-Nommez les principes qui gèrent le Ca et le Moi ?

10- Qu’est-ce qui est à l’origine de la conscience morale ?

11-Nommez les différentes manifestations de l’inconscient (5).

12-Quelle est « la voie royale vers l’inconscient » ?

13-Comment le psychanalyste prétend-il guérir son patient ?

Dans la peau d’un autre : expérience d’extracorporalité

Il ne s’agit pas du dernier film de science-fiction, ni d’un roman d’anticipation mais bien le sujet des dernières recherches scientifiques conçues par l’équipe du jeune neurobiologiste Henrik Ehrsson de l’Institut Karolinska de Stockholm. Celles-ci s’inspirent des travaux du neurobiologiste Matthew Botvinick. Ce chercheur de l’université de Princeton a publié en 1998 un article dans Nature, où il décrit «l’illusion de la main en caoutchouc». Un volontaire, dont le bras est dissimulé à la vue, est assis à une table sur laquelle repose un bras en caoutchouc. Le chercheur caresse simultanément la main du volontaire et celle du bras en caoutchouc. Au bout d’un temps, le sujet dit avoir la sensation que le faux bras lui appartient.

Il s’agit de donner l’illusion que le cobaye ressent des stimuli tactiles comme les siens alors qu’ils sont effectuées sur un autre corps.

Le but de l’expérience est de révèler une triple interaction entre la vision, le toucher et la proprioception»,terme qui désigne la perception de la disposition des parties de son corps les unes par rapport aux autres en étudiant les fondements biologiques de la conscience.

« «Notre projet, explique Valeria Petkova, jeune chercheuse dans l’équipe d’Ehrsson, est de décrypter les mécanismes neurobiologiques déterminant la perception du corps, élément fondamental de la conscience de soi.» Autrement dit, il s’agit de comprendre comment mon cerveau sait que ceci est «ma» peau, «mon» pied, «ma» tête. Pour révéler les bases de cette perception, les neurologues ont cherché ce qui pouvait la troubler. Ils ont donc créé des illusions de conscience corporelle… » (…) à force de voir ce ventre de plastique être l’objet d’une caresse que je ressens, je suis prise d’une illusion étrange. Je me sens être dans le corps que je vois. Je suis passée dans le corps du mannequin…«L’expérience fonctionne à chaque fois», relève Valeria Petkova. Au-delà de toute espérance : lorsque le crayon est remplacé par un couteau qui menace le ventre du mannequin et lui seul, les volontaires se sentent physiquement agressés : la chercheuse l’a vérifié en mesurant la conductance de leur peau, qui a révélé une subtile sudation.(cf. lien ci-dessous)

http://www.liberation.fr/sciences/2009/02/10/dans-la-peau-d-un-autre_308953

On imagine à quel point les résultats fascinants de ces expériences sont une grande source d’espoir pour les amputés (syndrome du membre fantôme) et les paralysés.

Du point de vue philosophique :

Elles interrogent notre rapport au monde, la réalité de nos perceptions. En effet, on voit que l’illusion peut être facilement créée sur un individu qui pourtant sait que c’est une illusion ! Le monde tel que nous le percevons est-il réellement tel ? Tout ceci pose une question épistémologique : Notre conscience a-t-elle raison de croire ce qu’elle croit ? Il convient alors de s’interroger sur l’origine, la nature et les limites de notre connaissance du monde (et de soi);

Enfin, elle mettent en exergue sur l’importance de la perception de son image pour la conscience de soi, idée soutenue par le test du miroir (cf. la conscience, le moi en miroir).

Comment être sûr que vous n’êtes pas en train de rêver ?

Sans doute parce que vous ne rêveriez pas du blog « PhiloStjo »… :)

Vous reconnaissez peut-être ici la question au coeur du film Inception de Christopher Nolan (ou même Matrix). Mais ce que vous ne savez peut-être pas, ce sont les sources philosophiques d’une telle réflexion. En effet, ce n’est pas la première expérience de pensée qui doute de la réalité de nos perceptions, et du monde qui nous entoure. Platon,Aristote,Descartes,Kant, Freud, Husserl, Putnam et son cerveau dans une cuve ont fortement inspiré ce film (sur le rêve, la conscience, l’intersubjectivité, autrui, l’inconscient…)Vous trouverez ci-dessous des liens intéressants sur ce film, des références « classiques » philosophiques puis un extrait du livre Qu’est-ce que tout cela veut dire ? de Thomas Nagel dont je vous recommande vivement la lecture.

Synopsis : « Le film relate les aventures d’un groupe de voleurs tout à fait particulier : des voleurs de rêves qui, grâce à une technologie, entrent par effraction dans la conscience d’un individu pour lui dérober ses idées (extraction) ou les supprimer. L’inception, elle, va plus loin, consistant à implanter une idée dans la conscience d’un individu, à son insu. Cette technique comporte des risques pour les voleurs, lequel consiste à se perdre dans les méandres de leur propre conscience, les “limbes”.

La cible principale du film est l’héritier d’une multinationale de l’énergie. Le concurrent, M. Saito, souhaite que l’hériter démantèle la société de son père. Cobb, experimenté dans l’extraction et l’inception, incarné par Di Caprio, est le chef de l’équipe, composée de 4 membres :

  • un chercheur chargé de la compréhension du psychisme de la cible.
  • un faussaire, chargé de truquer l’identité des individus avec lesquelles la cible est familière.
  • un chimiste responsable des sérums permettant de réguler le rêve commun.
  • un architecte dont le rôle est de concevoir le monde du rêve

Pour mener à bien l’introduction de l’idée, l’équipe doit descendre littéralement dans la conscience de la cible, allant des couches supérieures de rêves vers les couches les plus profondes, permettant de créer pour la cible un sentiment  de réalité de plus en plus fort. Le but est ainsi que la cible confonde le rêve et la réalité, elle-même alors considérée comme une sorte de réalité augmentée ou alternative.

A l’issue de batailles oniriques, Cobb parviendra à réaliser l’inception, mais semble-t-il au prix de sa conscience et de la réalité. » extrait du site http://la-philosophie.com/inception-analyse

Références philosophiques qui ont traité du rapport rêve/réalité.

-Platon relate une discussion entre Socrate et un mathématicien athénien,Théétète. Ces deux-là se demandent ce qu’est la science, et donc la connaissance. Théétète avançant d’abord que la science c’est la sensation, Socrate réfute et conclut sur la différence entre perception et connaissance. C’est au cours de cet échange qu’intervient la question du rêve.

THÉÉTÈTE : Je n’ose dire, Socrate, que je ne sais que répondre, parce que tu m’as repris tout à l’heure de l’avoir dit. En réalité, cependant, je ne saurais contester que, dans la folie ou dans les rêves, on ait des opinions fausses, alors que les uns s’imaginent qu’ils sont dieux et que les autres se figurent dans leur sommeil qu’ils ont des ailes et qu’ils volent.

SOCRATE : Ne songes-tu pas non plus à la controverse soulevée à ce sujet, et particulièrement sur le rêve et sur la veille ?

THÉÉTÈTE : Quelle controverse ?

SOCRATE : Une controverse que tu as, je pense, entendu soulever plus d’une fois par des gens qui demandaient quelle réponse probante on pourrait faire à qui poserait à brûle-pourpoint cette question : dormons-nous et rêvons-nous ce que nous pensons, ou sommes-nous éveillés et conversons-nous réellement ensemble ?

THÉÉTÈTE : On est bien embarrassé, Socrate, de trouver une preuve pour s’y reconnaître ; car tout est pareil et se correspond exactement dans les deux états. Prenons, par exemple, la conversation que nous venons de tenir : rien ne nous empêche de croire que nous la tenons aussi en dormant, et lorsqu’en rêvant nous croyons conter des rêves, la ressemblance est singulière avec ce qui se passe à l’état de veille.

SOCRATE : Tu vois donc qu’il n’est pas difficile de soulever une controverse là-dessus, alors qu’on se demande même si nous sommes éveillés ou si nous rêvons. De plus, comme le temps où nous dormons est égal à celui où nous sommes éveillés, dans chacun de ces deux états notre âme soutient que les idées qu’elle a successivement sont absolument vraies, en sorte que, pendant une moitié du temps, ce sont les unes que nous tenons pour vraies et, pendant l’autre moitié, les autres, et nous les affirmons les unes et les autres avec la même assurance.

THÉÉTÈTE : Cela est certain.

SOCRATE : N’en faut-il pas dire autant des maladies et de la folie, sauf pour la durée, qui n’est plus égale ?

THÉÉTÈTE : C’est juste.

SOCRATE : Mais quoi ? est-ce par la longueur et par la brièveté du temps qu’on définira le vrai ?

THÉÉTÈTE : Ce serait ridicule à beaucoup d’égards.

SOCRATE : Mais peux-tu faire voir par quelque autre indice clair lesquelles de ces croyances sont vraies ?

THÉÉTÈTE : Je ne crois pas.

Pour Aristote, personne ne saurait croire que la réalité n’est pas ce que l’on connaît en étant éveillé, et nulle sensation n’est ressentie sans objet qui la cause. Mais ma sensation face à la même cause est amenée à varier selon mon état. Le perçu est donc subjectif, relatif. L’apparence n’est pas la vérité.

-Aristote, Métaphysique (fin du IVème siècle avant J.C.) – Livre IV, 1010b – 1011a6

Pour ce qui est de la vérité, plusieurs raisons nous prouvent que toutes les apparences ne sont pas vraies. Et d’abord, la sensation même ne nous trompe pas sur son objet propre ; mais l’idée sensible n’est pas la même chose que la sensation. Ensuite, on peut s’étonner à juste titre que ceux dont nous parlons restent dans le doute sur des questions comme celles-ci : Les grandeurs ainsi que les couleurs sont-elles réellement telles qu’elles apparaissent à ceux qui sont éloignés, ou telles que les voient ceux qui en sont près ? Sont-elles réellement telles qu’elles apparaissent aux hommes bien portants, ou telles que les voient les malades ? La pesanteur est-elle ce qui paraît pesant aux hommes de faible complexion, ou bien ce qui l’est pour les hommes robustes ? La vérité est-elle ce qu’on voit en dormant, ou ce qu’on voit pendant la veille ? Personne, évidemment, ne croit qu’il y ait sur ces points la plus légère incertitude. Y a-t-il quelqu’un, s’il rêvait qu’il est dans Athènes, alors qu’il serait en Afrique, qui s’imaginât, sur la foi de ce rêve, de se rendre à l’Odéon ? D’ailleurs, et c’est Platon qui fait cette remarque, l’opinion de l’ignorant n’a certainement pas une autorité égale à celle du médecin, quand il s’agit de savoir, par exemple, si le malade recouvrera ou ne recouvrera pas la santé. Enfin, le témoignage d’un sens sur un objet qui lui est étranger, ou même qui se rapproche de son objet propre, n’a pas une valeur égale à son témoignage sur son objet propre, sur l’objet qui est réellement le sien. C’est la vue qui juge des couleurs et non le goût ; c’est le goût qui juge des saveurs, et non la vue. Jamais aucun de ces sens, dans le même temps, quand on l’applique au même objet, ne nous dit que cet objet a et n’a pas à la fois telle propriété. Je vais plus loin encore. On ne peut pas contester le témoignage d’un sens, parce qu’en des temps différents il est en désaccord avec lui-même ; il faut adresser le reproche à l’être qui éprouve la sensation. Le même vin, par exemple, soit parce qu’il aura changé lui-même, soit parce que notre corps aura changé, nous paraîtra, il est vrai, doux dans un instant, le contraire dans un autre. Mais ce n’est pas le doux qui cesse d’être ce qu’il est ; jamais il ne dépouille sa propriété essentielle ; il est toujours vrai qu’une saveur douce est douce, et ce qui sera une saveur douce aura nécessairement pour nous ce caractère essentiel.

Or, c’est cette nécessité que détruisent les systèmes en question ; de même qu’ils nient toute essence, ils nient aussi qu’il y ait rien de nécessaire, puisque ce qui est nécessaire ne saurait être à la fois d’une manière et d’une autre. De sorte que s’il y a quelque chose qui soit nécessaire, les contraires ne sauraient exister à la fois dans le même être. En général, s’il n’y avait que le sensible, il n’y aurait rien, n’y ayant rien, sans l’existence des êtres animés, qui pût percevoir le sensible ; et peut-être alors serait-il vrai de dire qu’il n’y a ni objets sensibles, ni sensations; car tout cela est, dans l’hypothèse, une modification de l’être sentant. Mais que les objets qui causent la sensation n’existent pas, même indépendamment de toute sensation, c’est ce qui est impossible. La sensation n’est pas sensation d’elle-même ; mais il y a un autre objet en dehors de la sensation, et dont l’existence est nécessairement antérieure à la sensation. Car le moteur est, de sa nature, antérieur à l’objet en mouvement ; et admît-on même que dans le cas dont il s’agit l’existence des deux termes est corrélative, notre proposition n’en subsiste pas moins.

Voici une difficulté que se posent la plupart de ces philosophes, les uns de bonne foi, les autres seulement pour le plaisir de disputer. Ils demandent qui jugera de la santé, et en général, quel est celui qui jugera bien dans toutes les circonstances. Or, se faire une pareille question, c’est se demander si on est en ce moment endormi ou éveillé.

-René Descartes, Méditations métaphysiques (1641) : Première méditation (très proche du livre IV du Discours de la méthode)

Toutefois j’ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j’ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu’ils veillent. Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que le remue n’est point assoupie ; que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d’avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. Et m’arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu’il n’y a point d’indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, que j’en suis tout étonné ; et mon étonnement est tel, qu’il est presque capable de me persuader que je dors.

Supposons donc maintenant que nous sommes endormis, et que toutes ces particularités-ci, à savoir, que nous ouvrons les yeux, que nous remuons la tête, que nous étendons les mains, et choses semblables, ne sont que de fausses illusions ; et pensons que peut-être nos mains, ni tout notre corps, ne sont pas tels que nous les voyons. Toutefois il faut au moins avouer que les choses qui nous sont représentées dans le sommeil, sont comme des tableaux et des peintures, qui ne peuvent être formées qu’à la ressemblance de quelque chose de réel et de véritable ; et qu’ainsi, pour le moins, ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et tout le reste du corps, ne sont pas choses imaginaires, mais vraies et existantes. Car de vrai les peintres, lors même qu’ils s’étudient avec le plus d’artifice à représenter des sirènes et des satyres par des formes bizarres et extraordinaires, ne leur peuvent pas toutefois attribuer des formes et des natures entièrement nouvelles, mais font seulement un certain mélange et composition des membres de divers animaux ; ou bien, si peut-être leur imagination est assez extravagante pour inventer quelque chose de si nouveau, que jamais nous n’ayons rien vu de semblable, et qu’ainsi leur ouvrage nous représente une chose purement feinte et absolument fausse, certes à tout le moins les couleurs dont ils le composent doivent-elles être véritables. Et par la même raison, encore que ces choses générales, à savoir, des yeux, une tête, des mains, et autres semblables, pussent être imaginaires, il faut toutefois avouer qu’il y a des choses encore plus simples et plus universelles, qui sont vraies et existantes ; du mélange desquelles, ni plus ni moins que de celui de quelques véritables couleurs, toutes ces images des choses qui résident en notre pensée, soit vraies et réelles, soit feintes et fantastiques, sont formées.

-Extrait du livre Qu’est-ce que tout cela veut dire ? de Thomas Nagel

« Si vous y réfléchissez bien, la seule chose dont vous puissiez être sûrs, c’est ce qui est à l’intérieur de votre propre esprit. Quelque soit votre croyance-qu’elle porte sur le soleil, la lune et les étoiles, la maison et le quartier dans lequel vous vivez, l’histoire, la science, les autres personnes, et même l’existence de votre propre corps-elle repose sur vos expériences et vos pensées, vos sentiments et vos impressions des sens. Vous n’avez rien d’autre sur quoi compter directement(…). D’habitude, vous ne doutez pas de l’existence du sol sous vos pieds ou de l’arbre derrière la fenêtre ou de l’existence de vos propres dents. (…)Mais comment savez-vous qu’elles existent réellement ?(…)Y aurait-il une différence quelconque pour vous si toutes ces choses n’existaient que dans votre esprit-si tout ce que vous avez pris pour un monde réel extérieur n’était qu’un rêve gigantesque ou une hallucination qui ne se dissiperait jamais ? (…)Si toute votre expérience était un rêve, auquel rien ne serait extérieur, tout ce qui pourrait vous servir à vous prouver qu’il existe un monde extérieur ne serez qu’une partie de ce rêve. Si vous tapez sur la table ou si vous vous pincez, vous entendez le bruit du coup et vous sentirez le pincement, mais cela sera encore quelque chose qui se passe dans votre esprit, comme tout le reste. (…)Comment savez-vous que vous n’êtes pas venus à l’existence il y a quelques minutes à peine, avec l’ensemble de vos souvenirs présents ?(…)  

Cet argument sceptique développé par Nagel est d’ailleurs une faille du film car pour savoir si l’on se trouve ou non dans le rêve de quelqu’un d’autre, il faut se munir d’un totem, un objet dont on connaît seul les caractéristiques, le poids ressenti… Notez bien qu’il serait absurde de penser faire la différence entre son propre rêve et la réalité avec ce stratagème (si je connais un objet, mon subconscient connaît le même objet et je n’aurai aucun mal à me le représenter en rêve)…

Citation de Morpheus, personnage de la trilogie Matrix: « As-tu déjà fait ces rêves Néo, qui semblent plus vrai que la réalité ? Si tu étais incapable de sortir d’un de ces rêves ? Comment ferais tu la différence entre le monde du rêve et le monde réel ? »

“All that we see or seem
Is but a dream within a dream.”

– Edgar Allan Poe, A Dream Within A Dream (1849)

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Plan du cours sur le sujet : Conscience / Inconscient / Autrui/ Désir

Le Sujet : Que puis-je savoir de moi ?

1- L’homme= un sujet ?

a- Etre un sujet / s’affirmer comme sujet    Etude du texte de Hegel/Camus   

La difficulté de s’affirmer comme sujet

2- La conscience : condition ou obstacle à la connaissance de soi ?

a – Privilège ou fardeau ? Etude du texte de Kant,  Etude du texte de Pascal, tableau et corrigé 

b- la conscience de soi = première véritéEtude du texte de Descartes, rêve et réalité

c- Changer est-ce devenir quelqu’un d’autre ? la construction de l’identité personnelle Etude du texte de Locke

3- Suis-je le mieux placé pour me connaitre ? le rôle d’autrui

4- Suis-je ce que je pense être ?

a-Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? La mauvaise foi (garçon de café)

b- l’inconscient 

critique de la psychanalyse par Karl Popper

c- le mimétisme social

 

pour aller plus loin : vidéos

Vidéos sur le conscience l’inconscient- matière/esprit

Pour s’entraîner : Sujets de dissertation sur le Sujet

Voici une liste de sujets afin de vous entraîner, à faire des analyses, problématiques(…) sur la notion de Sujet (conscience/inconscient) :

Peut-on ne pas être soi-même ?

Changer est-ce devenir quelqu’un d’autre ?

Peut-on se mentir à soi-même ?

La conscience de soi est -elle une connaissance de soi ?

Suis-ce ce que j’ai conscience d’être ?

La conscience est-elle source d’illusions ?

Peut-on avoir la conscience tranquille ?

L’hypothèse de l’inconscient exclut-elle la liberté ?

En quel sens peut-on reprocher à quelqu’un d’être inconscient ?

Peut-il y avoir une science de l’inconscient?

Pour aller plus loin : Peut-on décoder la conscience ?

 

Je vous recommande la très intéressante conférence de Stanislas Dehaenne, Professeur au Collège de France, chercheur en sciences cognitives à Neurospin (CEA-I2BM).

« Que se passe-t-il dans votre cerveau durant ce moment où l’accès à la conscience prend le pas sur le traitement mécanique de l’information ? Peut-on identifier des marqueurs neuronaux dont la présence indique la prise de conscience ? Notre expérience consciente se réduit-elle à l’activité de nos neurones ? Quels sont les pouvoirs et les limites de l’inconscient ? »

Où en est la science sur la compréhension des phénomènes conscients et inconscients ? Comment se matérialise la conscience par exemple sur une image à rayonnement magnétique (IRM) ? Ces découvertes amènent à reconsidérer le rapport du corps à l’esprit, et posent des questions éthiques dans des débats sur l’euthanasie ou le sort réservé aux patients dans le coma ou en état végétatif.

Retenez les différents sens du mots conscience que le professeur donne : sens transitif et intransitif (conscient/conscient de); conscience morale, états non conscients (multiples).

La question sur le libre-arbitre est aussi très pertinente. Pour lui, une décision libre peut être prise dans un certain déterminisme.

Notez ce qui est dit sur le dualisme au début de la conférence et notamment sur Descartes.