L’endettement public de la France : bonne ou mauvaise dette ?

Dans une petite vidéo mise en ligne sur le site de xerfi-canal (ici) le 18 septembre, Olivier Passet examine, données macroéconomiques à l’appui, la situation de l’économie française en matière de dette publique.

Le constat pour la fin de l’année 2018 est sans ambiguïté : l’endettement de l’État en France va atteindre le seuil symbolique de 100 % du PIB. Tous les travaux s’accordent sur ce point pour affirmer que l’appréciation de la dette à partir de sa mesure strictement quantitative (100 % ou… 60 % du PIB comme l’exigeait le Traité de Maastricht en 1992) n’est pas pertinente et qu’il faut examiner son caractère soutenable et, en fin de compte, les liens que la dette publique entretient avec la croissance économique potentielle. Rappelons que la dette d’un agent économique – un Etat mais aussi une entreprise, un ménage – est déclarée soutenable si celui-ci peut faire face aux charges de remboursement et donc au service de la dette qu’il a contracté. Cela signifie notamment qu’il ne faut pas confondre soutenabilité (ou insoutenabilité) et solvabilité (ou insolvabilité). On dit ainsi que la situation des finances publiques d’un pays est insoutenable si, sur la base de la politique économique en cours et des prévisions disponibles, l’évolution projetée de la dette publique débouche sur une situation d’insolvabilité.

Passet montre à ce propos que, incontestablement, le niveau de dette publique en France place notre économie dans une situation de grande fragilité en cas de nouveau choc macroéconomique (contrairement à l’Allemagne par exemple). A ce titre, il y a bien en France un « problème » de dette. Pour autant, il rappelle aussi que la dette publique ne peut pas être examinée indépendamment de l’action structurelle de l’État en matière notamment d’investissement public. Or, depuis les années 1980 (graphe ci-dessous), le taux d’investissement public est structurellement supérieur au déficit budgétaire ce qui conduit Passet à conclure que l’économie française dispose bien d’une dette soutenable dans la mesure où l’investissement public est un facteur important de la croissance économique potentielle.

On peut facilement partager l’analyse de Passet s’agissant de la période longue qui court de 1980 à la crise de 2008. Depuis dix ans toutefois, la relation entre investissement public et déficit public est très différente. Certes, les années qui suivent la crise se sont caractérisées par une hausse significative et logique du déficit. Les efforts notamment depuis 2012 en matière de réduction de ce déficit ont par ailleurs payé. Pour partie donc, l’écart positif qui a disparu entre investissement et déficit public s’explique par la « queue de comète » dans les finances publiques de la crise de 2008 (doublée par la crise des dettes souveraines dans la zone euro). Mais il est également manifeste que le taux d’investissement public décroit depuis 10 ans : en 2008, près de 4,5 % du PIB est investi par l’Etat, ce taux s’établit autour de 3,8 % en 2016. L’argument selon lequel la dette publique est soutenable – et donc peut être qualifiée de « bonne » dette – tant que l’investissement public est dynamique ne résiste plus à l’examen. Or, cette baisse du taux d’investissement public n’est pas une fatalité même dans un contexte où les contraintes sur les finances publiques sont fortes. Ce qui est en jeu, encore une fois, c’est le rythme de la croissance économique potentielle de la France et de la zone euro.

 

La France dans la zone euro : quelques données macroéconomiques

L’équipe d’économistes de BNP-Paribas met en ligne aujourd’hui une série statistiques intitulée « Petit atlas de l’économie française ». C’est ici. Le document comporte de nombreuses données utiles. On peut notamment relever le tableau suivant qui compare des indicateurs macroéconomiques de la France avec ceux de quelques autres pays de la zone euro.

On observe notamment le déficit de la balance courante de l’économie française (-0,4 % du PIB) face à l’excédent de cette même BTC en Allemagne (+ 8 % par rapport au PIB). Ce solde déficitaire en France doit toutefois être considéré avec prudence : pour partie il traduit bien la faiblesse du système productif français (« l‘économie française glisse doucement vers le bas de gamme » selon l’expression de P. Artus dans son livre « Et si les salariés se révoltaient ? »), mais il est aussi pour partie la conséquence du dynamisme des importations des entreprises installées dans l’hexagone (près de 13 % du PIB est importé en France contre seulement 11 % en Italie par exemple) et donc dépend du rythme de l’activité (ainsi que, le cas échéant, du cycle économique). Sur ce dernier point, l’indicateur « parts de marché à l’exportation » permet de relativiser les mauvaises performances de l’économie française en matière de commerce extérieur : en 2018, les exportations de la France représentent 3,1 % des exportations mondiales contre par exemple seulement 1,8 % pour l’Espagne alors que celle-ci présente un excédent de sa BTC. Ceci permet de rappeler la nécessité de s’appuyer sur une bonne maitrise des indicateurs ainsi que sur leur usage combiné pour mesurer de manière rigoureuse un fait économique.

 

Stagnation séculaire ou choc technologique ?

Dans un article mis en ligne sur le site de la Banque de France le 30 aout 2018 (ici), l’économiste français Gilbert Cette (photo) propose une synthèse de travaux récents sur le thème  des perspectives de croissance économique pour les décennies à venir dans les PDEM et les émergents.

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Comme toujours quand il s’agit de projections, la prudence est de mise. Pour autant, cette publication est très intéressante. Outre le résumé du débat autour de la stagnation séculaire, le document s’appuie sur un excellent graphique qui présente l’évolution des taux de croissance de PIB depuis la fin du XIXème siècle (reproduction ci-dessous).

L’indicateur retenu est le taux de croissance annuel du PIB/tête. On peut y lire qu’en 1900, chaque habitant des pays de l’actuelle zone euro, disposait en moyenne d’un niveau de richesse (mesuré par l’actuel PIB) qui augmentait de 1,5 % tous les ans. Après un passage autour de 5 % de hausse dans les années 1960 (qui permet de rappeler que les fameuses « Trente glorieuses » n’ont été qu’un exception historique), c’est aujourd’hui une hausse du PIB/tête inférieure à 1 % annuel qui caractérise les pays de la zone euro (à peine autour de + 1 % pour les Etats-Unis depuis le début des années 2010). Même si c’est indicateur gomme l’effet cumulatif de la croissance, il fait apparaitre de façon frappante les difficultés macroéconomiques qui connaissent aujourd’hui les « vieux » PDEM.

Taux de chômage : une comparaison entre quelques pays de l’OCDE

Dans un numéro de « Flash Economie » mis en ligne le 5 septembre 2018 – « Les gains de productivité augmentent-ils quand le taux de chômage se rapproche du taux de chômage structurel ? » – (ici), l’économiste français P. Artus et son équipe se proposent de comparer les taux de chômage entre quelques pays de l’OCDE et de corréler leur évolution avec celle de la productivité par tête.

Ils aboutissent notamment à la conclusion selon laquelle, dans ces pays de l’OCDE, le taux de chômage observé tend à se rapprocher du taux de chômage structurel, c’est dire de la composante du chômage qui ne dépend pas du niveau de l’activité à court terme mais des performances macroéconomiques longues du territoire considéré (taux d’emploi, progression de la productivité des facteurs, progression de la qualification de la population active, efficacité des politiques de soutien à la croissance, etc.). La mesure de cette composante structurelle dans le chômage global est délicate. En dépit de la prudence qui s’impose quant à la comparaison des données entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro, il est manifeste que, pour cette dernière, le niveau élevé du taux de chômage (8 % de la population active est sans emploi dans la zone euro en 2018 contre à peine 4 % aux États-Unis et au Royaume-Uni) s’explique aujourd’hui principalement par sa composante structurelle alors qu’au début des années 2010, juste après la crise, la composante conjoncturelle du chômage (avec un taux de chômage global autour de 12 % pour la zone euro) était significative dans le chômage global. Les deux premiers graphiques reproduits dans la publication de P. Artus fournissent un éclairage frappant de la situation (voir ci-dessous).

On peut dégager de ces données les quelques enseignements suivants :

a) si le taux de chômage est deux fois plus élevé dans la zone euro qu’aux États-Unis, cela s’explique notamment par une croissance économique potentielle – c’est à dire la croissance qui résulte de l’usage efficient des facteurs de production, sans tensions inflationnistes -, significativement plus faible sur le continent européen ;

b) Au lendemain de la crise mondiale de 2008, les taux de chômage aux États-Unis et dans la zone euro se situaient à des niveaux comparables (autour de 10 % de la population active). Sur le continent américain, les politiques macroéconomiques conjoncturelles de reprise de l’activité ont été plus efficaces sur la période 2009-2013 (alors que la zone euro traversait sa crise des dettes souveraines). Il s’en est suivi une baisse de la composante conjoncturelle du chômage outre-atlantique tandis que celle-ci restait soutenue en Europe.

c) Comme le montre P. Artus dans ses travaux depuis plusieurs années, la dégradation conjoncturelle de l’économie d’un territoire finit toujours par avoir des effets structurels : en zone euro, le ralentissement de l’activité imputable à la crise de 2008 et combiné avec la crise des dettes souveraines a conduit à déprécier la croissance potentielle (estimée à seulement + 1 % annuel par l’équipe de Artus). C’est aujourd’hui la faiblesse de cette croissance potentielle (perte de compétitivité des firmes de la zone euro, faible efficacité pour cause de défaut de coordination des politiques de soutien à la croissance notamment) qui maintient le taux de chômage de la zone à un niveau élevé.

d) On voit donc le rapport avec le titre du post de l’équipe de Artus : dans les pays de l’OCDE, les politiques de l’emploi ne peuvent aujourd’hui être efficaces que si elles se donnent en priorité pour objectif une hausse de la productivité par tête (meilleure formation de la main d’œuvre, incitation à l’innovation pour les firmes, meilleure efficacité des politiques éducatives coordonnées…), condition nécessaire de la réduction du chômage structurel. Toutefois, certains pays de la zone euro à l’image de la France disposent d’un autre levier (qui apparait aussi comme une contrainte supplémentaire) : la nécessaire amélioration du taux d’emploi dans les années à venir. Ce taux d’emploi est inférieur à 65 % en France en 2018. C’est un point de moins que la moyenne de la zone euro et 10 points de moins que l’Allemagne !

La Chine dans le commerce mondial : vers une normalisation

Le 12 juillet 2018, l’OFCE a publié sur son blog une note : « La Chine se normalise et son commerce devient ordinaire » qui met en évidence les mutations du commerce extérieur de la Chine et, avec elles, les mutations du commerce mondial. Les auteurs s’appuient notamment sur les données de la balance courante chinoise (voir graphique ci dessous).

 

En 2007, juste avant la crise, la Chine enregistre un excédent de sa balance des transactions courantes (BTC) de l’ordre de 10 % par rapport à son PIB (courbe orange). A cette date, la plus grande partie de cet excédent est imputable à la balance commerciale (c’est à dire le commerce extérieur portant sur les marchandises). En 2017, la situation du commerce extérieur chinois a significativement évolué : l’excédent de la BTC est inférieur à 2 % du PIB. Cette chute de 8 points en une décennie est le fait de deux facteurs qui se cumulent : la baisse de l’excédent commercial (en bleu sur le graphe) et l’apparition d’un déficit de la balance des services de plus de 2 % par rapport au PIB. Les auteurs montrent à ce propos que si cette évolution est en partie subie par la Chine (ralentissement du commerce mondial depuis le début des années 2010), elle est aussi la conséquence du passage d’un modèle de développement axé sur le commerce avec les PDEM et l’insertion dans les chaines de valeur mondiales via les firmes transnationales (FTN) chinoises, les filiales des FTN des PDEM ou les firmes sous-traitantes, à un modèle qui se fonde sur le marché intérieur (et donc la consommation plutôt que l’exportation). La balance des services est un indicateur qui atteste de cette évolution (elle est notamment imputable à la consommation de services touristiques liée à la montée de la classe aisée chinoise).

Les auteurs s’appuient par ailleurs sur la distinction entre « commerce de processing« , c’est à dire pour la Chine le fait d’importer des biens intermédiaires en s’insérant dans une chaine de valeur, les transformer dans des opérations d’assemblage puis exporter les produits finis (ou semi-finis) et « commerce ordinaire« , c’est à dire le fait d’importer des biens et des services tournés vers la demande intérieure et exporter des biens et des services dont les inputs sont essentiellement domestiques. On sait que la stratégie d’insertion de la Chine dans l’économie mondiale à partir du début des années 2000 s’est fondée sur le modèle du commerce de processing. Près de vingt ans plus tard, on observe que ce sont les « courbes » (importations et exportations – voir graphiques dans la note de l’OFCE) du commerce ordinaire qui tirent le commerce extérieur de la Chine.

Depuis quelques années, des travaux divers montrent que les mutations du modèle de croissance chinois soulèvent des enjeux considérables (voir notamment ici et ici pour des notes datant de 2016 sur « Des clés pour l’économie ! »). Avec un marché intérieur en pleine expansion de près de 1,4 milliard de personnes, les interrogations en matière de place des « vieux » PDEM dans l’économie mondiale ne peuvent être pensées sans interaction étroite avec les questions environnementales et climatiques qui se posent avec une acuité de plus en plus forte.

Bonne lecture et bonne reprise !

 

CPGE ECO-2 Lycée militaire d’Aix en Provence : travail estival 2018

Bonjour à toutes et tous,

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pouvez télécharger le fichier pdf qui donne les consignes de travail relatifs à la classe d’ECO-2 du Lycée militaire d’Aix en Provence pour la rentrée du 3 septembre 2018.

Bon travail à toutes et tous !

Fiche de travail estival 2018 Rodrigues

Monnaie et financement de l’économie

Vous trouverez ci-dessous le support diaporama d’une journée de formation continue à destination des professeurs de SES et d’Economie et Gestion de Polynésie française sur le thème « monnaie et financement de l’économie« .

Monnaie et financement PF 2018 Rodrigues

Les banques dans la mondialisation !

Plusieurs émissions de France Culture sur la place des banques dans le système financier mondial actuel

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/faites-sauter-les-banques-14-banque-toxique

Une émission un peu longue (55 minutes) mais vous pouvez mettre les vacances à profit et cela permet d’introduire des questions – vivement débattues – que nous examinerons dans le chapitre 6.

Bonne écoute !

Maison saisie par une banque à Antioch, en Californie (2009)

La France dans la mondialisation : quels enjeux ?

Bonjour à toutes et tous et bonne rentrée 2017 !

France culture propose une émission régulière qui nous intéresse au premier chef : « l’économie en question ».

Durant l’été, une de ces émissions a porté sur la question de la France et de l’Europe face à la mondialisation. 30 minutes forts utiles pour compléter les cours de Première et de Deuxième année :

https://www.franceculture.fr/emissions/leconomie-en-questions/la-france-et-lunion-europeenne-au-defi-dune-autre-mondialisation

Bonne écoute !

Économie monétaire, théories et politiques

Je vous signale la sortie d’un nouveau livre auquel j’ai contribué qui, je l’espère, vous sera utile au cours de votre formation. Il est annoncé en librairie et en ligne pour le 7 juin 2017 :

Alain Beitone, Christophe Rodrigues. Économie monétaire, théories et politiques. Armand Colin, coll. « Cursus », 2017

Un des publics prioritaires est celui des étudiants de CPGE. Les questions abordées dans ce livre recoupent de nombreux thèmes présents dans le programme d’ESH-EA : la place de la monnaie dans le financement de l’économie, la politique monétaire, les banques et la régulation bancaire dans la globalisation financière…

J’espère que cela vous sera utile pour votre progression dans la formation !