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« Une classe de neige, c’est bien plus qu’une suite d’activités ludiques »

Véronique Cognet, institutrice à l’école Saint-Claude, à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône) a emmené ses élèves de CM2 à Arâche-la-Frasse, en Haute-Savoie. Cinq jours de séjour, mais une année de découverte ! De la préparation aux animations au retour de la classe de neige, c’est finalement pendant une année complète que ses élèves auront rêvé, appris et grandi !

 

Source : https://lewebpedagogique.com/classe-de-neige/files/2014/04/NOTRE-JOURNAL.pdf

Comment cette classe de découverte s’insère-t-elle dans le programme de l’année ?!

Une classe de neige arrive à un moment de l’année particulièrement propice, car un instituteur a suffisamment de temps à la fois en amont, pour préparer les élèves à ce qu’ils vont vivre, et en aval, pour exploiter tout ce qu’ils ont découvert. Par ailleurs, les liens avec le programme scolaire sont nombreux, quel que soit le niveau de la classe.

  • En éducation civique, j’initie les élèves à la sécurité en montagne (en faisant intervenir un guide, en simulant une recherche de victimes d’avalanche à l’aide d’ARVA[1]) et au respect de l’environnement. C’est aussi l’occasion de les sensibiliser aux valeurs sociales et civiques par la vie en collectivité (respect de soi et des autres, respect des biens, tolérance, solidarité…).
  • En géographie, j’invite les élèves à situer le paysage sur une carte, à l’observer, à localiser les implantations humaines et les aménagements, à établir des relations avec l’exploitation économique du milieu (agriculture, élevage, tourisme, artisanat…). Ils apprennent à utiliser un vocabulaire spécifique (combes, cluses, ruz, monts, vaux…). J’aborde aussi l’histoire en évoquant la vie d’autrefois en montagne. Ma classe a même expérimenté « l’école d’autrefois » grâce à une animation au musée de Vuiz-en-Sallaz.
  • Établir le budget de classe de neige, construire et lire des représentations graphiques simples (courbe de températures), résoudre des problèmes (comparer des prix, calculer des durées, des distances…), comprendre et utiliser la notion d’altitude et de dénivelé sont aussi les moyens d’étudier le programme de mathématiques. En sciences, j’explique les effets des radiations du soleil ou les différents états de l’eau. En français, je leur demande de produire des écrits en situation : élaborer un journal, rédiger des comptes rendus, etc.
  • Et en éducation physique et sportive, mes élèves pratiquent le skating et le biathlon, et découvrent la randonnée en raquettes. Ils apprennent à gérer leur rythme cardiaque, à réguler leur vitesse et à contrôler leurs émotions dans des situations difficiles. C’est ainsi qu’ils découvrent les notions de dépassement et d’entraide.

 

Comment préparez-vous vos élèves ?

Tout d’abord, je sensibilise les enfants (et les parents !) à l’intérêt de ce séjour. Une classe de découverte, c’est bien davantage qu’une suite d’activités ludiques et inhabituelles pratiquées en dehors de l’école et de la famille. Ce qui compte, ce sont les moments que nous allons partager.

Ensuite, les enfants participent au financement : des ventes de gâteaux (avant chaque vacances scolaires) et de truffes, à Noël, permettent de récolter des fonds. Les élèves lancent les commandes, confectionnent, empaquettent, distribuent : ces responsabilités les font grandir. Autre astuce que nous avons trouvée : les « brigades Ménage » ! Des équipes d’élèves s’occupent à tour de rôle de ranger et nettoyer deux classes de l’école. L’argent économisé par l’établissement est reversé à la classe et permet de financer le voyage. Pour mettre les élèves en condition, je les invite aussi à faire quelques recherches : localisation sur une carte, exposés sur le thème de la montagne, familiarisation avec les activités nouvelles qu’ils pratiqueront, comme le biathlon.

Enfin, quelque temps avant le départ, je les prépare à la vie en collectivité : organisation des chambrées, élaboration d’un code de vie, liste du matériel individuel et collectif à emporter, répartition des tâches de la vie quotidienne (dresser et débarrasser la table), mise en place d’un l’emploi du temps. Je leur demande aussi de mettre sur pied, seul ou en groupe, un numéro, un spectacle, un sketch ou de travailler une chanson qu’ils présenteront lors d’une veillée cabaret.

 

Quel(s) effet(s) a eu cette classe de neige ?

La classe de neige permet aux enfants de comprendre ce que recouvrent les notions d’entraide, d’amitié, de solidarité et de tolérance. La cohabitation n’est pas toujours facile, mais chacun ressort grandi de cette expérience de vie en collectivité. Pour moi, c’est ce qui prime ; les enrichissements didactiques sont importants mais secondaires. Pour ma part, j’ai découvert mes élèves autrement que derrière leur bureau : certains se sont véritablement révélés. La vision des enfants sur leur maîtresse a également changé : elle a rassuré, accompagné, encouragé, soigné, consolé, protégé, sermonné, veillé la nuit, conduit chez le médecin… Bref, pendant cinq jours, elle s’est un peu substituée à maman (ou papa !).

 

Quels souvenirs ont été les plus marquants pour les élèves ?

Je pense que la vie quotidienne reste une expérience clé pour les enfants : les repas, la toilette, les nuits, sont source d’inquiétude avant le départ, car ce sont des moments d’intimité. En collectivité, il faut partager, faire ensemble, tout en respectant chacun. Les veillées (en pyjama !) sont aussi souvent des souvenirs impérissables. Les activités demandant un effort particulier à l’enfant, parce pratiquées sur un terrain inhabituel et « instable » (spéléo, escalade, ski…), sont également très marquantes pour eux.

 

Comment avez-vous continué à faire vivre le souvenir de ce séjour une fois de retour ?

La classe de découverte reste présente tout au long de l’année et nous y faisons référence de nombreuses fois. Chaque année, j’essaie de varier un peu les animations : cette année, ce fut l’écriture d’un journal. D’autres fois, ce furent une exposition, un blog, un livret personnel, une chanson sur le CD de l’école… Pourquoi pas, l’année prochaine, un livre numérique ?

La fête de l’école, en juin, est parfois une dernière occasion de partager ce moment de vie unique : porte ouverte dans la classe avec diaporama en boucle, petite danse sur la chanson écrite et chantée pour le CD de l’école, saynètes pour faire partager les bons moments… et même caricaturer la maîtresse. Tout est bon pour s’amuser une nouvelle fois !

[1] Appareil de Recherche de Victimes d’Avalanche
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