Le Festival d’Avignon à la sauce Covid

Ah la la le festival d’Avignon ! Qui ne le connaît pas ? Bien sûr il s’agit plutôt de deux festivals distincts : le festival originel créé par Jean Vilar, qui possède un prestige international, et le festival «OFF» créé en 1966 qui est plus «populaire» mais non moins connu dans le monde. Après un an d’interruption le festival reprend place dans la Cité des Papes, pour notre plus grand bonheur, avec une nouvelle organisation spéciale Covid-19.

Mais pourquoi deux festivals en même temps ?

Pour répondre à cette question il faut faire un peu d’histoire. En 1947, Jean Vilar crée «Une semaine d’art en Avignon» dans la cour d’honneur du Palais des Papes, dans le théâtre municipal et dans le verger Urbain V. Au fil des ans la «semaine d’Art» devient le «Festival d’Avignon», il s’internationalise, s’agrandit et devient l’un des plus importants et prestigieux festivals culturels du monde. Le festival n’a été annulé que deux fois depuis sa création : en 2003 pour cause de grève des intermittents et en 2020 pour cause de crise sanitaire.

Le Off naît en 1967 sous l’impulsion d’André Benedetto au théâtre des Carmes qui voulait sortir des carcans du festival originel trop «bourgeois» et «coincé» à son goût. Au fil des ans le festival s’agrandit jusqu’à dépasser les mille spectacles présentés en 2000, en 2019 on comptait 1592 spectacles dans plus de 130 lieux. Le Off est mondialement connu et est le lieu où être pour vendre son spectacle aux professionnels qui sont légions durant le festival.

Une nouvelle organisation en 2021

Le festival d’Avignon de cette année sera différent de ceux que nous avons connus par le passé, mais cela n’est pas non plus une rupture. Les deux festivals ont des organisations bien différentes.

Affiche du Festival IN 2021

Le «In» accueillera 46 spectacles pour 310 représentations, le port du masque sera obligatoire et les spectateurs ne seront finalement pas distanciés durant la représentation mais le seront dans la file d’attente, enfin les conditions d’annulation sont assouplies dans le cas où le spectateur se révèle être cas contact ou positif. Par ailleurs, afin de s’adapter à la crise économique actuelle, il a été décidé de proposer 30 000 entrées gratuites (sur 170 000) ainsi qu’un tarif à 10€ pour les étudiants. Le pass sanitaire ne devra lui être présenté que pour les spectacles dans la Cour d’Honneur car la capacité de la «salle» est supérieure à 1 000 personnes.

Affiche du Festival OFF 2021

Le Off quand à lui a pris une toute autre direction. Tout d’abord une jauge de 70 % sera imposée et les créneaux devront être espacés de 40 minutes minimum, en temps normal les créneaux ne sont espacés que de 15 minutes afin de placer 6 ou 7 créneaux dans la journée. Toutefois certains théâtres ont déjà dévoilé leur programmation et ne respectent pas cette règle des 40 minutes. Cette réaction de certains théâtres est symptomatique d’Avignon. En effet durant le Off, le partage des coûts n’étant fait que pour les spectacles avec des têtes d’affiches, les créneaux dans les théâtres sont en général loués par les compagnies elles-mêmes. Les tarifs seraient aberrants dans n’importe quelle autre ville : débourser à Avignon 10 000€ pour une salle de moins de 100 spectateurs est considéré comme normal, le problème étant que les compagnies sont également chargées de la billetterie et beaucoup de compagnies perdent de l’argent en venant au Off – car en plus de la location du théâtre il faut compter l’hébergement, les salaires des ingénieurs son/vidéo/lumière et les cachets des comédiens. Les théâtres n’ont par ailleurs quasiment pas adapté leur contrat à la crise sanitaire en cours.

Faut-il fustiger seulement les théâtres ? Bien que ces derniers ne s’adaptent pas à la situation, les compagnies de théâtre se sont encore empressées de signer les contrats de location afin d’être certaines de pouvoir présenter leur spectacle à Avignon aux professionnels. Si elles avaient fait front en exigeant des clauses spéciales, les théâtres n’auraient pu que les mettre en place. De plus on peut douter de l’utilité d’être présent pour vendre son spectacle car les théâtres ont repoussé la plupart des spectacles qu’ils avaient programmés et les possibilités d’achat seront bien moindres.

Les deux festivals seront bien différents de ceux connus précédemment mais la magie d’Avignon en période de festival revient cette année avec ses spectacles de rues, ses tracts et les affiches de spectacle à chaque coin de rue. Alors à vos programmes, réservons, allons au théâtre, discutons avec les comédiens à la sortie de la représentation, avec les spectateurs et savourons le bonheur de partager ces moments car comme l’a dit Jean Vilar : L’art du théâtre ne prend toute sa signification que lorsqu’il parvient à assembler et à unir.

Ghislain

Sources : Le Figaro, Le Monde, Wikipédia, Site officiel du Festival d’Avignon et du OFF, témoignages d’intermittents du spectacle.

Un auteur au lycée : Sylvain Prudhomme

Nous avons découvert deux œuvres de Sylvain Prudhomme, un auteur français connu pour avoir remporté le prix Fémina en 2019 pour son livre Par les routes, que la classe de 2ndes10 a étudié, tout comme un autre de ses romans intitulé Là, avait dit Bahi. Les élèves et M. Reinig, professeur de Français, ainsi que plus tard dans la matinée, les 2ndes12, avec Mme Selvacannou et Mme Delacroix, ont eu la chance de le rencontrer au CDI le vendredi 26 Mars 2021 afin d’en savoir plus sur lui-même et sur ses œuvres. L’auteur a répondu en toute franchise aux multiples questions posées par les élèves.

© June – 26/03/2021. Sylvain Prudhomme au lycée avec les 2nde10.

M. Reinig : Est-ce que, pour vous, écrire est un travail ?

Sylvain Prudhomme : « C’est sûr, c’est un travail, moi je relie beaucoup l’écriture au plaisir, je trouve que c’est bon signe quand j’avance dans l’écriture d’un livre, avec un sentiment d’être surpris par ce que je suis en train d’écrire. Pour moi c’est très important d’avoir le désir d’y retourner. Je m’inquiète un peu quand je commence, non pas de m’ennuyer mais de me rasseoir, de ne pas avoir envie, ça veut dire pour moi que je suis un peu en train de m’éloigner du cœur de ce qui me fait écrire le livre. En fait, je trouve que oui c’est un travail car c’est beaucoup d’heures dans la journée et c’est beaucoup de temps passé pour écrire un livre. Après il y a des livres que j’ai mis 2-3 ans à écrire, c’est du travail mais est-ce que c’est un métier ? Moi, je trouve que pendant très longtemps cela ne l’était pas car je n’en vivais pas au début, donc j’écrivais à côté du boulot que je faisais pour vivre. En principe, j’aurais du être professeur de lettres moi aussi. J’ai pris ce qu’on appelle une disponibilité d’un an, pour écrire et pouvoir avoir plus de temps. En parallèle j’ai fait plein de petits boulots, puis j’ai pris une deuxième puis une troisième année de disponibilité. Maintenant ça fait 10 ans. Petit à petit j’ai réussi de plus en plus à vivre de l’écriture et maintenant depuis que j’ai écrit Les grands qui a eu plus de lecteurs, j’arrive à en vivre et c’est vraiment mon métier. Quand je dis que cela me fait vivre, ce n’est pas seulement grâce aux ventes de livres, c’est aussi grâce à ce que l’on fait à côté, des lectures dans des festivals et dans des théâtres ou encore dans des résidences d’artiste. J’écris aussi parfois pour des journaux et l’addition de tout cela me permet depuis quelques années de vivre de mon écriture. »

Inès : Avez-vous déjà été un écrivain prête-plume ?

Sylvain Prudhomme : « Oui, j’ai failli l’être une fois. C’était l’histoire d’un capitaine de bateau qui avait fait parler de lui dans beaucoup de médias car il avait arrêté son travail pour prêter assistance à des bateaux de migrants qui étaient en détresse. Il avait passé tout un été à bord de son chalutier à recueillir des gens et à leur porter assistance. Puis après les avoir déposés en Europe qui a montré un geste de fraternité, tous les médias en avaient parlé et donc plusieurs auteurs et éditeurs lui avaient proposé d’écrire son histoire. Je devais aller en Bretagne et avais accepté de raconter son histoire car je la trouvais belle et j’en avais envie. C’était un moment où j’avais besoin de le faire aussi pour l’argent et je me sentais en accord éthique avec cet homme. Je me suis rendu sur les lieux mais en même temps un autre éditeur avait doublé le premier qui avait proposé d’écrire son histoire. Dans ce genre d’affaires, généralement la personne concernée reçoit beaucoup d’appels d’éditeur. Depuis, je n’ai pas eu d’autres propositions de ce genre. »

Lucie: Est-ce que vous avez déjà rencontré d’autres écrivains ?

S. P.: « Oui, beaucoup notamment dans des festivals de littérature, rien qu’aux mois de mai et de juin si tout se déroule bien avec la pandémie, il y a « la Comédie du Livre » à Montpellier, « Etonnants voyageurs » à St-Malo ou encore « O, les beaux jours !» à Marseille. Ce sont tous des festivals de littérature dans lesquels je devrais aller et où à chaque fois il y a de nombreux auteurs qui sont invités. A force, on se connaît les uns les autres. Je pense que c’est chouette de rencontrer des personnes qui ont les mêmes difficultés, les mêmes doutes parfois et puis les mêmes bonnes nouvelles, ce sont des vies qui se ressemblent un peu et il faut savoir les partager. »

Camille: Avez-vous des œuvres non publiée?

S.P. : « Comme tout écrivain, j’ai des œuvres qui ne sont pas publiées car soit ce sont des premiers textes qui datent de mes débuts, ou bien des plus récents. Par exemple je voulais sortir un livre qui s’intitule Messi et les miracles car j’adore Lionel Messi, la façon dont il joue, sa technicité etc. Mais mon éditeur m’a dit qu’il était préférable pour moi de ne pas le publier car cela ne me représentait pas, il voulait que je reste moi-même dans mes livres.

© June – 26/03/2021. Sylvain Prudhomme au lycée Jean Vilar.

Là, avait dit Bahi :

Quel est votre livre préféré parmi vos œuvres ?

S.P. : « Mon livre préféré parmi ceux que j’ai écrit est Là, avait dit Bahi. Le livre n’est pas forcement facile au premier abord, quand on l’attaque. Parmi ce j’ai fait, c’est celui auquel je suis le plus attaché car ce livre parle de mon grand-père et de sa vie en Algérie. C’est rare que des classes travaillent dessus car il est paru il y a plusieurs années, et je n’avais pas beaucoup de lecteurs à ce moment là. Il n’est donc pas très connu. Sur ce livre j’ai travaillé dix heures par jour sans m’arrêter et il est venu d’un seul trait. Il a été publié comme il a été écrit. »

Par les routes :

Hinaa : Pourquoi ne pas avoir mis de prénom au personnage de l’auto-stoppeur ?

S. P. : « Pour avoir un côté mystérieux, car si l’on attribue un prénom directement, on va l’associer à une classe sociale ou à une mode. Le prénom renvoie à une personne, à une étiquette et quand on va prononcer son prénom, on va mettre un visage dessus alors que « l’auto-stoppeur », c’est mystérieux. Cela laisse libre choix au lecteur de choisir son nom ou bien de ne pas le juger à son nom. Le choix de ne pas mettre de nom est fait exprès. »

Hinaa : Quel est le rapport entre Sacha et l’auto-stoppeur ?

S. P. : « Sacha et l’auto-stoppeur sont les deux personnages dans lesquels une partie de nous se retrouve : la première partie est Sacha, qui veut se poser, construire une famille alors que l’auto-stoppeur, lui, veut s’évader, profiter de la vie, partir à l’aventure, il vit la vie au jour le jour. Les deux personnages sont les deux faces qu’il y a en chacun de nous. »

Lucas : A quelle ville fait référence V. ?

S. P. : « V, comme Arles, ça ne marche pas du tout, je sais, mais j’habite Arles et je ne voulais pas nommer la ville car elle apparaît déjà dans un livre intitulé Légende. L’histoire s’y passe à Arles. Dans ce roman je raconte ce qu’on pouvait percevoir de la ville dans les années 80 et puis dans la ville d’aujourd’hui. A chaque fois il y a une sorte de responsabilité quand on décide de nommer un lieu. En fait, cela a plusieurs effets : ceux qui connaissent la ville vont faire attention à la façon dont on la représente, se demander ce qu’on a montré de la ville. J’ai une responsabilité artistique, esthétique et même politique. C’est mon regard sur ce lieu qui est en jeu, donc si c’est la ville où j’habite, j’ai envie d’être un peu plus personnel, un peu singulier, je n’ai pas envie de montrer la ville d’Arles des cartes postales. Et puis il y a ceux qui ne connaissent pas la ville, ça les exclut un peu. C’est comme le prénom pour l’auto-stoppeur en fait, cela situe et enferme un peu aussi. »

Inès : Avez-vous déjà pensé à adapter « Par les routes » au cinéma ?

Sylvain Prudhomme : « Oui, j’y ai déjà pensé. Une réalisatrice a négocié avec moi et l’éditeur les droits d’auteur, c’est Lisa Diaz. Elle a déjà sorti un film de 50 minutes intitulé Eva voudrait qui est passé à la télévision et qui m’a fait énormément penser à Par les routes. C’est l’histoire d’une jeune femme qui décide de partir par les routes comme le personnage de mon livre. J’aime beaucoup cette réalisatrice.

Inès

Les romans de Sylvain Prudhomme sont disponibles au CDI : cote R PRU

Là, avait dit Bahi, coll. L’Arbalète, Gallimard, 2012 

Les Grands, coll. L’Arbalète, Gallimard, 2014

Légende, coll. L’Arbalète, Gallimard, 2016

Par les routes, coll. L’Arbalète, Gallimard, 2019

Les orages, coll. L’Arbalète, Gallimard, 2021 (recueil de nouvelles) – N PRU.

Feuilleton : Nouvelle Âme – 19

19.

En un coup d’œil, je sais que c’est lui. Avant la fête, Clarisse a eu la présence d’esprit de me montrer la photo la plus récente que les Déesses ont de lui. Par chance, il n’a pas changé depuis que le cliché a été pris. Je dis chance, car à partir d’un certain seuil de privilège, les Anges peuvent changer d’apparence à volonté, hormis leurs cheveux blancs, seul signe qui les distingue des Âmes citoyennes. Cependant, je me demande si cet Ange a usé, ne serait-ce qu’une seule fois, de ce privilège. Son ventre énorme peine à rentrer dans son costume et des rouflaquettes aussi blanches qu’auraient dû être ses cheveux encadrent son crâne chauve. Des petits yeux bovins finissent d’achever mon dégoût quand je le vois poser son regard envieux sur quasiment chaque femme qui s’approche un peu trop de lui.

Je fais signe à James. Il comprend immédiatement. Il est le seul Ange de la piste et, même sans ses cheveux, son aura de suffisance surpasse celle de la demeure réunie. J’ai assez côtoyé mes professeurs pour comprendre que les privilèges angéliques s’accompagnaient souvent d’un sentiment de supériorité incommensurable et celui là ne fait pas exception.

– Comment suis-je censée faire pour me rapprocher de lui ? j’articule avec prudence alors que la danse se termine. Il est dangereux que j’aille le voir de moi-même, n’est-ce pas ?

– Tu n’auras pas à le faire.

Je m’apprête à le questionner davantage quand une voix semblable à un coup de tonnerre surgit dans mon dos.

– James, si je m’attendais à te voir ici !

Non, en effet, je n’aurai pas à le faire. James sourit à l’Ange et l’invite à discuter en dehors de la piste de danse. Pendant que nous nous éloignons de la foule, j’ai la désagréable sensation qu’un regard détaille chaque parcelle de mon corps. Je ne peux m’empêcher de me serrer un peu plus contre James.

Arrivés devant un buffet, James, armé de son masque d’aristocrate, se tourne vers l’Ange :

– Ravi de vous revoir, monsieur Delatour. Comment vous portez-vous ?

– Fort bien mon ami, je suis bien heureux de vous voir en si bonne compagnie !

Ai-je besoin de préciser que, lorsqu’il a dit ça, il ne m’a pas regardé moi, mais l’affreux décolleté de ma robe ? Je retiens un haut-le-cœur. Bien que ce genre d’événement ne m’est pas inconnu, jamais je ne le vivrai bien. Cependant, je peux en profiter. Il me prend pour une petite fille sans défense, seulement douée pour être belle. Je balaie la pensée vicieuse me rappelant que ça frôle la prostitution. Les Déesses comptent sur moi. Elles ont fait bien pire que cela pour obtenir des informations et cela n’a pas toujours fonctionné. A moi de faire mes preuves.

– En bonne compagnie ? Vous exagérez monsieur ! je réponds d’un air niais. Vous auriez dû me voir sur la piste de danse, je n’en menais pas large.

– En êtes-vous sûre ? fait-il avec un sourire répugnant, dévoilant deux dents en or. James, me permettez-vous que je la teste par moi-même ?

A force, je vais vraiment vomir. James hoche simplement la tête et, tandis que l’Ange m’entraîne, je lui lance un regard désolé.

La danse est bien plus rythmée que les précédentes. Je peine à suivre le rythme et M. Delatour ne se retient pas de me « rattraper » quand je manque de tomber. Il faut absolument que je fasse quelque chose.

– Alors, monsieur, êtes-vous proche de James ?

– De sa famille, pour être plus précis. Je ne l’ai connu que très peu mais il n’a pas changé ! fait-il avec un rire gras. Toujours aussi enclin à faire tourner les têtes.

Je ne cille pas. Il essaie de me déstabiliser. Si je rentre dans son jeu, c’est fini.

– Faites attention, mademoiselle. Un homme peut s’avérer bien fallacieux, surtout s’il s’agit d’un homme provenant de la famille à laquelle appartiennent ces lieux.

Je fulmine mais m’obstine à garder mon sourire. Il se rapproche de moi. Son torse, que je m’efforçais de tenir à distance, vient se coller à ma poitrine. Son haleine putride m’oblige à couper ma respiration un instant.

– James n’est pas comme ça, dis-je d’un ton que j’espère léger.

– C’est ce qu’elles disent toutes ! Puis elles atterrissent dans mes bras et en sont bien contentes.

D’un seul coup, il me tire vers lui. Mes lèvres ne sont plus qu’à quelques centimètres des siennes. La gifle part sans même que je ne m’en rende compte. Après quelques instants de choc, l’Ange m’attrape le poignet et me soulève presque de terre tandis qu’il approche son visage reflétant une colère pure du mien totalement apeuré.

– Petite insolente, tu vas…

Il n’a pas le temps de finir sa phrase. En un mouvement, il me pousse et je manque de trébucher. Un liquide froid se répand sur mes jambes. Je tourne la tête vers un serveur qui a renversé le contenu de son plateau sur ma robe. Tout le monde s’arrête de danser tandis que le pauvre serveur s’évertue à réparer son erreur. Je reste pantoise.

– Mes sincères excuses mademoiselle, permettez que je répare mon erreur.

Avant même que je n’ai le temps de dire quoi que ce soit, le garçon m’attrape par la main et me mène à l’écart, dans un coin sombre de la pièce. C’est là que je le reconnais. Eric.

– Bon sang Ambre ! Tu as bien failli te faire prendre !

– Pardon ?

– Comment veux tu obtenir des infos si tu te disputes avec celui qui est censé nous les donner ?! s’exclame-t-il en sortant des mouchoirs de son veston de serveur.

J’ouvre de grands yeux.

– Comment sais-tu cela ?

– C’est Clarisse qui m’a demandé de te surveiller.

L’abasourdissement laisse sa place à la colère. Pour qui se prend-t-elle à se mêler de ma mission ? Elle m’évite puis s’invite par intermittence dans la seule chose qui me permettrait d’atteindre mon but ? Eric me tend les mouchoirs puis détourne le regard.

– Pourquoi ? Pourquoi t’a-t-elle envoyé ici ? je crache en épongeant ma robe du mieux que je peux.

Il se gratte la nuque, gêné.

– Il faut que je te surveille et récolte des informations sur une faiblesse de cette saleté d’aristocrate. Et en échange, elle m’offre enfin ce que je convoite depuis des années !

Je lève un sourcil :

– Qui est ?

– Un rendez-vous avec elle.

Je suspends mon geste et observe Eric dont les yeux sont emplis d’un mélange de gêne et de fierté. Je ne peux pas soutenir son regard sans que le mien n’exhale de pitié, alors je me remets à éponger ma robe. Clarisse lui fait du chantage et il accepte sans broncher car il a des sentiments pour elle. Cette fille me dégoûte.

– Tu es conscient que ce n’est pas sain, comme façon de fonctionner ?

– Oui, mais j’étais si heureux qu’elle me le propose. Cela fait des années que j’attends ça.

Les étoiles pétillant dans son regard renforcent le sentiment de pitié qui m’éprend. A force, je n’aurai plus assez de robe à éponger pour me cacher.

– Je ne la comprends vraiment pas, elle m’ignore pendant des semaines puis elle envoie quelqu’un pour me protéger alors que je n’en ai pas besoin.

Il me lance un regard éloquent que j’ignore royalement.

– Elle tient à toi. Sinon elle ne me demanderait pas de tes nouvelles dès qu’elle en a l’occasion.

A nouveau, je me stoppe. Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez elle ?! J’ignore l’étrange sensation qui s’empare de moi et reporte mon esprit sur un sujet bien plus important.

– Je ne peux pas retourner voir cet homme, il refusera de me parler. Tu as réussi à avoir des infos, de ton côté ?

Eric s’apprête à me répondre mais s’interrompt quand il voit James s’approcher.

– Que faites-vous ? nous fait-il avec un sourire de convenance n’allant pas du tout avec son ton inquiet. Ambre, tout le monde se demande où tu es pass… Eric ? Que fais-tu ici ?

Je hoche la tête face au regard interrogateur d’Eric qui s’empresse alors de tout raconter à James.

– L’Ange a une fille, continue-t-il. C’est ça son point faible. Seulement, je ne connais ni son nom, ni son apparence.

– Moi si, déclare James. Cependant, je ne savais pas que l’on pouvait la considérer comme son point faible. Qu’est-ce qui te fait dire qu’on ne se trompe pas de cible ?

– J’ai discuté avec son valet. Il la chérit plus que sa propre existence, à tel point qu’elle n’a pas le droit de sortir de la demeure familiale.

Même si je ne connais pas cette fille, je ne peux m’empêcher de ressentir de la peine pour elle. Même morte, elle n’est pas libre. Et pire, elle est sous l’influence de cet Ange. Je secoue la tête. Elle est probablement notre moyen de nous rendre sur Terre. Je ne peux pas laisser la pitié entrer dans l’équation.

– Parfait, déclare James en joignant ses mains gantés. Nous avons atteint notre objectif.

Nous nous sourions alors, satisfaits de notre travail.

Mon sourire vacille légèrement. Peut-être savais-je déjà que la suite n’allait pas me plaire…

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine.

Feuilleton : Nouvelle Âme -18

18-

« James n’aurait jamais pu contester sa parentalité avec eux » est la première pensée que j’arrive à articuler par-dessus le brouhaha qui vient de s’emparer du lieu. Un homme partageant les traits de mon aristocrate préféré tient à son bras une femme qui a volé les yeux de James. Tous deux sont vêtus d’élégantes toilettes, dépassant de loin la richesse de celles que j’ai pu apercevoir jusqu’ici. Cependant, quand je remarque leur visage, je me glace. Leur regard dégouline d’arrogance. Pourtant, chaque trait de leur visage est déformé par une hypocrite expression de joie. Si je n’avais pas déjà eu affaire à pareilles gens, j’aurais été bernée aussi.

J’observe la réaction des invités. Mon cœur émet un battement douloureux quand je remarque qu’en réalité, tout le monde ressemble aux hôtes. Une haine masquée de joie. Je comprends alors qu’ici, les bijoux peuvent être les pires armes que je n’ai jamais connues. Je jette un coup d’œil à James. Il a revêtu le même masque que chaque personne présente ici. Pourtant, je sais qu’il est stressé. Sa main est crispée sur ma taille et ses mâchoires sont trop serrées pour que cela passe inaperçu.

James fait un pas vers eux. Ils ne l’ont pas encore vu. Tout le monde se bouscule pour être le premier à saluer les hôtes de la fête, pour montrer qu’il vaut mieux que le voisin d’à côté. Ils n’ont aucun respect, même pour le fils desdits hôtes. Je retiens un haut-le-cœur face à cette mascarade en me serrant un peu plus contre James.

Ce dernier essaie de se frayer un chemin entre les robes et les costumes à queue-de-pie. Mais c’est quand je manque de tomber à cause d’un pied sur ma robe qu’il se stoppe net et se racle la gorge. A nouveau, tout le monde s’arrête.

– Et bien, fait une voix masculine, qui ose se montrer aussi impol…

La foule s’est décalée. Des regards se sont croisés. Le temps s’est arrêté. Une famille est réunie.

Monsieur et Madame Cambridge ont l’air choqué. Pas ému ni heureux, choqué. J’avais beau m’y attendre, mais mon cœur se brise un peu plus quand une expression de dégoût déforme les traits des maîtres de maison. Puis, aussi rapidement qu’un clignement d’œil, tout redevient normal. « Comme il faut ». La mère rejoint son fils et le serre dans ses bras, m’évinçant au passage. Le père lui assène une grande tape dans le dos. Ils pleurent presque de bonheur. Même James joue la comédie en affichant un sourire que je pourrais presque croire ému si je ne le connaissais pas.

Puis tous se tournent vers moi.

Heureusement, James pose ses mains sur mes hanches et tandis que mon cœur s’affole, il dit :

– Mère, père, je vous présente Ambre, ma fiancée.

Il m’avait prévenu qu’il allait dire ça. Je sais que c’est faux. Pourtant, la joie que je ressens, elle, est tout sauf fausse. Une explosion scintillante, qui ferait rougir la plus grande boule à facette inventée. Je suis Ambre, la fiancée de James. Il est James, le fiancé d’Ambre.

Je vais jouer le jeu. Je leur offre un sourire enchanteur tandis que sa mère me couve d’un regard faussement aimant. Son père, lui, dissimule son dégoût avec brio mais, dommage, j’ai tellement eu l’habitude de ce genre de regard que je sais les deviner à des kilomètres, maintenant.

– Nous sommes ravis de t’accueillir dans la famille ! s’exclame une voix crispante, appartenant apparemment à ma « belle-mère ». Nous avons bien cru que James ne se rangerait jamais.

Ce dernier tressaille à côté de moi. Dès que sa mère me lâche, il pose sa main gantée sur ma hanche. Essaie-t-il de me rassurer ? En réponse, je me rapproche imperceptiblement de lui, assez pour que je sente sa poigne se détendre.

Tandis que les parents de James « vont accomplir leur rôle d’hôtes », une foule se masse autour de nous. Les questions fusent, alors James récite le scénario qu’il a concocté. Nous nous sommes rencontrés alors que je n’étais qu’une jeune Âme. Ça a été le coup de foudre. Cela fait quelques mois que nous sommes ensemble. Nous n’avons pas voulu attendre plus longtemps. Idyllique. Cela étant, je ne peux pas m’empêcher de fixer la lueur dans son regard. Comment peut-on être si bon acteur ? Il déteste cet endroit, ces gens, et pourtant il s’évertue à m’aider, quitte à leur mentir et à passer pour ce qu’il n’est pas. Je ne le mérite pas.

– N’oublie pas ton but premier.

Je sursaute face à ce murmure. Je sens le souffle chaud de James sur le lobe de mon oreille. Je cligne plusieurs fois des yeux pour retrouver mes esprits. Il a raison.

Je sonde la salle du regard tandis que James continue de répondre aux curieux.

Le hall dans lequel nous nous trouvons est immense. Il relie trois salles que je distingue parmi la foule qui nous entoure. L’une conduit à une salle de bal, tandis que l’autre mène aux balcons situés sur le côté, mais ce n’est pas le ciel d’un bleu pâle se découpant dans l’encadrement des gigantesques fenêtres qui me frappe. Il y a un buffet. Tout le monde s’y sert et discute autour. Il me faut quelques instants pour me rendre compte de la supercherie. Dans les rues que j’ai parcourues, aucune ne comportait de restaurant. « Pour éviter de rappeler de mauvais souvenirs », d’après ma professeur de Droit. Seules les personnes possédant le Sens peuvent sentir le goût des aliments.

Et ici, tout le monde en possède. Sauf que personne n’est un Ange.

Je réprime une grimace de dégoût. Tout le monde triche, ici. Des Âmes restent coincées sur Terre alors que d’autres peuvent profiter d’une mort sans problème car ils ont eu la chance d’être là au bon moment. Ils n’ont pas travaillé comme les Anges, n’ont rien accompli qui mérite ce Sens, ne rendent service à personne. Ils profitent juste du système.

Il faut que je trouve cet Ange.

– Mademoiselle, vous savez bien évidemment danser ?

Je sursaute. En un clin d’œil, je me recompose une façade devant le regard de la mère de James. Elle n’attend qu’une seule erreur pour la pointer.

– Bien évidemment, je réponds.

– Parfait, alors vous ne verrez pas d’inconvénient à ce que nous rejoignions la Salle de Bal et que vous nous montriez vos talents ?

– Bien sûr que non.

Je ne me démonte pas quand James m’entraîne sur la piste de danse. Heureusement, nous sommes entourés de couples. Je manque même de pousser un soupir de soulagement quand je vois que les parents de James se contentent de nous observer.

James et moi dansons. Nous dansons dans cette société qui a continué à nous empêcher de vivre. Même dans la mort, nous ne pouvons pas être heureux. James a perdu ses parents, j’ai perdu les miennes. Nous dansons devant cette société que nous détestons. Puis nous changeons petit à petit. Nous dansons pour ce contact que nous ne sentirons jamais. Pour cet amour que seul l’esprit peut sentir. Pour cette mort qui nous a rendu vivants.

Ce n’est qu’en quittant la piste de danse, à la fin de notre prestation, que je le vois.

Il est là, sur la piste.

L’Ange.

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine

How to protect yourself (and your partner) during sexual intercourses ?

Sexual desires are nothing to be ashamed of : indeed, they are a typical caracteristic of human being, although all humans don’t necessarily have some. Entering the teenage years of your life, you’ll probably have to face a penis. Or a vagina. Or an anus. Or whatever. Who knows?

Anyway, before letting yourself be carried along by the pleasures of sex, there are a few things you need to know. We’ll first introduce you the ways to protect yourself against the STIs regardless of your sex, gender identity and sexual orientation then how to avoid teen pregnancy.

What are the ways to protect myself against the STIs ?

– For cunnilingus/anulingus :

You shall use a dental dam. It’s a little latex rectangle you place on the whether the vulva or the anus. You must use a different one for each partner, and each intercourse.

Cost : around 8€ for 3

Where can you find them ? in pharmacies.

Bonus: you can even make some yourself with condoms, check the DIY 😉

– For fellatios (blow jobs) :

Definitely an external condom (male condom). You might have tiny cuts in your mouth that could spread the bacteries.

Cost : around 10€ a box.

Where can you find them ? in pharmacies, supermarkets, distributors and at the school’s nurse office.

Bonus : There are different tastes.

– For penetrations :

© CC Distributeur de préservatifs

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Oriane

Source : https://commentonsaime.fr/sexualite/mon-corps-et-moi/comment-bien-se-proteger-lors-d-unrapport-sexuel/

Feuilleton : Nouvelle Âme – 17

17.

Il y a une tradition qui me manque particulièrement, dans ce monde. Dans ma famille, un samedi par mois, mes mères, mon frère et moi sortions faire les boutiques. C’était le branle-bas de combat. Réunir l’argent, prévoir l’itinéraire le plus pratique, les vêtements les plus chics pour se pavaner dans les rues. C’était toute une histoire.

Et là, chez la « Styliste », j’ai l’impression d’avoir remonté le temps. Plus de mort, plus de suicide, juste du tissu. Et James. Ce matin, il a dressé une liste de tout ce qu’il y avait à faire avant la fête de ce soir. La moitié de la liste consiste à essayer des vêtements pour que je ne tranche pas trop avec le décor. L’autre moitié a pour tâche de me faire devenir la parfaite petite aristocrate de service. Fini les « J’te rappelle », bonjour les « Je me permettrai de vous recontacter dans les plus brefs délais ». Rien que de l’imaginer, je suis partagée entre le rire et les pleurs. La leçon de danse qui m’attend juste après les essayages ne m’enchante guère non plus. En à peine quelques heures, je dois prendre l’air d’une femme qui a dansé toute sa vie. James a beau essayé de me rassurer et me forcer à l’optimisme, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter.

La modiste revient vers moi et plante une aiguille dans la robe qu’elle me fait essayer.

– Levez les bras, pour voir.

Je m’exécute. Son visage se plisse dans une moue désapprobatrice. Elle se tourne vers James et avant même qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche, il lève une main gantée vers elle :

– Elle est parfaite ainsi. Continuez.

Elle se retourne vers moi en levant les yeux au ciel. Cette petite femme à l’air pincé et au chignon serré a été la première à me faire comprendre que je suis dans un autre monde. Dès qu’elle a vu James, elle s’est guindée et a ordonné à ses assistantes de se préparer à accueillir un « invité d’honneur ». Toutes mes questions sont restées muettes car j’ai été immédiatement emportée par des petites mains maladroites vers les rayons des tissus, mais il ne faut pas être sorcier pour comprendre qu’ici, James n’est pas n’importe qui. Cela n’a fait que renforcer mon stress à l’approche de la fête de ce soir.

La seule chose qui m’aide à me maintenir debout, c’est la montre que m’a passée Yên. Très tôt ce matin, je me suis rendue au bar et ai du patienter pendant que la petite bricoleuse trafiquait ma montre pour que mon empreinte devienne celle d’une Âme plus âgée. Elle m’a vieillie de quelques mois, pour éviter que « mes manières d’époque » ne soient illogiques. C’est à ce moment-là que Clarisse m’a donné une photo de l’Ange et que Carola m’a très grandement conseillé « d’avoir l’air niaise ». D’après elle, chez les aristocrates, plus une femme est soumise à son mari, mieux c’est. Elles ont toutes eu un regard désolé pour moi, mais je les ai rassurées. Je fais ça pour mon frère. De plus, le ridicule n’a jamais tué personne. Surtout dans ce monde.

Je tourne sur moi-même, tandis que la modiste grisonnante s’affaire autour de moi. C’est James qui a choisi la robe bleu pâle que la couturière essaie vainement de tailler à ma morphologie de géante. Bien que je sache qu’elle est en accord avec tous les idéaux de beauté de l’époque dans laquelle je m’apprête à entrer, je suis gênée par le large décolleté et la longueur du vêtement. J’ai eu l’étonnement d’apprendre que des chevilles dévoilées, c’était presque du même niveau que de se balader nu à mon époque. A ce moment-là, j’ai eu une petite pensée pour mes jean skinny enfermés dans mon armoire. Pour compléter l’horreur, un corset enserre tout le haut de mon corps tandis que les assistantes ont réussi l’exploit de me faire enfiler de force des bas incroyablement inconfortables. De petites chaussures à talons sont censées compléter le tout mais j’ai le mauvais pressentiment que ça sera la seule chose d’à peu près confortable que je porterai ce soir.

Maintenant que je n’ai plus à me tordre le cou pour m’exécuter, j’observe James. Cependant, je détourne rapidement le regard. Depuis que nous avons passé l’immense portail séparant le centre-ville du quartier «Ancien», il a revêtu un masque que je ne lui connais pas. Froid, presque arrogant. Il avait beau m’avoir prévenu qu’il devrait se comporter ainsi, le changement a été troublant. Et ce n’est certainement pas toutes les personnes s’étant accumulées autour de nous dès qu’il avait franchi le portail en fer forgé qui diront le contraire. En moins de temps qu’il n’en faut à Clarisse pour m’asséner une pique dès le matin, nous avons été encerclés par des dizaines de personnes « ravies » de revoir le fils Cambridge.

James de Cambridge. En un instant, j’ai compris pourquoi il m’avait toujours tenue éloignée de son passé. Cette foule, ces regards, ces messes-basses, ce n’est pas vivable. Dès qu’un compliment fusait, une remarque assassine suivait peu après, quand les oreilles n’y prêtaient pas attention. Ainsi, j’ai pu apprendre que James s’est embelli, mais qu’il avait lâchement abandonné sa famille. Que son costume était ravissant, mais qu’il était un fils indigne. Qu’il avait là une bien jolie fille à son bras, mais qu’il méritait que sa famille le rejette. Si je n’étais pas en mission, j’aurais rebroussé chemin sans hésiter.

– Monsieur, vous permettez ?

James se lève du siège où il était assis et rejoint un petit podium. Un modiste commence à lui tourner autour mais, contrairement à moi, il n’a quasiment pas besoin d’élever la voix. James s’exécute avant même qu’un ordre ne fuse. Il s’y connaît. Son regard, reflété dans le miroir en face de lui, est voilé par une expression d’ennui, comme si tout cela n’était qu’une perte de temps.

J’espère sincèrement que je serais aussi bonne actrice que lui.

*****

Le soir venu, je tremble comme une feuille. Je suis incroyablement stressée. Cette fête représente un double enjeu. Mon frère et James. Et si je ne suis pas assez douée pour tirer les vers du nez à cet Ange ? S’il comprend le subterfuge ? Si je me fais congédier de la fête avant même d’avoir pu lui adresser la parole ?

Je me remémore les cours de comportement que James m’a donnés. Sourire, discrétion et pudeur. Voilà les trois mots dont je dois à tout prix me souvenir. Le seul moment où je pourrai parler à cet Ange, ce sera pendant le bal. Là, les langues se délient. Comme je serais obligée de faire la conversation, cela servira d’excuse pour subtiliser des informations. J’essaie de me remémorer les pas basiques de la valse, en vain. James lui-même est un piètre danseur et cela nous a valu quelques fous rires, cet après-midi. Tant pis, je feindrai la niaiserie.

– Prête ? me murmure James en arrivant devant l’immense portail de la demeure de ses parents.

Je hoche la tête. Il me tend son bras que j’attrape naturellement. Je fais un pas, mais il ne bouge pas.

– James, tu seras parfait. J’ai confiance.

Il plonge ses yeux bleu-gris dans les miens. Je ne sais comment lui faire comprendre que je suis de tout cœur avec lui. Je plante mon regard dans le sien et essaie alors de lui faire comprendre que tout ira bien, qu’on en est capable. Il sourit face à la grimace que je fais.

– Je suis sûr que si tu fais cette tête à cet Ange, il craquera immédiatement.

– Je la réserve pour toi.

Cela nous donne le courage d’avancer.

La demeure des Cambridge, située à l’écart de ses voisines, est aussi prestigieuse que le nom de ses propriétaires. Immense, elle ressemble de façon troublante aux châteaux que j’ai eu l’occasion de visiter en voyage scolaire. L’allée en gravier que nous traversons à petits pas donne sur d’élégants jardins à la française – ce qui, de façon ridicule, me redonne un peu d’espoir. Chaque petit détail semble vouloir crier : « Cette famille est pleine aux as, fais gaffe où tu mets les pieds ! ». Nous franchissons les quelques marches du perron dont le toit est soutenu par d’immenses colonnes en marbre et nous arrêtons devant la porte en bois massif. Deux majordomes essayant de cacher leur surprise s’emparent des poignets et nous ouvrent. Et le temps semble s’arrêter.

Tous les gestes sont suspendus. Les paroles comprises.

Le fils est là.

Avec une fille à son bras.

James s’avance, faisant claquer ses chaussures sur le marbre – clinquant lui aussi – de la pièce principale. A défaut de pouvoir fuir, je le suis, mon plus beau sourire scotché au visage. Au fur et à mesure que nous traversons la salle, les murmures nous suivent. Pourquoi est-il là ? Qui est-elle ? S’aiment-ils ? Je resserre ma poigne sur le bras de James et il en fait de même. Je n’ai jamais spécialement été timide. Je n’ai jamais rechigné à parler à quelqu’un, sans pour autant me considérer comme la clown de service. Mais là… Tous ces yeux curieux m’intimident. Les hommes, quand ils ne me lancent pas un regard dégoulinant d’envie, me jaugent avec arrogance. Les femmes les imitent, bien que certaines m’accordent des sourires compatissants. Ces dernières pensent certainement que je me jette dans la gueule du loup, à mon tour aussi. Je sens mon cœur se serrer. Même dans la mort, elles ne sont pas heureuses.

James s’arrête devant un somptueux escalier en marbre – décidément – se séparant en deux ailes à partir d’un palier à mi-hauteur. Je pile et tourne la tête vers lui.

– Prépare toi.

J’ai à peine le temps de comprendre l’enjeu de cette phrase que les lumières s’éteignent.

L’escalier est illuminé.

Et deux portraits crachés de James apparaissent en haut des marches.

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine

Tu ne tueras point – Hacksaw Ridge

Sorti en 2016 et réalisé par Mel Gibson, ce film de guerre connaît immédiatement un franc succès. Le film est nommé dans 6 catégories pour les Oscars en 2017 et bat le record de réalisme en matière de scène de batailles dépassant ainsi « Il faut sauver le Soldat Ryan » de Steven Spielberg.

© Allo ciné – 2016

Ce film nous transporte dans l’univers sanglant et de violences qu’est celui de la Seconde guerre mondiale et nous raconte l’histoire de Desmond Doss, jeune américain et fils d’un ancien soldat de la Première Guerre Mondiale, qui veut s’engager dans l’armée lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate. Il souhaite participer à la guerre et soutenir son pays, comme tous les jeunes hommes de son âge, mais, en tant qu’objecteur de conscience, il refuse de tuer ou de porter une arme. Après de nombreuses et difficiles négociations il parvient à intégrer l’armée et est envoyé sur le front en tant que soldat infirmer, sans aucun moyen de défense.

Ce film m’a séduit tout d’abord par le réalisme des scènes historiques de la guerre, l’atmosphère des années 40 aux États-Unis et aussi par son opposition exceptionnelle entre la morale pacifiste inébranlable du héros et les violences des combats.

On pourrait croire que cette histoire est invraisemblable, un soldat refusant de tuer et de porter les armes, ni d’affronter directement les Japonais sur le front, c’est complètement ridicule ; pourtant c’est une histoire vraie.

Même si cela paraît incroyable, il s’agit bien d’une histoire réelle, le soldat Desmond Thomas Doss est affecté à la 77e division d’infanterie et est envoyé sur le théâtre de la guerre du Pacifique pour participer à la bataille d’Okinawa qui se déroule sur la colline de Hacksaw Ridge (signifiant « falaise des hachoirs », d’où le titre du film), et il fut le premier objecteur de conscience à recevoir la médaille d’honneur en 2006.

Fanny

C’est Beyrouth !

L’expression « C’est Beyrouth » est assez connue. On l’utilise souvent pour désigner un gros désordre. Elle est directement tirée de l’histoire de Beyrouth et les libanais n’aiment pas beaucoup cette expression car elle leur rappelle des événements tragiques qui ont eu lieu.

En effet, la célèbre capitale du Liban a été en proie à de nombreux conflits…

Beyrouth en 1978. Wikipédia – Domaine Public.

            Parmi ces conflits, on retrouve la guerre civile de 1975 à 1990. C’est 15 ans de guerres, de massacres et de destructions qui ont réduit en ruines la capitale.

Cette première guerre est tout d’abord une lutte entre les communautés qui habitaient dans Beyrouth. La ville est alors divisée en deux parties par une ligne de démarcation : « la ligne verte » en 1976.

À l’Ouest, on retrouve des partis de gauche : les musulmans soit l’ OLP (Organisation de Libération de la Palestine), c’est-à-dire la résistance qui est dirigée par Kamal Joumblatt (leader Druze), créateur du PSP (Parti socialiste progressiste).

À l’Est, on retrouve les partis de la droite et l’extrême droite chrétiennes. Elle réunit les grandes familles maronites ainsi que le parti Gemayel, Frangié, et Chamoun. Soit les Phalangistes.

L’origine de cet affrontement est une conséquence de la guerre des Six Jours en 1967 qui opposait Israël à l’Égypte, la Jordanie et la Syrie, provoquant ainsi un exode massif de Palestiniens dans les camps de réfugiés au Liban. Cet exode perturbe dès lors l’équilibre démographique entre les communautés libanaises, notamment la communauté chrétienne qui y était majoritaire.

Enfin, une autre raison renforce les tensions entre les communautés. C’est l’accord secret du Caire de novembre 1969 passé entre l’OLP et le gouvernement Libanais. Il garantit à l’OLP le droit d’être sur les terres libanaises, d’y vivre et de conserver son autonomie et ses armes. Malheureusement, la communauté chrétienne n’est pas d’accord et s’y oppose…

Cependant, ce qui déclenche réellement cette guerre civile, c’est la tentative d’assassinat de Pierre Gemayel par l’OLP. En représailles, la réponse des phalangistes est de tuer des militants palestiniens dans un bus qui passait à Aïn El-Remmanech. Ainsi, le 13 avril 1975, débute la guerre civile du Liban.

S’ensuit alors une guerre en plusieurs phases, c’est-à-dire tantôt des trêves comme par exemple grâce à l’accord du 17 mai 1983 ; puis la reprise des bombardements sur la ville ainsi que des massacres comme celui du camp de Tell Al-Zaatar en 1976 et celui de Sabra et Chatila en 1982.

Un enjeu géopolitique

Ce n’est pas seulement une guerre confessionnelle. C’est aussi une lutte pour le pouvoir politique. En effet, chacun souhaite sa domination aussi bien sur un plan économique que social ou politique.

De plus, l’intervention des armées étrangères pour obtenir un cessez-le-feu n’arrange pas le conflit. On compte l’armée Syrienne, dirigée par Hafez Al-Assad qui occupe le Nord de Beyrouth, puis l’armée Israélienne qui occupe le Sud de Beyrouth à partir de 1982 grâce à l’opération Galilée.

Ce n’est qu’avec l’accord de Taëf en 1989 que la guerre civile s’achève petit à petit avant de se finir définitivement en 1990.

Au total, on compte environ 100 à 150 000 morts dont 100 000 autres Libanais blessés. Certains sont forcés à s’exiler. L’Israël et la Syrie retirent leurs troupes en 2000.

Beyrouth entre alors dans une longue phase de reconstruction.

Le début d’une nouvelle guerre

Bien que sa reconstruction soit fragile, la capitale se remet petit à petit de ses cicatrices.

Cependant une autre guerre est déclarée. Elle oppose cette fois-ci principalement Israël et la guérilla menée par le Hezbollah, dirigée par Hassan Nasrallah.

La raison de ce nouveau conflit porte sur les fermes Chebaa dans les montagnes qu’Israël occupent depuis 1967 suite à la guerre des Six Jours. Hassan Nasrallah les revendique comme un territoire libanais et essaie de le récupérer.

Enfin, d’autres événements s’ajoutent au déclenchement de ce nouveau conflit comme l’assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005, puis celui du journaliste Samir Kassir le 2 juin 2006. Israël est désigné coupable de ces assassinats.

Ainsi débute la guerre israélo-libanaise dite aussi la guerre des 33 jours qui se déroule du 12 juillet au 14 août 2006. On compte plus de 50 000 morts et Beyrouth se retrouve à nouveau en ruines sous les bombardements et les fusillades. À la fin de cette courte guerre, la capitale entre à nouveau dans une autre longue phase de reconstruction. Elle est et devient un centre culturel important et un point d’échanges mondiaux.

Le port de Beyrouth après l’explosion – 09/08/2020 CC Wikipédia

La ville phénix    

Détruite puis reconstruite. C’est ce qui définit Beyrouth et qui lui vaut l’attribut du phénix. Un animal légendaire qui renaît toujours de ses cendres, faisant de lui un être immortel.

Cela correspond bien à Beyrouth surtout lors du dernier drame. En effet, le 4 août 2020 une double explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium détruit le port de Beyrouth sur un rayon de 2 km. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent sans domicile et de nombreuses infrastructures sont endommagées. L’explosion a causé environ 113 morts et 4 000 blessés ainsi qu’un nombre inconnu de disparus. Beyrouth, ville portuaire importante dans laquelle les produits sont importés et exportés est à nouveau en ruine. Sans le moteur de l’économie et des échanges maritimes, le Liban se retrouve plongé dans une crise économique. De plus, la crise sanitaire lié au Covid renforce encore plus cette crise. Depuis un certain temps déjà, une grande partie de la population est pauvre et l’État libanais a bien du mal à garder pied…

Aujourd’hui, malgré sa situation économique, politique et sociale, Beyrouth devra encore se relever et se reconstruire. Cela se fera encore lentement mais peut-être sûrement…

Lisa

Sources :

https://www.herodote.net/13_avril_1975-evenement-19750413.php

https://www.youtube.com/watch?v=hWl8oqzJeh0 ( vidéo)

https://www.youtube.com/watch?v=f2Uwi4cjjtk (vidéo)

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/09/beyrouth-a-deja-ete-detruite-et-reconstruite-comment-se-reconstruira-t-elle-cette

https://metropolitiques.eu/La-reconstruction-de-Beyrouth-vers.html

1920-2020, Liban : un siècle de tumulte, Manière de voir, n°174.

https://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/DA_SILVA/15143

https://www.humanite.fr/liban-1975-1990-guerre-civile-ou-guerres-etrangeres-570883

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/05/double-explosion-a-beyrouth-des-habitants-desempares-face-a-leur-ville-devastee_6048167_3210.html

 

 

Feuilleton : Nouvelle Âme – 16

16.

Dès que j’atterris devant le portail, je trace ma route vers le réfectoire. James m’attend devant, comme chaque soir. Les pans de mon pantalon palazzo bordeaux volent derrière moi, et le col roulé noir que je porte sublime le tout. Depuis quelques temps, je m’habille avec plus de soin que d’habitude. Et il me semble que la personne vers laquelle je me dirige n’y est pas pour rien.

James sourit alors qu’il m’aperçoit. Son costume bleu nuit lui va à ravir, comme toujours. Depuis quelques temps, je ne peux m’empêcher de le détailler bien plus que je ne suis censée le faire avec un ami. Ses muscles se devinent facilement sous sa chemise et plus aucun doute ne se pose quand je suis à son bras. Je sais qu’il est très demandé, si j’en crois les anecdotes de Dahlila, qui le connaît depuis une dizaine d’années. Il n’est jamais étonnant, d’après elle, d’entendre qu’une ancienne Nouvelle Âme était amoureuse de lui. Il fait des ravages, autant chez les nouveaux que les anciens. Et je comprends ces personnes. Cependant, Dahlila m’a assurée que j’étais bel et bien la seule avec qui il se comportait ainsi. Pourquoi, comment, elle n’en a aucune idée, mais les faits sont là, comme elle aime le dire. Et ce n’est certainement pas pour me déplaire.

C’est pour ça que je me sens d’autant plus mal quand on entre dans le réfectoire, comme si tout allait bien. Nous nous installons avec nos amis et James se lance dans une discussion sur les cours, tandis que je picore ma salade. Heureusement, je n’ai pas à participer à la conversation. Parfois, je m’y mêle, mais sans conviction. James ne me prête pas grande attention, et j’en suis soulagée. Je peux me laisser penser en paix.

Je redoute sa réaction. Est-ce qu’il va accepter ? J’ai affreusement peur de devoir choisir. Mon frère, ou lui ? Mon présent ou mon passé ? Je veux qu’ils soient tous les deux mon futur, mais est-ce envisageable ? James est adorable, mais acceptera-t-il d’enfreindre une loi pour moi ? J’observe la scène face à moi. Enzo vient de lancer une énième blague. Tout le monde rit. Le rire le plus mélodieux à mon oreille est sans surprise celui de James. Je ne veux pas le perdre. Je ne sais pas si c’est possible de mourir dans ce monde, mais j’ai la sensation que si je le perds, je le découvrirais.

Enfermée dans ma bulle de questions, je termine enfin ma salade, et me laisse entraîner par le groupe à l’extérieur du bâtiment. Mais avant même qu’on ait atteint la moitié de la cour, James s’excuse, m’attrape par le bras et m’entraîne sous notre arbre fétiche, ignorant totalement le froid sec de la nuit d’automne. Sonnée, je frissonne. Son regard est empli d’inquiétude.

– Ambre, qu’y a-t-il ? Tu n’as pas l’air bien, depuis que tu es revenue des boutiques.

Il me met face à mon mensonge. Son air inquiet brise encore un peu plus mon cœur. Je dois lui demander. Si je mens, je ne pourrais pas m’en sortir. Je ne suis pas seule dans cette situation et je refuse de tout faire capoter par un manque de courage durant quelques secondes.

– James, je dois te dire quelque chose.

Je lui raconte tout. Du moment où il m’a quittée le jour où j’ai appris que je ne reverrai jamais mon frère à aujourd’hui. De la tristesse des Anges à l’espoir des Déesses. De mon envie d’en finir à mon envie d’avancer. Il écoute patiemment. Il ne pose aucune question. Il m’écoute simplement. De tout son être.

Dès que j’ai terminé, il se redresse et époussette son veston.

– Je veux t’aider.

Un immense soulagement m’envahit. Il est d’accord. Il l’est vraiment. Je n’ai pas à choisir. A-t-il compris ma peur ? Je n’en sais rien. Je profite de ce sentiment de soulagement, tandis qu’il rajuste son chapeau avant de continuer :

– Écoute, je ne comprends pas réellement tous les enjeux avec précision, mais si c’est important pour toi, alors je t’aiderai. Quitte à revoir ma famille que je fuis depuis des années.

Je ne sais pas quelle émotion se bouscule en premier dans mon cerveau. Étonnement, gratitude, tristesse, peur ?

– James, je murmure, touchée, tu peux toujours re…

– Il en est hors de question, Ambre. Tu as besoin de ton frère et de ta famille. Je vais le faire. Mais il faut que tu saches…

Il détourne le regard et déglutit, gêné.

– Mes parents n’ont jamais cessé de vivre comme à l’époque. Ils sont persuadés que pour qu’une vie soit bonne, il faut être marié, et avoir des enfants. Et si je viens en ta compagnie, ils penseront que… que nous…

J’ouvre grand les yeux, tandis que mon cœur s’emballe à cette perspective. Une étrange sensation incroyablement agréable se diffuse dans mon cœur alors que j’essaie de nous imaginer, James et moi, ensemble devant le monde entier. Alors, immédiatement, je réponds :

– Ce n’est pas un souci. Je serai fière d’être vue à tes côtés, James.

Mes mots provoquent une véritable illumination sur le visage de James. Ses yeux, son regard, son sourire s’illuminent. Je n’ai qu’une seule envie : l’embrasser. Pouvoir lui communiquer ne serait-ce qu’un peu de la joie qu’il me procure à travers ce geste. Mais la réalité me rattrape vite. Il ne le sentira pas. Ni ça, ni aucun contact. Mon sourire perd de son éclat et, bien entendu, James le remarque.

– Il y a un souci ?

Je fixe sa main sur la mienne, honteuse. Cependant, je refuse d’une relation basée sur le mensonge, aussi petit qu’il soit. Alors je me force à être honnête :

– Oui. Je trouve cela injuste que je sois la seule à en profiter.

– De quoi donc ?

Je soulève ma main sous la sienne et attrape la sienne. J’entremêle mes doigts dans les siens, et la monte à la hauteur de ses yeux. Il percute et rougit.

– Oh, Ambre, je suis habitué, ce n’est pas…

– Si, justement. J’aimerais que tu puisses ressentir ce contact.

Son regard se fait triste. Il resserre cependant ses doigts sur les miens. Fort.

– Comment sont mes mains ? me demande-t-il après un silence.

– Douces. Mais froides. Il fait froid, James.

Il ouvre grand les yeux. Mon petit col roulé n’est pas suffisant face à la brise glaciale qui vient de se lever. Il ne peut pas la ressentir, mais je suis certaine qu’il voit les feuilles de l’arbre bouger, mes cheveux s’envoler et les pans de son costume se soulever. Il enlève immédiatement sa veste. J’ai beau protester, il la passe tout de même sur mes épaules. Elle sent… Lui. La vanille, mais aussi le thé à la menthe et encore d’autres choses indéfinissables. Je ne pouvais pas imaginer mieux. Quand je me détends, il sourit.

– On ferait tout de même mieux de rentrer, non ?

Je hoche la tête. Nous nous levons et lions nos mains. Cela devient presque un réflexe, maintenant. Nous traversons la cour, entrons dans les dortoirs et nous retrouvons sur le pas de ma porte beaucoup trop vite à mon goût. Incapables de nous séparer, nous restons plantés là, au milieu du couloir, nos mains toujours liées.

Je sais quelle est la prochaine étape. Mais s’il refusait ? Si Clarisse débarquait ? N’est-ce pas interdit ?

– Dans cent ans, quand vous vous serez fossilisés, on vous retrouvera dans cette école abandonnée, et on vous appellera « la statue des amoureux qui ne seront jamais allés plus loin que le pas de la porte ».

Saleté. Enzo ricane face à sa propre blague. James essaie de se composer un regard sévère, mais mon éclat de rire lui fait perdre toute contenance et il se met à rire aussi.

– Je suis sûre que Dahlila aura une place dans sa chambre, se contente de dire Enzo en passant devant nous pour atteindre l’autre bout du couloir. Bonne nuit les amoureux. Et évitez les enfants, je suis pas prêt à être oncle !

Nous entrons dans ma chambre en riant. Ce n’est pas exactement ce que j’ai pu lire dans les livres ni vu dans les films, mais je ne vais certainement pas m’en plaindre. Parfois, on a juste besoin d’un Enzo pour avancer.

– Quel sale gosse, parfois, observe très justement James.

Il s’arrête en plein milieu de la chambre, hésitant.

– Je dors sur le lit de Clarisse ? Ça ne la dérangera pas ?

– Non, elle ne revient pas de la nuit, le week-end.

Il s’assoit alors sur le lit, testant son confort. Les ressorts se plient dans un cri plaintif. James affiche une mine gênée tandis que je pouffe de rire. Nous commençons à nous installer quand je tilte enfin.

– Tu as dit dormir ? Mais les lois de la physique corrompue de ce monde ne s’applique pas à toi ?

Il affiche la mine bienveillante à laquelle je suis tant habituée. Elle apparaît souvent quand il m’apprend des choses, lors de nos révisions.

– Si, mais j’ai pris l’habitude d’utiliser ces termes pour ne pas perturber les jeunes Âmes. Pour moi, dormir signifie plutôt lire que me reposer.

Je hoche la tête en souriant. Même si je n’ai pas eu le temps jusque là, j’ai toujours aimé lire de temps en temps. Cependant, je doute qu’il apprécie les romans d’amour d’adolescents que j’aimais étant vivante.

– Victor Hugo est un très bon compagnon lors de mes nuits les plus longues, commente-t-il en se levant du lit de ma colocataire. Cela te dérange si je vais chercher quelques bouquins, d’ailleurs ?

Je secoue la tête et, tandis qu’il se rend dans sa chambre, je commence alors à me préparer pour la nuit. Une fois terminé, je m’allonge sur mon lit. Entre-temps James est revenu et sa recherche a été fructueuse, si j’en crois la pile qui est apparue sur la table de chevet vide de Clarisse. Dès qu’il entend les ressorts de mon lit se plaindre sous mon poids, il lève les yeux. Il a l’air ébloui. Pourtant, je ne porte qu’un simple pantalon et un débardeur. Un débardeur. Dès que je tilte, James détourne le regard, comme pour confirmer ma théorie. Rapidement, je pioche un gilet dans mon armoire. Je n’ai pas honte de mon corps mais là n’est pas le problème. Je veux simplement éviter que James se sente mal. Je ne connais pas son ressenti, mais s’il souffre aussi du fait de ne pas pouvoir me toucher, alors cette tenue ne doit l’aider en rien.

Heureusement, aucun commentaire ne s’élève. James se contente de se remettre à lire, les joues rouges. Je me glisse sous mes draps, mais impossible de dormir. La présence de James, éveillé qui plus est, me perturbe trop. Mon cœur ne cesse de battre la chamade et mon esprit de s’emballer. Je me tourne vers le mur. Voilà, comme ça, j’oublierai James. Je ferme les yeux. J’entends toujours la respiration du lecteur du lit d’en face. Je n’y arriverai jamais. Je me redresse.

– Je n’arriverai pas à dormir.

Face à cette déclaration, James lève un sourcil.

– Ambre, tu as besoin de repos. Tu n’es censée pouvoir arrêter de dormir qu’en sortant de l’établissement. Là, tu as besoin d’énergie.

Il ne comprend réellement pas ? Tant pis. La fatigue me fait probablement prendre mes aises, mais je tends tout de même une main vers lui. Surpris, il hésite un peu avant de la prendre. Nous restons là un moment, avec l’incapacité totale de détacher nos regards l’un de l’autre.

Je ne sais pas exactement ce qu’on se dit, mais tout passe en un regard. Ses yeux bleus-gris sont le miroir de ses émotions, mais aussi des miennes.

Puis, après je ne sais combien de temps, James vient me rejoindre. Il enlève veston et chaussures avant de se glisser sous les draps en tremblant. Heureusement, le lit est assez grand pour deux personnes. Je lui offre un sourire que j’espère rassurant.

– Que sommes-nous censés faire, maintenant ? chuchote-t-il si près de moi que j’arrive à sentir son souffle contre mon nez.

J’arrive à retenir un bâillement de justesse. Je crois que j’ai la réponse. Je me love contre lui, épuisée. Il semble comprendre car il enroule ses bras forts autour de moi, et pose son menton contre ma tête. Nos jambes s’entremêlent et nos cœurs battent à l’unisson.

C’est ainsi que s’est scellé mon amour pour James.

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine.

Le journalisme à la loupe

Choisir ses futures études, son futur métier sont des choix compliqués pour les plus jeunes qui avancent tout droit vers l’inconnu. Certains ne savent pas comment se renseigner, d’autres ne savent pas quoi faire malgré de nombreux tests d’orientation que l’on peut trouver sur internet. Un métier, on doit le vivre et non pas le subir jusqu’au restant de ses jours car l’on ne travaille pas seulement pour vivre, on vit pour travailler dans le domaine qui nous épanouit. C’est donc pour cela que régulièrement dans cette rubrique, nous vous parlerons d’un métier, des études nécessaires, des écoles possibles quelles soient publiques ou privées… Nous allons vous accompagner jusqu’à ce que VOUS trouviez ce qui vous plaît vraiment.

Le journalisme.

Comment commencer cette rubrique sans vous parler du métier du journalisme ?

La presse écrite est apparue en 1438, grâce à l’utilisation de l’imprimerie et donc de l’invention de la typographie par Gutenberg. Bien évidemment, aujourd’hui, il n’existe pas que la presse écrite. Grâce aux nouvelles technologies, à la médiatisation qui prend de l’ampleur, il existe aujourd’hui des journaux télévisés, la radio, les réseaux sociaux, les blogs. Internet a donné un élan important au métier du journalisme qui a durant de nombreuses périodes été remis en question avec de la censure par exemple. D’après le Larousse, le journalisme est l’« ensemble des activités se rapportant à la rédaction d’un journal ou à tout autre organe de presse écrite ou audiovisuelle (collecte, sélection, mise en forme de l’information). »

Dans le journalisme, il existe tout un tas de métiers plus intéressants les uns que les autres :

  • rédacteur/rédactrice, chroniqueur/chroniqueuse, pigiste, présentateur/présentatrice, grand reporter, journaliste d’investigation, photojournaliste, journaliste spécialisé dans un domaine (juridique, culturel, mode, sportif, scientifique…), rédacteur en chef, chef d’édition, envoyé spécial.
  • Et les métiers plus techniques comme cadreur, monteur, agencier, secrétaire de rédaction…

Être journaliste demande un vrai sérieux et une curiosité sans nom. En effet, il est important de s’intéresser à tout, d’être à l’affût des dernières nouvelles. Une culture générale est aussi importante pour suivre l’actualité au quotidien. La réactivité est aussi la clé dans ce métier, on ne s’ennuie jamais, peu importe le poste que l’on occupe. Être rigoureux, attentif, et toujours vérifier ses sources sont trois choses très importantes, surtout avec Internet qui ne cesse de nous guider vers des fake news.

Les spécialités 

Certaines écoles vous accepteront peu importe les spécialités que vous avez pu prendre, cependant d’autres privilégient :

– Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

– Sciences économiques et sociales (SES)

– Humanités, littérature et philosophie (HLP)

– Langues, littératures et cultures étrangères (LLCE)

Les études à faire 

Aucune formation n’est absolument obligatoire, mais être diplômé permet une meilleure insertion. Généralement, il faut 3 ans pour préparer un BUT Information-communication/parcours journalisme ou une Licence professionnelle Métiers de l’information et 5 ans pour obtenir un Master à l’université ou dans des écoles spécialisées.

Les écoles 

Attention, de nombreuses écoles ne passent pas par ParcourSup. Vous devrez passer des concours, ou des entretiens de motivation. De plus, certaines écoles ne prennent pas d’étudiants à partir du post-bac. Renseignez-vous !!

  • privées :

– ESJ (Lille)

– JPJ (Paris)

– ISFJ (Paris, Lille, Lyon)

– IICP (Paris)

– EJT (Toulouse)

– ISCPA (Paris, Lyon, Toulouse) etc…

  • publiques

– CELSA : Master option journalisme

– CUEJ

– Sciences Po

– EDC (Cannes)

– EJDG (Grenoble)

– EJCAM (Aix-Marseille)

– JFP

– IUT (Lannion)

– Université Clermont Auvergne (BUT) à Vichy → ParcourSup

– Université de Bourgogne – site de Dijon (Licence information et communication) etc…

NB : il existe aussi des prépas.

Luna