Feuilleton : Nouvelle Âme – 17

17.

Il y a une tradition qui me manque particulièrement, dans ce monde. Dans ma famille, un samedi par mois, mes mères, mon frère et moi sortions faire les boutiques. C’était le branle-bas de combat. Réunir l’argent, prévoir l’itinéraire le plus pratique, les vêtements les plus chics pour se pavaner dans les rues. C’était toute une histoire.

Et là, chez la « Styliste », j’ai l’impression d’avoir remonté le temps. Plus de mort, plus de suicide, juste du tissu. Et James. Ce matin, il a dressé une liste de tout ce qu’il y avait à faire avant la fête de ce soir. La moitié de la liste consiste à essayer des vêtements pour que je ne tranche pas trop avec le décor. L’autre moitié a pour tâche de me faire devenir la parfaite petite aristocrate de service. Fini les « J’te rappelle », bonjour les « Je me permettrai de vous recontacter dans les plus brefs délais ». Rien que de l’imaginer, je suis partagée entre le rire et les pleurs. La leçon de danse qui m’attend juste après les essayages ne m’enchante guère non plus. En à peine quelques heures, je dois prendre l’air d’une femme qui a dansé toute sa vie. James a beau essayé de me rassurer et me forcer à l’optimisme, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter.

La modiste revient vers moi et plante une aiguille dans la robe qu’elle me fait essayer.

– Levez les bras, pour voir.

Je m’exécute. Son visage se plisse dans une moue désapprobatrice. Elle se tourne vers James et avant même qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche, il lève une main gantée vers elle :

– Elle est parfaite ainsi. Continuez.

Elle se retourne vers moi en levant les yeux au ciel. Cette petite femme à l’air pincé et au chignon serré a été la première à me faire comprendre que je suis dans un autre monde. Dès qu’elle a vu James, elle s’est guindée et a ordonné à ses assistantes de se préparer à accueillir un « invité d’honneur ». Toutes mes questions sont restées muettes car j’ai été immédiatement emportée par des petites mains maladroites vers les rayons des tissus, mais il ne faut pas être sorcier pour comprendre qu’ici, James n’est pas n’importe qui. Cela n’a fait que renforcer mon stress à l’approche de la fête de ce soir.

La seule chose qui m’aide à me maintenir debout, c’est la montre que m’a passée Yên. Très tôt ce matin, je me suis rendue au bar et ai du patienter pendant que la petite bricoleuse trafiquait ma montre pour que mon empreinte devienne celle d’une Âme plus âgée. Elle m’a vieillie de quelques mois, pour éviter que « mes manières d’époque » ne soient illogiques. C’est à ce moment-là que Clarisse m’a donné une photo de l’Ange et que Carola m’a très grandement conseillé « d’avoir l’air niaise ». D’après elle, chez les aristocrates, plus une femme est soumise à son mari, mieux c’est. Elles ont toutes eu un regard désolé pour moi, mais je les ai rassurées. Je fais ça pour mon frère. De plus, le ridicule n’a jamais tué personne. Surtout dans ce monde.

Je tourne sur moi-même, tandis que la modiste grisonnante s’affaire autour de moi. C’est James qui a choisi la robe bleu pâle que la couturière essaie vainement de tailler à ma morphologie de géante. Bien que je sache qu’elle est en accord avec tous les idéaux de beauté de l’époque dans laquelle je m’apprête à entrer, je suis gênée par le large décolleté et la longueur du vêtement. J’ai eu l’étonnement d’apprendre que des chevilles dévoilées, c’était presque du même niveau que de se balader nu à mon époque. A ce moment-là, j’ai eu une petite pensée pour mes jean skinny enfermés dans mon armoire. Pour compléter l’horreur, un corset enserre tout le haut de mon corps tandis que les assistantes ont réussi l’exploit de me faire enfiler de force des bas incroyablement inconfortables. De petites chaussures à talons sont censées compléter le tout mais j’ai le mauvais pressentiment que ça sera la seule chose d’à peu près confortable que je porterai ce soir.

Maintenant que je n’ai plus à me tordre le cou pour m’exécuter, j’observe James. Cependant, je détourne rapidement le regard. Depuis que nous avons passé l’immense portail séparant le centre-ville du quartier «Ancien», il a revêtu un masque que je ne lui connais pas. Froid, presque arrogant. Il avait beau m’avoir prévenu qu’il devrait se comporter ainsi, le changement a été troublant. Et ce n’est certainement pas toutes les personnes s’étant accumulées autour de nous dès qu’il avait franchi le portail en fer forgé qui diront le contraire. En moins de temps qu’il n’en faut à Clarisse pour m’asséner une pique dès le matin, nous avons été encerclés par des dizaines de personnes « ravies » de revoir le fils Cambridge.

James de Cambridge. En un instant, j’ai compris pourquoi il m’avait toujours tenue éloignée de son passé. Cette foule, ces regards, ces messes-basses, ce n’est pas vivable. Dès qu’un compliment fusait, une remarque assassine suivait peu après, quand les oreilles n’y prêtaient pas attention. Ainsi, j’ai pu apprendre que James s’est embelli, mais qu’il avait lâchement abandonné sa famille. Que son costume était ravissant, mais qu’il était un fils indigne. Qu’il avait là une bien jolie fille à son bras, mais qu’il méritait que sa famille le rejette. Si je n’étais pas en mission, j’aurais rebroussé chemin sans hésiter.

– Monsieur, vous permettez ?

James se lève du siège où il était assis et rejoint un petit podium. Un modiste commence à lui tourner autour mais, contrairement à moi, il n’a quasiment pas besoin d’élever la voix. James s’exécute avant même qu’un ordre ne fuse. Il s’y connaît. Son regard, reflété dans le miroir en face de lui, est voilé par une expression d’ennui, comme si tout cela n’était qu’une perte de temps.

J’espère sincèrement que je serais aussi bonne actrice que lui.

*****

Le soir venu, je tremble comme une feuille. Je suis incroyablement stressée. Cette fête représente un double enjeu. Mon frère et James. Et si je ne suis pas assez douée pour tirer les vers du nez à cet Ange ? S’il comprend le subterfuge ? Si je me fais congédier de la fête avant même d’avoir pu lui adresser la parole ?

Je me remémore les cours de comportement que James m’a donnés. Sourire, discrétion et pudeur. Voilà les trois mots dont je dois à tout prix me souvenir. Le seul moment où je pourrai parler à cet Ange, ce sera pendant le bal. Là, les langues se délient. Comme je serais obligée de faire la conversation, cela servira d’excuse pour subtiliser des informations. J’essaie de me remémorer les pas basiques de la valse, en vain. James lui-même est un piètre danseur et cela nous a valu quelques fous rires, cet après-midi. Tant pis, je feindrai la niaiserie.

– Prête ? me murmure James en arrivant devant l’immense portail de la demeure de ses parents.

Je hoche la tête. Il me tend son bras que j’attrape naturellement. Je fais un pas, mais il ne bouge pas.

– James, tu seras parfait. J’ai confiance.

Il plonge ses yeux bleu-gris dans les miens. Je ne sais comment lui faire comprendre que je suis de tout cœur avec lui. Je plante mon regard dans le sien et essaie alors de lui faire comprendre que tout ira bien, qu’on en est capable. Il sourit face à la grimace que je fais.

– Je suis sûr que si tu fais cette tête à cet Ange, il craquera immédiatement.

– Je la réserve pour toi.

Cela nous donne le courage d’avancer.

La demeure des Cambridge, située à l’écart de ses voisines, est aussi prestigieuse que le nom de ses propriétaires. Immense, elle ressemble de façon troublante aux châteaux que j’ai eu l’occasion de visiter en voyage scolaire. L’allée en gravier que nous traversons à petits pas donne sur d’élégants jardins à la française – ce qui, de façon ridicule, me redonne un peu d’espoir. Chaque petit détail semble vouloir crier : « Cette famille est pleine aux as, fais gaffe où tu mets les pieds ! ». Nous franchissons les quelques marches du perron dont le toit est soutenu par d’immenses colonnes en marbre et nous arrêtons devant la porte en bois massif. Deux majordomes essayant de cacher leur surprise s’emparent des poignets et nous ouvrent. Et le temps semble s’arrêter.

Tous les gestes sont suspendus. Les paroles comprises.

Le fils est là.

Avec une fille à son bras.

James s’avance, faisant claquer ses chaussures sur le marbre – clinquant lui aussi – de la pièce principale. A défaut de pouvoir fuir, je le suis, mon plus beau sourire scotché au visage. Au fur et à mesure que nous traversons la salle, les murmures nous suivent. Pourquoi est-il là ? Qui est-elle ? S’aiment-ils ? Je resserre ma poigne sur le bras de James et il en fait de même. Je n’ai jamais spécialement été timide. Je n’ai jamais rechigné à parler à quelqu’un, sans pour autant me considérer comme la clown de service. Mais là… Tous ces yeux curieux m’intimident. Les hommes, quand ils ne me lancent pas un regard dégoulinant d’envie, me jaugent avec arrogance. Les femmes les imitent, bien que certaines m’accordent des sourires compatissants. Ces dernières pensent certainement que je me jette dans la gueule du loup, à mon tour aussi. Je sens mon cœur se serrer. Même dans la mort, elles ne sont pas heureuses.

James s’arrête devant un somptueux escalier en marbre – décidément – se séparant en deux ailes à partir d’un palier à mi-hauteur. Je pile et tourne la tête vers lui.

– Prépare toi.

J’ai à peine le temps de comprendre l’enjeu de cette phrase que les lumières s’éteignent.

L’escalier est illuminé.

Et deux portraits crachés de James apparaissent en haut des marches.

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine

Tu ne tueras point – Hacksaw Ridge

Sorti en 2016 et réalisé par Mel Gibson, ce film de guerre connaît immédiatement un franc succès. Le film est nommé dans 6 catégories pour les Oscars en 2017 et bat le record de réalisme en matière de scène de batailles dépassant ainsi « Il faut sauver le Soldat Ryan » de Steven Spielberg.

© Allo ciné – 2016

Ce film nous transporte dans l’univers sanglant et de violences qu’est celui de la Seconde guerre mondiale et nous raconte l’histoire de Desmond Doss, jeune américain et fils d’un ancien soldat de la Première Guerre Mondiale, qui veut s’engager dans l’armée lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate. Il souhaite participer à la guerre et soutenir son pays, comme tous les jeunes hommes de son âge, mais, en tant qu’objecteur de conscience, il refuse de tuer ou de porter une arme. Après de nombreuses et difficiles négociations il parvient à intégrer l’armée et est envoyé sur le front en tant que soldat infirmer, sans aucun moyen de défense.

Ce film m’a séduit tout d’abord par le réalisme des scènes historiques de la guerre, l’atmosphère des années 40 aux États-Unis et aussi par son opposition exceptionnelle entre la morale pacifiste inébranlable du héros et les violences des combats.

On pourrait croire que cette histoire est invraisemblable, un soldat refusant de tuer et de porter les armes, ni d’affronter directement les Japonais sur le front, c’est complètement ridicule ; pourtant c’est une histoire vraie.

Même si cela paraît incroyable, il s’agit bien d’une histoire réelle, le soldat Desmond Thomas Doss est affecté à la 77e division d’infanterie et est envoyé sur le théâtre de la guerre du Pacifique pour participer à la bataille d’Okinawa qui se déroule sur la colline de Hacksaw Ridge (signifiant « falaise des hachoirs », d’où le titre du film), et il fut le premier objecteur de conscience à recevoir la médaille d’honneur en 2006.

Fanny

C’est Beyrouth !

L’expression « C’est Beyrouth » est assez connue. On l’utilise souvent pour désigner un gros désordre. Elle est directement tirée de l’histoire de Beyrouth et les libanais n’aiment pas beaucoup cette expression car elle leur rappelle des événements tragiques qui ont eu lieu.

En effet, la célèbre capitale du Liban a été en proie à de nombreux conflits…

Beyrouth en 1978. Wikipédia – Domaine Public.

            Parmi ces conflits, on retrouve la guerre civile de 1975 à 1990. C’est 15 ans de guerres, de massacres et de destructions qui ont réduit en ruines la capitale.

Cette première guerre est tout d’abord une lutte entre les communautés qui habitaient dans Beyrouth. La ville est alors divisée en deux parties par une ligne de démarcation : « la ligne verte » en 1976.

À l’Ouest, on retrouve des partis de gauche : les musulmans soit l’ OLP (Organisation de Libération de la Palestine), c’est-à-dire la résistance qui est dirigée par Kamal Joumblatt (leader Druze), créateur du PSP (Parti socialiste progressiste).

À l’Est, on retrouve les partis de la droite et l’extrême droite chrétiennes. Elle réunit les grandes familles maronites ainsi que le parti Gemayel, Frangié, et Chamoun. Soit les Phalangistes.

L’origine de cet affrontement est une conséquence de la guerre des Six Jours en 1967 qui opposait Israël à l’Égypte, la Jordanie et la Syrie, provoquant ainsi un exode massif de Palestiniens dans les camps de réfugiés au Liban. Cet exode perturbe dès lors l’équilibre démographique entre les communautés libanaises, notamment la communauté chrétienne qui y était majoritaire.

Enfin, une autre raison renforce les tensions entre les communautés. C’est l’accord secret du Caire de novembre 1969 passé entre l’OLP et le gouvernement Libanais. Il garantit à l’OLP le droit d’être sur les terres libanaises, d’y vivre et de conserver son autonomie et ses armes. Malheureusement, la communauté chrétienne n’est pas d’accord et s’y oppose…

Cependant, ce qui déclenche réellement cette guerre civile, c’est la tentative d’assassinat de Pierre Gemayel par l’OLP. En représailles, la réponse des phalangistes est de tuer des militants palestiniens dans un bus qui passait à Aïn El-Remmanech. Ainsi, le 13 avril 1975, débute la guerre civile du Liban.

S’ensuit alors une guerre en plusieurs phases, c’est-à-dire tantôt des trêves comme par exemple grâce à l’accord du 17 mai 1983 ; puis la reprise des bombardements sur la ville ainsi que des massacres comme celui du camp de Tell Al-Zaatar en 1976 et celui de Sabra et Chatila en 1982.

Un enjeu géopolitique

Ce n’est pas seulement une guerre confessionnelle. C’est aussi une lutte pour le pouvoir politique. En effet, chacun souhaite sa domination aussi bien sur un plan économique que social ou politique.

De plus, l’intervention des armées étrangères pour obtenir un cessez-le-feu n’arrange pas le conflit. On compte l’armée Syrienne, dirigée par Hafez Al-Assad qui occupe le Nord de Beyrouth, puis l’armée Israélienne qui occupe le Sud de Beyrouth à partir de 1982 grâce à l’opération Galilée.

Ce n’est qu’avec l’accord de Taëf en 1989 que la guerre civile s’achève petit à petit avant de se finir définitivement en 1990.

Au total, on compte environ 100 à 150 000 morts dont 100 000 autres Libanais blessés. Certains sont forcés à s’exiler. L’Israël et la Syrie retirent leurs troupes en 2000.

Beyrouth entre alors dans une longue phase de reconstruction.

Le début d’une nouvelle guerre

Bien que sa reconstruction soit fragile, la capitale se remet petit à petit de ses cicatrices.

Cependant une autre guerre est déclarée. Elle oppose cette fois-ci principalement Israël et la guérilla menée par le Hezbollah, dirigée par Hassan Nasrallah.

La raison de ce nouveau conflit porte sur les fermes Chebaa dans les montagnes qu’Israël occupent depuis 1967 suite à la guerre des Six Jours. Hassan Nasrallah les revendique comme un territoire libanais et essaie de le récupérer.

Enfin, d’autres événements s’ajoutent au déclenchement de ce nouveau conflit comme l’assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005, puis celui du journaliste Samir Kassir le 2 juin 2006. Israël est désigné coupable de ces assassinats.

Ainsi débute la guerre israélo-libanaise dite aussi la guerre des 33 jours qui se déroule du 12 juillet au 14 août 2006. On compte plus de 50 000 morts et Beyrouth se retrouve à nouveau en ruines sous les bombardements et les fusillades. À la fin de cette courte guerre, la capitale entre à nouveau dans une autre longue phase de reconstruction. Elle est et devient un centre culturel important et un point d’échanges mondiaux.

Le port de Beyrouth après l’explosion – 09/08/2020 CC Wikipédia

La ville phénix    

Détruite puis reconstruite. C’est ce qui définit Beyrouth et qui lui vaut l’attribut du phénix. Un animal légendaire qui renaît toujours de ses cendres, faisant de lui un être immortel.

Cela correspond bien à Beyrouth surtout lors du dernier drame. En effet, le 4 août 2020 une double explosion de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium détruit le port de Beyrouth sur un rayon de 2 km. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent sans domicile et de nombreuses infrastructures sont endommagées. L’explosion a causé environ 113 morts et 4 000 blessés ainsi qu’un nombre inconnu de disparus. Beyrouth, ville portuaire importante dans laquelle les produits sont importés et exportés est à nouveau en ruine. Sans le moteur de l’économie et des échanges maritimes, le Liban se retrouve plongé dans une crise économique. De plus, la crise sanitaire lié au Covid renforce encore plus cette crise. Depuis un certain temps déjà, une grande partie de la population est pauvre et l’État libanais a bien du mal à garder pied…

Aujourd’hui, malgré sa situation économique, politique et sociale, Beyrouth devra encore se relever et se reconstruire. Cela se fera encore lentement mais peut-être sûrement…

Lisa

Sources :

https://www.herodote.net/13_avril_1975-evenement-19750413.php

https://www.youtube.com/watch?v=hWl8oqzJeh0 ( vidéo)

https://www.youtube.com/watch?v=f2Uwi4cjjtk (vidéo)

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/09/beyrouth-a-deja-ete-detruite-et-reconstruite-comment-se-reconstruira-t-elle-cette

https://metropolitiques.eu/La-reconstruction-de-Beyrouth-vers.html

1920-2020, Liban : un siècle de tumulte, Manière de voir, n°174.

https://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/DA_SILVA/15143

https://www.humanite.fr/liban-1975-1990-guerre-civile-ou-guerres-etrangeres-570883

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/08/05/double-explosion-a-beyrouth-des-habitants-desempares-face-a-leur-ville-devastee_6048167_3210.html

 

 

Feuilleton : Nouvelle Âme – 16

16.

Dès que j’atterris devant le portail, je trace ma route vers le réfectoire. James m’attend devant, comme chaque soir. Les pans de mon pantalon palazzo bordeaux volent derrière moi, et le col roulé noir que je porte sublime le tout. Depuis quelques temps, je m’habille avec plus de soin que d’habitude. Et il me semble que la personne vers laquelle je me dirige n’y est pas pour rien.

James sourit alors qu’il m’aperçoit. Son costume bleu nuit lui va à ravir, comme toujours. Depuis quelques temps, je ne peux m’empêcher de le détailler bien plus que je ne suis censée le faire avec un ami. Ses muscles se devinent facilement sous sa chemise et plus aucun doute ne se pose quand je suis à son bras. Je sais qu’il est très demandé, si j’en crois les anecdotes de Dahlila, qui le connaît depuis une dizaine d’années. Il n’est jamais étonnant, d’après elle, d’entendre qu’une ancienne Nouvelle Âme était amoureuse de lui. Il fait des ravages, autant chez les nouveaux que les anciens. Et je comprends ces personnes. Cependant, Dahlila m’a assurée que j’étais bel et bien la seule avec qui il se comportait ainsi. Pourquoi, comment, elle n’en a aucune idée, mais les faits sont là, comme elle aime le dire. Et ce n’est certainement pas pour me déplaire.

C’est pour ça que je me sens d’autant plus mal quand on entre dans le réfectoire, comme si tout allait bien. Nous nous installons avec nos amis et James se lance dans une discussion sur les cours, tandis que je picore ma salade. Heureusement, je n’ai pas à participer à la conversation. Parfois, je m’y mêle, mais sans conviction. James ne me prête pas grande attention, et j’en suis soulagée. Je peux me laisser penser en paix.

Je redoute sa réaction. Est-ce qu’il va accepter ? J’ai affreusement peur de devoir choisir. Mon frère, ou lui ? Mon présent ou mon passé ? Je veux qu’ils soient tous les deux mon futur, mais est-ce envisageable ? James est adorable, mais acceptera-t-il d’enfreindre une loi pour moi ? J’observe la scène face à moi. Enzo vient de lancer une énième blague. Tout le monde rit. Le rire le plus mélodieux à mon oreille est sans surprise celui de James. Je ne veux pas le perdre. Je ne sais pas si c’est possible de mourir dans ce monde, mais j’ai la sensation que si je le perds, je le découvrirais.

Enfermée dans ma bulle de questions, je termine enfin ma salade, et me laisse entraîner par le groupe à l’extérieur du bâtiment. Mais avant même qu’on ait atteint la moitié de la cour, James s’excuse, m’attrape par le bras et m’entraîne sous notre arbre fétiche, ignorant totalement le froid sec de la nuit d’automne. Sonnée, je frissonne. Son regard est empli d’inquiétude.

– Ambre, qu’y a-t-il ? Tu n’as pas l’air bien, depuis que tu es revenue des boutiques.

Il me met face à mon mensonge. Son air inquiet brise encore un peu plus mon cœur. Je dois lui demander. Si je mens, je ne pourrais pas m’en sortir. Je ne suis pas seule dans cette situation et je refuse de tout faire capoter par un manque de courage durant quelques secondes.

– James, je dois te dire quelque chose.

Je lui raconte tout. Du moment où il m’a quittée le jour où j’ai appris que je ne reverrai jamais mon frère à aujourd’hui. De la tristesse des Anges à l’espoir des Déesses. De mon envie d’en finir à mon envie d’avancer. Il écoute patiemment. Il ne pose aucune question. Il m’écoute simplement. De tout son être.

Dès que j’ai terminé, il se redresse et époussette son veston.

– Je veux t’aider.

Un immense soulagement m’envahit. Il est d’accord. Il l’est vraiment. Je n’ai pas à choisir. A-t-il compris ma peur ? Je n’en sais rien. Je profite de ce sentiment de soulagement, tandis qu’il rajuste son chapeau avant de continuer :

– Écoute, je ne comprends pas réellement tous les enjeux avec précision, mais si c’est important pour toi, alors je t’aiderai. Quitte à revoir ma famille que je fuis depuis des années.

Je ne sais pas quelle émotion se bouscule en premier dans mon cerveau. Étonnement, gratitude, tristesse, peur ?

– James, je murmure, touchée, tu peux toujours re…

– Il en est hors de question, Ambre. Tu as besoin de ton frère et de ta famille. Je vais le faire. Mais il faut que tu saches…

Il détourne le regard et déglutit, gêné.

– Mes parents n’ont jamais cessé de vivre comme à l’époque. Ils sont persuadés que pour qu’une vie soit bonne, il faut être marié, et avoir des enfants. Et si je viens en ta compagnie, ils penseront que… que nous…

J’ouvre grand les yeux, tandis que mon cœur s’emballe à cette perspective. Une étrange sensation incroyablement agréable se diffuse dans mon cœur alors que j’essaie de nous imaginer, James et moi, ensemble devant le monde entier. Alors, immédiatement, je réponds :

– Ce n’est pas un souci. Je serai fière d’être vue à tes côtés, James.

Mes mots provoquent une véritable illumination sur le visage de James. Ses yeux, son regard, son sourire s’illuminent. Je n’ai qu’une seule envie : l’embrasser. Pouvoir lui communiquer ne serait-ce qu’un peu de la joie qu’il me procure à travers ce geste. Mais la réalité me rattrape vite. Il ne le sentira pas. Ni ça, ni aucun contact. Mon sourire perd de son éclat et, bien entendu, James le remarque.

– Il y a un souci ?

Je fixe sa main sur la mienne, honteuse. Cependant, je refuse d’une relation basée sur le mensonge, aussi petit qu’il soit. Alors je me force à être honnête :

– Oui. Je trouve cela injuste que je sois la seule à en profiter.

– De quoi donc ?

Je soulève ma main sous la sienne et attrape la sienne. J’entremêle mes doigts dans les siens, et la monte à la hauteur de ses yeux. Il percute et rougit.

– Oh, Ambre, je suis habitué, ce n’est pas…

– Si, justement. J’aimerais que tu puisses ressentir ce contact.

Son regard se fait triste. Il resserre cependant ses doigts sur les miens. Fort.

– Comment sont mes mains ? me demande-t-il après un silence.

– Douces. Mais froides. Il fait froid, James.

Il ouvre grand les yeux. Mon petit col roulé n’est pas suffisant face à la brise glaciale qui vient de se lever. Il ne peut pas la ressentir, mais je suis certaine qu’il voit les feuilles de l’arbre bouger, mes cheveux s’envoler et les pans de son costume se soulever. Il enlève immédiatement sa veste. J’ai beau protester, il la passe tout de même sur mes épaules. Elle sent… Lui. La vanille, mais aussi le thé à la menthe et encore d’autres choses indéfinissables. Je ne pouvais pas imaginer mieux. Quand je me détends, il sourit.

– On ferait tout de même mieux de rentrer, non ?

Je hoche la tête. Nous nous levons et lions nos mains. Cela devient presque un réflexe, maintenant. Nous traversons la cour, entrons dans les dortoirs et nous retrouvons sur le pas de ma porte beaucoup trop vite à mon goût. Incapables de nous séparer, nous restons plantés là, au milieu du couloir, nos mains toujours liées.

Je sais quelle est la prochaine étape. Mais s’il refusait ? Si Clarisse débarquait ? N’est-ce pas interdit ?

– Dans cent ans, quand vous vous serez fossilisés, on vous retrouvera dans cette école abandonnée, et on vous appellera « la statue des amoureux qui ne seront jamais allés plus loin que le pas de la porte ».

Saleté. Enzo ricane face à sa propre blague. James essaie de se composer un regard sévère, mais mon éclat de rire lui fait perdre toute contenance et il se met à rire aussi.

– Je suis sûre que Dahlila aura une place dans sa chambre, se contente de dire Enzo en passant devant nous pour atteindre l’autre bout du couloir. Bonne nuit les amoureux. Et évitez les enfants, je suis pas prêt à être oncle !

Nous entrons dans ma chambre en riant. Ce n’est pas exactement ce que j’ai pu lire dans les livres ni vu dans les films, mais je ne vais certainement pas m’en plaindre. Parfois, on a juste besoin d’un Enzo pour avancer.

– Quel sale gosse, parfois, observe très justement James.

Il s’arrête en plein milieu de la chambre, hésitant.

– Je dors sur le lit de Clarisse ? Ça ne la dérangera pas ?

– Non, elle ne revient pas de la nuit, le week-end.

Il s’assoit alors sur le lit, testant son confort. Les ressorts se plient dans un cri plaintif. James affiche une mine gênée tandis que je pouffe de rire. Nous commençons à nous installer quand je tilte enfin.

– Tu as dit dormir ? Mais les lois de la physique corrompue de ce monde ne s’applique pas à toi ?

Il affiche la mine bienveillante à laquelle je suis tant habituée. Elle apparaît souvent quand il m’apprend des choses, lors de nos révisions.

– Si, mais j’ai pris l’habitude d’utiliser ces termes pour ne pas perturber les jeunes Âmes. Pour moi, dormir signifie plutôt lire que me reposer.

Je hoche la tête en souriant. Même si je n’ai pas eu le temps jusque là, j’ai toujours aimé lire de temps en temps. Cependant, je doute qu’il apprécie les romans d’amour d’adolescents que j’aimais étant vivante.

– Victor Hugo est un très bon compagnon lors de mes nuits les plus longues, commente-t-il en se levant du lit de ma colocataire. Cela te dérange si je vais chercher quelques bouquins, d’ailleurs ?

Je secoue la tête et, tandis qu’il se rend dans sa chambre, je commence alors à me préparer pour la nuit. Une fois terminé, je m’allonge sur mon lit. Entre-temps James est revenu et sa recherche a été fructueuse, si j’en crois la pile qui est apparue sur la table de chevet vide de Clarisse. Dès qu’il entend les ressorts de mon lit se plaindre sous mon poids, il lève les yeux. Il a l’air ébloui. Pourtant, je ne porte qu’un simple pantalon et un débardeur. Un débardeur. Dès que je tilte, James détourne le regard, comme pour confirmer ma théorie. Rapidement, je pioche un gilet dans mon armoire. Je n’ai pas honte de mon corps mais là n’est pas le problème. Je veux simplement éviter que James se sente mal. Je ne connais pas son ressenti, mais s’il souffre aussi du fait de ne pas pouvoir me toucher, alors cette tenue ne doit l’aider en rien.

Heureusement, aucun commentaire ne s’élève. James se contente de se remettre à lire, les joues rouges. Je me glisse sous mes draps, mais impossible de dormir. La présence de James, éveillé qui plus est, me perturbe trop. Mon cœur ne cesse de battre la chamade et mon esprit de s’emballer. Je me tourne vers le mur. Voilà, comme ça, j’oublierai James. Je ferme les yeux. J’entends toujours la respiration du lecteur du lit d’en face. Je n’y arriverai jamais. Je me redresse.

– Je n’arriverai pas à dormir.

Face à cette déclaration, James lève un sourcil.

– Ambre, tu as besoin de repos. Tu n’es censée pouvoir arrêter de dormir qu’en sortant de l’établissement. Là, tu as besoin d’énergie.

Il ne comprend réellement pas ? Tant pis. La fatigue me fait probablement prendre mes aises, mais je tends tout de même une main vers lui. Surpris, il hésite un peu avant de la prendre. Nous restons là un moment, avec l’incapacité totale de détacher nos regards l’un de l’autre.

Je ne sais pas exactement ce qu’on se dit, mais tout passe en un regard. Ses yeux bleus-gris sont le miroir de ses émotions, mais aussi des miennes.

Puis, après je ne sais combien de temps, James vient me rejoindre. Il enlève veston et chaussures avant de se glisser sous les draps en tremblant. Heureusement, le lit est assez grand pour deux personnes. Je lui offre un sourire que j’espère rassurant.

– Que sommes-nous censés faire, maintenant ? chuchote-t-il si près de moi que j’arrive à sentir son souffle contre mon nez.

J’arrive à retenir un bâillement de justesse. Je crois que j’ai la réponse. Je me love contre lui, épuisée. Il semble comprendre car il enroule ses bras forts autour de moi, et pose son menton contre ma tête. Nos jambes s’entremêlent et nos cœurs battent à l’unisson.

C’est ainsi que s’est scellé mon amour pour James.

Amélie

Chapitre suivant la semaine prochaine.

Le journalisme à la loupe

Choisir ses futures études, son futur métier sont des choix compliqués pour les plus jeunes qui avancent tout droit vers l’inconnu. Certains ne savent pas comment se renseigner, d’autres ne savent pas quoi faire malgré de nombreux tests d’orientation que l’on peut trouver sur internet. Un métier, on doit le vivre et non pas le subir jusqu’au restant de ses jours car l’on ne travaille pas seulement pour vivre, on vit pour travailler dans le domaine qui nous épanouit. C’est donc pour cela que régulièrement dans cette rubrique, nous vous parlerons d’un métier, des études nécessaires, des écoles possibles quelles soient publiques ou privées… Nous allons vous accompagner jusqu’à ce que VOUS trouviez ce qui vous plaît vraiment.

Le journalisme.

Comment commencer cette rubrique sans vous parler du métier du journalisme ?

La presse écrite est apparue en 1438, grâce à l’utilisation de l’imprimerie et donc de l’invention de la typographie par Gutenberg. Bien évidemment, aujourd’hui, il n’existe pas que la presse écrite. Grâce aux nouvelles technologies, à la médiatisation qui prend de l’ampleur, il existe aujourd’hui des journaux télévisés, la radio, les réseaux sociaux, les blogs. Internet a donné un élan important au métier du journalisme qui a durant de nombreuses périodes été remis en question avec de la censure par exemple. D’après le Larousse, le journalisme est l’« ensemble des activités se rapportant à la rédaction d’un journal ou à tout autre organe de presse écrite ou audiovisuelle (collecte, sélection, mise en forme de l’information). »

Dans le journalisme, il existe tout un tas de métiers plus intéressants les uns que les autres :

  • rédacteur/rédactrice, chroniqueur/chroniqueuse, pigiste, présentateur/présentatrice, grand reporter, journaliste d’investigation, photojournaliste, journaliste spécialisé dans un domaine (juridique, culturel, mode, sportif, scientifique…), rédacteur en chef, chef d’édition, envoyé spécial.
  • Et les métiers plus techniques comme cadreur, monteur, agencier, secrétaire de rédaction…

Être journaliste demande un vrai sérieux et une curiosité sans nom. En effet, il est important de s’intéresser à tout, d’être à l’affût des dernières nouvelles. Une culture générale est aussi importante pour suivre l’actualité au quotidien. La réactivité est aussi la clé dans ce métier, on ne s’ennuie jamais, peu importe le poste que l’on occupe. Être rigoureux, attentif, et toujours vérifier ses sources sont trois choses très importantes, surtout avec Internet qui ne cesse de nous guider vers des fake news.

Les spécialités 

Certaines écoles vous accepteront peu importe les spécialités que vous avez pu prendre, cependant d’autres privilégient :

– Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP)

– Sciences économiques et sociales (SES)

– Humanités, littérature et philosophie (HLP)

– Langues, littératures et cultures étrangères (LLCE)

Les études à faire 

Aucune formation n’est absolument obligatoire, mais être diplômé permet une meilleure insertion. Généralement, il faut 3 ans pour préparer un BUT Information-communication/parcours journalisme ou une Licence professionnelle Métiers de l’information et 5 ans pour obtenir un Master à l’université ou dans des écoles spécialisées.

Les écoles 

Attention, de nombreuses écoles ne passent pas par ParcourSup. Vous devrez passer des concours, ou des entretiens de motivation. De plus, certaines écoles ne prennent pas d’étudiants à partir du post-bac. Renseignez-vous !!

  • privées :

– ESJ (Lille)

– JPJ (Paris)

– ISFJ (Paris, Lille, Lyon)

– IICP (Paris)

– EJT (Toulouse)

– ISCPA (Paris, Lyon, Toulouse) etc…

  • publiques

– CELSA : Master option journalisme

– CUEJ

– Sciences Po

– EDC (Cannes)

– EJDG (Grenoble)

– EJCAM (Aix-Marseille)

– JFP

– IUT (Lannion)

– Université Clermont Auvergne (BUT) à Vichy → ParcourSup

– Université de Bourgogne – site de Dijon (Licence information et communication) etc…

NB : il existe aussi des prépas.

Luna

Anne Boleyn, reine au destin tragique

Anne Boleyn, femme au destin tragique, est à l’origine de la séparation entre l’église de Rome et l’église anglaise. C’est la rupture avec le catholicisme et la naissance de l’église anglicane. Le roi devient alors chef de l’Église. C’est un grand bouleversement culturel, politique et religieux. Malgré le rôle primordial d’Anne au sein de la Monarchie anglaise, elle est condamnée à mort par décapitation par le Roi pour adultère, inceste et haute trahison.

Qui est Anne BOLEYN ?

Artiste inconnu – Portrait posthume de la reine Anne Boleyn. National Portrait Gallery – Londres © Domaine Public

Anne Boleyn est la seconde épouse d’Henry VIII (Roi d’Angleterre et d’Irlande). Elle est la mère de la Reine Elisabeth 1ère.  Son histoire est marquée par une ascension hors normes et une chute brutale. Elle serait née, d’après les historiens et biographes qui ne sont pas d’accord à ce sujet, entre 1501 et 1507.  Elle est morte le 19 mai 1536 exécutée par décapitation.

Anne Boleyn est la fille de Sir Thomas Boleyn et d’Elizabeth Howard. Elle a une sœur ainée qui se prénomme Mary ainsi qu’un jeune frère qui s’appelle George. La famille Boleyn est l’une des familles les plus respectables de l’aristocratie anglaise à cette époque.

Son père, diplomate reconnu et réputé, permettra à Anne qui est encore très jeune, de devenir Dame de compagnie de l’Archiduchesse Marguerite d’Autriche, Régente des Pays-Bas. Elle fait très bonne impression grâce à ses bonnes manières et à sa rigueur à l’étude. La jeune fille apprend le français (langue courante de l’aristocratie d’alors) la galanterie, la musique, le chant, la danse… A l’âge de 13 ans, elle est nommée demoiselle d’honneur de la Princesse Marie (femme du Roi Louis XII) grâce à l’influence de son père.

Elle devient ensuite Dame de compagnie de la Reine Claude de France (femme du Roi François 1er). Elle se perfectionne alors en français et apprend la culture française. Elle cultive un intérêt certain pour la mode et la philosophie. En 1522, elle retourne en Angleterre et prend place à la Cour, dans l’entourage de la Reine Catherine d’Aragon.

L’ascension d’Anne Boleyn

Lorsqu’ Anne Boleyn arrive à la Cour du Roi Henri VIII, Catherine d’Aragon est l’épouse de ce dernier depuis 1509 et bénéficie d’une grande popularité auprès de ses sujets. Après 23 ans de mariage, Henri VIII saisit le prétexte d’absence d’héritier masculin pour demander le divorce. Mais à cette époque, cela n’est pas aussi simple qu’aujourd’hui et une seule personne peut prononcer l’annulation du mariage : le Pape.

En réalité, le Roi est très épris d’Anne et lui fait de nombreuses avances. Mais Anne Boleyn les refuse car elle ne veut pas devenir la maîtresse du Roi. Elle rejette ses premières avances en disant : « Je préfèrerais perdre la vie que mon honnêteté. » De ce fait, Henri VIII finit par demander Anne en mariage, ce qu’elle accepte.

Mais le Pape Clément VII s’oppose à l’annulation du mariage d’Henri et Catherine. Pour surmonter ce refus, le Roi s’obstine et décide qu’il ne serait plus soumis à l’autorité de Rome et se proclame « chef suprême de l’Église d’Angleterre ».  C’est la naissance de l’anglicanisme : l’Église d’Angleterre est maintenant sous l’autorité de son souverain et non sous celle de Rome. Cet événement sera connu plus tard sous le nom d’Acte de suprématie. Il marque la fin de l’histoire d’Angleterre en tant que pays catholique romain.

Le 23 mai 1533, l’archevêque de Canterbury déclare nul et invalide le mariage d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon. Catherine est dépouillée de son titre et elle est bannie de la Cour. La reine déchue est enfermée au Château de Kimbolton où elle meurt le 7 janvier 1536.

Le Roi Henri VIII et Anne Boleyn s’unissent le 28 mai 1533. Anne devient alors l’épouse légitime du Roi et de ce fait Reine d’Angleterre. Elle est couronnée à l’Abbaye de Westminster le 1er juin 1533 lors d’une cérémonie grandiose et fastueuse. Grâce à sa nouvelle place à la Cour, elle se voit accorder de nombreux avantages et présents de la part du Roi. Il la titre « Marquise de Pembroke ». C’est la première femme à recevoir un titre en son nom propre.

La nouvelle Reine mène un train de vie opulent et dépense des fortunes en robes, bijoux et fourrures. Une soixantaine de dames l’entourent en permanence et elle est servie par 250 domestiques, ce qui mènera de nombreux Anglais à ne pas apprécier Anne.

Le 7 septembre 1533, la Reine Anne donne naissance à Elisabeth 1ère qui deviendra une Reine mythique.

La disgrâce d’Anne et son exécution

Malgré sa volonté d’épouser Anne, le roi commence à se lasser des caprices, des colères, du caractère et des crises de jalousie de son épouse. Henri VIII possédant un grand nombre de maîtresses, c’est un grand sujet de disputes entre lui et sa femme. Il va notamment s’éprendre de l’une d’elles, Jane Seymour, avec laquelle il se mariera onze jours après la mort de la Reine Anne. De plus, Anne ne lui apporte aucun héritier mâle faisant plusieurs fausses couches entre 1534 et 1536.

Anne souffre du rejet du peuple resté attaché à la Reine Catherine. Son ascension lui vaut des jalousies et de nombreux ennemis dont Thomas Cromwell, ministre et proche conseiller du roi. C’est ce dernier qui va œuvrer pour instruire un terrible procès contre la Reine. Plusieurs courtisans, des musiciens et son propre frère sont accusés d’être ses amants. Ces hommes vont être torturés, condamnés à mort et exécutés.

Le 2 mai 1536, Anne est arrêtée et emmenée à la Tour de Londres. Son procès est perdu d’avance même si elle fait preuve d’une grande éloquence en rejetant toutes les accusations portées contre elle. Elle est déclarée coupable et condamnée à mort pour adultère, inceste et haute trahison. Exécutée le 19 mai 1536 par décapitation, Anne Boleyn aura été Reine durant trois années.

Anne Boleyn fût-elle vraiment coupable d’adultère et d’inceste comme en décidèrent les juges en 1536 ? Ses biographes modernes en doutent fortement. Le seul qui n’eut jamais de doute fut Henri VIII. Il épousa Jane Seymour (le paradis après l’enfer selon lui), onze jours seulement après l’exécution d’Anne… Cela laisse perplexe !

 Mattéa

Liberté, je dessine ton nom

Dans le cadre de l’hommage rendu à Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie assassiné par un terroriste le 16 octobre 2020, les élèves de la classe de 2nde11 ont travaillé avec Mme Selvacannou et Mme Delacroix sur la liberté d’expression et le dessin de presse. Ils ont choisi un thème d’actualité en lien avec la liberté, les discriminations ou la tolérance pour réaliser  dessins et articles. Voici une sélection de leurs dessins de presse.

© Julie
© Emmie et Cléa – Calligramme
© Angélina – Les droits des femmes

 

© Anaïs et Mary-Linn : Les discriminations filles-garçons.
© Lola
© Sienna et Angélina – Dénoncer les violences domestiques. Un homme essaie de frapper une femme, mais il est retenu par Marianne, le symbole de la République française.
© Yasmina et Adil

Marqués d’Alice Broadway

«Quand je me suis fait tatouer pour la première fois, j’étais plus âgé que tous mes amis

La première phrase du prologue de Marqués pourrait être lue dans n’importe quel livre sur la vie d’un ou d’une adolescent(e) ou même sur celle d’un adulte. Bien qu’il existe pléthore d’excellents livres là-dessus, il ne s’agit pas du tout de ce dont parle ce roman… Enfin dans un sens si… Disons que c’est compliqué, alors laissez-moi vous expliquer.

Marqués, Alice Broadway, éd. PKJ, 2018

Leora est une adolescente qui vient de perdre son père. Elle vit dans un monde dystopique où les humains se font tatouer le corps afin de raconter leur vie avec détails. Il est d’usage dans les hautes sphères de lire le livre de peau du défunt (sa peau est découpée afin de former un véritable livre recensant ses tatouages), mais lorsque Leora lit celui de son père, elle découvre que certains passages ont été réécrits et que son père cachait depuis toujours le tatouage affublé aux criminels.

La jeune femme va donc partir en quête de la vérité sur son père tout en conciliant les impératifs que lui impose la société, la remise en question de son mode de vie et la découverte de ses sentiments durant 282 pages qui vous tiendront en haleine, jusqu’à vouloir enchaîner directement avec le second tome (dont je ne dirai rien pour ne pas divulgâcher).

On peut aussi noter la magnifique couverture dorée et noire à la façon d’un tatouage qui rend ce roman on ne peut plus beau.

Bref je ne peux que vous conseiller de lire Marqués d’Alice Broadway (traduit de l’anglais) ainsi que sa suite Lumière.

Ghislain

Feuilleton : Nouvelle Âme – 15

15.

– Ça se déchaîne, ce soir.

La remarque d’Aphrodite entraîne l’hilarité générale. Je referme la porte, consternée. J’aurais aimé m’épargner les gémissements qui viennent de filtrer dans la pièce à cause de mon arrivée, mais c’est le seul moyen de voir les filles, malheureusement. Cette fois-ci, je suis venue seule. Enfin, seule avec un sac rempli de cahiers de cours. Dès qu’elles s’en aperçoivent, elles trépignent de joie et Perséphone s’empresse de venir m’aider à me débarrasser de mes affaires – comme par hasard. Tandis qu’elles examinent le contenu du sac, extatiques, je prends place sur la chaise de la coiffeuse.

Cela fait une semaine que je ne suis pas revenue. D’après Clarisse, il faut être particulièrement prudente. C’est à cause de « l’Empreinte » qu’ont les Nouvelles Âmes, si j’en crois ma colocataire fantôme. Chaque Âme a une empreinte différente qui permet aux Anges d’avoir des informations sur nous. Cette Empreinte se manifeste sous forme de magie, qui se dégage différemment chez les Nouvelles Âmes. C’est pour cela que si je me balade dans un endroit où je ne suis pas censée être, et qu’en prime je suis une Nouvelle Âme, les questions fuseraient. Et c’est à tout prix ce qu’il faut éviter. Alors, je viens le week-end, étant donné que c’est le moment où les garants sont autorisés à emmener leurs jeunes Âmes découvrir la ville. Et si je me fais intercepter, je n’ai qu’à dire que je me suis perdue. Je ne suis pas certaine que cette excuse fonctionne, mais plus j’ai l’air niaise, mieux c’est, si j’en crois Clarisse – qui ne s’est pas refusé un “ça sera facile pour toi” après m’avoir expliqué cet élément.

D’ailleurs, cette dernière n’est pas là. Je croyais qu’elle nous rejoindrait, mais je me suis visiblement trompée. Comme d’habitude, sa présence ne m’a pas étouffée. Cependant, j’ai remarqué un changement dans son comportement. Elle s’efforce maintenant de participer aux petits-déjeuner, de m’accompagner à la porte de mes salles de cours, et elle fait son lit – je le jure, c’est un vrai changement chez elle. Néanmoins, elle est toujours aussi piquante dans ses mots. Son sujet de raillerie préféré du moment est mon rapprochement avec James.

Je ne nie pas que lui et moi nous sommes rapprochés. Et je ne nie pas que cette affirmation est l’euphémisme du siècle. Nous passons le plus clair de notre temps ensemble. En fait, seules les nuits peuvent se vanter du mérite de nous séparer. Il nous arrive de nous tenir la main, lorsque les cours de Droit deviennent trop pesants pour moi, ou lorsqu’Enzo n’est pas là. Dahlila et Hana ne cessent de nous charrier à ce propos, mais je ne leur en veux pas. Elles ont de meilleurs cœurs que Clarisse et j’ai bien compris qu’elles ne veulent que notre bien. Cela étant, je ne sais pas si je peux considérer James comme mon « petit ami ». Certes, on passe toutes nos journées ensemble. Mais n’est-ce pas ce que font tous les amis ? Par contre, je ne trouve aucune explication sur nos mains… Cela m’étonnerait qu’il le fasse par politesse. Il ne fait pas ce geste avec tout le monde, d’après Enzo. Néanmoins, nous n’avons pas parlé de sentiment. Et j’ai beau n’avoir jamais eu de relation amoureuse, je refuse de me mettre en couple sans sentiment, dans la vie comme dans la mort.

– Ah, voilà les montres !

L’exclamation enjouée de Hermès me tire de ma rêverie. Elle trépigne sur sa chaise en tenant un schéma simpliste, les bras tendus devant elle. Ses lèvres sont pliées dans un adorable sourire. Elle a l’air d’une enfant qui a trouvé un jouet qu’elle a perdu depuis des années. Aphrodite se penche par-dessus son épaule et plisse les yeux :

– J’espère que tu sais lire ce charabia, je ne pourrai pas t’aider.

– Aucun souci, répond la bricoleuse. J’y vais.

Sur ce, elle récupère les outils abandonnés sur le bureau de Perséphone et va s’asseoir par terre, dans un coin de la pièce. A défaut de mieux, je m’en vais la rejoindre. Elle m’a l’air bien plus accessible que les deux autres et il me semble que si je veux des informations, c’est à elle que je dois m’adresser :

– Je sais rien, me fait-elle alors que je m’assoie en tailleur en face d’elle.

Zut, il faut sérieusement que je revois mes méthodes d’approche.

– Je suis si facile à lire que ça ? je demande en ramenant mes jambes vers moi.

– Oui, tu es affligeante d’honnêteté. C’est un compliment, précise-t-elle en voyant ma mine déconfite. Mais ça risque de te porter préjudice, si Clarisse arrive à temps et que Persy compte bien te donner la mission…

– Quelle mission ? je m’écrie, excitée.

J’attends cela depuis la dernière fois que je les ai vues. Après m’avoir souhaité la bienvenue dans la Résistance et expliqué que le lieu sert en réalité de cachette pour cette dernière, les filles m’ont expliqué qu’il fallait que je fasse mes preuves. Certes, nous avons toutes un point commun de taille, mais cela ne fait pas tout, s’étaient-elles obligées de préciser – anéantissant alors tous mes espoirs de revoir mon frère rapidement. Cependant, comme elles n’avaient aucune idée du comment, elles m’avaient renvoyé chez moi en me promettant de m’en dire plus la prochaine fois. Alors j’ai trépigné pendant une semaine, ravie d’entretenir tout de même un infime espoir.

Sauf que je suis ici et Hermès n’a pas l’air de vouloir m’en dire plus. Face à ma réaction, elle hausse simplement les épaules et reporte ses yeux sur la montre qu’elle commence à démembrer.

– Hermès, dis moi s’il te plaît !

– Hé, la Nouvelle Âme, fais moins de bruit, me lance Aphrodite, tandis qu’Hermès, totalement insensible, pouffe de rire dans sa manche.

– T’as entendu maman Carola ? Moins de bruit.

– Carola ?

– Bah oui, tu pensais quand même pas qu’on s’appelait réellement ainsi. Moi c’est Yên.

Elle m’offre un sourire angélique, auquel je réponds, gênée. Bien évidemment, qu’elles ont des noms ! Je me sens affreuse. Je les vois uniquement comme un moyen de revoir mon frère. Peut-être qu’elles aussi ont des raisons de vouloir retrouver des Âmes suicidées. Je les observe tour à tour. Je suis incapable de dire quelles peuvent être les motivations des unes et des autres. Il faut vraiment que je me renseigne.

-Et pour Perséphone ?

– C’est Mary, me répond Hermès en insistant sur le “i” ce qui provoque mon rire. Et tu connais déjà Clarisse, notre Hadès à tous.

Je pouffe de rire. Hadès pour Clarisse, quelle coïncidence.

– Ce sont de beaux prénoms.

– Ouaip.

Un silence inconfortable s’installe. Je ne sais pas comment poser mes questions. Je suis certaine que c’est ce qu’une Âme garante aurait dû m’apprendre. Je ne sais rien de cette société, ni de ces codes. Comment suis-je censée m’adresser à elles ? Certes, nous sommes toutes mortes, mais est-ce aussi tabou que sur Terre ? Les questions fusent, ma langue me démange, alors je pose rageusement ma tête entre mes genoux. Ma propre incapacité m’exaspère.

Perséphone me jette un regard et pouffe de rire.

– Toi, tu as des questions.

Je prends une moue vexée.

– Je commence sérieusement à me poser des questions sur mon humanité, je fais. Sérieusement, à vous entendre tous, on dirait que je suis un livre !

Elles pouffent de rire.

– Aller, pose-les, tes questions.

Je m’étire, soulagée. Par quoi commencer ? De toutes les questions que j’ai, aucune ne me semble «sans risque». Tandis que je cogite, Mary prend la parole :

-Cesse de te torturer, et vas-y. Ici, on met un point d’honneur à défoncer les tabous à coups de talon et d’ongles vernis.

Je souris. Bon.

– Comment êtes-vous mortes ?

Elles se consultent du regard. Aphrodite se lance en première :

-J’ai été tuée par un homme dans les années 80, en rentrant du travail.

-Moi c’est pendant la guerre du Vietnam, ajoute Hermès sans lever les yeux de son œuvre.

-Et moi de vieillesse dans les années 60, termine Mary. Nous avons toutes eu une belle vie, n’est-ce pas ?

-Parle pour toi, lance Hermès, moi j’aurais bien vécu plus longtemps !

Mary s’en va la prendre dans ses bras et rajoute à mon attention :

-T’en fais pas, elle dit ça juste pour les câlins. Prochaine question ?

Je déglutis, hésitante. Si elle m’y autorise, ça veut dire que c’est bon, non ?

– Vous ressembliez toutes à ça, vivantes ?

Elles éclatent de rire. Quoi encore ? Chaque question va me valoir une réaction comme ça ?

– Non, répond Perséphone. Il n’y a que moi qui ai changé totalement d’apparence. Aphrodite n’a fait que gommer certains effets de l’âge, et Hermès n’a rien fait. Tu n’as rien fait non plus, n’est-ce pas ?

Je me gratte la nuque. ça se voit tant que ça ?

– Non.

– Pourquoi ? Cette cicatrice ne t’a jamais complexé ?

La franchise de sa question me déstabilise quelque peu. J’effleure l’os de ma mâchoire et comme d’habitude, une colère s’éveille en moi. Elle me rappelle ceux qui ont fracassé leurs pieds contre ma mâchoire, pour me faire regretter d’avoir deux mères. Cela me dégoûtait, avant, d’avoir une marque venant d’eux pour la vie. Mes mamans ont bien galéré pour me la faire accepter, mais leurs efforts ont payé. Je n’ai rien fait au Relooking, et je ne vais pas le cacher maintenant non plus.

– Si, mais mes mères ont réussi à me la faire accepter.

Elles lèvent toutes les yeux de leur activité respective. Comme à chaque «coming-out», je m’attends aux critiques. 3… 2… 1…

– Oh, et bien au moins on n’a plus à se cacher qu’aucune de nous n’est hétéro.

Franchement, si j’étais un personnage de cartoon, ou que j’avais une boisson dans la main, j’aurais fait exprès de la boire pour la recracher après.

– Sérieusement ? je m’écrie.

– Oui, ici, on aime tout le monde, fait Hermès.

S’en suit alors une discussion sur toutes les petites amies que Carola a enchaîné dans sa vie, sur le conjoint de Mary et l’inexistence absolue de vie amoureuse de Yên. Les anecdotes fusent et nous rions toutes face aux situations les plus loufoques de Carola, les bêtises dues au manque d’expérience de Mary et les remarques hors contexte de Yên – elle a tout de même réussi à comparer les hommes à des porte-manteaux, ce qui m’a valu un fou rire quand j’ai imaginé James pendu sur un cintre.

Puis Clarisse est arrivée. Elle est rentrée dans un grand fracas, mêlé de gémissements et de portes qui claquent.

– Trouvé, me remercie pas, déclare-t-elle en tendant un papier à Mary.

D’un seul coup, les Déesses prennent un air bien plus sérieux. Un frisson me parcourt tant son changement d’expression est radical. Finie, la bonne ambiance d’il y a quelques instants.

– Il a accès au gouvernement, fait Mary. Mais même ici, on a rien d’intéressant.

Je les écoute attentivement. Leurs mines préoccupées me dissuadent d’intervenir.

– Il faut essayer de lui parler directement, fait Hermès, d’un ton que je ne lui connais pas. Personne ne peut s’infiltrer dans un bâtiment où… 

– Oh, merci petit génie, la coupe Aphrodite, et comment on s’y prend ? Il a plus de deux cent ans, il ne fréquente pas le bar et ne le fréquentera probablement jamais. Impossible de le faire chanter par ce moyen là. Le papier ne révèle vraiment rien de plus ?

– Non, atteste Clarisse. Mais j’ai fait mes recherches. Il fréquente les fêtes de riches des aristos.

– Je ne vois pas en quoi ça nous aide, fait Mary, les poings sur les hanches. Aucune de nous ici n’y a ses accès et aucun client non plus, d’ailleurs.

Et là, Clarisse me pointe du doigt.

– Voici la solution.

Elles me regardent toutes, les yeux ronds.

– Quoi ? Je réponds, totalement perdue. Écoutez, je ne comprends rien à rien.

– Viens t’asseoir, m’ordonne Clarisse.

Nous nous rassemblons toutes autour du bureau de Perséphone. Hermès abandonne même ses outils. Clarisse se place derrière le meuble, les mains posées à plat sur le bois ancien.

– Le plan, c’est d’accéder à la Terre par le chemin qu’empruntent les Anges. Ils y ont accès grâce à un portail qu’eux seuls peuvent utiliser. Donc nous devons trouver un Ange assez haut placé pour pouvoir nous y faire accéder et cela sans aucun soupçon. Et après des mois de recherches, on en a enfin trouvé un. Le problème, c’est que nous ne pouvons pas marcher au chantage comme on le fait d’habitude avec les Anges qui viennent ici. Il ne fréquente pas le bar. Il n’a pas de faiblesse apparente. Il faut que quelqu’un récolte des informations sur lui, et cela sur le terrain. C’est là que j’en viens à Ambre. Tu fréquentes James, sa famille est influente dans le monde des anciennes Âmes. Tu dois le convaincre de t’emmener à une de ces fêtes. C’est le seul moyen pour retrouver ton frère.

Je prends le temps de digérer les informations. Chantage, faiblesses… Je cligne des yeux, comme si ça pouvait m’aider à comprendre. Est-ce que ces femmes utilisent le chantage pour arriver à leurs fins ? Je me décide à leur poser la question.

– Oui, répond Mary. Normalement, fréquenter ce genre d’endroit n’est pas moral quand on est en couple. Comme sur Terre, en fait. La plupart des Anges le sont, en réalité, et c’est ainsi que nous les faisons chanter. Ils viennent en secret, mais comme la société les empêche de divorcer, ils ne disent rien et nous obéisse, sous peine de se retrouver dans une situation délicate à cause de nous. Sauf qu’aucun de nos clients n’est assez haut placé pour nous faire accéder au portail.  

Je prends le temps de réfléchir. Pour retrouver mon frère, il faut que je récolte des informations sur un homme. Cela me semble faisable. Le problème, c’est James. Il est hors de question que je lui mente sur mes intentions. Je le respecte trop et penser que notre relation pourrait en pâtir me donne envie de vomir.

– Clarisse, tu oublies un peu qu’une autre personne est impliquée, je fais, agacée. Il est hors de question que je lui mente.

Elle s’apprête à répliquer, mais se ravise. Elle pose une main sur son menton, pensive. Puis sans préavis, elle invite les filles à sortir de la salle, avec elle, pour « se concerter ». Elles me laissent alors seule. Seule Yên me lance un regard désolé en haussant les épaules. Je commence à paniquer. Zut, ai-je réellement dit quelque chose qui m’empêcherait de voir mon frère ? Dois-je réellement choisir entre James et mon frère ? J’ai envie de pleurer.

Heureusement, ma torture s’arrête quelques minutes plus tard. Elles reviennent toutes, un sourire aux lèvres.

– Dis-lui, fait finalement Clarisse, d’un ton étonnement agacé. Et considère ça comme la mission qui te fera officiellement intégrer la Résistance si elle est réussie.

Je hoche la tête. Prochaine étape : James.

Amélie

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Environnement : le cas inquiétant de l’eau en Australie

L’eau, ou “l’or bleu”, est la ressource la plus convoitée au monde. L’ONU estime que d’ici 2030, sa demande mondiale va augmenter de 50% et que 40% de la population souffrira de pénuries. L’Australie étant le pays le plus plat et le plus chaud de la planète, ce territoire connaît une sécheresse intense qui s’aggrave à cause du réchauffement climatique.

Avec un maximum de 49.9°C, ces cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Paradoxalement, l’Australie est également le quatrième plus grand consommateur d’eau au monde selon l’OCDE. Alors la ressource se raréfie et doit être préservée. Le gouvernement australien (droite libérale) a pris différentes mesures en réponse à ce problème. En 2007 est voté le Water Act, qui évalue la quantité d’eau disponible dans chaque État et la répartit entre les différents acteurs. Mais cela ne suffit pas, on décide alors de privatiser l’eau pour réduire sa consommation.

Cette idée provient d’un professeur d’économie de l’université d’Adélaïde, Mike Young. Il décide de mettre l’eau sur un marché afin qu’elle dépende d’un prix fixé par celui-ci. La ressource est cotée en bourse et donc sa valeur fluctue. Elle baisse lors de rares épisodes pluvieux, mais augmente de manière générale avec la sécheresse. Tout le monde peut ainsi acheter des litres d’eau, ce qui profite à de nombreux financiers ou investisseurs qui décident de spéculer. On estime que la valeur de l’eau a doublé en cinq ans mais bien sûr ce taux est plus important dans les régions les plus arides comme en Nouvelle Galles du Sud, où son prix a été multiplié par neuf en deux ans. Aujourd’hui en moyenne, sa valeur s’estime à 350 euros le mégalitre. Cette décision est largement soutenue par les ONG écologistes, qui espèrent que les prix élevés feront réduire le gaspillage.

Cependant, la privatisation est un désastre social. En réalité, la consommation d’eau n’a pas baissé car les fermiers et les entreprises utilisent la ressource par pure nécessité. La hausse des prix a simplement augmenté les inégalités sociales. L’Australie étant l’une des plus grandes puissances agricoles au monde, exporte 70% de sa production. De nombreux paysans n’ayant plus les moyens de payer l’eau se sont donc retrouvés ruinés, entraînant la baisse des cultures locales au profit de géants de l’agriculture industrielle. En conséquence, l’utilisation de pesticides et les prises d’eau trop importantes dans les nappes et fleuves provoquées par la spéculation ont entraîné la dégradation de la biodiversité. La privatisation est donc également un échec au plan écologique. Mais si cette politique perdure, c’est bien pour les avantages économiques dont bénéficient certains acteurs comme Waterfind, la première bourse de l’eau au monde placée dans le quartier des Affaires d’Adelaïde. Tom Rooney, PDG de Waterfind défend sa position de la manière suivante « N’est-ce pas bien de donner une valeur à l’eau ? En lui fixant un prix, on apprend à mieux la respecter ». Son objectif : étendre ce marché à l’échelle mondiale.

On en déduit que l’écologie est difficilement conciliable avec l’économie de l’Australie. De plus, pour un véritable changement écologique, il faudrait que le pays s’éloigne de ses secteurs traditionnels tels que l’exploitation des minerais, qui représente de nombreux emplois et une somme de revenus colossale pour le pays.

Savine