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Des nouvelles de Mossoul

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J’ai eu l’occasion d’écrire que la mise en œuvre du « modèle Bagdad » était problématique à Mossoul, notamment à cause de la situation ethnique particulière de cette ville, dans laquelle les divers groupes pourraient voir dans les Américains des alliés contre leurs adversaires potentiels. Rappelons que le modèle « Bagdad » repose sur deux principes: la création de Combat Outpost (COPs) afin d’installer des unités au sein des quartiers, et la création de réseaux de relations complexes avec les leaders communautaires de manière à leur faire assurer la sécurité locale sur le long terme. Dans le cas de Mossoul, cette deuxième condition ne pourrait donc être remplie avec la même clarté que dans la capitale.

L’opération contre Mossoul est l’un des éléments de Phantom Phoenix, opération de l’ensemble de la MNC-I lancée le 8 janvier dernier. Plus précisément, il s’agit de la manœuvre principale de Iron Harvest, opération de niveau Division (MNFD-North), soutenue par Raider Harvest (contre les sanctuaires d’AQI restant dans la province de Diyala, notamment autour du Lac Tharin dans la « corbeille à pain », à compter du 12 janvier) et Warriors Harvest (vers Kirkouk).

Dans un premier temps, les forces coalisées ont assuré la liberté de circulation vers Mossoul par des actions visant à faciliter la mobilité (mi-décembre/mi-janvier)

Dans un second temps, les opérations cinétiques ont commencé à l’ouest de la ville pour permettre la mise en oeuvre d’un COP (le COP « Killer » du nom de la compagnie du 3ème régiment de Cavalerie (ACR) qui s’y est installé depuis) à compter du 30 janvier.

Parallèlement, des opérations ont été montées afin de rompre l’acheminement des véhicules piégés vers le centre-ville (à l’image des opérations contre les ceintures de Bagdad au début de l’hiver 2006/2007). A partir de cet avant-poste, des raids ont permis de capturer des leaders d’AQI, de démanteler des réseaux et de découvrir des caches d’armes. Toutefois, de nombreux attentats ont eu lieu, notamment le 23 janvier où près de 15 personnes sont tuées.

Dans un troisième temps, des combats mènent à l’ouverture d’un second avant-poste, le COP RABIYAH, cette fois-ci à l’est de la ville (10 février).

Evaluation: nous n’en sommes donc qu’au premier temps de la manœuvre du Major-général HERTLING, soit le nettoyage de la ville. Pour savoir si le « modèle Bagdad » pourra être reproduit dans la seconde ville irakienne, il faut donc attendre les développements de la mission. D’ores et déjà, le général HERTLING a annoncé que les militants d’AQI, qui projetaient de se fondre dans la population avec l’aide de la branche locale de l’Armée Islamique en Irak, fuient la ville (ainsi que celles de Tikrit et Kirkouk concernées également par l’offensive) et se réfugient dans le désert.

Une vision alternative du mouvement du « réveil »/CLC/SoI

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En lieu et place des belles déclarations sur l’opérationnalité des milices de sécurité locale (je crois que ce terme sera plus juste que celui de CLC/SoI car il permet d’englober la totalité des réalités diverses du phénomène), une approche alternative consiste à voir dans ces dernières un danger pour la sécurité. En effet, deux effets doivent être pris en compte:

  • l’accélération du recrutement et de la formation de ces milices obéit à une logique légèrement différente de celle de l’année dernière: désormais, il s’agit de ne pas créer de vide sécuritaire en prévision du retrait de 5 brigades d’ici juillet (la première étant partie en décembre, la seconde en mars, et les autres devant échelonner leur retour toutes les 6 semaines). Or, il est à craindre que la tâche du Multinational Force Security and Transition Command-Irak (MNSTC-I) du LTG DUBIK ne soit désormais ardue: non seulement compléter la formation des forces de sécurité irakiennes (ISF) en tenant des comptes des impératifs ethniques et éthiques, mais également s’assurer de la loyauté des milices sunnites, dont le gouvernent irakien devrait prendre plus activement la charge cette année.

Autrement dit, deux risques sont possibles: la constitution de milices de « seigneurs de guerre », notamment dans la province d’Anbar, le début d’une compétition entre elles. Ce point doit susciter une réflexion importante. En effet, le contre-insurgé doit nécessairement tenir la bride des supplétifs locaux qui risquent de lui échapper, au risque de ne plus être l’arbitre des compétitions locales, mais seulement un spectateur impuissant des conflits qu’il aura lui-même fait éclore en armant ces groupes. Encore une fois, cela nous rappelle la véritable nature de l’asymétrie de tels conflits: non point tant une asymétrie capacitaire, mais un double déséquilibre. D’abord dans le domaine de l’environnement culturel et social de la guerre, mais surtout dans celui de la perception du conflit. Pour les acteurs locaux, il s’agit bien d’une guerre « totale », engageant les esprits, les cœurs, les corps et les âmes de toute une société (quelle que soit l’échelle considérée de celle-ci); alors que pour les Américains, il s’agit d’un conflit périphérique dont il s’agit de se débarrasser au plus vite.