En lieu et place des belles déclarations sur l’opérationnalité des milices de sécurité locale (je crois que ce terme sera plus juste que celui de CLC/SoI car il permet d’englober la totalité des réalités diverses du phénomène), une approche alternative consiste à voir dans ces dernières un danger pour la sécurité. En effet, deux effets doivent être pris en compte:

  • l’accélération du recrutement et de la formation de ces milices obéit à une logique légèrement différente de celle de l’année dernière: désormais, il s’agit de ne pas créer de vide sécuritaire en prévision du retrait de 5 brigades d’ici juillet (la première étant partie en décembre, la seconde en mars, et les autres devant échelonner leur retour toutes les 6 semaines). Or, il est à craindre que la tâche du Multinational Force Security and Transition Command-Irak (MNSTC-I) du LTG DUBIK ne soit désormais ardue: non seulement compléter la formation des forces de sécurité irakiennes (ISF) en tenant des comptes des impératifs ethniques et éthiques, mais également s’assurer de la loyauté des milices sunnites, dont le gouvernent irakien devrait prendre plus activement la charge cette année.

Autrement dit, deux risques sont possibles: la constitution de milices de « seigneurs de guerre », notamment dans la province d’Anbar, le début d’une compétition entre elles. Ce point doit susciter une réflexion importante. En effet, le contre-insurgé doit nécessairement tenir la bride des supplétifs locaux qui risquent de lui échapper, au risque de ne plus être l’arbitre des compétitions locales, mais seulement un spectateur impuissant des conflits qu’il aura lui-même fait éclore en armant ces groupes. Encore une fois, cela nous rappelle la véritable nature de l’asymétrie de tels conflits: non point tant une asymétrie capacitaire, mais un double déséquilibre. D’abord dans le domaine de l’environnement culturel et social de la guerre, mais surtout dans celui de la perception du conflit. Pour les acteurs locaux, il s’agit bien d’une guerre « totale », engageant les esprits, les cœurs, les corps et les âmes de toute une société (quelle que soit l’échelle considérée de celle-ci); alors que pour les Américains, il s’agit d’un conflit périphérique dont il s’agit de se débarrasser au plus vite.