Tous les billets du 26 février 2008

La vie quotidienne d’un commandant d’unité

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Paul McLeary, dont nous avons déjà parlé, nous offre un reportage de terrain en deux parties sur un commandant de compagnie américain du 21ème régiment d’infanterie dans la zone d’Abu Ghraïb au NO de Bagdad. Installé dans le COP COURAGE, le capitaine  HELBERG y accomplit la mission confiée à tout commandant de zone en Irak, à savoir assurer la sécurité, rebâtir les infrastructures, se lier avec les cheiks, favoriser la réconciliation, et surtout affirmer la légitimité du gouvernement irakien.

Le COP COURAGE

Dans le premier de ces reportages, Paul McLeary rapporte les difficultés relationnelles entre les différentes composantes de sa zone. Principalement, il s’agit à la fois de tempérer les relations entre les SOI, la Police Nationale et l’armée irakienne (ici la brigade MUTANA, dont le commandant est un chiite) tout autant que de rapprocher les chefs tribaux sunnites du gouvernement national. Paul McLeary montre à cette occasion l’un des effets « pervers » de la présence des milices tribales: engagées pour tenir des points de contrôle et assurer des missions statiques de sureté, elles voient avec un mauvais œil le retour des forces irakienne, absentes de la zone depuis la fin 2005. Un autre problème tient dans les alliances entre le commandant de la brigade MUTANA et les tribus chiites. A l’occasion du transfert de responsabilité de certains points de contrôle des SOI à l’armée irakienne, le premier aurait invité les secondes à se montrer devant les caméras, comptant sur la pusillanimité et la méfiance des cheiks sunnites pour les discréditer.

Un point de contrôle dans la zone d’opération du capitaine HELBERG. Notez que le membre des SOI sur la photo ne porte pas l’uniforme camouflé pourtant obligatoire pour ces unités de supplétifs, ce qui cause parfois des incidents avec l’armée irakienne.

Dans un second reportage, le journaliste narre un dîner entre le capitaine HELBERG et un cheik chiite. Le plus intéressant  tient dans la révélation du statut du gouvernement irakien pour les locaux. Les Américains semblent bien mieux vus que ce dernier, ce qui fait que le commandant d’unité est submergé de demandes multiples concernant la restauration des infrastructures, lors même qu’il cherche à être une courroie de transmission efficace vers l’administration officielle. Ainsi, il semble que la tâche principale du contre-insurgé, à savoir gagner les allégeances de la population, est ici loin d’être accomplie.

Le Lieutenant-général CHIARELLI, successeur de Petraeus?

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C’est du moins ce que suggère Thomas Ricks dans un article récent du Washington Post. Selon lui, les autres prétendants possibles seraient écartés car déjà nommés à de plus hautes fonctions.

Peter CHIARELLLI est l’ancien commandant de la 1ère division de Cavalerie en 2004/2005 puis prédécesseur de Raymond ODIERNO à la tête du Corps Multinational (MNC-I).

En 2006, le LTG CHIARELLI avait été chargé de traiter les « dérapages » produits au sein des forces de la coalition, notamment en promettant des enquêtes systématiques sur les morts suspectes de civils irakiens. Cela l’avait alors mis dans une position délicate tant vis à vis des médias que vis à vis des troupes sous sa supervision.

Mais le moment essentiel de sa présence en Irak est l’opération menée dans le printemps et l’été 2004 à Bagdad contre les milices chiites de Sadr City. Relatée dans un article de la Military Review, l’action de la TF BAGHDAD avait mis au jour les qualités d’adaptation de son chef. Ainsi, après avoir préparé son Etat-major divisionnaire au redéploiement par un stage au sein des services municipaux de la ville d’Austin (Texas), CHIARELLI avait mis en cohérence les différentes lignes d’opérations nécessaires au succès de sa mission. C’est donc lui qui est à l’origine des schémas des lignes d’opérations simultanées présentes aussi bien dans le FM 3-24 que le Tentative Manual des Marines: Formation des Forces de Sécurité, Restauration des Services Essentiels, Actions de Sécurité, Promotion de la Gouvernance locale, Développement du Pluralisme Economique, l’ensemble étant soutenu par de vigoureuses opérations sur l’information.
LOO
Source: Peter Chiarelli, Winning the Peace. The requirement for full-spectrum operations, Military Review, juillet-août 2005, page 14

Il est donc légitime de créditer CHIARELLI de la prise de conscience de la nécessité d’une plus grande cohérence entre les différents procédés de l’action de contre-insurrection. Ainsi, sa nomination à la succession de David PETRAEUS, si elle devait intervenir, ne serait pas une mauvaise nouvelle pour la poursuite des opérations en cours. Toutefois, il est intéressant de se demander pour quelle raison le LTG CHIARELLLI a été écarté en décembre 2006 au profit de Raymond ODIERNO. Simple hasard dû à la nécessité de la rotation des unités et des chefs, ou méfiance envers le promoteur de ce que je nomme le « 1er modèle Bagdad » (le 2nd étant le Plan de Sécurité de Bagdad-Enforcing the Law/Fardh Al Qanoon)? En effet, la différence est sensible entre le procédé CHIARELLI, insistant sur le minimum d’opérations cinétiques, et le procédé PETRAEUS qui laisse une large place à ces dernières dans le droit fil du modèle Tell Afar/Al Qaim: Nettoyer-Tenir-Consolider-Construire.

Nouvelles de la TF MARNE (mise à jour)

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En lien avec l’attentat commis avant-hier contre des pèlerins chiites dans la zone d’Iskandariyah, il est intéressant de compléter le point de situation sur l’action de la TF MARNE dans la zone de la Division Multinationale Centre (MND-C).

Deux opérations ont déjà été évoquées: Marne Thunderbolt pour la 2nde brigade du colonel FERRELL à Arab Jabour et Marne Grand Slam pour la 3ème brigade du colonel GRISBY à Salman Pak.

AO TF MARNE
Au sud des AO de ces brigades, la 4ème brigade du colonel JAMES occupe la zone entre Tigre et Euphrate centrée sur Iskandariyah. La région est majoritairement sunnite au nord et chiite au sud, notamment à proximité des lieux saints de Karbala. Comme dans les deux autres cas, il s’est agit d’abord de sécuriser les zones peuplées par des opérations cinétiques (opération Marne Roundup depuis décembre 2007) puis de s’installer dans des avants-postes avec les forces de sécurité irakiennes -tout en poursuivant leur formation-, enfin de mener des actions de rapprochement avec les communautés locales sous le double aspect de la reconstruction (une équipe de PRT est « incrustée » au sein de la brigade) et de la levée de milices locales (SoI) aussi bien sunnites que chiites. Dans l’avenir, le colonel JAMES envisage de poursuivre la pacification en « tâche d’huile » vers le sud le long de la vallée du Tigre (opération Marne Rugged).

Nonobstant, l’attentat de samedi ne remet pas fondamentalement en cause les progrès accomplis depuis l’automne dans cette zone. En revanche, il met en lumière la difficulté à contrôler le milieu sur le court terme. De plus, il révèle à quelles extrémités en sont réduit les insurgés privés de tout soutien local.

Un autre élément important des opérations dans cette zone tiennent aux relations entretenues par les forces américaines et irakiennes. Non seulement celles-ci travaillent de concert dans les avants-postes (bases de patrouilles ou COPs avec l’Armée irakienne, Joint Security Stations avec la Police), mais elles sont étroitement liées dans la planification et la conduite des missions: la 8ème division irakienne bénéficie ainsi de la présence de cadres de la brigade « incrustés » dans le cadre des Transitions Teams aux niveaux brigades et bataillons. Contrairement à Mossoul, les forces irakiennes restent en soutien. Enfin, les milices locales mènent des missions statiques de sauvegarde (points de contrôle, patrouilles localisées, postes de surveillance).

le général Petraeus obtient gain de cause

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Selon une interview donnée hier, David PETRAEUS aurait obtenu de ses supérieurs de conditionner le retrait des brigades issues du « surge » à une évaluation plus poussée de la situation. Plus précisément, PETRAEUS aurait obtenu le soutien de son supérieur direct, le CENTCOM Amiral William FALLON, contre le président du comité des chefs d’Etat-Major (le CEMA) l’amiral Michael MULLEN. Ce dernier soutient en effet un retrait pour un niveau bas de 10 brigades d’ici la fin de l’année contre 19 actuellement (et 20 en juillet dernier).

1ère remarque: le débat au sein des « top brass » n’est pas nouveau. Il est intéressant pour tout les étudiants en sociologie militaire que deux marins puissent s’opposer l’un à l’autre, preuve que l’appartenance au service ne suffit pas à trouver un accord.

2nde remarque: PETRAEUS aurait donc réussi à faire prévaloir les impératifs opérationnels sur les préoccupations politiques, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Il reste à s’interroger sur la réalité d’un tel ralentissement, alors que la campagne de 2008 n’a pas atteint son rythme de croisière et que le recrutement des CLC/SoI se heurte encore à une opposition -certes de plus en plus restreinte- du Gouvernement Irakien.