Tous les billets du 27 février 2008

Des chiens pour détecter les explosifs

COIN 3 commentaires »

C’est le choix effectué par les compagnies de Police Militaire déployées à Mossoul depuis l’explosion de 20 000 tonnes d’explosifs dans un immeuble du centre-ville le 24 janvier.

Mise à jour et correctif: une autre source signale plutôt 2000 tonnes…. ce qui semblerait plus réaliste (j’ai même été jusqu’à me demander si il s’agissait vraiment de tonnes métriques!!!)

Mise  à jour n°2: L’auteur de l’info sur le tonnage des explosifs s’en tient à 2000… Mais cela semble vraiment excessif donc MEF (et à moi de mieux vérifier mes sources, bonne leçon)

Opération « Restore Peace »

guerre en Irak 6 commentaires »

Depuis le début du mois de février, les initiatives visant à la réconciliation des insurgés se multiplient dans la zone d’opération de la TF IRON (Division Multinationale Nord). C’est notamment le cas des mesures de réconciliation/réinsertion menée à HAWIJAH dans le district de KIRKOUK dans le cadre de « Restore Peace« .

Le 3 février, 27 insurgés s’étaient déjà rendus de leur plein gré (à la demande de chefs tribaux se ralliant ou incités par les organisations de surveillance au sein des SOI) à la FOB McHENRY. Ils étaient suivis le 10 février par 85 autres et enfin 104 le 24 février.

Il s’agit d’un processus en 6 étapes:

  • une démarche volontaire pour demander à entrer dans le processus
  • le désarmement et l’entrée dans le fichier biométrique (celui-ci est utilisé également pour le recrutement des SOI ou des membres de la police locale)
  • une période d’observation de 90 jours pendant laquelle le candidat à la réinsertion s’abstient de toute activité en rapport avec l’insurrection.
  • une période supplémentaire de 60 jours pendant laquelle le candidat est soumis à des enquêtes complémentaires et reçoit de l’aide d’une commission le sponsorisant, notamment dans le domaine financier (dans d’autres régions de l’Irak, notamment vers ARAB JABOUR, une politique de micro-crédit lancée par les militaires américains et les Equipes Provinciales de Reconstruction a permis cette même incitation au ralliement)
  • une déclaration publique d’allégeance au gouvernement irakien
  • une évaluation continue du comportement du rallié

Copié sur le processus DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion/Réconciliation) mis en oeuvre sous l’égide de l’ONU en de nombreux endroits du globe (j’ai eu l’occasion d’étudier quelque peu le cas de la République Démocratique du Congo en 2006), ces initiatives montrent que la stratégie américaine consiste à faire monter en puissance le gouvernement irakien et à développer son autorité au plus vite, notamment chez les Sunnites. Plus concrètement, elles nous apprennent que les insurgés sont désormais aux abois et que la base de recrutement de AQI se tarît très vite par conséquence des opérations menées en 2007 (notamment Phantom Strike entre août et janvier).

Toujours plus vers le Sud…

COIN, guerre en Irak 0 commentaire »

Nous avons déjà parlé du 1er bataillon du 15ème régiment d’infanterie. Cette unité, commandée par le LCL MARR, opère au profit de la 3ème Brigade de la 3ème division, l’une des 4 brigades de la Division Multinationale Centre, la TF MARNE.

Le 10 février, le bataillon transférait la responsabilité du COP CLEARY (au coeur du quartier de Madain/Al Wehida situé au nord de Salman Pak) au 13ème bataillon d’infanterie légère de l’armée géorgienne.

Disponible pour les opérations de pacification plus au sud, le 1/15 s’est installé dans une ancienne caserne de la Garde Républicaine sise au SE de SALMAN PAK, principal noeud routier reliant Bagdad aux villes du Sud Chiite (KUT et au-delà BASSORAH). Dimanche dernier (24 février), à l’entrée du COP CARVER, tenu par la compagnie Bravo du bataillon, les chefs tribaux de la zone de KHANASSA sont venus porter une invitation à venir dans leur zone, longtemps considérée comme hostile.

Ce qui est intéressant tient en deux constats: cette zone n’est plus hostile aux forces de la coalition, qui s’en était retirée au printemps 2006 lorsque il avait fallu concentrer les efforts sur Bagdad en proie à la guerre civile. De fait, que ce soit pour rejeter AQI ou du fait des succès grandissants des armes américaines dans le combat de la pacification, les cheiks ont changé d’alliance. Un second constat: la communauté semble s’être organisée toute seule, entretenant une milice pour sa sécurité et surtout pour alimenter le marché local dont le dynamisme a surpris les visiteurs américains lorsque ceux-ci ont entamé une patrouille, suivis par toute la population du village de KESRA. Cela montre bien comment la sécurité se restaure « par le bas », à partir des initiatives locales des habitants eux-mêmes, au risque de l’isolement et de la méfiance entre les communautés.

Enseignement: si en 2003/2004, les actions de proximité et de présence, menées presque frénétiquement par les troupes américaines sur le modèle de la Bosnie (le sobriquet de ces procédures: DABING pour Driving Around Bosnia), ont certainement été contre-productives, il n’en est plus rien aujourd’hui, bien au contraire. Là encore, c’est le terrain qui commande (ou, pour mieux dire, le milieu au sens large). En 2003/2004, les Américains étaient perçus comme des occupants, d’autant plus haïs par les jeunes gens qu’ils étaient vus comme faibles face aux actions des insurgés. Quatre ans plus tard, les Américains semblent suffisamment forts et déterminés pour chasser AQI et retourner les insurgés sunnites. Bien plus, ils semblent, pour les cheiks, les seuls à pouvoir assurer la sécurité et la prospérité dans une nation de plus en plus divisée. Ils ont donc gagné la neutralité des « soldats de la paix ».

Que nous révèle le FM 3-0?

Doctrine et concepts, sciences politiques 0 commentaire »

En attendant la sortie imminente du nouvel manuel opératif de l’Army, le FM 3-0 operations (la version que j’avais mise en ligne est en fait une déclinaison de ce dernier…. comme quoi il faut lire attentivement avant de poster), le LTG CALDWELL, commandant de la doctrine et de l’enseignement de l’Armée de Terre a rendu publiques quelques réflexions lors d’une table ronde avec des bloggueurs (dont Paul McLEARY)1. Lors de ce dernier évènement, le LTG CALDWELL a exprimé plus précisément ce qui fait la nouveauté du document: à savoir qu’il « reconnait que les moyens militaires seuls ne sont pas suffisants pour résoudre ces conflits et que le « LANDPOWER », bien que critique, est seulement un élément d’une campagne plus large impliquant tout les éléments de la puissance nationale. De ce fait, la doctrine de l’Army donne maintenant une importance égale aux missions centrées sur la population -la stabilité ou le soutien civil- qu’aux opérations offensives et défensives. Cette parité est critique: elle reconnaît qu’un conflit implique plus que le combat entre belligérants armés. Tout en défaisant l’ennemi lors d’opérations offensives ou défensives, les forces de l’Armée de Terre modèlent simultanément le contexte plus large par des actions de stabilité visant à restaurer la sécurité et la normalité à la population locale. Les militaires opèrent au sein des populations du monde, non au-dessus d’elles ou adjacentes à elles. Elle font souvent face à un ennemi au sein des non-combattants, dont peu les distingue. Tuer ou capture l’ennemi à proximité des non-combattants complique exponentiellement les opérations terrestres. Gagner les batailles et les engagements est une chose importante mais qui ne suffit pas« 

1) c’est un changement culturel majeur: Clausewitz est enfin lu pour lui-même et non à travers le prisme de Jomini ou, comme le dit le général DESPORTES, par le biais « îlien » propre aux Américains. La guerre implique plus que les engagements et les moyens militaires. Les réflexions entamées au sein des Marines ou par le LTG CHIARELLI ont porté leur fruit.

2) cette annonce s’accompagne de la création d’un corps permanent de conseillers militaires et d’analystes de théâtre, les  Theater Military Assistance Group (TMAG). Ces éléments seraient composés d’experts culturels et militaires aptes à former les forces des Nations-Hôtes. Là encore, on peut noter l’influence des théories « classiques » de la contre-insurrection, dont John NAGL est l’un des plus éminents promoteurs.

Comment expliquer ce changement? Si l’Army a su s’adapter aux conditions particulières de la contre-insurrection en Irak, cela ne signifiait nullement qu’elle acceptait de changer la structure de ses missions. Dans un article récent de Army Magazine (mais aussi  dans Military Review), le général WALLACE, commandant le TRAINING AND DOCTRINE COMMAND (TRADOC) explique que le nouveau FM 3-0 pousse à sa fin logique le concept de Full Spectrum Operations contenu dans la version précédente, en le replaçant dans une optique philosophique correcte, c’est à dire véritablement clausewitzienne. Il est donc possible de parler d’apprentissage organisationnel, en ce sens où l’institution militaire a modifié non seulement ses procédures mais aussi le coeur de ses missions. C’est d’autant plus vrait que le FM 3-0 accomplit une fonction politique affirmant les valeurs de l’Army. Ce qui explique les réticences initiales à aligner le FM 3-0 sur le FM 3-24  (le manuel COIN). Enfin, le FM 3-0 est le guide des réformes futures, tant en matière d’organisation des forces (de sensibles réformes ont déjà eu lieu, notamment dans le domaine de la formation et de l’enseignement professionnel de l’Army aussi bien que dans celui de la préparation opérationnelle2), qu’en matière de politique d’acquisition. On pourrait même affirmer que ce dernier point est peut-être le plus révélateur de l’apprentissage: les programmes d’acquisition (pour l’Army, il s’agit du Future Combat System, véhicule de combat d’infanterie numérisé) sont, dans les théories bureaucratiques classiques, à la fois l’expression des valeurs de l’institution (culture) et un moyen d’obtenir une part importante du budget (intérêts bureaucratiques).

Un dernier point: j’observe depuis plus d’un an et demi les changements accomplis sur le terrain: regain de l’initiative tactique à l’échelle du théâtre, transitivité du processus de pacification « en tâche d’huile », élaboration d’un concept d’opération particulier (le FM 3-24 émane du théâtre avant que d’être le produit de réflexions menées au coeur de l’institution). Il est donc passionnant de voir que ceux-ci émergent maintenant à la tête de l’organisation. Bien entendu, rien n’est joué, mais il est clair que les junior officers, dont certains ont vu plus de combat que bien des généraux, sont prêts aux changements. Tout ceci nous rappelle deux choses:

  • les changements sont affaires de personnes, de coalition, de réseaux ( à travers des expériences combattantes communes avant l’entraînement) plus que de déterminismes culturels.
  • la contre-insurrection produit un schéma typique d’une doctrine émanant des périphéries institutionnelles, au rebours des théories classiques du changement doctrinal qui présupposent le rôle central des dirigeants civils (B. POSEN) ou militaires (S. ROSEN)

1 Depuis près d’un an et demi, le Pentagone organise plusieurs fois par semaine de telles rencontres. Ce qui démontre l’importance acquise par la blogosphère.

2Le coeur de la préparation opérationnelle des armées est l’entraînement. On pourrait même dire qu’il ne sert de rien de rédiger des documents doctrinaux si ceux-ci ne sont pas déclinés dans la formation. Les véritables doctrines sont celles qui proviennent de l’entraînement, non des manuels (parfois lus à la va-vite).

Pour une fois….

COIN, Pays de l'insolence 0 commentaire »

Parlons de l’Afghanistan. J’attire votre attention sur cet article du New York Times narrant les opérations dans la Korengal Valley, ainsi que sur les photos qui l’accompagnent. Le commandant d’unité de la compagnie Bravo du 2nd Bataillon/503ème régiment d’infanterie (des paras) se bat dans une zone où le soutien de la population est inexistant. Une façon de rappeler que la contre-insurrection n’a pas de « modèle » ni de « bonnes pratiques », mais qu’elle dépend avant tout du contexte précis du théâtre.

Cliquez sur l’image pour le diaporama NYT

Par ailleurs, la Military Review fait paraître ce matin un article sur la TF DEVIL en Afghanistan.