Le journaliste Michael TOTTEN publie sur son blog un reportage terrain sur un bataillon de Marines à Falloujah (le 3ème bataillon du 5ème régiment de Marines commandé par le LCL DOWLING). Depuis l’an dernier, M. TOTTEN est l’un de seuls reporters occidentaux à relater régulièrement ce qui se passe dans la ville. Si cette dernière a indéniablement retrouvé son calme, il n’en reste pas moins que la misère règne encore, notamment dans les quartiers de la ville dévastés lors des deux assauts d’avril et de novembre 2004. En dépit des actions de reconstruction entreprises alors sous l’égide du col BALLARD, commandant le 4ème bataillon d’actions civilo-militaires, et avec l’aide des anciens et des cheiks de Falloujah, la « cité des mosquées » reste encore à rebâtir. L’enjeu central de la fourniture des Services Essentiels (ES) apparaît ici en plein lumière (je vous laisse parcourir les photos qui parsèment l’article), même si les gens ne semblent pas fondamentalement malheureux (je constate en parcourant les reportages des journalistes indépendants que les Irakiens, quel que soit leur statut, aiment à se faire prendre en photo, sur lesquelles ils sourient bien souvent, voire se donnent en spectacle).

Il faut donc noter que la sécurité est pour le moment le souci principal de la population civile, qui semble avoir véritablement adopté les Marines comme leurs protecteurs et leurs amis. Deux bémols: ces mêmes Marines ne semblent pas toujours partager ce climat d’amitié, du fait d’un déploiement dans la durée qui n’est pas dans leur culture contemporaine (mais qui est pourtant la situation que connurent leurs aînés lors des Banana Wars à Haïti, au Nicaragua ou en République Dominicaine entre 1913 et 1934). S’adapter à la complexité du métier de militaire dans les opérations de stabilisation complexe, au coeur des populations, et en milieu urbain, demande d’intérioriser nombre de mutations culturelles et institutionnelles, que seule la préparation opérationnelle sur la durée permettra d’institutionnaliser.

Un second bémol: si la population ne semble pas malheureuse de ses conditions de vie, il est bien évident qu’elle pourrait changer d’humeur si les changements attendus sur le front des infrastructures et de la prospérité économique tardaient trop…. Reconstruire les écoles, les centrales électriques et le réseau de distribution d’eau -endommagés par des années d’incuries administratives, par les opérations de 2004 et par les attentats de 2005/2006- n’est pas optionnel, ni secondaire: c’est une nécessité vitale en ces temps et en ces lieux qui veulent que les populations s’urbanisent et surtout rêvent des standards de vie occidentaux qu’ils aperçoivent de plus en plus par le biais des médias.