Il y a quelques temps déjà, une information avait retenu mon attention. Comme elle ne portait qu’incidemment sur l’Irak (pour montrer que la même tactique dans ce pays avait échoué du fait de la prégnance des réseaux sociaux et de leur prééminence sur les réseaux de communication), je l’avais mise de côté.

Or, KIP, un des blogueurs de Abu Muqawama, analyse très finement ce changement de tactique des Talibans et ses implications.

Le 25 février, les Talibans menaçaient les 4 fournisseurs d’accès de téléphonie mobile d’Afghanistan d’attaquer leurs émetteurs, sauf si lesdits fournisseurs coupaient les réseaux la nuit. L’accusation portée par les insurgés considérait que les compagnies de télécommunication n’était pas neutres et permettaient aux contre-insurgés de cibler les Talibans (qui usent beaucoup des téléphones mobiles).

Avant-hier, les compagnies de télécommunications décidaient d’obtempérer après la destruction de 6 émetteurs. Par conséquent, les réseaux seraient interrompus dans plusieurs provinces du Sud et du centre de l’Afghanistan.

L’analyse fournie par KIP est la suivante:

  • d’abord, il n’y a pour le moment aucune preuve tangible que les réseaux soient vraiment interrompus dans toutes ces provinces.
  • sur le plan tactique, les Talibans ont réussi un coup de maître à moindre coût: ils ont neutralisé leur principale vulnérabilité (à savoir la difficulté à mener des opérations de nuit) tout en accentuant celle des contre-insurgés. Cependant, ils semblent avoir ciblé le réseau de manière à ne pas le rompre, en ayant également besoin.
  • sur le plan politique, les Talibans ont forcé les compagnies à leur obéir, démontrant ainsi l’incapacité du gouvernement afghan à assurer la sécurité.
  • sur le plan opératique, ils ont enfin paralysé l’action des Canadiens dans la zone de KANDAHAR, aujourd’hui un des principaux théâtres d’opérations avec le nord-est du pays (province de KUNAR)

KIP recommande aux contre-insurgés de protéger les infrastructures vitales les plus importantes de manière à contrer cette nouvelle tactique. En revanche, il ne pose pas la question qui me hante: cette coupure peut-elle réellement rompre les liens entre le gouvernement et la population? En Irak, les solidarités locales avaient joué de manière à contrer cette intimidation/gêne provoquée par les insurgés.

Quoiqu’il en soit, tout ceci renvoie évidemment au poids croissant de la sphère virtuelle et informationnelle, dont on oublie trop souvent -intoxiqués que nous sommes par le contresens que nous faisons sur la virtualité- qu’elle a des traces physiques.