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Le général PETRAEUS: pas assez de progrès dans la réconciliation

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Le général PETRAEUS donnait hier un entretien à l’ambassade des EU à BAGDAD. Il a indiqué que le gouvernement Irakien n’a pas encore capitalisé sur la « fenêtre d’opportunité » qui lui est offert pour accroître la réconciliation et restaurer les services essentiels.

Par ailleurs, il interprète la hausse récente des violences comme la résultante des opérations sur MOSSOUL et les tentatives d’AQI pour s’insérer de nouveau dans la capitale irakienne. Selon lui, les récents attentats-suicide de l’organisation seraient essentiellement des opérations médiatiques.

Plusieurs remarques:

  • la stratégie choisie, à savoir restaurer la stabilité « par le bas », semble devoir pallier les lacunes du gouvernement central. Cependant, il est crucial que des mesures, telles que la loi tant attendue sur le partage des revenus de l’exploitation pétrolière, soient prises par ce gouvernement afin d’éviter une partition ou le regain de la guerre civile lorsque les troupes américaines tomberont en-dessous de 130 000 hommes (peut-être dès l’année prochaine). La réconciliation est donc l’un des critères-clé à prendre en compte lors de l’évaluation du calendrier de retrait, bien plus que les statistiques concernant les attaques.
  • la présence américaine semble s’installer pour longtemps. Le point-clé ici sont les divers programmes ayant donné naissance aux milices d’auto-défense, majoritairement sunnites, qui comptent près de 80 000 à 90 000 membres financés par les Américains. Toutefois, la préoccupation est celle d’un véritable contrôle de ces milices et des chefs tribaux qui en sont à l’origine. De plus, comment peut-on reconstruire l’Etat en ne lui permettant pas le monopole de la force? Ayant débuté comme un mouvement de circonstance conjoint des chefs tribaux d’ANBAR et des officiers sur le terrain, le choix de « Irakisation » « par le bas » (au rebours de la construction d’une Armée et d’une Police Nationale Irakienne « par le haut ») semble un choix à la fois pertinent (en terme de sécurité) mais aussi plein de dangers. Tout choix tactique ou stratégique est forcément une prise de risque. L’enjeu actuel de ces milices est donc leur intégration dans l’appareil étatique de sécurité.

Le LTC GENTILE frappe encore

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Le LCL GENTILE, dont j’ai longuement parlé en tant qu’opposant à la nouvelle doctrine COIN de l’Army, a publié mardi un article dans la World Politics Review. Il est intéressant, d’autant que j’y retrouve la trace de conversations directes ou indirectes que j’ai déjà eu avec lui.

J’acquiesce à son analyse lorsqu’il rappelle que les procédures de contre-insurrection actuelles étaient employées au échelons compagnies/bataillons dès 2004. En fait, le mode tactique de sécurisation a été vite pris par l’ensemble des unités (la dernière étant la 82nde Airborne à l’Est d’Anbar durant l’hiver 2003/2004): lien avec les cheiks (mais sans que cela soit forcément les bons interlocuteurs), reconstruction des infrastructures, posture « three-blocks war », recherche du renseignement (mais souvent par des opérations de ratissage indiscriminées -comme au sein de la 4ème division d’infanterie-), patrouilles et avants-postes « combinés » US/Irakiens, etc.

En revanche, dans son ardeur à contester la narration dominante (à savoir que tout à changé à partir de 2007), il néglige l’importance que j’ai souligné d’un plan cohérent au niveau opératif (celui de la mise en oeuvre des forces). Même si l’article des KAGAN sur ODIERNO n’a suscité que le pessimisme, voire l’amusement (Frederick KAGAN est l’un des inspirateurs de la décision de G. BUSH de nommer PETRAEUS et d’accroître les effectifs de 5 brigades-le surge), il n’en reste pas moins que leur analyse me paraît la plus sensée, surtout si l’on examine le niveau opératif depuis le début du conflit.

En fait, l’opposition duale entre GENTILE et les promoteurs du FM 3-24 (qui vient encore de s’exprimer sur le Small War Journal) est stérile. Elle m’intéresse en tout cas car elle reflète bien les antagonismes et les compétitions entre les différentes narrations… noeud gordien de toute historiographie.

mise à jour: The Washington Independent fait paraître un excellent article sur l’opposition entre GENTILE et YINGLING. Ou comment deux officiers de la même génération et vétérans d’Irak finissent par s’opposer sur l’interprétation du succès de la contre-insurrection et de la place que doit acquérir cette mission dans les rôles de l’Army.

Pour le LCL GENTILE, la contre-insurrection a été pratiquée aux plus bas échelons depuis le début de l’occupation militaire. En 2006, il a lui-même mesuré les effets limités de ces procédures alors qu’il servait dans le quartier d’Amariyah à BAGDAD. De fait, il prétend que les promoteurs de la COIN sont en train de « révolutionner » l’Army au péril de cette dernière.

Pour le LCL YINGLING, la contre-insurrection connaît un succès indéniable pour le moment, notamment depuis 2007, année où les enseignements dispersés des périodes précédentes ont fini par être généralisés et standardisés dans une doctrine, une stratégie ET un concept d’opération. De fait, YINGLING pointe du doigt de nombreuses réticences institutionnelles à embrasser la contre-insurrection de manière sincère (sans remettre en cause les capacités conventionnelles cependant). Ainsi en est-il des programmes d’acquisition qui restent alignés sur les désidératas des années 1990, ou encore des problèmes liés à la  promotion au sein de l’institution.

Ce débat m’inspire plusieurs commentaires:

  • historiquement (c’est à dire sur l’aspect narratif de la contre-insurrection), j’aurais tendance à équilibrer l’un et l’autre.  Si les procédures de contre-insurrection sont appliquées précocement, il n’en reste pas moins vrai qu’il est nécessaire d’avoir une stratégie cohérente et surtout un plan de campagne capable de coordonner tout ceci. Or, il faut attendre 2007 pour que cela se fasse.
  • techniquement, je dirais que l’élaboration d’une doctrine, d’une stratégie et d’un concept d’opération sont la clé principale du tournant de 2007.  Cependant, ce n’est pas suffisant. La préparation opérationnelle est importante car elle garantit que les ordres et les intentions de l’échelon supérieur seront correctement interprétés et appliqués. Il est donc vital de souligner le rôle de l’entraînement et du mode de diffusion des procédures tactiques.
  • Ainsi, il faut souligner plusieurs dynamiques qui se combinent: la définition progressive d’une stratégie et d’un plan de campagne (associés à la doctrine) PAR LE HAUT, et la généralisation des procédures et des initiatives tactiques PAR LE BAS. L’illustration la plus évidente m’en semble être le « Réveil » d’ANBAR: à un moment donné (entre l’automne 2005 et l’été 2006), la volonté des cheiks sunnites de cette province longtemps rétive de prendre leur distance avec les extrémistes d’AQI a rencontré les initiatives de commandants de compagnie, de bataillon et de brigade dans le sens d’un rapprochement et d’une proximité croissante avec la population (selon un double schéma tactique: plus d’actions cinétiques contre les insurgés/installation au coeur des populations). Dans le courant de l’année 2007, PETRAEUS et ODIERNO ont capitalisé sur ce mouvement pour  le développer ailleurs (programmes CLC/SoI).
  • L’élément ultime de ce débat est institutionnel: la question est de savoir quel équilibre donner entre la COIN et les opérations plus conventionnelles…. En quelque sorte, il convient dans l’Army de penser le format des forces selon un schéma de « capacités duales » (comme dirait le GDA CUCHE, CEMAT). Cette tendance à opposer les deux missions comme deux formes de guerre différentes reflète selon moi la persistance d’un biais jominien au coeur de l’institution, à savoir la croyance erronée que la guerre puisse avoir  des natures différentes, alors que ce sont ses formes qui sont contingentes.

Interview de PETRAEUS

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Par la chaîne Sky News. Toujours les mêmes réponses aux mêmes questions:

  • une baisse des violences de 60 à 70%
  • AQI est toujours l’ennemi principal
  • AQI est dangereux à MOSSOUL. PETRAEUS revient d’ailleurs sur la mort du financier Saoudien de l’organisation terroriste à NINEWAH. MOSSOUL serait la seule zone du pays où les violences auraient augmenté.
  • le calendrier de retrait sera évalué à partir de juillet pour 6 semaines.
  • réponse gênée sur la visite du président Iranien à BAGDAD: il faut comprendre les Irakiens qui ont des liens avec l’Iran depuis longtemps (d’autant plus si il s’agit de Chiites)
  • Accusation maintenue contre les Forces Spéciales Iraniennes finançant et recrutant les « groupes spéciaux » dans le Sud et le Sud-Est du Pays.
  • en revanche, confiance dans l’attitude future du noyau dur des Jaish Al Mahdi (JAM ou Armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr).

En revanche, quelques nouveautés:

  • PETRAEUS n’affiche aucune ambition politique (réponse à une question de François DURAN), ce qui ne veut rien dire du tout. L’intérêt est qu’il répond pour la première fois aux rumeurs sur le sujet.
  • Une explication du retrait britannique de BASSORAH. Il s’agirait d’une montée en puissance suffisante des forces irakiennes pour prendre en compte les missions autrefois dévolues aux soldats de Sa Majesté. Il faut reconnaître cependant que toute la Division Multinationale Sud-Est n’est pas sécurisée, les rivalités entre milices chiites, mais aussi entre groupes criminels rendant la situation parfois chaotique, même au sein de la Cité de BASSORAH

Briefing du général ODIERNO

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Hier, le général ODIERNO donnait son premier briefing depuis son retour en Irak. L’occasion pour lui de revenir sur l’année écoulée et sur tout les sujets liés à la guerre en Irak. Je note juste un point: celui du calendrier de retrait. Le général ODIERNO s’efforce tant bien que mal de rappeler que tout est conditionné par les critères d’évaluation que donneront le général PETRAEUS et l’ambassadeur CROCKER en avril, tout en essayant de minimiser les désaccords au sein de l’institution comme entre le Comité des Chefs d’Etat-major et les officiers du théâtre irakien.

Histoire du FM 3-24

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Cullen NUTT, un étudiant de Boston College avec qui j’ai échangé un ou deux e-mails concernant le FM 3-24, a publié dimanche un court article sur la rédaction de celui-ci.

Ayant mené quelques recherches sur le sujet, je suis content (vanité!) de constater que je n’étais pas tombé loin. Ainsi par exemple concernant le rôle de NAGL. Notamment, il me semblait évident que le choix des chapitres du manuel semblait lui avoir incombé, tant est grande la proximité avec les recommandations principales contenues dans learning to eat soup.

Reprenons l’histoire de la rédaction:

-en novembre 2005, conférence sur la contre-insurrection organisée le Centre Carr pour les droits de l’homme et le Strategic Studies Institute à laquelle participent PETRAEUS, LACQUEMENT, NAGL et Sarah SEWALL (entre autres, voir la liste des participants).

-en février 2006, conférence à Fort Leavenworth durant laquelle, grâce à Sarah SEWALL (devenue entretemps directrice du Centre Carr pour les Droits de l’Homme dépendant de HARVARD), sont conviées des journalistes et même des membres d’ONG. J’ajoute que SEWALL a produit plusieurs articles qui montrent que son objectif est de parvenir à une doctrine NATIONALE de contre-insurection.

-en juin 2006, une première version est publiée. Elle suscite les critiques de l’historien Edward LUTTWAK et de Ralph PETERS, un ancien officier de l’Army dont l’influence et les idées sont cruciales au sein de l’établissement militaire des Etats-Unis. Tout deux reprochent au manuel de ne pas prendre en compte les aspects « cinétiques » (COIN « molle »).

-enfin, en décembre 2006, la version définitive est rendue publique. Elle est suivie en septembre 2007 par une version brochée éditée aux Presses Universitaires de Chicago et préfacée par Sarah SEWALL et John NAGL (les Presses Universitaires de Chicago sont justement les éditions de NAGL).

Dernière minute:  Sans surprise, le LTC Gian GENTILE critique cet article dans le Small Wars Journal. Il lui reproche notamment de laisser croire à un large consensus au sein de l’Army comme à une consultation générale tout azimuts lors de la rédaction. On ne peut donner entièrement tort au LCL GENTILE: comme je le dis plus haut, il est clair que la doctrine « classique » qui irrigue le FM 3-24 émane de quelques spécialistes de l’affaire (et notamment NAGL). Sociologiquement, NUTT m’écrivait récemment qu’il s’agissait là d’un mécanisme typique d’institutionnalisation d’une doctrine informelle et marginale par l’action de quelques décideurs (en l’occurrence PETRAEUS et MATTIS en tant que commandants respectifs de la doctrine de leur institution) mettant en oeuvre une bonne campagne de promotion au sein de leur service.

Raymond ODIERNO, le véritable maître d’oeuvre de la campagne de 2007/2008?

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J’ai déjà longuement parlé du Général ODIERNO et de son rôle supposé ou réel tant en 2004 qu’en 2007.

A l’occasion du magnifique article de Frederick et Kimberly KAGAN, il est important peut-être de poser la question un peu provocatrice qui se trouve en exergue de ce post.

Dans un article paru dans la revue Défense et Sécurité Internationale (DSI) ce mois-ci, je tentais de brosser les conditions du changement de STRATEGIE en 2007. Sur ce plan, il me paraissait important de souligner le rôle de PETRAEUS, autant parce qu’il a supervisé et demandé la rédaction du manuel combiné de contre-insurrection1 que parce que sa nomination coïncide avec les 30 000 personnels supplémentaires du surge.

Je ne crois pas inopportun de nuancer ce (presque récent car il date de décembre) propos. Au fond, il est assez clair que les Américains ont une stratégie établie depuis longtemps concernant l’Irak: définie au niveau politique, il s’agit d’obtenir un changement de régime. Sur le plan du théâtre, il est tout aussi vrai que le général CASEY a annoncé ses objectifs d’abord en août 2004 puis les a précisé en octobre 2005 et encore durant l’été puis l’automne 2006. Sur ce plan, il est donc certain que le général PETRAEUS a élaboré une nouvelle stratégie ayant l’avantage sur ses deux prédécesseurs d’être standardisée (alors que celle du LTG SANCHEZ laissait l’initiative au commandants de divisions) et correctement conçue (son « effet majeur » étant de protéger la population tandis que celui de CASEY consistait à transférer au plus vite les zones pacifiées aux autorités irakiennes EN VUE D’UN RETRAIT RAPIDE).

Sur le plan tactique, mes recherches montrent bien que la plupart des procédés aujourd’hui courants en Irak retracent leurs origines aux débuts de l’occupation américaine. Pour une raison simple: ils n’ont pas été « découverts » à l’occasion de l’insurrection mais ils correspondent à des expériences combattantes bien précises (telles que la BOSNIE, le KOSOVO, HAÏTI, voire la SOMALIE) ainsi qu’à des textes doctrinaux qui n’ont cessé d’évoluer pour une meilleure prise en compte des « missions militaires autres que la guerre » durant les années 1990. D’autre part, le procédé de pacification standard actuel, la séquence « nettoyer/tenir/consolider », est souvent abusivement présentée comme une « innovation » du 3ème régiment de Cavalerie du colonel McMASTER à TELL AFAR (septembre 2005/février 2006). Or, c’est peu ou prou ce que font les Marines du 2nd Regimental Combat Team dans l’ouest de ANBAR à la même période, ou même ce que la TF BATON ROUGE met en oeuvre à SAMARRA en octobre 2004 (les COP ou avants-postes sont attestés à MOSSOUL en décembre 2004). Il en est de même pour tout ce qui concerne la formation de l’armée irakienne, les équipes de conseillers « incrustés » apparaissant à HILLAH en juillet 2003 (sur le modèle des Combined Arms Patrol des Marines).

Le point essentiel tient donc dans la réflexion suivante: les succès tactiques des Américains en Irak ont été légions entre 2003 et 2007 (un exemple: Falloujah). Mais, à chaque fois les insurgés fuyaient ou revenaient une fois les Américains partis, ou bien une fois la Police et l’Armée Irakiennes en charge de la sécurité. Même TELL AFAR n’échappa pas à la règle!

La clé ne réside donc pas seulement dans la stratégie annoncée et constamment revue par PETRAEUS (et l’ambassadeur CROCKER), mais dans la manière dont ces succès tactiques et ces procédures ont pu être liés les uns aux autres dans un plan de campagne cohérent. En d’autres termes, la véritable valeur ajoutée de l’année 2007 se place au niveau opératif. Sur ce plan, le rôle de ODIERNO a été capital: en incorporant toutes les actions de pacification -quelle que soit leur nature-, en menant des opérations simultanées et successives de façon à dénier tout mouvement de repli à l’ennemi, en construisant patiemment le succès à partir des moyens à sa disposition (et il est sur que ce que je nomme les 3 surge a compté: les 30 000 US, les 100 000 personnels supplémentaires de l’Armée Irakienne, les 80 000 membres du programme « CLC/SoI/ »Réveil » dont 20 000 dans les polices locales.)

Ce qui donne tort à Thomas RICKS. Dans Fiasco (le « best-seller international » selon son éditeur), celui-ci exprime l’opinion de quelques uns des partisans de la doctrine « classique » de contre-insurrection au sein de l’Army. Pour ces derniers, l’Army s’est trop focalisée sur l’échelon opératif au sortir de la guerre du Vietnam. De ce fait, elle a appris à gagner les batailles, mais pas forcément à conduire à la paix. Par ailleurs, la focalisation sur cet échelon (et je renvoie au nouveau FM 3-0) aurait produit un oubli de l’initiative tactique et de la nécessité de la connection entre les niveaux opératifs et stratégiques.

Bien au contraire, ODIERNO a montré comment ont devait et pouvait bâtir une véritable campagne de contre-insurrection (c’est d’ailleurs ce que dit le FM 3-24). On pourra certes reprocher à celle-ci de ne fonctionner que grâce aux 3 surge (en même temps, on remplit une mission en fonction des moyens et des délais), ou alors de généraliser un succès tactique (le mouvement du « Réveil » d’ANBAR) en contradiction avec ladite doctrine, mais on ne peut enlever à Raymond ODIERNO son rôle dans les succès actuels des armes américaines en Irak.

1 le FM 3-24 n’est pas le premier projet de rédaction. Déjà en octobre 2004, le LCL HORVATH avait supervisé la publication d’un FM Intérimaire (FM 3-07.22) sur la contre-insurrection. Il reprenait en fait les enseignements des armes occidentales dans ce type de conflit plus qu’il n’innovait. Par ailleurs, il était perçu comme une déclinaison du FM 3-07 Stability and Support Operations (SASO) alors que le FM 3-24 décline un thème opérationnel directement à partir du FM 3-0. Sur le rôle de PETRAEUS dans la seconde rédaction, il ne fait aucun doute: dès sa nomination au Combined Arms Center (le commandant de la doctrine et de l’enseignement des forces de l’Army) en septembre 2005, PETRAEUS avait fait appel à NAGL puis au Dr. CONRAD CRANE (auteur d’un rapport sur la stabilisation en février 2003 rédigé à la demande du Pentagone). En novembre 2005, CRANE et NAGL réunissaient l’équipe de rédacteurs, laquelle fournissait un projet en février 2006. Là encore PETRAEUS a permis que ce projet soit présenté à des analystes extérieurs et à des spécialistes lors d’une conférence à Fort LEAVENWORTH (siège du CAC) en partenariat avec le Centre CARR sur les Droits de l’Homme de HARVARD (dirigé alors par Sarah SEWALL, promotrice d’une doctrine de COIN au niveau national). Dans le printemps et l’été 2006, PETRAEUS avait oeuvré pour que le COIN Center of Excellence et le Corps des Marines participent à la révision du projet.

Le Lieutenant-général CHIARELLI, successeur de Petraeus?

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C’est du moins ce que suggère Thomas Ricks dans un article récent du Washington Post. Selon lui, les autres prétendants possibles seraient écartés car déjà nommés à de plus hautes fonctions.

Peter CHIARELLLI est l’ancien commandant de la 1ère division de Cavalerie en 2004/2005 puis prédécesseur de Raymond ODIERNO à la tête du Corps Multinational (MNC-I).

En 2006, le LTG CHIARELLI avait été chargé de traiter les « dérapages » produits au sein des forces de la coalition, notamment en promettant des enquêtes systématiques sur les morts suspectes de civils irakiens. Cela l’avait alors mis dans une position délicate tant vis à vis des médias que vis à vis des troupes sous sa supervision.

Mais le moment essentiel de sa présence en Irak est l’opération menée dans le printemps et l’été 2004 à Bagdad contre les milices chiites de Sadr City. Relatée dans un article de la Military Review, l’action de la TF BAGHDAD avait mis au jour les qualités d’adaptation de son chef. Ainsi, après avoir préparé son Etat-major divisionnaire au redéploiement par un stage au sein des services municipaux de la ville d’Austin (Texas), CHIARELLI avait mis en cohérence les différentes lignes d’opérations nécessaires au succès de sa mission. C’est donc lui qui est à l’origine des schémas des lignes d’opérations simultanées présentes aussi bien dans le FM 3-24 que le Tentative Manual des Marines: Formation des Forces de Sécurité, Restauration des Services Essentiels, Actions de Sécurité, Promotion de la Gouvernance locale, Développement du Pluralisme Economique, l’ensemble étant soutenu par de vigoureuses opérations sur l’information.
LOO
Source: Peter Chiarelli, Winning the Peace. The requirement for full-spectrum operations, Military Review, juillet-août 2005, page 14

Il est donc légitime de créditer CHIARELLI de la prise de conscience de la nécessité d’une plus grande cohérence entre les différents procédés de l’action de contre-insurrection. Ainsi, sa nomination à la succession de David PETRAEUS, si elle devait intervenir, ne serait pas une mauvaise nouvelle pour la poursuite des opérations en cours. Toutefois, il est intéressant de se demander pour quelle raison le LTG CHIARELLLI a été écarté en décembre 2006 au profit de Raymond ODIERNO. Simple hasard dû à la nécessité de la rotation des unités et des chefs, ou méfiance envers le promoteur de ce que je nomme le « 1er modèle Bagdad » (le 2nd étant le Plan de Sécurité de Bagdad-Enforcing the Law/Fardh Al Qanoon)? En effet, la différence est sensible entre le procédé CHIARELLI, insistant sur le minimum d’opérations cinétiques, et le procédé PETRAEUS qui laisse une large place à ces dernières dans le droit fil du modèle Tell Afar/Al Qaim: Nettoyer-Tenir-Consolider-Construire.

le général Petraeus obtient gain de cause

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Selon une interview donnée hier, David PETRAEUS aurait obtenu de ses supérieurs de conditionner le retrait des brigades issues du « surge » à une évaluation plus poussée de la situation. Plus précisément, PETRAEUS aurait obtenu le soutien de son supérieur direct, le CENTCOM Amiral William FALLON, contre le président du comité des chefs d’Etat-Major (le CEMA) l’amiral Michael MULLEN. Ce dernier soutient en effet un retrait pour un niveau bas de 10 brigades d’ici la fin de l’année contre 19 actuellement (et 20 en juillet dernier).

1ère remarque: le débat au sein des « top brass » n’est pas nouveau. Il est intéressant pour tout les étudiants en sociologie militaire que deux marins puissent s’opposer l’un à l’autre, preuve que l’appartenance au service ne suffit pas à trouver un accord.

2nde remarque: PETRAEUS aurait donc réussi à faire prévaloir les impératifs opérationnels sur les préoccupations politiques, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Il reste à s’interroger sur la réalité d’un tel ralentissement, alors que la campagne de 2008 n’a pas atteint son rythme de croisière et que le recrutement des CLC/SoI se heurte encore à une opposition -certes de plus en plus restreinte- du Gouvernement Irakien.

Bilan du LTG ODIERNO

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Depuis hier, le Corps Multinational Irak (MNC-I) est sous le commandement du LTG AUSTIN dont l’état-major (celui du XVIIème Corps Aéroporté) succède à celui du LTG Raymond ODIERNO (IIIème Corps).

L’occasion pour le Washington Post de revenir sur le bilan de ce dernier depuis son entrée en fonction à la mi-décembre 2006, soit un mois avant la nomination de Petraeus, comme successeur du LGT CHIARELLI.

J’ai déjà évoqué les polémiques concernant le commandement de ODIERNO lors de son séjour en Irak à la tête de la 4ème Division d’infanterie en 2003-2004. Ayant pris en charge le secteur de Tikrit en relève des Marines le 19 avril, soit 4 jours après l’ annonce officielle de la transition vers la Phase IV (Stabilisation), la division aurait mené des actions indiscriminées, caractérisées par la détention et le traitement abusif de nombreux irakiens arrêtés à la suite de raids menés sans discernement, ce qui aurait entraîné la montée en puissance de l’insurrection sunnite et son alliance avec Al Qaeda. C’est le thème central de la seconde partie de Fiasco de Thomas Ricks, qui vient d’ailleurs d’être traduit en français.

En fait, il est important de prendre en compte la défense que Odierno, ou d’autres membres de la division tels que le LCL GENTILE (avec qui j’ai correspondu), avancent concernant cette période: ils insistent sur le contexte opérationnel de leur AOR pour justifier les mesures de coercition qui furent prises alors. La méfiance croissante des chefs tribaux, ajoutée à la forte imprégnation du sentiment baasiste, aurait empêché toute collaboration avec les Américains.

Au-delà de cette justification, il est possible de souligner que, malgré une transition assez rapide vers les opérations de stabilisation au niveau des bataillons, les règles d’engagement ont souvent été inadaptées. Au vrai, les effets à produire ne semblent pas non plus avoir été suffisamment focalisés sur la population, bien que celle-ci ait été prise en compte à travers les programmes de reconstruction des infrastructures socioéconomiques. Autrement dit, je suis assez porté à croire que ODIERNO dit vrai lorsque il dit que ses troupes ont fait du mieux qu’elles ont pu: sans personnel spécialisé, sans stratégie à l’échelle du théâtre, sans recul ou délai de réflexion suffisant.

Deux éléments me semblent conforter cette thèse:

  • les soulèvements de 2004 n’ont pas concerné la zone de Tikrit, mais celle d’Anbar (Falloujah, Ramadi). Dans cette province, les faibles effectifs (1 division à partir de l’automne, mais 1 régiment -le 3ème ACR- précédemment), la présence d’une organisation localement structurée autour des anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein, ainsi que la tradition d’indépendance et de contestation des villes sur l’Euphrate (Falloujah, Ramadi, Al Qaim, Haditha) ont tous concouru à gêner l’action contre-insurrectionnelle. Là aussi, le maintien d’une posture de coercition, la faiblesse du renseignement d’ambiance ont fait perdre l’initiative aux Américains. Dans ces deux AOR, les points communs sont nombreux, la différence tenant justement à l’attitude plus agressive et déterminée d’ODIERNO, alors que la 82ème division aéroportée n’a jamais su dissuader par la force…
  • Le deuxième séjour d’ODIERNO en Irak symbolise l’apprentissage organisationnel de l’Army en Irak. En effet, il semble avoir réfléchi sur les conditions d’une contre-insurrection réussie. Il a développé, en amont du « surge » de janvier 2007, une stratégie fondée sur la rupture des voies de communication des extrémistes vers Bagdad. Il a encouragé la généralisation précoce des alliances avec les tribus sunnites et les anciens groupes insurgés de cette ethnie. Parallèlement, il a compris l’enjeu majeur que représentent les détenus dans la société irakienne, en encourageant la réinsertion et de meilleures techniques d’interrogatoire et de renseignement. En d’autres termes, le LTG ODIERNO a préparé certaines des conditions majeures du « tournant » de 2007. A-t-il radicalement changé entre 2003/2004 et 2006/2007? Il semble tout simplement qu’il se soit servi de son expérience initiale pour modifier certaines procédures, certaines approches globales. Il ne s’agit donc pas d’une conversion à 180° mais bien d’une adaptation continue et non-linéaire au contexte de la mission.

John NAGL et Paul YINGLING sur la restructuration de l’US Army.

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Les deux officiers exposent leurs idées dans un entretien au Council for Foreign Relations (CFR). L’occasion de revenir sur deux personnages marquants de la nouvelle génération d’officiers issus de l’Irak.

John NAGL (auprès de qui j’ai été recommandé… Nous en parlerons un autre jour) est l’auteur de Learning to eat soup with a Knife: Counterinsurgency Lessons from Malaya and Vietnam. Dans cet ouvrage publié en 2002 et mis à l’honneur au sein de l’Army par le chef d’état-major Peter SCHOEMAKER en 2005, le LCL NAGL insiste sur la nécessité de l’apprentissage organisationnel afin d’intégrer les leçons des retours d’expérience et d’impulser des réformes. Ancien officier opérations du 1/34 Armor (qu’il commande actuellement pour quelques temps encore et qui est aujourd’hui l’unité organique de la formation des conseillers à Fort Ryley), le LCL NAGL a une expérience étendue de la contre-insurrection en Irak, notamment dans la zone de Tikrit. Par ailleurs, nommé comme assistant militaire du secrétaire adjoint à la Défense, il a décliné officiellement l’offre faite par David PETRAEUS en octobre 2005 de coordonner la rédaction du FM 3-24. En dépit de cela, il semble bien en avoir été l’un des maîtres d’oeuvre principaux, le général PETRAEUS l’ayant plusieurs fois considéré comme la « tête pensante » du projet. Par ailleurs, il en a été le plus fervent défenseur auprès du public, notamment après la publication de la version brochée en septembre 2007. Depuis 2007, il semble s’être rapproché du Council for a New American Security (CNAS), un think tank créé par Michelle FLOURNOY, ancienne conseillère du président CLINTON. Dans ce cadre, il a publié une monographie sur la nécessité de disposer d’un corps permanent de conseillers et participé à une conférence présentant et analysant le nouveau manuel FM 3-24.

NAGL

Paul YINGLING est l’actuel commandant du 1er bataillon du 21ème régiment d’artillerie. Il fut à Tell Afar l’officier chargé de la « coordination des effets » de la COIN pour le 3ème régiment de cavalerie. Puis il a participé à bousculer les habitudes identitaires, d’abord en rédigeant un article avec NAGL dans Field Artillery Magazine puis par son article dans Armed Forces Journal.

YINGLING

Mise à jour de quelques liens.