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Robert GATES: pause dans le retrait des troupes

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Le secrétaire à la Défense Robert GATES, auquel le New York Times consacre un article élogieux, a annoncé hier à Bagdad qu’il supporterait une demande de pause dans le calendrier de retrait des forces américaines.

De fait, le général Petraeus avait proposé lors de son audition au Sénat en septembre d’amorcer le retrait des 5 brigades issues du « surge » d’ici l’été 2008. Récemment cependant, nombreux avaient été les responsables militaires sur place -dont Petraeus- à demander une pause dans ce retrait. La clé essentielle réside bien entendu dans les actions de proximité et de présence. Par ailleurs, la situation sécuritaire demeure fragile en Irak, notamment dans les régions du Nord (Ninewa) et dans la province de Diyala.

Au contraire, tant le président du comité des chefs d’Etat-major, l’amiral MULLEN, que le général CASEY, chef d’état-major de l’Army, ainsi que le général CONWAY, commandant du Corps des Marines (CMC), ont exprimé le désir d’un retrait accéléré. Cette demande coïncide également avec celle des Démocrates, notamment le candidat OBAMA.

Une rapide interprétation: outre la charge politique (on n’ose dire « politicienne ») du dossier irakien -récemment revenu en 3ème place des préoccupations dans l’optique des élections présidentielles-, le facteur majeur est l’opposition entre les « top brass » et les officiers présents sur le théâtre.

Dans les théories classiques de sociologie militaire, les dirigeants sont souvent perçus comme des conservateurs, attachés à préserver les intérêts bureaucratiques de leur service. Par ailleurs, l’engagement prolongé de leurs forces fait courir le risque, réel ou imaginé, d’une disruption de l’institution, déjà fortement tiraillée du fait du rythme accéléré des rotations opérationnelles et de la durée des déploiements, certaines unités effectuant leur 5ème tour en Irak. Au contraire, les « innovateurs » de terrain chercheraient à obtenir une focalisation accrue de l’institution sur leur problème opérationnel.

C’est oublier que nombre de dirigeants ont su faire preuve d’ouverture d’esprit et ont cherché à imposer des changements à un corps des officiers souvent réticents. C’est le cas par exemple du Commandant du Corps des Marines Charles KRULAK à la fin des années 1990. Cela démontre que les « points véto » se situent bien souvent à l’échelon des officiers supérieurs ou généraux engagés aux plus hauts postes de leur organisation: les innovations proviennent bien souvent du bas ou du sommet, rarement du coeur.

Dans le cas qui nous occupe, il faut signaler que cette résistance se remarque à d’autres signes: la persistance de programmes d’acquisition peut-être inadaptés aux « guerres probables », la réticence à modifier le contenu de la formation et de l’enseignement aux niveaux de la formation initiale ou des officiers supérieurs (essentiellement cette dernière d’ailleurs), l’accent mis sur les éléments identitaires (le général CONWAY déclarant récemment qu’il est temps que les Marines « apprennent à être expéditionnaire« ).

Le cas des Marines est intéressant: le CMC a ainsi demandé en octobre à redéployer les unités présentes à Anbar vers l’Afghanistan: souci de préserver ses forces, insistance sur les compétences liées au combat, affirmation face à l’Army…

Enfin, au sein de l’Army, l’opposition entre les junior officers et les senior officers, réelle ou supposée, s’est manifestée à travers les critiques du LCL YINGLING, un artilleur devenu spécialiste de la contre-insurrection mécontent à la fois de l’attitude des « top brass » face au pouvoir civil en 2003 et du manque d’incitation envers les « innovateurs » (notamment dans le cadre des promotions, les colonels McMaster et Mansoor ayant démissionné de l’institution ou ayant pris leurs distances, leurs services en Irak ne leur ayant pas permis de passer au grade supérieur).

Un nouvel manuel « Opérations » dans l’US Army?

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Le général William B. CALDWELL IV, commandant le Combined Arms Center de l’Army vient d’annoncer la rédaction d’un nouveau manuel « Opérations » donnant davantage d’espace aux opérations de stabilisation complexe. Cette annonce, loin d’être une surprise car attendue logiquement après les débats sur la place du FM 3-24 au sein de l’institution, est riche d’enseignements. Par ailleurs, il est nécessaire de la replacer dans son contexte pour mieux en comprendre la portée:

  • sur le manuel d’abord: le FM 3-0 Operations énonce les principes doctrinaux opérationnels de l’US Army. Sa dernière version, de 2001, avait déjà intégré les « Opérations autres que la guerre », nom donné aux interventions humanitaires ou au soutien aux gouvernements amis. Il est important de noter que le FM 3-0 est la « bible » de l’institution pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il énonce en fait les missions et les rôles qu’elle entend accomplir. Très modestement, il s’agit de « gagner les guerres de la Nation ». Ensuite, parce que l’ancêtre du FM 3-0 est le FM 100-5 rédigé à la suite de la guerre du Vietnam sous l’impulsion du Général DePuy, une légende dans l’Armée de Terre pour avoir entamé la « reconstruction » identitaire de l’institution vers les opérations de haute intensité contre le Pacte de Varsovie. Le concept central développé alors est celui de guerre de manœuvre au sein de la doctrine Airland Battle dont l’apogée est la 1ère guerre du Golfe.

  • Le nouveau manuel, aux dires du général CALDWELL, prendrait ainsi en compte de manière équivalente les défis des opérations au cœur des populations et les opérations offensive et défensive contre un adversaire symétrique ou dissymétrique. Ce point est important car il signale une translation des principes du FM 3-24 vers le FM 3-0. Doctrinalement, il s’agit là d’un mouvement « contre-nature » pour l’Army pour laquelle la doctrine dérive de décisions prises d’en haut.
  • Sur le général CALDWELL: ce personnage, proche des « partisans de la COIN » au sein de l’institution et ancien porte-parole de la Force Multinationale sous la tenure du général CASEY, est mieux connu de la communauté des Blogueurs sous son indicatif de Frontier 6. Récemment, il a commis un post pour le Small Wars Blog dans lequel il appelle à un changement de la culture organisationnelle de l’Army. En septembre dernier, il a également présenté un symposium au Combined Arms Center sur le thème de la « Communication Stratégique ». Il s’agit donc d’un acteur majeur de l’institution (le CAC est l’organe chargé de la Doctrine, de l’Entraînement, de la Formation et de l’Emploi des Forces) militant pour un changement culturel sur deux bases: la doctrine (traditionnellement dans l’Army, elle a statut autorisé et prescriptif qui lui permet d’amorcer des réformes) et le développement des blogs militaires. Loin d’être simplement de la démagogie (quoique cela lui permette de monter une coalition en faveur du changement), cette posture institutionnalise en fait une réalité: la multiplication des forums informels par lesquels les militaires, quels que soient leur grade et leur fonction, interagissent avec les questions doctrinales et culturelles liées notamment à la guerre en Irak et à l’avenir de l’institution dans les opérations futures.

Deux remarques complémentaires:

  • il est bel et bon de changer une doctrine. Mais il est nécessaire de comprendre que celle-ci doit être intériorisée pour pouvoir apporter un réel changement. A ce titre, l’entraînement est le point-clé: les militaires agissent en fonction de ce qu’ils ont appris à l’entraînement.
  • le général CALDWELL réfute par avance l’argument, présenté comme traditionnel par les partisans de la COIN, selon lequel une préparation pour les opérations de haute intensité suffit également pour les opérations de stabilisation (qui peut le plus, peut le moins…. ce qui en dit long sur le statut des opérations de stabilisation dans l’ethos militaire). En fait, ce sont les officiers supérieurs qui ont le plus de mal à s’adapter aux changements. Mes recherches tendent à démontrer que, dès 2003, les commandants de bataillon, puis les commandants de compagnie, les chefs de section et les chefs de groupe, ont su s’adapter aux conditions nouvelles et apprendre du terrain. A ce titre, le nouveau manuel « Opérations » est donc destiné aux « top brass » et non aux junior officers (certains ont pu parler de « guerre des colonels » en 2005, en réalité, il aurait fallu parler de « guerre des lieutenants et des capitaines »: à l’été 2005, le colonel HIX, coordinateur de la cellule COIN du général CASEY, avait ainsi lançé une revue systématique des procédures aux niveaux bataillon, compagnie et section afin de trouver de « bonnes procédures » à généraliser. )

un peu de vanité!

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Voici un lien vers une publication de mon fait concernant les enjeux idéologiques et institutionnels de la « Transformation » initiée au sein des Forces Armées américaines dans la ligne de la Révolution dans les Affaires Militaires.

Bonne lecture