Pour une éducation anti-sexiste…

Vous connaissez notre amour des mois thématiques ? Le mois de mars, aves sa fameuse journée internationale des droits des femmes, sera donc féministe ou ne sera pas !

Et pour commencer, je vous livre un texte que j’ai écrit pendant le premier confinement à l’occasion d’un atelier d’écriture virtuel mené avec mes amies rencontrées lors de la préparation du CAPES. Ce texte relate comment l’idée qu’une éducation anti-sexiste était encore nécessaire aujourd’hui,  m’est apparue dans toute son évidence. A l’écoute de mes élèves indignées…

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Maëva, Léa, Lyson, Célia, Sabrina, Loane, Shana, Lisa, Laurine.

Elles avaient 14 ans, presque 15.

Qu’est-ce qu’on a pu débattre ensemble.

Non pas autour d’une tasse de thé, ni autour d’une table ronde, ni même dans l’amphithéâtre d’une université.

Non.

C’était dans la salle A09 d’un collège de REP rural de Haute-Gironde. Le mardi matin souvent.

Maëva, Léa, Lyson, Célia, Sabrina, Loane, Shana, Lisa, Laurine.

Le regard brillant, la tête haute, sincères comme on peut l’être quand on a que l’enfance derrière soi, les cheveux longs, parfois très longs, lâchés en magnifique cascade sauvage sur leurs épaules parfaitement dessinées.

Le verbe sincère, cru, tranchant, puissant.

Comme une baïonnette.

Maëva, Léa, Lyson, Célia, Sabrina, Loane, Shana, Lisa, Laurine.

Elles m’ont ouvert les yeux sur l’abdication millénaire à porter un soutien-gorge dans nos sociétés. Petite prison du corps qu’on nous offre comme un cadeau précieux parfois dès le plus jeune âge.

Elles m’ont ouvert les yeux sur le piège de la bise en cour de récré non consentie la plupart du temps.

Elles m’ont ouvert les yeux sur l’incroyable ineptie de ne pas mettre à disposition des protections périodiques en libre service dans les collèges et les lycées, sur l’incroyable ineptie de ne pas considérer ce produit comme un produit de première nécessité pour la moitié de l’humanité, et qui devrait donc être remboursé.

Elles m’ont ouvert les yeux sur l’incroyable obscénité des réseaux sociaux, sur les photos de nus utilisées dans d’affreuses tactiques de revanche.

Elles m’ont ouvert les yeux sur les invitations obscènes auxquelles elles sont chaque jour confrontées sur Snapchat ou Instagram. Là, sur leur téléphone. Tout le temps. Partout. Presque inévitable.

Elles m’ont ouvert les yeux sur les horribles chantages par messages audio de leurs propres camarades de classe – garçons ou filles- qui les traitaient de « suceuses » là où quand j’étais ado on disait simplement « fayot ».

Elles m’ont ouvert les yeux sur l’innommable prédation de certains garçons qui diffusent sans s’interroger des vidéos de mineures obéissant à de sordides pervers.

Avec elles, j’ai appris ce qu’était le « cybersexisme », les « nudes », les « fisha », le « revenge porn ». Leur quotidien.

Avec elles, j’ai appris que le monde des femmes de 2020 n’était pas celui que Simone de Beauvoir, Hubertine Auclert ou Françoise Héritier avaient jadis revendiqué.

Avec elles, j’ai appris tellement.

J’ai appris que très tôt Maëva, Léa, Lyson, Célia, Sabrina, Loane, Shana, Lisa, Laurine avaient compris qu’en 2020 on est déjà une femme à 14 ans.

Qu’on est déjà une femme quand on vient au monde.

Et que ce mot « femme » est tellement lourd de sens qu’il faudra toute sa vie durant tout faire pour s’en délester.

Et j’ai appris que très tôt elles avaient compris qu’il n’y aurait que deux options possibles : se fondre dans le moule que la société depuis des millénaires a formé.

Ou briser le moule.

Tout en sachant à quel point ce moule est une belle saloperie dont on n’a pu, jusqu’à présent, que tordre un peu les bords.

Maëva, Léa, Lyson, Célia, Sabrina, Loane, Shana, Lisa, Laurine n’ont eu besoin d’aucun cours pour apprendre ça.

Mais moi j’ai eu besoin d’elles pour que mes yeux s’ouvrent.

Et plus jamais ne se ferment

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