Cet été des profs se racontent – épisode 6 : Amélie

Pour le dernier épisode de l’été, nous laissons la parole à Amélie.

Du rêve à la réalité du métier…

  1. Quelle est la matière que tu enseignes ?  A quels niveaux ? J’enseigne le Français en 6e, 4e et 3e
  2. Depuis quand enseignes tu ? J’ai ouvert la porte à mes premiers élèves en septembre 2007, donc quinze ans.
  3. Pourquoi as-tu choisi d’exercer ce métier ? C’était une évidence. J’aimais transmettre, l’énergie que ça demande, j’aimais créer, partager, découvrir. Et la petite fille, puis jeune fille timide que j’étais se révélait dès qu’elle passait en exposé en classe ; il est arrivé plusieurs fois, au lycée notamment, que mes camarades me disent qu’ils adoraient m’écouter et qu’ils auraient préféré que je fasse le cours à la place du prof. Moi qui n’étais pas du tout populaire, loin de là, cela me confortait dans l’idée que j’étais faite pour cela. La matière a changé plusieurs fois par contre (Histoire, Anglais, Allemand,… ) jusqu’à ce que je réalise que le Français me permettait une plus grande liberté et variété d’activités : lecture, langue, cinéma, théâtre, etc.
  4. Est-ce que la réalité de ton métier coïncide à ce pourquoi tu as choisi de l’exercer ? Pourquoi ? Oui, cela coïncide pleinement pour ce qui est du travail au sein de la classe et l’échange que j’ai avec mes élèves : j’apprends d’eux autant que je leur en apprends et la richesse des liens que nous créons m’apporte énormément. J’aime aussi la liberté de création pédagogique que nous avons.
  5. Raconte-nous un de tes plus précieux souvenirs pédagogiques, une belle surprise que tu as pu vivre dans ce métier. Difficile de n’en garder qu’un, mais sans hésitation possible, les retours chaleureux des élèves et de leur famille sont ce que j’ai de plus précieux. Les gentils petits mots au quotidien, les sourires, les élèves qui sont heureux de passer le seuil de ma porte, les éclats de rire que nous avons régulièrement, les dessins qu’ils m’offrent, les cadeaux aussi parfois, les remerciements des parents quand je les rencontre et les nombreux courriers d’anciens élèves que je reçois. Ce sont même ces derniers qui me touchent le plus car ce sont des rencontres que je fais à l’origine avec des enfants mais qui ne m’oublient pas une fois adultes : des élèves que j’ai eus en 6e, alors qu’ils n’avaient que 11-12 ans et qui pensent à m’envoyer un petit mot quand ils ont leur bac par exemple. Cela m’arrive tous les ans et j’en suis toujours très touchée. L’an dernier, j’ai même été invitée à un pique-nique avec d’anciens élèves : je les avais eus en 6e pour l’un, en 3e pour les autres et ils venaient d’avoir leur bac… Une autre ancienne élève m’a beaucoup touchée : je l’ai eue en 6e et en 4e ; depuis, elle entre en 2e année de classe préparatoire (khâgne) et est convaincue que notre rencontre a été déterminante dans ses choix d’orientation, dans son goût pour l’écriture. J’ai très certainement aussi laissé des traces plus négatives dans le souvenir de certains, mais le fait d’avoir marqué certains adolescents et leurs parents de façon positive est ce qui est pour moi le plus précieux.
  6. Quels sont tes projets, tes envies, tes ambitions pédagogiques pour la rentrée 2022 ? Je voudrais faire davantage partager ma passion pour la lecture et compte laisser entrer plus de littérature jeunesse encore que je ne le faisais jusque-là. Je voudrais aussi trouver le temps de me remettre au latin.

Du lien aux liens…

  1. Que dirais-tu des relations que tu tisses avec tes élèves ? C’est un échange et ce sont de vraies rencontres. Elles sont riches, pleines d’écoute, de respect et de sincérité.
  2. Que dirais-tu des relations entre membres de l’équipe pédagogique ? Beaucoup de mes collègues sont comme des amis. Ce sont des gens auxquels je tiens, que j’admire et avec qui j’échange sur tous les sujets. Malheureusement, au quotidien, quand la machine est lancée, je trouve peu de temps pour partager avec eux. Mes récréations sont souvent utilisées pour régler des soucis, faire des photocopies, appeler des familles, ranger la classe, etc. Il ne me reste en général que 5 minutes pour passer en salle des profs. J’essaie en tout cas de prendre le meilleur de chacun et de faire en sorte que nous tissions des liens de confiance. Je m’occupe de l’Amicale du collège avec une autre collègue et c’est un rôle que j’apprécie car j’ai l’impression de m’occuper de leur bien-être au travail : on souhaite les anniversaires, Noël, on organise des repas, des apéros, des randos, on trouve aussi le moyen de soutenir ceux qui ne vont pas bien…
  3. Que dirais-tu des relations que tu as pu construire avec les familles ? Je ne connais pas physiquement toutes les familles, mais rares sont ceux avec qui je n’ai eu aucun contact. Hormis un ou deux parents, j’ai toujours eu d’excellentes relations avec les familles. Je n’hésite pas à les appeler quand je rencontre un souci et cela se passe toujours bien. Je crois qu’ils me font confiance. J’ai aussi chaque année plusieurs parents qui font la démarche de venir me remercier pour le travail que j’ai fait avec et pour leur enfant. C’est très touchant et gratifiant.
  4. Depuis tes débuts, quelles évolutions as-tu constatées dans le métier pour toi ?  Pour tes élèves? De mon côté, j’ai vu la charge de travail s’alourdir considérablement : parce qu’on nous demande un travail administratif énorme (parfois inutile – je pense par exemple aux formulaires de préparation de projets que nous remplissons parfois en 3 ou 4 exemplaires différents pour un même projet : le formulaire pour le chef d’établissement, le formulaire pour inscrire le projet dans les remontées du rectorat, le formulaire pour inscrire le projet dans les parcours éducatifs, le formulaire pour faire une demande de subvention au département, etc. et autant ensuite pour faire le bilan de ce même projet !), parce qu’on nous impose des heures supplémentaires qu’on ne peut pas refuser (+2h actuellement, mais comme on ne peut décemment pas couper une classe en deux, cela revient à +3h très souvent…), parce que la réunionite aiguë touche de plus en plus de chefs d’établissement (pas une semaine sans réunion), parce qu’on nous surcharge les classes (il y a une dizaine d’années, il n’était pas si rare d’avoir des classes à 24-25 élèves – aujourd’hui, quand j’en ai 28, je suis presque « contente » car il arrive que j’en ai 31 + une ou deux AESH que je ne sais pas où asseoir) et parce que dans ces classes, les profils d’élèves sont de plus en plus hétérogènes (ceux qui sont HPI et qu’il faut alimenter, ceux qui ne savent toujours pas lire en 4e, ceux qui ont une défiance visuelle ou auditive ou des troubles divers et variés pour lesquels il faut adapter nous-mêmes les documents que nous distribuons, ceux qui ont une phobie scolaire installée et qu’il faut rassurer, ré-amener sur le chemin de la confiance et de la joie d’apprendre ensemble, ceux qui ne parlent pas un mot de français et n’ont parfois pas le même alphabet – j’en avais 3 dans la même classe par exemple l’an dernier, mais aucun ne parlait la même langue -, etc. J’ai toujours adapté mes cours aux divers profils de mes élèves, mais depuis 4-5 ans, cela devient très lourd car j’ai en général plus d’un tiers de la classe qui a un besoin particulier).

Du côté des élèves, la plus grosse évolution que j’ai constatée est la disparition totale des notes au profit des compétences. Cela fait 6 ou 7 ans maintenant que je ne mets plus de notes (parce que mon collège fonctionne ainsi). Je suis partagée sur le sujet : je trouve que cela a conduit à moins de décrochage total car quasiment aucun élève n’obtient que des « maitrises insuffisantes » sur une évaluation, là où, autrefois, il aurait eu entre 0 et 5/20 à chaque fois ; cela semble moins décourageant. Evaluer les compétences me paraît plus simple et logique sur certains devoirs, comme les rédactions : il est plus facile de dire qu’un élève ne maîtrise pas assez la ponctuation, mais sait répondre au sujet, par exemple, que de déterminer une note chiffrée représentant la qualité globale de l’exercice.  Mais le fait de ne plus mettre de notes ne permet pas aux élèves, comme aux familles, de situer réellement le niveau scolaire de l’enfant : les parents sont complètement perdus et les élèves ont tendance à se contenter du minimum pour « être dans le vert » ; ils ne cherchent plus à donner le meilleur d’eux-mêmes et tombent souvent des nues à leur arrivée en seconde. Nombreux sont ceux qui me disent : « Je pensais être un bon élève, mais au lycée, j’ai à peine 11-12 de moyenne générale »…

5. D’après toi, faut-il former uniquement pour travailler ? Nous formons avant tout des citoyens respectueux du monde qui les entoure, me semble-t-il.

De maintenant à demain…

  1. Comment et où te vois-tu dans cinq ans? Je ne sais pas… Parfois, je rêve de tout quitter pour enfin rentrer chez moi sans travail à faire, avoir l’esprit déconnecté et ne plus me mettre à travailler à 21h ou pendant mes vacances, pour aussi ne plus dire du bout des lèvres en attendant le retour de bâton que « je suis prof » à des gens qui ne sont pas dans le milieu et qui vont me sortir des idées toutes faites et forcément négatives sur mon métier, pour ne plus être stressée face à la charge de travail. Mais j’aime tellement être dans ma classe avec mes élèves que je ne suis pas sûre de vouloir réellement changer de métier. Je ne suis pas sûre non plus d’en avoir le courage. Je pense donc plutôt à me remettre au latin pour pouvoir passer la certification LCA et reprendre les classes de ma collègue de lettres classiques quand elle partira à la retraite. A condition toutefois que l’on ne me fasse pas muter ensuite…
  2. Si tu pouvais demander une chose au ministre de l’éducation nationale ce serait quoi ? Revaloriser le métier d’enseignant, d’abord par l’image qui lui est associée, avant même le salaire (même si cela fait aussi partie des solutions), et cela passe par un plus grand respect des professeurs déjà au sein même du gouvernement : cesser de dévaloriser leur travail, leurs compétences, leurs envies, de communiquer avec eux par les médias, au dernier moment.
  3. Quelle serait ton école du futur idéale ? Moins d’élèves par classe (25 maximum), plus de temps avec eux, moins de charges administratives et aucune réunion inutile, des sous pour acheter le matériel dont on a besoin quand on en a besoin, de grandes salles de classe dans lesquelles on puisse circuler, aménager un coin lecture, un espace sans tables ni chaises…
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