travailler en chanson : C1 l’argumentation Education Nationale, Grand Corps Malade

Entraînez-vous à l’argumentation avec la chanson ! Développez vos idées !

Avec la chanson : Education nationale de Grand Corps Malade.

Grand Corps Malade : « Un grand respect et une énorme estime pour les enseignants »

Grand Corps Malade, slameur récompensé par deux Victoires de la musique en 2007. Dans un clip intitulé « Education nationale ». Il y exprime ses inquiétudes pour l’école publique et l’avenir des jeunes des banlieues…

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Oi05d9sb6h8[/youtube]

EDUCATION NATIONALE

J’m’appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay
Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né
Mon école elle est mignone même si les murs sont pas tous neufs
Dans chaque salle y a plein de bruit moi dans ma classe on est 29

Y a pas beaucoup d’élèves modèles et puis on est un peu dissipés
J’crois qu’nous sommes ce qu’on appelle des élèves en difficulté
Moi en maths j’suis pas terrible mais c’est pas pire qu’en dictée
C’que je préfère c’est 16h j’retrouve les grands dans mon quartier

Pourtant ma maitresse j’l’aime bien elle peut être dure mais elle est patiente
Et si jamais je comprends rien elle me réexplique elle est pas chiante
Elle a toujours plein d’idées et de projets pour les sorties
Mais on a que 2 cars par an qui sont prêtés par la mairie

Je crois que mon école elle est pauvre, on n’a pas de salle informatique
On n’a que la cour et le préau pour faire de la gymastique
A la télé j’ai vu que des classes faisaient du golf en EPS
Nous on a que des tapis et des cerceaux et la détresse de nos maitresses

Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS
Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses
Au milieu des tours y a trop de pions dans le jeu d’échec scolaire
Ne laissons pas nos rois devenir fou dans des défaites spectaculaires

L’enseignement en France va mal et personne peut nier la vérité
Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités
Les classes sont surchargées pas comme la paye des profs minés
Et on supprime des effectifs dans des écoles déjà en apnées

Au contraire faut rajouter des profs et des autres métiers qui prennent la relève
Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves
Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs
Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard

L’enseignement en France va mal, l’état ne met pas assez d’argent
Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent
Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant
Comment peut on faire des économies sur l’avenir de nos enfants

L’enseignement en France va mal car il rend pas les gens égaux
Les plus fragiles tirent l’alarme mais on étouffe leur écho
L’école publique va mal car elle a la tête sous l’eau
Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survies locaux

Alors continuons de dire aux p’tit frères que l’école est la solution
Et donnons leur les bons outils pour leur avenir car attention
La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère
Et l’égalité des chances un concept de ministère

Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS
Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses
Au milieu des tours il y a trop de pions dans le jeu d’échec scolaire
Ne laissons pas nos rois devenir fous dans des défaites spectaculaires.

J’m’appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay
Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né
C’est pas d’ma faute à moi si j’ai moins de chance d’avoir le bac
C’est simplement parce que j’vis là, que mon avenir est un cul de sac.

POUR DISCUTER DU THEME DE L’EDUCATION :

1. Lisez les arguments de l’artiste:

Grand Corps Malade :

Le thème de l’école m’intéresse et me préoccupe. Mais l’idée (ou le déclic) m’est venue lors d’un atelier d’écriture avec des élèves de CM2, dans une école d’Epinay. J’ai rencontré une institutrice pleine de bonne volonté, qui bosse comme une folle. Pour organiser une sortie avec ses élèves à la Cité des Sciences, comme on ne lui donne aucun moyen de le faire, elle a mobilisé ses élèves pour qu’ils gagnent des places sur Internet. J’ai trouvé ça tellement triste et déplorable qu’on puisse en arriver là. Vous vous rendez compte, elle n’a pas les moyens d’emmener ses élèves en sortie !

 Je n’attends rien de l’Education nationale, mais je ne comprends pas que les professeurs soient si mal payés quand on sait quelles responsabilités pèsent sur eux. Ils doivent assurer l’enseignement, le confort et la sécurité de trente enfants quotidiennement. J’ai beaucoup de respect pour eux et je suis scandalisé qu’ils soient à ce point dévalués au niveau du salaire. J’ai eu envie de réagir.

A mon niveau, je fais ce que je peux. Je n’ai rien à faire dans des réunions ministérielles, je n’ai aucune légitimité. En revanche, je rencontre des élèves, j’anime des ateliers d’écriture et de slam, je fais inviter des jeunes à des concerts (et pas seulement à mes spectacles).»

2. Préparez vos arguments à partir des réflexions que vous apportent  cette interview :

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce texte ?

L’enseignement et l’éducation constituent des thèmes qui m’intéressent et me préoccupent depuis déjà longtemps. Le déclic est survenu en rentrant d’un atelier d’écriture à Epinay, dans une petite école primaire. En discutant avec les élèves, avec l’institutrice, l’envie m’est venue d’écrire ce texte. J’ai beaucoup d’amis profs ou instits, j’interviens dans des établissements scolaires, mais je ne suis pas enseignant moi-même. Je n’ai donc pas la prétention d’avoir analysé finement le système éducatif français. J’ai simplement essayé d’exprimer une réalité, telle que je la voyais de ma fenêtre.

« L’éducation n’est pas une priorité… », « Il n’y a pas d’Education nationale, il n’y a que des moyens de survie locaux »… Le trait n’est pas un peu forcé ?

Malheureusement, je ne pense pas. Dans mes textes, même sur les thèmes les plus graves, j’essaie de ne jamais être pessimiste, de toujours montrer qu’il y a de l’espoir et que des solutions existent. Et là, si j’emploie des mots un peu durs, c’est que malheureusement je crois qu’on va dans le mauvais sens. L’enseignement est en crise depuis plusieurs années, et au lieu d’essayer de combler les disparités, j’ai l’impression que le fossé continue de se creuser. Les nombreuses réactions d’enseignants qui viennent témoigner sur mon site m’amènent d’ailleurs à penser que je ne me suis pas trop trompé. Ce clip a l’air de faire du bien à des gens qui le méritent, et j’en suis très heureux. Car j’ai un énorme respect et une grande estime pour ce métier.

Quel souvenir personnel gardez-vous de l’école ?

J’étais à l’école à Saint-Denis, où j’ai grandi. J’en garde de bons souvenirs, je n’y allais pas du tout en traînant les pieds. J’étais plutôt un bon élève, je n’ai jamais redoublé. Je n’étais pas non plus le plus assidu, ni le plus sage. Les souvenirs d’apprentissage se mêlent donc aux souvenirs d’ambiance et, je ne vais pas vous le cacher, de potes, de déconne et de cour de récréation. Et si je n’y pense jamais quand je me mets à écrire, je sais très bien que l’école publique a contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui. Avec le recul, je me rends compte de la chance que j’ai eue de l’avoir fréquentée, d’avoir bénéficié d’un apprentissage complet, dans toutes les matières et d’avoir été en contact avec d’autres élèves, dans un milieu très cosmopolite.

Que représente votre implication dans des ateliers d’écriture ?

C’est une autre façon de m’engager. C’est d’ailleurs la forme dans laquelle je me sens le plus à l’aise, loin des médias et de la lumière. Ce sont de petites actions, au niveau local, pour essayer de faire vivre ma ville. J’anime un atelier hebdomadaire, avec un petit groupe. Le plus jeune participant a 10 ans, la plus âgée 85 ! On écrit, on slamme ensemble, on monte des petits spectacles. À côté de ça, j’interviens également plus ponctuellement en milieu scolaire, mais aussi dans des prisons, des centres sociaux, des hôpitaux… J’en retire beaucoup. J’exerce un métier particulier et ces actions me permettent de garder les pieds sur terre, de rester en contact avec la vraie vie, avec des gens qui travaillent, qui vont à l’école… Elles me nourrissent aussi. Ces rencontres sont la source de mon inspiration, de mon envie d’écrire.

Vos textes sont désormais étudiés dans les écoles. Quelle impression cela vous fait-il ?

Ça me fait tout drôle. Je suis honoré que des professeurs de français jugent mes textes suffisamment intéressants pour apporter quelque chose à leurs élèves. Plus généralement, en déconnectant cette réflexion de mes seuls textes, je trouve bien de faire étudier les textes d’auteurs contemporains, sans pour autant se couper du classique, pour intéresser les élèves à la littérature, à l’écriture, à la poésie. Et, d’un autre côté, je trouve un peu bizarre que des élèves puissent peut-être avoir des mauvaises notes à cause de moi. Parce que ce n’était quand même pas le but à la base !

D’après les propos recueillis par Patrick Lallemant pour www.nousvousils.fr

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