Evaluez, évaluez, il en restera toujours quelque chose; mais quoi ?

En ces temps d’examens nationaux, juin oblige, mais aussi d’évaluation des projets d’école, des bilans d’étape des expérimentations, d’attention portée (internationalement) aux résultats des élèves, il nous semble intéressant d’élargir notre réflexion à l’acte lui-même d’évaluation et aux pratiques (coutumières) qui s’y réfèrent.

Un principal de nos amis, ancien formateur par ailleurs, pensant à nous, lors de sa première année dans un collège très républicain dans la composition de son public scolaire, a entrepris de faire la recension de tous les actes d’évaluation, par la seule voie de la notation, qui faisait la performance (ou non) de son établissement, en vue d’un débat avec ses enseignants. Pour 18 classes de 26 élèves en moyenne, sur 36 semaines, quelques 15 disciplines présentes, il est parvenu à la somme de 90 000 notes. Etonnant, non ?

Une telle prolifération de notes monocordes semble répandue dans nos établissements, tellement que nous n’y prêtons plus attention (ou intérêt). Les pratiques de cette évaluation notatoire « vont de soi », elles s’imposent à nous plus que nous ne les imposons aux autres. Elles saturent de façon monotone  le temps scolaire, nos échanges et les propos de nos élèves. Et pourtant, nous sommes insatisfaits, nous ne sommes point en accord entre nous, nous constatons des discordances évidentes entre nos prétentions objectives tellement subjectives !. Assurément, nous avons tous besoin de travailler sérieusement sur la variété et la validité des modes, des pratiques et des ressources d’évaluation pour sortir des démesures de la notation.

Evaluer peut rendre fol !

De tels constats nous font toucher du doigt un conflit professionnel vécu par chacun d’entre nous, mais aussi éprouvé par notre institution, collège, lycée. Accumuler des « notes », en sur-abondance, et sans rétrospection atteste que nous cherchons toujours quelque part à nous rassurer. Nous agissons tels des chauve-souris qui dans l’obscurité émettent des faisceaux continus d’ultra-sons pour appréhender les réalités diverses qui se présentent à nous. Finalement, nous sommes aveugles ; nous nous privons,  ou pire, nous nous amputons d’autres « sens » ou techniques qui nous permettraient de mieux nous repérer.

Il nous faudrait faire ensemble la part entre la chimère de l’objectivité recherchée en évaluation et le paradoxe que l’évaluation n’existe que par la subjectivité. Il ne s’agit pas d’évacuer la subjectivité, mais plutôt de faire avec, en tout refus de l’arbitraire toujours endémique dans les opérations évaluatives.

Ainsi, nous pourrions par exemple nous appuyer sur les constats contrastés, contradictoires, de l’analyse faite par Jean Cardinet, en 2002, à a la suite celle de Jacques Weiss, en 1984 :

1- l’objectivité de l’évaluation est nécessaire : rendre plus explicite les objets et l’objectif de l’évaluation vaut tout autant pour l’évaluateur que pour l’évalué. C’est même une des conditions premières de l’évaluation.

2- L’objectivité de l’évaluation est souhaitée : car comment expliquer que des évaluations de mêmes réalités conduisent à des décisions différentes ? Les évaluations sont plus souvent rapportées à la personne qu’aux compétences.

3- L’objectivité de l’évaluation est impossible : malgré les programmes, les objectifs d’apprentissage sont différents selon les enseignants ; les performances évaluées sont différentes ; les conditions d’observation sont différentes ; les exigences sont différentes ; le sens de l’évaluation est différent selon les contextes.

4- L’objectivité de l’évaluation est à rejeter : une exhaustivité des critères, des indicateurs déboucherait sur une standardisation extrême : « le flou des échelles d’appréciation est le jeu de l’engrenage pour éviter que la machine ne se bloque » (Perrenoud, 1984)

Il importe, pour sortir de l’impasse, de consentir à :  se concentrer sur des instruments permettant une interprétation clinique, partager des banques d’items étalonnés, favoriser des portfolios, et… donner du sens à l’observation, ensemble mais subjectivement et en « méta-cognition » de nos procédures personnelles.

La subjectivité est nécessaire, si elle est prudente et réflexive.

Nous pouvons donc nous autoriser ensemble à réintroduire et travailler avec notre subjectivité ; non pour être « sujet » mais bien acteur et responsable de nos actes, « auteurs » même de supports favorisant la clarté.

En guise d’exergue, nous allons alors nous appuyer sur la  définition de J. M. de Ketele (1989) : évaluer implique :

recueillir un ensemble d’informations suffisamment pertinentes valides et fiables

examiner le degré d’adéquation entre cet ensemble d’informations et un ensemble de critères adéquats aux objectifs fixés au départ ou ajustés en cours de route

en vue de prendre une décision évaluative, il nous revient par suite de réfléchir sur :

1- le choix du type de décision et de l’objectif de l’évaluation

D’abord, identifier le type de décision qui pourrait être prise au terme de l’évaluation :

Soit :

Sanction positive o

Sanction d’attente  o

Sanction négative o

Ou bien :

éclaircissement   o

Encouragement o

Orientation o

Ou encore :

Certification o

Classement o

Sélection o

La détermination de l’objectif est souvent partagé, flou ou …subjectif.

En toute hypothèse, jetez un coup d’œil sur le « triangle des objectifs de  l’évaluation ».

TRIANGLE des objectifs de l’évaluation

Si vous aimez vous déplacer à deux dimensions sur un triangle, ne serait-ce même qu’une pyramide, vous pouvez aller jeter un coup d’œil sur le « triangle pyramidal » que nous vous proposons à propos des relations entre des objectifs multiples, se traduisant en fait non seulement d’évaluation et d’appréciation, mais de mesures, voire de certification, d’orientation.

A noter, en lisant bien ce triangle, que tout ce qui est en dessous des pointillés signifie des visées et des procédures qui peuvent être quotidiennes, en continuité ; avec patience et même insistance. Cependant, que ce qui est au dessus des pointillés, avec des mesures, des certifications, des classements, aboutissant par la notation à la sélection, n’a de sens qu’à terme : après un temps prolongé d’enseignement et de mesure  quotidienne d’évaluation.

Prenons appui sur le « socle commun »

Les compétences désignées pouvant être revues dans les pages qui suivent, notamment en ce qui peut inspirer notre façon de traiter la compétence dans la progression des élèves par des critères adéquats, des formes variées qui peuvent être d’inventaire,ou check-lists brèves, de questionnaires, de formes interrogatives aussi bien que dans la correction de copies demandées aux élèves dans les épreuves plus professionnelles, ainsi que dans les formes d’évaluation projective ou par tri.

La référence aux sept modes de présentation de l’évaluation peut permettre de traiter la variété des connaissances, capacités et attitudes citées dans la richesse du socle commun, en évitant le seul recours à une notation qui peut être abstraite sinon subjective, mal interprétable par les élèves.

La régulation des moyens pratiques consultables ci-après peut permettre de résoudre les difficultés d’harmonisation rencontrées dans la pratique lors de la mise en œuvre du « socle commun ».. Des difficultés tenant souvent à la disparité des profils d’élèves, mais aussi des potentiels identifiés, enfin des possibilités offertes, éventuellement attrayantes,  des disciplines. Par exemple, se satisfaire de connaissances en vocabulaire (domaine 1), l’un se satisfait de 100 alors que l’autre de plusieurs centaines. Ou peut-il y avoir entre plusieurs enseignants une idée du socle qui pour certains se limitent à une centaine et pour d’autres estiment à plusieurs centaines ; en évaluation opératoirement différenciée.

Par la référence pratique et concrète, le risque d’excès et d’écarts dans l’application des données du socle aux élèves -réduire à l’optimum l’ensemble des exigences cognitives et actives –  peut être conjuré d’une façon positive : en vu d’être accordé à chaque enseignant, à chaque discipline, mais aussi à chaque élève.

Avant de regarder du côté des exigences requises et des moyens concrets pour les atteindre, il peut être juste, au préalable, de réfléchir aux choix des critères et des indicateurs qu’il nous faut mettre en œuvre, selon les possibilités et de situations, et de voies d’évolution.

Inventaire des possibilités de situations et de voies d’évaluation

Il est intéressant pour chaque enseignant de prendre connaissance, en un parcours rapide ou en s’attardant parfois, de cet inventaire  (en forme de « clavier »)  afin de saisir la multiplicité des situations ou voies d’évaluation qu’il peut emprunter ;   nous pourrions ainsi éviter l’usure et la réduction consécutives à l’emploi de modalités trop habituelles.

Cet inventaire peut aussi attirer l’attention sur la pluralité des variables dont le professeur peut être tenté d’apprécier l’intensité ou l’émergence dans la voie ou situation choisie ou à choisir, inédit ou oublié, selon des critères et des stratégies adaptées sur lesquels nous reviendrons.

Bonne chance et bon choix ! Profitez des bonnes occasions et cochez doctement !

Quelle que soient les modalités concrètes que nous choisissons de mettre en œuvre, il nous faudra également réfléchir sur les choix des critères, des indicateurs et des stratégies, ainsi que l’adéquation entre indicateurs et critères adoptés.

Le choix des critères

Les critères d’appréciation de paliers ou de résultats atteints dans l’acquisition des connaissances, des capacités, des savoir-faire, d’attitudes dans l’activité scolaire  peuvent être selon les cas et les objectifs de :

Clarté  o

Exactitude o

Soins o

Conformité o

Efficacité o

Efficience par rapport aux moyens o

Pertinence o

Cohérence o

Adhésion aux valeurs o

Originalité  o

Il est opportun de pouvoir renouveler nos choix nécessaires sur quelques critères non standards, selon quelques précautions, à condition qu’il soit :

xpertinents

xindépendants les uns des autres

xpeu nombreux pour être réalisables

xpondérés

Le choix des critères, adapté à chaque travail d’élève, participe du processus d’évaluation (et non de contrôle), phase délicate et difficile, toujours subjective pour l’enseignant.

Le choix des indicateurs

Pour fixer à quels degrés d’intensité ou de qualité les critères sont atteints, l’évaluateur doit disposer de quelques indicateurs, dont l’application sur :

xles faits, à constater

xles représentations

offrira des indications quantitatives (du genre %) ou qualitatives (du genre platonique bien, bon, juste, vrai , mais aussi passable)

Le choix de la stratégie

Nous pensons pouvoir seulement évaluer par des devoirs, des interrogations et des contrôles. Mais il importe de pouvoir enrichir nos façons de faire grâce à une variété de méthodes de recueil d’informations : interview,  sur questionnaires, par étude documentaire, par observation, sur des graphiques ou tris, par métaphores ou significations. On pourra tapoter sur le « clavier » ou inventaire des instruments d’évaluation.

Il faut bien sûr d’abord s’assurer de la validité et de la fiabilité de la stratégie à l’objectif visé et aux personnes concernées.

Enfin, un retour sur l’examen de l’adéquation entre indicateurs et critères. La question du sens au terme de l’évaluation exprimée. En celle-ci, l’évaluateur donne du sens au processus (comme le juge devant des faits similaires) ; et il le fait dans la conscience responsable de la subjective. Comme on vient de le voir, la subjective implique des prises de choix, obtenus et exprimés dans la clarté, mais en « loyale subjectivité ». Et c’est parce qu’il y a subjectivité qu’on peut alors parler d’évaluation.

Reconnaissons que le  problème de la plupart des évaluations n’est pas leur subjectivité, mais le flou dans lequel elles se déroulent. Soyons clairs et éclaircissons, mais en nous gardant d’être péremptoires et définitifs. Nous ne faisons pas de jugement.  Nous donnons des indications de repérage et des stimulations positives.

Et souvenons-nous, avec Charles HADJI, que l’évaluateur est un tisserand funambule[1] :

o capable de juger ce qu’il est et ce qu’il fait, avec une distanciation critique à l’égard de la réalité

o mais incapable de connaître exhaustivement la réalité et d’en prévoir l’évolution avec certitude

o c’est un choix et un pari : il est acteur dans cette dynamique évolutive ; un pari en ce qu’il peut concevoir un état des choses meilleur.

Il est tisserand, parce qu’il met en lien. Et il tisse d’abord un message accessible, palpable et lisible pour qui le reçoit.

Mais il est funambule : se mouvoir dans un espace entre un être en mouvement et un devoir-être difficile à cerner, en chaque élève, en chaque classe, en chaque amphi !

Un projet est-il (forcément) innovant ? A voir….

Le prochain Forum des enseignants innovants à Roubaix invite enseignants et équipes à partager, confronter, échanger, et valoriser des projets pour changer l’Ecole; il est une initiative issue de la coopération de plusieurs organismes et associations d’enseignants qu’il faut saluer, en périphérie de ce que l’Institution prône de son côté, dans ses missions académiques, sous le vocable d’innovation ou d’expérimentation (article 34 de la Loi de 2005).

Il est possible d’y retrouver d’ailleurs parfois les mêmes actions, comme cela a été le cas déjà l’an dernier, mais aussi parfois sans concordance directe. C’est un épisode d’une longue d’histoire d’un je t’aime moi non plus entre Institution et innovation, ainsi que nous le conte Françoise Cros (Observatoire de l’Innovation).

« Innover en français », l’appel de Roumanie

Ce type d’appel à projet, nous l’avons rencontré (et en partie impulsé) « ailleurs », en Roumanie, à l’occasion d »un travail durable avec l’Ambassade de France à Bucarest, depuis 2006: le dispositif s’appelle « Innover en français« , ou comment relancer durablement l’apprentissage du français dans un contexte européen dominé par une extension agressive de l’anglais en pays francophone.

Le Forum depuis trois ans se termine par un appel à projet innovant, et récompensé par un séjour de formation de 15 jours à Paris, où nous proposons un « voyage pédagogique dans l’innovation de nos équipes ».

Cela nous a permis en vue de communiquer sur les critères de lecture du comité de validation d’élaborer un schéma de l’innovation en matière de projet, ce afin de prévenir de quelques dérives courantes en la matière ou raccourcis parfois faciles; tout projet n’est pas innovation, toute innovation n’est pas réductible à un projet, ni à un produit, ni à une technologie (les tice ont d’ailleurs souvent joué à ce petit jeu).

Ainsi, nous avons pensé qu’il était important de mettre en mots le concept de processus innovant, et d’identifier les éléments constitutifs qui font d’une action une formation durable pour les élèves.

Hexagone du projet innovant Françoise Cros nous rappelle de la même façon que dans toute innovation, on peut observer trois « marqueurs », tels que le… désordre engendré dans un contexte trés structuré, l’enrôlement, mais aussi la dynamique créée.

« Réussir dans son apprentissage », c’est…

Une récente mission de formation dans la belle région Alsace m’a permis de travailler plus étroitement avec le réseau de l’apprentissage, les CFA publics et privés, autour de problématiques largement partagés dans notre monde de l’éducation: apprendre et faire apprendre, motivation, et réussite scolaire.

Le grand groupe nous incita, dans une démarche d’élaboration progressive, à adopter la technique du Q-sort: le groupe a été réparti en quatre sous-groupes; chaque sous-groupe a été invité à proposer au moins trois propositions dans son domaine. Nous avons proposé alors les domaines suivants, de sorte à ce que les items soient le plus varié possible, loi du genre du Q-sort:

– des items administratives

– des items « fous »

– des items trés personnels

– des items trés négatifs

– des items neutres

La compilation et le mélange des items nous permet de proposer l’outil suivant:

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Q-SORT : REUSSIR DANS SON APPRENTISSAGE C’EST….

  1. Savoir faire quelque chose
  1. Terminer à l’ANPE
  2. Gagner 10 000€ par mois
  3. Se marier avec Monica Belluci ou Brad Pitt
  4. Arrêter de fumer
  5. Obtenir un prix Nobel
  6. Permettre au patron de se faire de l’argent sur mon dos
  7. Ça veut dire qu’on n’a pas réussi à faire autre chose
  8. Travailler dur pour gagner peu
  9. Etre au bas de l’échelle
  10. Devenir un bon balayeur
  11. Gagner en autonomie, devenir indépendant
  12. C’est pas nécessaire
  13. Ne plus aller à l’école
  14. Inventer un moteur qui marche à l’eau tiède
  15. Savoir exercer un métier
  16. Acquérir des aptitudes professionnelles
  17. Passer pour un intello
  18. Aider ma famille financièrement
  19. Impossible
  20. Trouver du travail
  21. Devenir un véritable professionnel (ex : fleuriste, maçon, peintre) et ouvrir son entreprise
  22. Toucher les Assedics
  23. Avoir un statut social
  24. Respecter les contraintes du contrat de travail
  25. C’est être un futur chômeur
  26. Avoir des moyens de gagner de l’argent
  27. Me payer une voiture
  28. Suivre un copain
  29. Se faire embaucher
  30. Eventuellement sortir avec la prof de français
  31. Avoir un diplôme
  32. Avoir une couverture sociale
  33. Avoir une reconnaissance professionnelle : meilleur ouvrier de France, meilleur apprenti de France

Document de formation, Formation des enseignants en CFA, région Alsace, mars 2009

En savoir plus sur la démarche du Q-sort et quelques exemples sur http://francois.muller.free.fr/diversifier/q-sort.htm

Cette planche peut être proposée alors aux élèves des CFA, dans une séquence de rentrée par exemple, pour travailler sur les représentations, les confronter, aborder les questions de sens et de projet personnel/professionnel, soit avec des équipes enseignantes, comme cela va être le cas ici.

Cette organisation du travail permet rapidement d’obtenir un consensus collectif à partir d’expressions individuelles; de cibler aussi les besoins, notamment relatifs aux cadres de référence (métier, institution, Europe…); elle offre l’intérêt d’aborder plus rapidement que d’autres procédés des dimensions parfois cachées du métier, celles qui touchent notamment aux valeurs du métier. Cette élaboration collective ne peut que renforcer une identité professionnelle qui en a besoin assurément; c’est celle qui protège le mieux encore des aléas quotidiens.

Vous pouvez consulter d’autres Q-sort sur des thèmes aussi divers que :

  • l’éducation à la citoyenneté
  • l’évaluation
  • l’interdisciplinarité
  • ou la pédagogie différenciée
  • le socle commun

à partir de la page ici

Former à l’innovation, innover dans la formation

Le mot même d’innovation agit comme « attracteur étrange », attractif et répulsif à la fois.  Il nous amène à le décanter, décrypter, disséquer, incarner, décoder; en éducation, ce n’est pas forcément un concept, et d’une certaine manière, il peut faire écran à d’autres réalités qui travaillent aujourd’hui nos « corps » et nos structures de l’éducation et de la formation.

A l’occasion d’une formation de formateurs (directeurs, conseillers pédagogiques) à Paris, sous l’intitulé « diversifier ses pratiques de formation », nous avons procédé à l’évaluation à chaud en sollicitant des participants plusieurs contributions écrites courtes et imaginatives.

niveau (1) satisfaction

L’un des procédés a consisté à s’appuyer sur deux acrostiches: « formation » à compléter par des mots libres pour exprimer son niveau (1) de satisfaction; puis « diversifier » toujours en acrostiche, à compléter par des verbes libres pour exprimer ses différentes acquisitions (2)  développées pendant toute la formation (4 jours sur 5 mois).

niveau (2):: acquisitions

Les résultats ont été mis en « nuages de tags » grâce à l’astucieux logiciel en ligne sur wordle.net; ces deux nuages aux choix graphiques, visuels et esthétiques, peuvent expriment mieux que d’autres moyens ce que les personnels ont pu développé, trouvé à l’occasion de la formation.

Ils attestent que l’innovation en éducation et en formation prend forme sous d’autres mots plus « professionnels » que la simple incantation-obstacle; les choix de vocabulaire renvoient trés directement à des compétences en actes, des postures, des valeurs aussi profondes que nos systèmes ne permettent pas toujours de travailler plus explicitement.

Ainsi, il n’est pas sûr que l’évaluation dans nos formations soit supportée par les instruments les plus adaptés; et il conviendrait dans une certaine mesure d’innover aussi … dans l’évaluation.

Que savons-nous de nos (anciens) élèves ?

L’étude du CEREQ signalée par le Café du jour porte notre attention sur le parcours des élèves après leur passage « chez nous »; c’est un point d’observation qu’il est intéressant de développer dans tous nos dispositifs innovants et expérimentaux: que sait-on de nos anciens élèves ?

Quelques témoignages oraux, écrits, parfois vidéos (si, si), des « retours sur l’expérience » comme nous en avons eu lors du séminaire « décrocheurs » de l’an dernier, marquant spécialement pour… nos collègues professeurs des écoles présents à ce moment particulier.

Une partie de l’évaluation de l’expérimentation trouverait bien son expression et sa modalité dans ce type de retour; des informations précieuses pour mesurer l’impact de l’expérience scolaire et des formations reçues, toutes proportions gardées. Les messages qu’ils nous délivrent sont souvent de grande valeur et reconnaissants, pour peu qu’on les entende.

fm

_______________________________________________

Quand l’école est finie : qu’est devenue la génération 2004 ?

Que sont devenus les jeunes sortis de formation initiale en 2004 ? Comment se sont-ils insérés dans la société ? Le Céreq publie les résultats d’une enquête menée en 2007 auprès de ces jeunes. Sur ces 737 000 jeunes, 123 000 n’avaient aucun diplôme et 127 000 un cap ou bep. (34%). 42% ont un diplôme du supérieur.

Trois ans après leur sortie de l’école, le Céreq relève 8 trajectoires différentes. 58% ont eu un accès rapide et durable à l’emploi. 16% ont eu un accès différé à l’emploi19% connaissent un chômage persistant ou une inactivité durable. Enfin, et c’est nouveau, 7% ont repris des études.

Autre fait nouveau, les 3 quarts des jeunes ont travaillé durant leurs études. Enfin les premières années d’activité sont accompagnées de nombreuses mobilités professionnelles. Malgré tout les jeunes restent marqués par leur origine sociale : un jeune issu d’une famille cadre à 8 fois lus de chances qu’un jeune issu d’un milieu modeste d’être cadre.

Le Céreq ou http://www.cereq.fr/index.htm

Evaluer l’expérimentation, expérimenter dans l’évaluation: un Q-sort

Nous entrons dans une période sévèrement saturée d’évaluations de toutes natures. PISA, tests CM2, socle commun, pour les plus « nouveaux », mais nous pourrions penser aussi à ce que permet l‘article 34 de la loi de 2005 sur l’avenir de l’Ecole: droit d’expérimenter, et même d’aller assez loin dans la dérogation, mais responsabilité et obligation d’évaluation, de « rendre compte ».

Les premières expérimentations sous ce « label » ont été déclenchées donc en 2006 pour PARIS, et nous tendons à présent trois ans plus tard vers les premières évaluations de ces dispositifs.

Afin de préparer les esprits et de travailler ensemble et le concept et les pratiques de l’évaluation, afin d’éviter tout risque de couperet, afin (enfin) de permettre des sorties honorables et intéressantes de ces expérimentations, pour tout le monde, une équipe de directeurs/trices du groupe expérimental « SOLEIL » (4 écoles en réseau, dans le 19ème arr.) ont élaboré, avec notre aide, un Q-SORT à destination de leurs personnels.

Je rappelle juste la méthodologie du Q-SORT ici (mode d’emploi et supports.

Si vous aviez à ne retenir de deux items valables pour vous et votre pratique d’évaluation, quels seraient-ils ? Et quels sont les deux autres que vous réfuterions résolument ? Pouvons-nous en discuter ?

Ainsi donc, s’attaquer de front à l’évaluation de dispositif nous renvoie assez vite à des questions souvent essentielles (du mot « sens)  en évaluation: sur les finalités d’abord, sur les intentions (ce qui n’est pas forcément la même chose), sur les modalités ensuite, sur les acteurs enfin.

Plus que des procédures « standard » à appliquer (à l’instar de ce qui a pu se faire au collège CLISTHENE à Bordeaux(1) , avec les corps d’inspection) pour un bilan très mitigé au vu des résultats pourtant positifs – ne dit-on pas que l’évaluation renseigne plus sur l’évaluateur que sur l’évalué ? – , il s’agira donc de prendre juste le temps et l’assurance d’avoir une représentation partagée de l’évaluation, tout au moins de ses finalités;

Je ne peux que renvoyer aux développements sur le site INNO de PARIS pour en savoir plus.

(1) voir le dernier livre de Luc CEDELLE, « Un plaisir de collège, le collège CLISTHENE DE BORDEAUX, voir la chronique à son sujet de Claude LELIEVRE.

Voir aussi la video de Luc Cedelle sur l’expérimentation

: Evaluer un dispositif expérimental, c’est…

1- Evaluer un dispositif c’est inspecter tous les acteurs.
2- Evaluer un dispositif sert à classer les écoles.
3- Il suffit d’évaluer les élèves pour évaluer le système.
4- Evaluer un dispositif, c’est faire un 360 degrés.
5- Evaluer est un régulateur de l’action.
6- Evaluer, c’est une négociation entre les différentes parties en présence
7- Evaluer ne sert à rien sans base de référence.
8- Ce n’est pas aux enseignants d’évaluer.
9- Evaluer c’est contraindre à rendre les objectifs plus visibles.
10- Evaluer c’est juger de ce qui est efficace.
11- Evaluer un dispositif, c’est déjà l’enterrer.
12- Evaluer c’est distinguer les acteurs et leurs rôles.
13- Evaluer c’est recueillir des données et voir comment elles évoluent.
14- Evaluer conduit à interpréter.
15- Si on n’évalue pas nous-mêmes, nous serons les « sujets » de l’évaluation
16- Evaluer c’est juger.
17- L’évaluation est déterminée par le choix des critères d’évaluation.
18- On ne peut pas tout évaluer.
19- Un outil d’évaluation n’a de valeur que s’il est reproductible.
20- Evaluer, c’est communiquer
21- Pour les acteurs du système éducatif les attentes de l’évaluation sont identiques.
22- Evaluer c’est s’accorder sur des indicateurs pouvant mesurer l’activité.
23- Evaluer c’est se mettre d’accord sur les indicateurs mesurant l’impact sur les parcours scolaires.
24- Evaluer c’est se mettre d’accord sur les indicateurs qualitatifs (satisfaction des acteurs, dysfonctionnement)
25- Evaluer oui, mais il faut avoir des outils pour exploiter les résultats.

Planche élaborée après consultation des personnels du Groupe « Soleil »
(quatre écoles de la circonscription 19D-Paris) –juin 2008

Evaluer un dispositif: un tableau de synthèse pratique

Le mois de mai, c’est le mois des évaluations pour les élèves, mais aussi des évaluations d’actions, de projets, de dispositifs de toutes natures pour les équipes. Evaluations régulières, régulées, de premier niveau pour poursuivre, de second niveau pour requestionner les objectifs, nous y reviendrons.

Je voudrai ici vous proposer un tableau de synthèse que nous avions élaboré lors de l’accompagnement d’équipes impliquées dans des dispositifs interdisciplinaires au collège (IDD, Quito 2004); il nous semble utile de le parcourir dans sa durée, attestant que l’évaluation se conçoit comme processus durable (on retrouve ce trait dans l’approche E3D), mais aussi se conjugue à plusieurs niveaux d’observation; elle est en outre le fait de plusieurs acteurs.  Le professeur est loin d’être seul dans l’opération !

Tout cela plaide donc pour des dispositifs d’évaluation construits ad hoc, collectifs, régulés, pragmatiques, élargis, durables et..intéressants pour tout le monde. Si tout cela doit se terminer en une vaste compilation de chiffres sans commentaires, et sans communication, mieux vaudra passer à autre chose: ainsi, à la manière de Weiss, évaluer, c’est « d’abord communiquer ».

EVALUER, une mise en système des champs et des pratiques

 

Type d’approche par

Objet ou dispositif

Finalités

Personnels

Institution

Société civile

Domaines de l’évaluation

 

Conduite de projet

compétences des élèves

 

Travail en équipe

Projet de l’établissement

Impacts sur les partenaires

AVANT

 

Identifier les conditions de la réussite

Degré d’opérationnalisation (objectifs, échéances)

Conditions locales et importance du contexte (histoire, expériences, volontaires)

Moyens mobilisés (compétences, formations programmées, concertation prévue, ressources disponibles)

Analyse des compétences des élèves (points forts/faibles, réussites antérieures, diagnostic en début d’année)

Prise d’indices sur les centres d’intérêt (élèves, familles)

Connaissance des styles d’apprentissage (individus/collectif, centration/…)

Adéquation avec son projet sa pratique prof.

Mobilisation de compétences (expériences réussies, formation)

Avantages escomptés (meilleur contact, effectif réduit, moins de correction, plus efficace)

Expériences antérieures (projets innovants)

Ressources disponibles

Avantages et changements escomptés (image, activités, résultats)

Analyse des caractéristiques de la pop.scolaire

Ambition scolaire des familles

Association des parents

PENDANT

 

Réguler son action et la conduite du projet

Communication et organisation (binôme, inter-binôme, équipe)

Ajustements nécessaires (dans les conseils de classe, changement de groupes, variation des lieux)

Changements souhaitables (révision d’un projet, réduction d’un contenu)

Indice de participation (absentéisme)

Degré de satisfaction pers. et implication dans les activités

Observation des démarches d’apprentissages plus efficaces

Degré de satisfaction et de motivation

Participation à l’équipe

Régulation des pratiques et adaptation des projets aux élèves

Fonctionnement des équipes (communication, évolution)

Marge d’initiative et de souplesse

Régulation des problèmes (emploi du temps, entre individus, moyens)

Implication des parents

Rôle des associations locales

Position des autorités locales (freins, accompagnement)

APRES

 

Mesurer les changements et proposer des évolutions

Impacts du projet (mobilisation des pers , emploi du temps)

Amélioration ou reconduction de l’organisation (emploi du temps, nombre de pers.impliquées, organisation des groupes)

Indice de satisfaction et enquête

Mesure des acquis scolaires (dans les ID et dans les cours)

Réussites constatées à T+1

Enquête sur les bénéfices du projet

Proposition de modification individuelle et collective

Décision de reconduction

Bénéfices institutionnels (image)

Changements méthodologiques (organisation, évaluation)

Impact sur les équipes

Manifestation d’encouragement

Changement de l’image des enseignants

Désir des parents de s’impliquer

La « cuisine » à l’Ecole ou de l’Ecole ?

Selon BBC News, l’enseignement de la cuisine deviendra obligatoire au collège dès la prochaine rentrée. A raison d’une heure par semaine, les jeunes Anglais apprendront à cuisiner des repas.

L’objectif principal est la lutte contre l’obésité. Cet enseignement sera effectué par des assistants d’éducation.

Article BBC News

C’est amusant; je me souviens qu’en France, dans mes années collège (juste avant la réforme HABY), il existait encore des classes équipées en cuisinières pour l’EMT (Education manuelle et technique », et ce qui est devenu juste aprés 1977 « technologie » : qui a permis de tout détruire des installations, de l’approche pragmatique et socialisante d’une certaine façon: cela tombait bien; c’est alors que le collège « se massifie » en acceptant tout le monde jusqu’en 3ème; donc…. encore de disciplines !).

Là, j’ai appris quelques rudiments élémentaires et culinaires; c’était plutôt sympathique, car tous mettions alors « la main à la pâte », les professeurs (plusieurs disciplines aussi) et les élèves; nous gouttions et faisons goûter; la production était belle et bien vendue à la récré pour alimenter quelques projets de sortie. Une certaine animation dans les cours et hors les cours; Mais avions-nous appris ?

Et bien, 30 ans plus tard, je fais toujours la cuisine à la maison, non pas festivement, comme le font la plupart des hommes en occasions exceptionnelles et « publiques », mais bien quotidiennement ! Expérience toute personnelle qui m’a fait toucher du doigt (et de la fourchette) que, dans ce domaine,  l’Ecole, pour moi,  a été plus efficace que mes 13 années de cours d’allemand « scolaire ».

« Faire la cuisine » reste une approche intéressante, voire innovante, quand vous pouvez voir par exemple les élèves du LT TIREL à Paris, non pas seulement réaliser les plats en cuisine (c’est finalement leur formation propre), mais les prendre en photo. Pour cette oeuvre, ils ont reçu un prix international !

La cuisine à l’Ecole mène donc à tout ?

Former à l’innovation, innover dans la formation ?

L’innovation est comme quelques autres mots magiques, «attracteur étrange», qui jouissent d’une positivité de prime abord, qui parlent à tous, sans qu’on puisse en stabiliser une définition; et finalement peut aboutir à des effets en contradiction avec l’intention première. En astronomie, on cerne bien le concept de «trou noir», pourquoi pas l’innovation en éducation et en formation?

En 2000, le Salon de l’éducation à Paris y était tout entier consacré; le ministre avait créé quelques mois plus tôt un Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire, on allait voir ce qu’on allait voir; l’innovation était au centre du système, il fallait même piloter par l’innovation. 2003: il faut mettre le savoir au centre du système, on lance un grand débat national pour une nouvelle loi d’orientation. Les académies et chaque établissement doivent rendre des moyens; on soumet tout le système à l’aune de l’efficacité.

Mouvement de bascule, alternance cyclique, révolution copernicienne, ou soubresaut d’une arrière-garde? Il est difficile pour les enseignants de trouver les repères suffisamment pertinents pour comprendre ce qui se passe et dans quoi ils sont pris; à l’interpréter comme un simple effet de mode, on ne peut trouver en retour qu’au mieux scepticisme, au pire une indifférence agacée, quand les «vrais problèmes» sont ailleurs. Il y a bien un problème de «sens» dans les trois acceptions: signification des concepts, direction en orientation, appréhension des réalités contemporaines.


Qu’est-ce qu’on dit quand on dit innovation?

Il y a huit ans à présent, le ministère a vu apparaître un bureau «innovations pédagogiques et valorisation des réussites», dans chaque académie, s’est monté très rapidement une mission «Innovalo»; repérer, compiler, produire de la ressource, informer, drainer le système, faciliter l’initiative, valoriser les actions et les acteurs. Vaste programme, petitesse des moyens. Il s’agit de créer plus une synergie et une coordination qu’une nouvelle filière, dans une administration très «à la française»; autant dire que les résultats suivant les académies sont très contrastés en ampleur et dans le temps. Mais le réseau très nouveau à l’époque a tenu par les services qu’il a pu rendre et rend encore à bien des égards.

Jusqu’à une période encore très récente, nombre de séminaires, de journées, de rencontres et de productions écrites se sont centrés sur l’objet lui-même, objet de débat et de confrontation, moment de rencontres entre vieux militants de l’action pédagogique, institutionnels pur jus et tous les autres. Ce fut une phase longue mais nécessaire.

Les équipes sont parvenues à dépasser les limites conceptuelles d’une bonne idée et à s’engager dans une réflexion plus professionnelle, on dirait même plus «professionnalisante». S’impliquer dans l’innovation, d’après les expériences analysées ces dernières années, c’est plutôt:

  • S’interroger et s’impliquer dans le domaine de l’efficacité des pratiques enseignantes.
  • Accepter de se confronter à la pertinence et au conflit des valeurs.
  • Oser porter un regard intéressé sur les pratiques collatérales et envisager quelques transpositions méthodologiques mêmes minimes.
  • Rendre à la fois plus ferme son socle métier et plus adaptable sa conduite de classe.
  • Elargir son cadre de référence et de pratiques à son école, son établissement.

Identifier les pratiques, analyser les actes professionnels, enrichir les parcours professionnels, créer de la compétence, évaluer les dispositifs ne relèvent donc pas d’un phénomène de mode, comme d’aucuns ont pu le croire; l’innovation ainsi conçue relève d’une problématique au contraire très actuelle, celui de la formation des personnels enseignants et des cadres du système.


Peut-on former à l’innovation?

Il est difficile de former à quelque chose qui n’est pas de l’ordre du prescrit, pourquoi le ferait-on? Si former, c’est acquérir une compétence à partir d’un besoin professionnel analysé, alors quelle est la nature de besoin qui fonderait une formation à l’innovation?

La question n’a de sens que si la définition du métier devient plus ferme et claire d’une part, d’autre part que si les analyses des performances scolaires et évaluations disponibles dans l’établissement sont rendues matériellement et intellectuellement accessibles.

J’ai plusieurs fois en situation de formation utilisé le concept de matrice professionnelle sur la base des «trente compétences de l’enseignant moderne», proposées par André de Peretti.

Sur cinq ou six axes qui structurent le métier, des «familles de compétences» dit Perrenoud, viennent s’ancrer trois aires concentriques plus ou moins dilatées:

Le socle, au centre, correspond au prescrit du métier: la reconnaissance d’une aptitude à enseigner, concours (mais aussi par recrutement complémentaire). La base est donnée par un texte encore mal connu des personnels et pourtant important puisqu’il est un appui à leur évaluation: la circulaire du B.O. du 29 mai 1997 sur les «missions et compétences de l’enseignant du second degré au sortir de formation initiale» (Ce socle est invariant, tout du moins théoriquement. «On fait le même métier»). Cela est devenu trés net depuis le BO du 1er janvier 2007 qui définit les 10 compétences de l’enseignant, de façon générique.


La deuxième aire correspond aux «variables objectives» de la situation d’exercice. Niveaux d’enseignement, zonage, degré de difficulté reconnue, charges ou rôles assumés dans l’établissement, spécificités des groupes d’élèves. Ainsi, une même compétence peut être amplifiée dans une situation d’enseignement et complètement mise en sommeil dans une autre.

La troisième aire correspond à la «dimension personnelle», la manière dont vous investissez le cadre, ce qu’on pourrait appeler «style d’enseignement», mais pas seulement; vous pouvez tout à fait développer des compétences extra-scolaires qui ne sont que très peu mobilisées en situation de classe.

La méthode peut sembler empirique quant à l’appréciation du prescrit et la dimension personnelle, mais elle est efficace en entretien, car elle permet de dépasser le stade de la simple impression et la focalisation sur un seul aspect du métier, peut-être plus visible à l’instant T et moins important que d’autres plus souterrains. La seule unité de mesure pourrait être une intensité en «énergie» (pas, normale, beaucoup).

Ainsi, pour chacun, une carte de navigation professionnelle se dresse progressivement, qui fait apparaître des espaces pleins, des écarts plus ou moins grands entre ce qui est mobilisé objectivement et ce que vous mettez en œuvre personnellement. La carte rend possible une analyse partagée notamment en jaugeant les zones des variables non couvertes par la dimension personnelle (donc des besoins en formation) et en distinguant des zones potentielles d’innovation.

On reprend la définition de l’innovation d’après la banque NOVA de l’INRP: L’innovation est un processus qui a pour intention une action de changement et pour moyen l’introduction d’un élément ou d’un système dans un contexte déjà structuré. Pour Marie, se former à l’innovation prendra donc deux formes: une modalité en formation d’équipe sur les pratiques en EPS, une autre modalité dans l’organisation de groupements différenciés.


Doit-on innover dans la formation?

En France, la formation d’enseignants est un objet de débat conflictuel et nous renvoie finalement à la difficulté du politique de définir le socle commun pour les élèves. Car dans cette branche d’activité, nous sommes en situation d’isomorphie. Dis-moi ce que l’élève devra savoir (faire), je te dirai ce que l’enseignant doit savoir (enseigner).

D’autre part, nous n’avons pas assez opéré la rupture conceptuelle dans le monde de l’Education nationale en matière de formation professionnelle: on se préoccupe plus de savoirs à enseigner que de savoirs pour enseigner; on considère encore trop facilement qu’un bon formateur est un bon enseignant et cela suffit.

Dans ce sens, il est devenu urgent, voire stratégique, d’innover dans la formation des enseignants, compte tenu du renouvellement considérable des personnels dans les toutes prochaines années.

Alors, qu’est-ce que serait une formation professionnelle de l’enseignant? Un élément de réponse consiste à ne pas squizzer le niveau des pratiques de formation (puisque c’est bien le domaine de l’innovation, les réformes et les structures sont de l’ordre de l’institution): une formation plus efficace consisterait à surveiller les points suivants:
Proposer des objectifs et des consignes clairs.

  • Tenir compte de l’intérêt des élèves.
  • Proposer une activité à l’image des activités accomplies dans leur métier.
  • Représenter un défi à relever.
  • Utiliser des stratégies de résolution de problèmes.
  • Utiliser des connaissances acquises dans différents domaines.
  • Donner l’occasion de faire des choix.
  • Travailler sur une période de temps suffisante.
  • Conduire à un produit fini.

Alors, l’innovation est-elle une mode, passée de surcroît? Si on se contente d’un affichage politique, peut-être: les valeurs de changement sont idéologiquement plutôt ancrées à gauche, celles de stabilité à droite, mais c’est très réducteur et très français.

Il nous faut compter aussi avec des tendances de plus longue durée, comme l’autonomie des établissements, actée depuis 1985, et jamais bien encore réalisée dans les faits, jusqu’à la contractualisation à Paris qui ne fait que débuter en… 2007,  la déconcentration et la régionalisation qui rend plus perceptibles les relations avec les collectivités territoriales, et le changement de gouvernance exprimée par le « droit à l’expérimentation » article 34 de la Loi de 2005.  L’innovation n’est pas une mode, cela devient un droit reconnu, conseillé et appuyé. Les mois prochains nous permettront d’en évaluer les impacts.

Si on la transcrit en développement de compétences professionnelles, en adaptabilité de l’emploi à des situations toujours plus variées, en accroissement de performances des équipes, il s’agit donc bien d’une tendance lourde à la professionnalisation d’un corps en passe de profondes mutations. Le temps court du politique ne doit pas obérer le temps long des mutations et des micro-changements du système éducatif et des équipes qui accomplissent un travail de qualité au jour le jour. Au politique d’étayer ce travail, aux enseignants et aux cadres d’accompagner le changement… pour les élèves.

Prenez le temps de vous tester

Le modèle du « praticien réflexif »a été développé depuis plus d’une dizaine d’années, notamment par Perrenoud; le texte-cadre des compétences de l’enseignant, 1er et 2ème degré, de 2007, vient à présent en France renforcer cette dimension de la régulation de la pratique, indispensable et tout aussi intéressante pour s’ajuster au mieux aux situations d’enseignement.

« Pour aller vers une véritable pratique réflexive, il faut que cette posture devienne quasi permanente, s’inscrive dans un rapport analytique à l’action qui devienne relativement indépendant des obstacles rencontrés ou des déceptions. Une pratique réflexive suppose une posture, une forme d’identité, un habitus. Sa réalité se mesure non au discours ou aux intentions, mais à la place, à la nature et aux conséquences de la réflexion dans l’exercice quotidien du métier, en situation de crise ou d’échec comme en vitesse de croisière. »

Philippe Perrenoud – Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant – ESF éditeur – Page 15

Je vous propose ici quelques possibilités de positionnement en ligne, en appui au « Manuel de survie à l’usage de l’enseignant, même débutant », prix Louis Cros, de l’académie française, 2005

Après une séance, faites votre auto-évaluation
Composez les groupes d’élèves en classe
Faites votre contrat avec un élève
Donnez de l’orientation à votre cours
Faites votre réunion

Trouvez votre style d’enseignement

Éduquer ou former ? Q-sort

Se donner ses propres outils

bullet Améliorez votre mise en espace pédagogique
bullet Établir la carte conceptuelle de votre discipline

Suivre le stage des élèves
Améliorez votre progression disciplinaire
État des lieux des outils utilisés
Les TICE, quelle plus-value pour votre pratique ?
Les cinq dernières fois que vous avez utilisez l’audio-visuel
Faites une comparaison des cahiers de textes
Écrivez une lettre à vos élèves
QCM: des propositions face à une situation difficile
Se donner deux objectifs en ATP
Trois questions à poser au premier cours
Capitalisez les ressources de vos élèves
Un exercice pour repérer les types d’erreurs
13 questions pour mieux conduire son projet pédagogique
Déterminez votre style d’enseignement
Sur un thème commun, proposez deux traitements différents selon les niveaux
Analysez ce qui a bien marché dans une séance

Comment je me représente ma classe et ma place dans le système-classe

Mesurez les performances des groupes d’élèves
Comment intégrer trois moments de recherche documentaire ?
Identifiez les niveaux d’évaluation que vous privilégiez

Savez-vous définir un objectif pédagogique ?

Faites un rapide bilan des modalités de vos cours sur une semaine

Faites évaluer votre pratique par les élèves

Construisez votre propre matrice d’enseignement

Evaluez votre participation à un stage de formation

Faites un bilan de savoirs sous des formes variées

Le SUDOKU ou recette pour organiser une formation réussie d’enseignants (et de cadres ?)

A corréler avec Pour une approche systémique de la formation


Le Sudoku de la formation,

ou recette pour organiser une formation réussie

Passion du Sudoku, et origine de la technique


La passion récente pour ce type de jeu remonte à des origines partagées.

On dit que ce jeu est apparu à la fin des années 1970 sous le nom de « Number place », dans un magazine spécialisé de New York. Il a été repris, dans les années 1980, par un éditeur japonais, et rebaptisé « Suuji wa dokushin ni kagiru », traduit littéralement par « le chiffre est limité à un seul ». Ce nom a été réduit à SU DOKU, c’est-à-dire, « chiffre unique ».

En fait, le Sudoku n’a rien à voir avec le calcul. C’est un jeu de pure logique. Dans une grille traditionnelle, il y a neuf cases dans chaque région ou carré, et on utilise les chiffres parce qu’il y en a neuf.

Le Sudoku est universel : c’est ce qui lui donne son caractère exceptionnel. Les mots croisés impliquent la connaissance d’une langue écrite ; et ils sont impraticables avec (entre autres) les caractères chinois. Tandis que tout le monde peut pratiquer le Sudoku, sans connaissance particulière d’aucune sorte.

Intérêt de l’approche numérique combinatoire pour la construction de la formation


Jouer avec des chiffres, sans pour autant faire du calcul, jouer en logique combinatoire en respectant la règle de la variété requise, en lignes et en colonnes. Voilà un principe que nous pouvons ensemble étudier pour concevoir la formation d’enseignants, par exemple.

La notion de clinamen donne quelques indications sur la tendance à respecter : on ne plaide pas ici pour des changements radicaux ou révolutionnaires. La référence au clinamen montre qu’il est parfois utile de chercher ce qui est germinatif, susceptible de pousser au changement sans provoquer des réactions de rejet. Ne pas mettre en marche les réflexes immunitaires et défensifs de toutes individualités, de toute institution humaine : c’est la précaution « rusée » à observer.

Il importe d’observer comme y invitait W. Thackerey (mort en 1863, auteur de Vanity Fair et de Barry Lyndon), « qu’il n’est pas nécessaire de vouloir faire de grands changements, mais qu’il importe plutôt de veiller à changer seulement ce qui peut aisément l’être. »

Comme tout enseignant protège son mode d’enseignement comme un trésor à la vue de tout autre regard extérieur, même de son inspecteur pédagogique pour lequel il réserve une leçon modèle 89, révisé 2005, le formateur est bien ignorant de ce que son autre collègue formateur met en œuvre pour organiser une formation. Cela reste encore du domaine du secret de fabrication, pour ne pas dissimuler au pire une inaptitude à élaborer. In fine, il s’agit bien d’une compétence du formateur à penser la formation.

Ayant eu à organiser nombre de sessions de formations de formateurs débutants, j’ai constaté avec la constance de l’habitude, qu’ils se trouvaient confrontés à l’angoisse de la « page blanche ». Face à la nouveauté irrésolue (celle d’organiser une formation pour la première fois), ils s’interdisaient toute pensée conceptuelle sur la formation elle-même et fonçaient tête baissée sur la surabondance de contenus. Oublieux qu’ils étaient experts, avec des élèves, de l’organisation de situations d’apprentissage, qu’ils appliquaient la plupart du temps une « matrice », relativement cohérente : ouverture et fermeture, représentations et évaluations, temps d’investigations et de productions, temps collectifs et temps individuels, variété requise des modalités et des instruments.

Plus que tout autre moment d’apprentissage, la formation, par sa relative rareté, par son unicité, par son caractère somme toute exceptionnelle, obéit aux lois du genre. C’est une véritable histoire qui se construit avec un groupe : il lui faut du temps, des méthodes, des instruments adéquats, et un peu de recul pour sélectionner ce qui apparaît comme important.

Ainsi, pour parvenir à une programmation, toujours prévisionnelle, car l’histoire s’écrit en direct, en ajustement aux besoins et aux groupes, et pour éviter de se laisser enfermer dans des limites qui vous piègent, il me semble important et signifiant de déterminer quelques éléments matriciels, que je pourrais proposer en une formalisation simple dans un tableau à double entrée.

Des modalités variées d’acquisition de ressources et d’élaboration de la compétence


En colonne, les modules types que toute formation comporte en gestion du groupe, des relations, des modes de travail, par exemple :

Type de module Apports Enquêtes Recherches Laboratoire d’étude Analyse de pratique Ateliers de créativité consultation

Chacun de ces modules se différencie des autres par la nature de l’activité et de l’engagement des formés ; ainsi, les temps d’apports théoriques sont à la fois nécessaire mais ne sauraient se réduire à la seule formation (c’est encore trop souvent le cas, notamment dans la formation des cadres). Ce sont des temps courts, fondateurs d’un langage expert et d’une culture commune, qui permettent d’avancer de manière significative. L’exposé peut être ex cathedra, sans retenu. En citant les sources et les points d’appui pour aller plus loin. Ces temps, tout nécessaires qu’ils sont, doivent s’accompagner de phases d’études, d’élaboration, d’appropriation, si la formation ne le permet pas, quand cela alors sera-t-il possible ? Sûrement pas, en situation professionnelle.

Ces moments complémentaires sont à discrétion : des temps d’enquêtes et de recherches, des temps d’études, des ateliers de créativité, des temps de consultation. Prenez ici le temps d’explorer chacune de ces possibilités dans le cadre de la formation professionnelle.

Les temps d’enquête et de recherche


En commençant par cette modalité, je sais que je peux ouvrir quelques chemins encore inconnus pour nombre de collègues. La formation est bien un temps à part, une véritable parenthèse ouverte, qui autorise à toute sorte d’initiative. Et croire que la formation, tout comme un cours devant élèves, se résume au seul face à face entre des formés et une formateur reste un leurre grossier. L’autorité du formateur, c’est autoriser, c’est-à-dire accroitre les capacités d’initiative et d’action des formés. S’agissant de formation d’adultes enseignants, nous avons le devoir de proposer des solutions permettant aux collègues d’aller requérir des ressources, des études, un questionnement ailleurs. Pourquoi ne pas inscrire dans le cadre de la formation la procédure de consultation et d’entretiens auprès d’autres types de professionnels qui ont des choses à nous dire, à nous transmettre sur le métier, quel que soit son aspect spécifique.

S’agissant de formateurs, j’ai toujours impulsé la possibilité pour quelques uns, libres à eux d’en saisir l’opportunité, d’aller à la rencontre d’autres types de formateurs, soit dans l’Education nationale, soit volontairement ailleurs, dans le milieu de l’entreprise, dans le milieu de l’Armée, pourquoi pas, partout où il est question de formation. Il s’agit bien de former à une fonction, partagée dans toute organisation structurée ; la professionnalité est à ce prix ; mais aussi, aller interroger des fonctions autres que la formation, sur le rôle et la fonction que la formation prend dans un système : un chef d’établissement, un IEN (inspecteur de l’Education nationale, dans le premier degré). Quand j’ai pu accompagné le cops des conseillers pédagogiques d’une académie, la requête est allé auprès d’enseignants du CNAM, en matière d’analyse du travail, comme auprès de chercheurs en psycho-sociologie. Les résultats ont été probants[1]. Tout comme la restitution qui peut alors en être faite au groupe des formés. L’action témoigne de la fonction d’interface que le formateur joue avec les formés. Il est un lien entre le dedans et le dehors. Il peut éclairer utilement le jeu subtile que l’Ecole joue dans la société, et non hors la société. La formation reste une fonction stratégique dans l’organisation, malgré tout. Il est bon de le rappeler quand au sein même de l’Institution, elle semble parfois dévaluée de cette fonction.

C’est aussi la raison pour laquelle le référentiel de compétences du formateur se puise non dans une grille interne issue de l’inspection, mais dans une liste établie à partir de l’étude approfondie d’une vingtaine de milieux différents. Les récurrences sont fortes, quitte à jouer après sur les adaptations et ajustements nécessaires au niveau local, académie par académie.[2]

Aller voir ailleurs, c’est un bon « clinamen » pour des formateurs de l’EN !

Les laboratoires d’étude


Provocateur, je dirai qu’on a rien inventé en éducation depuis Socrate ; seulement pour légitimer ce « devoir de mémoire » en formation, le fait de signifier que dans le cadre de la formation, il est intéressant, utile, nécessaire… et obligatoire d’envisager l’historique des pratiques, les expériences passées ou présentes, de se confronter à l’étude analytique, critique, et à la transposition.

En éducation, nous avons la mémoire courte, et nous comportons la plupart du temps en artisans du savoir, à bricoler sans répit à partir de rien les instruments, ressources, outils et techniques qui nous semblent les meilleurs. Il ne s’agit pas ici de renier cet aspect fondateur du métier, mais de faire reconnaître l’ingénierie pédagogique qui permet à tout formateur d’être plus réactif, plus ajusté à toute situation de formation. Nous nous devons de disposer d’une batterie d’instruments et de techniques propres à satisfaire nos objectifs ; et à la proposer aux collègues, dans une étude attentive.

C’est pourquoi dans le cadre de la formation, convoquer à l’étude critique une étude de cas d’un dispositif existant, reprendre des productions anciennes, proposer en accord avec le sujet traité un support déjà existant permet à la fois de légitimer l’approche, mais aussi de s’appuyer sur un savoir professionnel réel du métier, en s’inscrivant bien dans une « professionnalisation » du métier. Les médecins en font tout autant en soumettant à leur expertise tel ou tel protocole proposé, en l’amendant ou en le corrigeant pour l’adapter à des patients ou à des contextes différents.

Ainsi, les laboratoires d’études, en plusieurs groupes, permettent d’envisager sur un même thème plusieurs traitements, plusieurs techniques, puis d’en communiquer leur intérêt, leur limite, leur complémentarité.

Nous pourrions demander à ces laboratoires non seulement d’étudier supports et techniques, mais aussi de proposer les ajustements nécessaires par un « jeu méthodologique de transposition » (JMT),[3] autre technique qui assiste un groupe dans sa capacité à sélectionner par niveau d’analyse, ce qui parait important.

Les ateliers de créativité


Les ateliers de créativité sont une modalité complémentaire des laboratoires d’étude ; ils en différent en ce qu’ils sont organisés en vue d’une production nouvelle. Le concept de créativité est curieusement absent de notre univers très enseignant et formateur de l’EN ; on soupçonnerait même quelques travers ou quelques vices.

En tant que coordonnateur de la mission « innovation », j’ai été approché voici quelques années par la récente « association française de créativité »[4], intéressée qu’elle était par l’acceptation du terme dans le monde de l’éducation ; à la rencontre des participants, j’ai été surpris d’être le seul représentant de l’éducation, tous étaient d’autres milieux : consultants, organisations, entreprises, formateurs, éditeurs etc, Le réseau est international. Ma plus grande surprise a été de découvrir que sous le couvert de créativité dans ces milieux, j’y retrouvé ce que nous engagions en formation d’enseignants, en techniques d’animation, d’expression, de production, tout ce qui peut se retrouver aisément dans les ouvrages d’André de Peretti[5] notamment, et eux de leur côté l’ignoraient de la même façon. Etonnant, non ? Tout cela plaide pour une porosité plus grande de ces milieux ; et dans tous les cas, nous avons une plus-value certaine.

Les phases de créativité engagent des petits groupes à investir un sujet, à en décortiquer les mécanismes mentaux et sociaux, dans une bonne humeur évidente. Nous pourrions ici évoquer plusieurs techniques connues par ailleurs : le « brainstorming » ou le remue-méninges », la technique du risque, la technique de la carte conceptuelle ou « mind-map », le jeu de l’écriture co-élaborative, les différentes techniques usitées dans les ateliers d’écriture, les évocations métaphoriques, notamment par le photolangage, la méthode développée (et brevetée !) par Méta-plan.

Ces productions en formation constituent une réelle plus-value de la formation, non tant par leur qualité intrinsèque, parfois inaboutie, que par le processus qu’elle engage chez les formés.

La consultation ou workshop


En fil rouge de la formation, je proposerai aussi de la manière la plus commune, une « boutique de formation » ou « workshop », ce que l’on retrouve aisément au Québec par exemple, même pour les élèves. C’est-à-dire, des ressources, de toute nature, à libre disposition, en rapport direct avec la formation : une table où s’étalent livres de référence, encyclopédies, revues et périodiques, d’accès plus ou moins facile, mais aussi un ou des postes informatiques avec quelques adresses internet en pages portail.

Ainsi chaque formé a la possibilité, cela s’organise dès le début, de saisir un article, un livre, etc pour en faire le compte-écrit, puis oral en fin de formation. Ce sera d’ailleurs une des traces de la formation.

Par cette modalité, nous organisons donc la possibilité d’itinéraires personnels en formation, couplés aux apports en commun et aux travaux de groupe. Ce sera un critère significatif pour moi de l’évaluation de la formation à l’issue du travail.

La formation alors n’a de sens qu’en participant à un processus plus global de développement de la ressource professionnelle, elle se veut ouverte, découvrant ses sources, en créant d’autres à l’avenant. En ce sens, elle n’est jamais « finie ».

La formation est une histoire courte et intense de la vie professionnelle


Revenons donc au tableau évoqué : donc, en ligne, les modalités variées possibles en formation.

Puis, en colonnes, les thèmes et contenus adaptés aux objectifs de la formation : plutôt, cinq que deux ou trois, pour permettre qu’une dynamique s’installe.

Pour des formateurs débutants, je proposai de travailler plus spécifiquement les temps suivants :

– commencer une formation

– se présenter

– faire émerger les représentations

– travailler en équipe, conduire un projet

– développer un thème

– faire écrire

– évaluer une formation

Chacun de ces domaines peut donc se décliner une ou plusieurs fois dans chaque modalité, au titre des apports, des recherches, des laboratoires d’étude, des ateliers de créativité, des consultations. Par exemple ;

Type de module Domaine de la formation Apports Enquêtes Recherches Laboratoire d’étude Analyse de pratique Ateliers de créativité consultation

Ainsi, le tableau se présente comme une matrice de la formation en cinq domaines d’études traités suivant cinq modalités possibles, soit un potentiel de 25 (au moins) temps.

Matrice prévisionnelle de la formation, nous pouvons la présenter tout de go aux formés, mais de manière plus dynamique, en présentant la structure, quelques éléments, envisager les attentes, les y reporter, et construire ainsi dès les premières heures de la formation le programme réel ; la formation devient processus où tous prennent une part active et collaborative.

Pour plus de facilité, nous passons alors à la programmation en modules, généralement, quatre modules dans une journée complète ; le temps d’étude, de mise au travail, de compte-rendu n’est jamais à sous-estimer ; nous péchons, par expérience, par trop plein plus que par trop vide !

Ainsi, pour une formation conçue en 2 X 2 (deux jours groupés en deux fois) ; nous obtenons 16 modules. Pour peu que l’inter-session soit conséquente (plusieurs semaines), ce temps doit être alors mis à profit comme partie intégrante, et intégrée !, de la formation ; à nous alors de proposer quatre types de travaux complémentaires. Soit, en tout 20 modules possibles à aménager.

23 janvier 24 janvier Inter-session 30 mars 31 mars


Les « fondamentaux » du temps de formation


Si le tableau permet d’envisager les possibles, passer à l’organisation réelle de la formation oblige à quelques réalités fonctionnelles ou « institutionnelles » essentielles qui en conditionnent le déroulement. J’identifierai alors trois « fondamentaux », pour reprendre un terme rugbystique : l’entrée en formation, l’évaluation finale et les temps intermédiaires dits « temps méta ».

« Entrer en formation »


Ce n’est pas une formalité. C’est une phase fondatrice de la formation, de laquelle en découle réussite ou problèmes récurrents, c’est selon. Nous devons y présenter tout à la fois le dispositif de formation qui fait qu’un groupe est réuni ici, les procédures (protocolaires) qui justifient cette formation et donc le « contrat de formation »[6] en terme d’objectifs ; les contenus peuvent y être fermés ou ouverts, nous l’avons signalé ; dans cette phase, vous jouez aussi sur votre propre professionnalité, ou autrement dit, votre légitimité. Ce moment relève de l’ingénierie de formation ; domaine souvent négligé par les collègues, et pour la plupart du temps inconnus des formés.

Vous ouvrez une parenthèse professionnelle qui se refermera avec vous, un espace-temps où tout peut être jouer et rejouer, sans souci d’évaluation à la personne, la formation appartient au domaine de la confidentialité ; en jouant facilement avec les mots, c’est un temps de « trans-formation ».

Ce temps doit s’inscrire d’évidence au début, occupe les premiers modules, au moins la matinée. Il s’articule avec le temps de construction de la formation, à savoir le temps de dévolution des objectifs aux formés, la négociation des modalités variées, comme nous l’avons vu ci-dessus, la répartition des rôles, leur distribution, l’esquisse d’une programmation et l’évocation d’un produit final.

Formellement, on peut proposer ces différents temps successivement ; avec l’expérience et l’appui de notre Cicéron classique (la « captatio benevolontiae »), il peut se trouver des techniques et des instruments propres au « clinamen », qui invitent formateur et formés. J’ai eu souvent personnellement recours au photolangage, non plus celui à présent dépassé[7] parce que daté dans ses « vues », mais un corpus de vues et d’images de ma composition, adapté au thème, facilement composé grâce au moteur puissant de l’internet[8]. L’accroche décalée permet de contourner toute autre expression plus formelle et pas mal de résistances, et surtout le « tour de table » traditionnel qui n’apporte rien que des connaissances que l’on a par ailleurs (sur la liste des inscrits par exemple).

J’ai pu proposé à un groupe de néo-formateurs de travailler plus spécifiquement cette dimension d’entrée dans la formation, en leur faisant concevoir une fiche sur « trente façons de commencer une formation » , à l’instar d’une fiche plus ancienne conçue par André de Peretti et un groupe d’enseignants sur « trente façons de commencer un cours »[9]


Evaluer en formation, évaluer la formation

Utilité et efficacité de la formation ?


L’évaluation de la formation est un acte institutionnel et obligatoire. Mais la prescription ne suffit à elle seule pour déclencher et les pratiques et en extraire une véritable valeur.

Au temps de la mutation de la formation des enseignants, au moment du passage de la première époque, celle des Mafpen, à la deuxième époque, celle de la séparation entre maitrise d’ouvrage (rectorats) et maîtrise d’œuvre (IUFM), selon les souhaits du ministre d’alors, en 1998, une étude s’est particulièrement attachée à l’utilité, et pour tout dire à l’efficacité, de la formation d’enseignants[10].

Nous sommes en passe d’une troisième époque à présent, celle d’une reconquête relative par les rectorats d’une part, celle d’une universitarisation réaffirmée par l’intégration des IUFM (ce qui pose encore plus de problèmes aux universités qu’autre chose). C’est pourquoi les conclusions de la présente étude sont proposées ici à votre méditation, en matière d’évaluation.

L’équipe de chercheurs observe trois facteurs corrélés pour rendre une formation « efficace », c’est-à-dire, ayant les effets attendus (voir plus loin sur le concept d’impact) :

1- L’effet –établissement, particulier sous deux aspects : la direction pédagogique et incitatrice du chef d’établissement, et la présence d’un travail collectif. Plutôt que de questionner la pertinence en terme d’organisation (tradition de l’EN) des différentes modalités de formation (stage individuel au PAF versus plan de formation d’établissement), l’étude pointe le style de direction :  » encourager les compétences, non pallier les manques « . légitimer et communiquer autour de la formation continue, sous toutes ses formes.

2- La démarche formative de type interactif-réflexif de formateurs-médiateurs (universitaires ?…) qui travaille à la fois sur la reconnaissance mutuelle, une approche par tâtonnement autour d’activités en lien avec des situations professionnelles contextualisées mais s’inscrivant dans un long terme. Plutôt que de tenter le grand écart impossible, il convient de progresser par petits pas, petits projets, en s’appuyant largement sur l’expérience et les compétences déjà maîtrisées des formés. En ce sens, la formation est un début d’un système d’engrenages qui vont jouer solidairement, mais pas trop vite.

3- L’épistémologie du stagiaire, mêlant parcours professionnel, image de soi et son rapport au savoir professionnel. Un signal de la réussite est le basculement d’une vision prescriptive du métier à l’appréhension –compréhension et acceptation de la complexité, de la souplesse et de la variété nécessaire des orientations et des pistes de travail possibles, à l’acceptation de situations d’impasse, au traitement des échecs.

Trois alertes viennent compléter l’étude pour toute tentative d’évaluation en formation :

u Que l’institution énonce clairement les effets attendus, et sur ce point, rien n’est simple

u De se doter d’outils et de méthodes de repérages des effets réels et de leurs causes[11] qui dépassent forcément la formation (les pratiques actuelles d’évaluation à chaud, d’évaluation différée un peu plus tard ne peuvent que fournir des déclarations d’intention), en prenant en compte le facteur temps, analysé dans l’effet-établissement

u D’adopter en la matière une grande prudence méthodologique (ni légitimer, ni discréditer), ne pas céder à la pression forte d’évaluation tous azimuts qui ne présentent aucune supériorité par rapport à l’absence d’évaluation[12]


Niveaux d’évaluation de la formation


L’évaluation de la formation est un acte institutionnel et obligatoire ; elle fait partie du processus enclenché bien en amont ; il appartient au formateur de faire une évaluation classiquement appelée « à chaud ».

Pour bien situer cette phase, il nous faut revenir sur l’approche systémique de l’évaluation en un schéma simple.

Le processus de formation est composé de deux boucles ; la première (en rouge) met en regard besoins identifiés et résultats constatés ; elle s’élabore en dehors de la formation, mais elle l’encadre. Plus, elle est LE cadre de la formation. Sans cette boucle, toute formation fonctionne à vide. Son évaluation est dite « externe », en s’attachant aux niveaux 3 et 4 : 3 pour les compétences professionnelles développées et constatées in situ, 4 pour les effets, on dit aussi « impact » sur l’organisation, sur le système (ici, l’établissement).

La deuxième boucle intéresse directement la formation, et donc le formateur. Elle met en regard les objectifs de la formation et les compétences à la sortie ; en identifiant deux niveaux, 1 et 2 : 1 pour la satisfaction des formés, 2, pour les capacités développées dans le cadre de la formation. Ces deux niveaux sont le domaine propre du formateur. A lui d’en extraire la valeur, au sens premier du mot « évaluation », de la manière la plus probante.

La plupart du temps, dans les différents dispositifs académiques, IUFM ou rectoral, sont proposés des supports d’évaluation à chaud pour les formateurs, imprimés à case ou à texte libre. L’expérience montre qu’ils ne satisfont personne ; les formateurs y accordent peu d’attention, ce qui ne renforce d’ailleurs pas leur « légitimité » ni leur intégration dans le dispositif, cela même peut les fragiliser d’une certaine façon ; ils peuvent même le distribuer en toute fin de formation, aux formés de le renvoyer. Le taux de retour est alors extrêmement faible ; et cela n’émeut personne…. Quand les imprimés sont ramassés, on observe peu d’utilisation, une simple transmission pour quel traitement ? Assurément, l’évaluation de la formation reste encore un domaine à explorer ; d’aucuns ont pu depuis quelques années en parler comme d’un « serpent de mer ».

Les spécialistes doivent intervenir pour rappeler la primauté de l’évaluation intuitive interactive qui se déroule au cours de l’apprentissage. (L. Allal )


Evaluations à chaud et valeurs collectives


Pour rester en cohérence avec le processus formatif, je proposerai d’autres types de développement de sorte à faire de la phase d’évaluation un moment en soi de formation, pour chacun et pour le groupe. C’est bien un moment important de dégager ensemble les savoirs professionnels et collectifs. Finalement, c’est exactement ce que nous devons faire avec une classe à l’issue d’un travail : faire un bilan des savoirs.

Une technique d’évaluation rapide en fin de formation peut être par exemple l’évaluation par symboles : elle permet en un temps rapide et « efficace » une expression individuelle et une visualisation collective. Nous proposons cinq feuilles de type « paper board » au mur ; chaque feuille porte en haut un symbole spécifique :

J’ai aimé Niveau 1 : enquête de satisfaction
Je n’ai pas aimé
i Cela m’a donné des idées Niveau 2 : enquête sur les capacités développées
U J’ai trouvé cela utile
? J’aimerai en savoir plus sur Enquête sur les besoins complémentaires en formation

Une fois les fiches exposées, le formateur présente en une liste affichée (en vidéoprojection, c’est plus rapide) les éléments qui lui semblent devoir être évalués dans la formation, en quinze ou vingt items, numérotés. Voici par exemple les items retenus lors d’une formation :

Liste des thèmes, techniques et outils travaillés lors de la formation

1- Mini-cas et analyse de la pratique

2- Attribution de rôles de communication, de service, de production…

3- Organisation négociée du travail collaboratif

4- Outillage de la pratique (q-sort, blason…)

5- Gestion modulaire et variée des travaux de groupe

6- Échanges sur la pratique

7- Méthodes d’évaluation rapide

8- Interviews

9- Apports théoriques

10- Conduite de formation assistée par ordinateur

11- Conseil individualisé

12- Production collaborative de fiche-synthèse

13- Possibilité de recherche et de travailler sur poste

14- Exemples de traitement (thèmes, carnets de bord…)

15- Parcours individualisé de formation

16- Ressources apportées et conseillées

17- Moments conviviaux et visites

18- Constitution d’une trace écrite commune rapide

19- Organisation d’un suivi de la formation

Un temps court est réservé à la réflexion, puis chacun est invité à porter son appréciation sur les fiches murales en y indiquant les numéros d’items selon les symboles. L’opération est relativement rapide et permet au groupe comment la formation a été reçue. Un rapide commentaire accompagne la lecture, en s’attardant sur le futur proche (I et U) mais aussi sur les besoins complémentaires ; ainsi, en fermant la parenthèse de cette formation, nous en ouvrons une autre et des possibilités de plans individualisés de formation, en s’appuyant sur les dispositifs connus ou inconnus par certains.

Plus classiquement, ce procédé par symboles peut être assorti d’une autre technique, celle de la cible collective. Des axes sont thématisés : ils reprennent les objectifs, les modalités, les niveaux 1 et 2. Après avoir présenté la méthode (un point par secteur, trois niveaux d’évaluation, de TB au centre à I à la périphérie), sur la cible rapidement tracée sur une feuille au mur, chaque formé vient y reporté les points selon son appréciation.

Des nuages en points apparaissent en 2 minutes. Le procédé est à la fois collectif et très visuel. Il permet à chacun des formés de se positionner dans son groupe et de relativiser les problèmes ou résistances rencontrés.

Les temps « méta »


Non, l’évaluation ne sera pas la fin de ce chapitre. Pour conclure sur les « fondamentaux » de la formation, il nous manque encore quelques jalons que j’ai nommé « temps méta ». Ce sont en quelque sorte les balises du repérage du processus formatif à inscrire dans le déroulement d’une formation « efficace ».

Méta, en grec, signifie, « sur » ou dessus, ou encore à côté ; en volley-ball, c’est le « temps mort » que l’entraîneur impose à son équipe pour ressaisir l’initiative et aller aux points. En éducation et en formation, nous dirons alors « métacognitiion ». Identifier les facteurs, les éléments constitutifs de l’action en formation.

Il est intéressant et puissant en formation d’installer des moments réflexifs tout au long de temps de travail collectif. Ici, la pédagogie « institutionnelle »[13] nous aide quand elle propose une formalisation, voire parfois une ritualisation, des modes de communication à autrui et au groupe, grâce à des objets transitionnels ou des rôles assignés. J’évoquerai ici deux modalités.

Réacteurs subjectifs et compte-rendus objectifs. C’est une pratique que j’ai apprise d’André de Peretti, investi avec lui et développer par la suite : en s’appuyant sur la pédagogie des rôles, nous avons pris l’habitude d’instaurer en protocole de la formation, dans les toutes premières heures, la distribution de rôles variés et tournants, ad libitum[14].

Cependant, deux rôles tournants sont récurrents, dans ce sens qu’ils « jouent » à chaque reprise de demi-journée : celui de « compte-rendu objectif » a pour mission de faire au groupe un tableau succinct et factuel de la demi-journée précédente. Avec cette procédure qui peut paraître très formelle dans un premier temps, c’est bien l’histoire de la formation qui s’écrit, en dépassant les premières impressions autour des temps d’exposition, d’échanges, d’analyses, ou de « parlotes » : la liste des actes et faits du déroulement attentif en formation facilite l’identification des savoirs travaillés, des ressources sollicitées, des techniques employées.

Conjoint au premier rôle, celui de « réacteur subjectif » revêt dans les mêmes conditions une importante particulière. L’attribution de ce rôle s’effectue avec la consigne unique de permettre la pleine et entière subjectivité, en libérant la capacité créative et inventive de tout acteur. Le rôle autorise toute forme d’expression personnelle autour du ressenti du processus de formation, de l’implication de la personne, de son investissement dans cette aventure. Par expérience, les contributions sont variées, riches, sensibles, et même parfois étonnantes ; j’ai eu droit tour à tour à des textes poétiques, des airs d’opéra, des vidéogrammes sonorisés et un tour de danse qui avait pour mission d’exprimer le mouvement créé en formation. Ce sont des instants rares, de bonne humeur et d’une sensibilité, qui fortifient un groupe.

Ces deux rôles donnent lieu à une production écrite, qui ira avec les travaux modulaires envisagés plus haut, constituer les pièces de la mémoire de la formation.

Temps méta et transposition aux situations d’enseignement. Une autre technique de réflexivité organisée en formation consiste à inscrire des temps « morts » après chaque module, en suspendant le déroulement par une simple question : « qu’avons-nous appris ? ». Ce questionnement permet très explicitement d’envisager les conditions de transposition aux différentes situations professionnelles ; cela vaut pour les supports, les techniques, mais aussi pour le positionnement professionnel, qui touche l’identité de l’enseignant.

Sudoku en formation ?


Au terme de cette analyse fonctionnelle du temps de formation, nous avons ensemble élaboré à la fois une matrice organisationnelle et un grille prévisionnelle d’un stage, avec ses temps forts et obligés.

Après, tout est question de pratique et d’expériences. Mais rappelez-vous, le succès universel du Sudoku se fonde non sur l’arithmétique et les savoirs mathématiques, mais bien sur la logique combinatoire…. Comme la formation


[1] Voir notamment l’interview de Mokthar Kaddouri, maitre de conférence au CNAM Paris, par Yamina Yessad, alors conseillère pédagogique (….). [2] Voir à ce sujet la fiche « formateur » que l’ISMF (institut des métiers de la formation) propose ; elle nous semble plein de bon sens et digne d’une étude de cas.

[3] Sur le JMT, voir la notice technique et quelques exemples d’application sur http://francois.muller.free.fr/diversifier/jmt.htm

[4] Sur l’association française de créativité, voir le site internet …… ; elle organise chaque année des travaux réguliers, mais aussi des conférences, voire même des universités d’été ; en lien avec l’université Paris V.

[5] L’ouvrage le plus probant reste encore « Techniques de communication », éd. Hachette éducation, à compléter avec « Animer des formation », même éditeur.

[6] Le contrat de formation reste un document contractuel, étape finale d’une procédure du dispositif de formation, auquel vous participez. Il se constitue de catégories telles que : l’impact attendu auprès des formés en termes de compétences, les objectifs de la formation (ce qu’il y à faire). Puis, les objectifs pédagogiques (ce qu’il y à faire pour faire). Le descriptif du public concerné et leur nombre approximatif. Quelques éléments de contenus prévisionnels, les modalités pédagogiques envisagées, les modalités pratiques (temps, durée, lieu, dates), les matériels à disposition. C’est votre « passeport ».

[7] Sur le photolangage « historique », voir

[8] L’outil GOOGLE ou un autre moteur si vous préférez dans sa fonction « image » permet instantanément de prélever des images, qui, tirées en format A4 et en noir et blanc, s’avèrent très efficaces. Vous pouvez aussi, si les formés sont contactés au préalable, par questionnaire sur les attentes par exemple, demander à ce qu’ils trouvent chacun une image métaphorique du thème travaillé. Le premier module en sera donc la communication à autrui : présentation de l’image, description, puis évocation métaphorique ; l’analyse conduite en groupe permet déjà d’investir sérieusement et durablement le thème, avant même d’avoir eu à exposer le « contrat de formation » sur lequel vous pouvez construire en conclusion du module.

[9] Trente façons de commercer un cours, une fiche extraite d’un ouvrage malheureusement épuisé à l’INRP, « Points d’appui de l’enseignant », à voir sur http://francois.muller.free.fr/contes/index.htm

[10] réf ?

[11] Voir à ce propos le dispositif « historique », parce qu’il a disparu depuis, de l’académie de Grenoble ; la Mafpen jusqu’en 1998 avant élaboré une batterie d’instruments d’évaluation dans le cas de « plan de formation d’établissement » ; l’élaboration était fort complète et intelligente, car relativement souple et ajustable ; tout a disparu, sauf que l’internet a permis de « sauver les meubles ». Vous en trouverez quelques exemples à la page http://francois.muller.free.fr/diversifier/outilspfe.htm

[12] La précaution méthodologique est de mise ; c’est l’esprit qui anime une fiche synthétique et très utile qu’André de Pereti et André Legrand avaient élaboré pour évaluer les établissements en 125 critères possibles. Voir la fiche sur ….

[13] Sur la pédagogie institutionnelle, voir le site complet de PMEV (pédagogie de maîtrise à effet vicariant), …

[14] Voici quelques suggestions possibles : Rôles de service : Préposés à la convivialité, Gardien du temps, Synthétiseur du travail à faire , Metteurs en page et groupe éditorial, Ingénieur de la mise en ligne Gardien de l’adaptation locale; Rôles de production : Classificateurs des termes , Producteurs de fiche-outils , Rédacteurs de fiches d’analyse, Cartographes de la profession, Passeurs des apports théoriques, Consulteurs des personnalités, Dessinateurs des graphiques collectifs, Créateur de « profils individuels », Rapporteurs des besoins en formation, Bibliographes ; Rôles tournants : Analyseur objectif , Réacteur subjectif , Rappel au réel

Analyser, comparer, évaluer plusieurs projets pédagogiques, une grille à tester


Un des problèmes récurrents qui se pose au niveau des équipes, écoles ou établissements, mais aussi à des services rectoraux, voire à présent à des collectivités territoriales en charge d’éducation, c’est bien de « jauger » de la pertinence d’un projet.

La « démarche de projet » est sans doute une des compétences attendues de l’enseignant, mais rien ne vaut que des actes et … de l’écrit.

Or, en la matière, c’est bien une difficulté toute professionnelle que de coucher sur le papier ce qu’il s’agit de projeter. On observe à cette occasion des dérives fortes d’affichage, comme des carences dans les objectifs formatifs. Il peut apparaitre qu’une bonne idée, une intuition peut-être géniale, passe trés mal à l’écrit. Le « projet » cache bien des « dilemmes » (dixit Perrenoud) pour l’enseignant, pour le chef d’établissement… et pour les élèves:

  • *Gérer la complexité et l’incertitude
  • *tenir compte des besoins et des intérêts des apprenants
  • *créer les conditions permettant l’exercice d’une pensée créatrice: le travail de groupe
  • *renoncer à la situation magistrale
  • *agir comme médiateur et non comme dispensateur de savoir
  • *veiller à ce que le caractère dynamique du projet ne s’efface pas derrière un caractère systématique technologisant ou psychologisant
  • *négocier avec les élèves les objectifs et les moyens
  • *susciter pensée divergente et pensée convergente
  • *reconnaître les différences et les valoriser
  • *évaluer le processus, les démarches autant que le produit
  • *ouvrir l’école vers l’extérieur
  • *apprendre aux élèves à anticiper, choisir
  • *redonner à l’élève le statut de sa propre formation
  • *passer de la situation d’enseignement à la situation d’apprentissage
  • *introduire une attitude expérimentale par rapport aux pratiques et aux situations éducatives *accepter un écart entre le travail prescrit et le travail réel

Enseigner c’est donc s’inscrire soi-même dans une démarche de projet dont la réalisation est concrétisée par l’élaboration et la mise en oeuvre d’une séquence de classe.

Afin de dépasser ce qui peut apparaitre pour une simple formalisation « administrative » (c’est faux) , et tenter d’accéder au « fond » du projet ou du dossier, mais aussi pour s’autoriser à avoir une lecture analytique et comparative des différents projets, en vue d’une décision d’attribution ou de services (c’est souvent le cas), je voudrais vous soumettre ici une grille d’analyse comparée que nous avons conçue dans le cadre d’un concours du projet « Innover en français », initié par l’Ambassade de France de Bucarest, à destination des professeurs roumains de français (avril 2007).


Son seul mérite est d’expliciter ce que projet peut signifier en termes d’objectifs, mais aussi de conduite et de modalités. Il permet de décoder, au delà de l’infinie variété des « objets » (création, poèsie, théatre, vidéo, etc…) ce que tous les dossiers ont de commun et d’efficaces pour les élèves: à savoir des meilleures conditions pour apprendre, … et des profs eux-mêmes en projet.
C’est l’effet Pygmalion !

Critères pédagogiques du projet A P C Appréciations du jury

A : domaine absent du dossier

P¨ : domaine partiellement traité, quelques points forts

C : domaine traité et complet