L’informatique : une science à part entière

15 05 2012

Pour la plupart de nos contemporains, l’informatique est perçue comme une technologie. Depuis ses débuts l’informatique a un double aspect :

  • – scientifique, issu de la logique mathématique (que peut-on calculer au moyen d’un algorithme ?)
  • – technique, avec la construction de machines de traitement de données qui chiffrent des messages.

Elle a aussi un statut inédit :

  • – comme les maths, elle étudie des objets abstraits (listes, graphies…) mais
  • – comme les sciences, sa méthodologie repose sur une interaction avec des objets concrets, les ordinateurs.

Ni une branche de la physique, ni une partie des mathématiques, l’informatique est une autre science qui va devenir une matière de l’enseignement secondaire à la rentrée 2012, justifiée par sa méconnaissance alors que ses enjeux doivent conduire à maîtriser la complexité de ses systèmes.

En tant que « science jeune », l’informatique n’a pas encore acquis ce statut de science. L’utilisation quotidienne d’outils informatiques, de plus en plus précoce, laisse croire qu’on peut en acquérir les concepts fondamentaux par une pratique fréquente, comme si l’on devenait cuisinier en mangeant ou musicien en écoutant de la musique !

Pourtant, on observe la distanciation progressive des étudiants et ingénieurs en informatique, par rapport à la maîtrise du fonctionnement d’un ordinateur ou à celle des architectures informatiques, d’où la nécessité de comprendre les grands principes de programmation et les pouvoirs d’expression des langages utilisés afin de les renouveler. Pour preuve : le dernier langage « novateur » : java date de 1995, peut-être un signe de qualité mais au vu de l’impact du web et de la croissance des besoins en informatique, la conception de nouveaux langages s’impose.

L’ISN (Informatique et Sciences du  Numérique) entrera donc dans les programmes de terminale S avec 4 concepts de base : information, langage, machine, algorithme, avec une pédagogie centrée sur la réalisation de projets à travers des travaux de groupes, à raison de 2 h par semaine (Coefficient 2 au baccalauréat). L’enseignement s’appuiera sur des professeurs de mathématiques, de physique qui recevront une formation en présentiel ou à distance. Cette nouvelle option ne visera pas à pré-orienter les élèves mais à les sensibiliser à la diversité des métiers et emplois générés par l’économie numérique.

Dans le cadre de projets menés en équipe, de nombreux domaines d’application peuvent être abordés en lien avec la découverte des métiers et des entreprises du secteur du numérique : graphisme et images, sécurité, prise de décision, communication, robotique, etc… Des connaissances et des compétences en science de la vie et de la terre (code génétique, géosciences) peuvent également contribuer à l’élaboration de ces projets. En se développant largement, la société numérique suscite de nouvelles questions éthiques et juridiques ; les projets conduits auront aussi pour objectif de mettre en lumière ces problématiques.

           Illustration The Huffington Post

  Sources

 



Chronique : on nous aurait menti ??

18 04 2012

La blancheur du net s’achète

L’ère numérique fait des taches et une compagnie française d’assurance A.A y a vu la nécessité de « réinventer son métier »… pour vous éviter la honte d’être livré à la vindicte populaire. Si quelqu’un a raconté des salades sur vous, votre réputation risque d’en prendre un coup, et indirectement celle de vos proches ; « Protection familiale intégråle » lave plus blanc que blanc et vous n’aurez plus rien à craindre des médisances et photos volées à votre intimité (qui, soit dit entre nous, ne sont plus tellement intimes sur la toile ;-)). Espérons que le nettoyeur a les mains propres ; en tous cas l’e-réputation a désormais un sauveur qui coûte 13 euros par mois ! Enfin une pub qui ne vise pas que la ménagère de – 50 ans !

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Vous pouvez aussi, apprendre à maîtriser votre image sur le web… et c’est gratuit !

 Ampoules tueuses

 

Les ampoules basse consommation sont des engins de mort : un documentaire autrichien « Bulb Fiction » a mené l’enquête. Ces ampoules, 5 fois plus économes, contiennent du mercure et produisent un champ électrique bien plus puissant qu’un écran d’ordinateur.

Depuis 2009, l’Union européenne a donc choisi de bannir progressivement les lampes à incandescence. Mais les lampes à fluorescence sont-elles aussi bonnes pour l’environnement, peu chères et peu consommatrices d’énergie que tous le prétendent . Un film à propos de la lumière comme source de vie, mais aussi des questions financières et commerciales qui l’accompagnent. Et une démonstration de la résistance des individus face au pouvoir : c’est l’histoire de David contre Goliath.

Tout flou (beaucoup plus poétique)

Au programme de France 3 samedi prochain (tôt pour les vacances : 8h25) un court métrage poétique dont le héros, Arnaud est  myope, il préfère voir le monde sans ses lunettes  et évoluer dans un monde peuplé de créatures imaginaires . Nouvelle réalisation de l’illustrateur et animateur 2D Jean-Claude Rozec, « Cul de bouteille » a déjà décroché de nombreux prix dont le Prix du court métrage d’animation pour enfants au festival international d’animation  d’Ottawa (en octobre 2010).

Un conte merveilleux et fascinant au style pictural audacieux : un crayonné en noir et blanc qui donne aux êtres et aux choses une dimension tour à tour onirique ou effrayante !

Cul de Bouteille – Specky four eyes par Vivement_Lundi



911 : « à l’ombre des tours mortes »

15 09 2011

« Il y aura des attaques spectaculaires dans le mois ou dans les semaines à venir. Elles auront lieu simultanément et provoqueront des dégâts massifs. Les attaques viseront les intérêts américains, peut-être même auront-elle lieu aux Etats-Unis… » Il s’est écoulé 10 ans depuis le crash de deux avions dans les tours jumelles du World Trade Center, 102 minutes qui ont fait 3 000 morts et changé le monde. A l’occasion du dixième anniversaire de cette tragédie, on peut parler de production littéraire et cinématographique sans précédent, liée à une date historique.

LE POIDS DES MOTS

Dans les premières semaines après le 11/09, de nombreux romanciers sont confrontés à la violence des images, trop réelles, trop présentes pour que la fiction trouve sa place. Quelques-uns se voient davantage témoigner, comme Paul Auster, à travers un reportage mais rien (même les assassinats de Kennedy ou M. Luther King) n’est comparable à ce traumatisme. Le premier à s’y coller (sans beaucoup de succès) est un français, Frédéric Beigbeder, avec la problématique essentielle : peut-on romancer le 11 septembre ? Il s’écoulera quelques années avant que les écrivains américains s’emparent du sujet et révèlent la puissance symbolique de ces images spectaculaires : un changement géopolitique, les failles d’une superpuissance, l’illusion démocratique… (Don de Lillo « l’homme qui tombe »…)…

 

Ils se sont d’abord focalisé sur les mécanismes du fanatisme et le psychisme des terroristes puis sur le jour du 11/09 mais c’est le monde d' »après » qui retiendra leur attention : Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près« , ou Joseph O’Neil « Netherland » ; mais aussi sur les conséquences militaires  : Freedom de Jonathan Franzen.

La BD, elle aussi, s’interroge et progressivement, elle est passée de la narration cauchemardesque, la question du deuil (« mardi 11 septembre« /Henrik Rehr,  « le 11ème jour« /Sandrine Revel), au registre de la politique-fiction (la série « 9/11 » en France) et même a offert, plus récemment (2009-2010) des réponses sur le mode humoristique avec « Ben Laden dévoilé » ou « Bush et Ben ». L’album-référence a été publié en 2004 par Art Spiegelman,  qui a vécu cette journée dramatique à New York même « A l’ombre des tours mortes« . Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à la revanche (Holly terror de Frank Miller). A noter que certains dessinateurs – Enki Bilal, Stan Lee (Spiderman), avaient prophétisé la destruction de monuments symboliques (la Tour Eiffel, les tours jumelles), dès 1988.

LE CHOC DES IMAGES

L’attentat a tourné en boucle sur nos petits écrans et face à l’onde de choc, les cinéastes américains ont préféré cacher ce que l’Amérique n’était pas prête à voir. Du court-métrage de Sean Penn au film de Spike Lee, la 25e heure, le choc visuel des tours qui s’effondrent, des corps qui tombent est avant tout une réalité humaine. Comme pour la littérature, la fiction a mis du temps à trouver sa place. Il est d’abord question des héros malgré eux : les pompiers new-yorkais de World Trade Center de Oliver Stone, ou les passagers du Vol 93, qui ont évité l’impact du quatrième avion sur la Maison Blanche. Par la suite, l’événement est cristallisé par l’invasion (« La guerre des mondes » en 2005 avec Tom Cruise) ou la destruction des humains (« Je suis une légende » en 2007 avec Will Smith, avant le plus récent 2012 ou Cow-boys et envahisseurs avec Harrison Ford. Mais Hollywood a aussi  traduit une prise de conscience et une remise en question avec des films plus engagés contre l’administration Bush et l’occupation militaire en Irak et en Afghanistan. C’est le cas de Syriana (2006) ou Mensonges d’état de Ridley Scott (2008) et Green zone (2010) quand le héros recherche vainement des armes de destruction massive en Irak.

Les plasticiens, quant à eux, ont contourné la représentation par différentes techniques, à la fois puzzles d’une Amérique violentée et instantanés d’une architecture audacieuse mais fragilisée. A la date souvenir, 70 oeuvres seront exposées au Museum of Modern Art, souvent antérieures à la tragédie, mais qui illustrent ce que l’art renvoie au monde après les horreurs des guerres, des génocides ou bombes atomiques.

L’attentat du 11/9, s’il a changé New York et les Américains, a laissé une empreinte dans les domaines culturel et artistiques d’Islam. Du 7 au 17 septembre, un festival, Islam and the City (ICI) célèbre les relations avec l’Amérique, à travers des concerts, des débats, films et une pièce de théâtre « 11 septembre » pour que l’amalgame entre terrorisme et religion ne soit désormais qu’un cliché. Il comptera, parmi ses invités, Shérif El Gamal, le directeur du projet Park51, « la mosquée de Ground zéro ».

Par ses images multidiffusées, les scènes spectaculaires d’une catastrophe en direct ont imprimé pour toujours notre imaginaire. Métaphore artistique : l’Histoire majuscule a réduit en poussière des vies bien réeelles mais les fictions donnent aussi « tendresse et sens à tout cet espace hurlant » (De Lillo).

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Justice française, justice américaine : des systèmes différents

23 05 2011

L’actualité fournit parfois l’occasion de se pencher sur des sujets qui ne nous sont pas familiers mais qui intriguent. Pourtant  la justice américaine, -puisqu’il s’agit d’elle- tellement présente dans des séries télévisées, nous est dévoilée au travers de scénarii toujours bien ficelés, à tel point que nous faisons la confusion entre deux systèmes très différents : le système américain et le système français. Avec l’affaire DSK, nous ne manquons pas d’informations sur le déroulement de la procédure américaine, mais les parallèles ne s’appliquent pas forcément selon la notoriété des inculpés. Voici donc un tableau, modeste comparatif des deux systèmes, et quelques liens qui aident à faire la part des choses :

Les reportages télévisés font valoir également une certaine décontraction, à l’intérieur de la Cour de justice, où les avocats plaident en costume de ville, ce qui tranche avec la solennité d’une cour française où les différentes robes portées par les magistrats rappellent leur origine « noble » (noblesse de robe regroupant les nobles occupant des fonctions de justice ou de finance). Moins faciles à identifier, les avocats américains, souvent formés aux meilleures écoles, s’assimilent plus à des « businessmen » qu’à des auxiliaires de justice. L’argent, du côté américain, joue un grand rôle puisqu’une transaction est possible entre les deux parties, achetant en quelque sorte le silence de l’adversaire.

En France, nous parlons souvent de « justice à deux vitesses » : l’une pour les riches, où les relations, le rang social, la notoriété sont des « atouts », l’autre pour les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de se payer les meilleurs avocats. La réforme de la procédure pénale, prévue en début de cet été, fait grincer des dents, et sortir les magistrats dans la rue. Enfin, la suppression envisagée du juge d’instruction fait craindre une dépendance croissante de la justice à la chancellerie.




Le nouveau visage de la mort

1 05 2011

La religion conduit à porter un regard différent sur la dépouille mortelle et les rites funéraires selon qu’on est catholique, musulman ou juif… Mais la question du corps reste fondamentale : respect du défunt et destin « éternel ». Même si la mort s’est désocialisée et médicalisée depuis les années 50, « l’art de bien mourir » fait salon pour faire tomber les tabous autour de la mort. Certains trouvent même dans le dernier voyage une inspiration créative. Les obsèques évoluent : même le virtuel s’en mêle. Est-ce que la mort peut de venir écolo et numérique et tromper l’angoisse ? Pourquoi la tendance actuelle est-elle à la personnalisation des funérailles ?

LA VIE, LA MORT SELON LES RELIGIONS

La religion a toujours joué un rôle prépondérant sur le plan social ou individuel, dans la vie de l’homme. Elle essaie de répondre aux interrogations humaines sur la vie, le bonheur, la création du monde et la vie après la mort. Au moment de la sépulture, les rites traduisent le souci d’accorder au défunt :

  • – « une vie éternelle » , encensé et aspergé d’eau bénite en signe de respect (catholicisme).
  • – « un au-delà meilleur et durable », la vie  sur terre n’étant qu’un passage. Le mourant vit ainsi, avec sérénité, un trépas attendu et accepté. En revanche, l’intégrité du corps est respectée (pas d’incinération ou de mutilation). C’est le point de vue de l’islam.
  • – respect et dignité de la dépouille mortelle : le soin du mort s’impose pour le délivrer des impuretés terrestres ; la sacralité du corps interdit le don d’organes et l’incinération (judaïsme).

La plupart des croyances font  valoir que le corps n’est qu’un support biologique et provisoire pour l’âme ; celle-ci devant se dégager de l’enveloppe corporelle. Mais on va de plus en plus à l’encontre des pratiques traditionnelles et le rituel religieux tombe en désuétude, notamment en Occident.

MOUREZ, NOUS FERONS  LE RESTE

Dans notre civilisation où les croyances s’effondrent, l’entourage des défunts se réapproprie la cérémonie avec la volonté de rendre le rituel moins anonyme, plus chaleureux et plus « humain », d’autant plus que la techno-médecine fait reculer la mort et croître l’espérance de vie. Est-ce le début de la désacralisation de la mort ?

Récemment, se tenait à Paris le Salon de la mort. Il y était question de dons d’organes, de thanatopraxie, de soins palliatifs, d’euthanasie, mais aussi d’urnes artistiques, d' »héritages numériques », de webgrammes (messages, photos sur réseaux sociaux), de mises en vidéos et de cercueils personnalisés. Des sites Internet proposent de garder en mémoire les dernières volontés, les références bancaires, renseignements administratifs à transmettre et même les identifiants sur les réseaux sociaux pour pouvoir agir post-mortem, selon les volontés du défunt. Les webgrammes, eux,  sont envoyés après le feu vert de la banque (pour les documents importants) ou après le décès pour publier messages,  photos. Un autre site propose des « albums de vie » ou des « livrets de voeux » pour imaginer des funérailles qui soient à votre image, laisser des témoignages, une biographie… une façon de laisser à vos proches le le meilleur de vous-même… moyennant finances (de 30 à 400 euros).

Les cercueils personnalisés, en papier recyclé, mosaïque colorée, urnes en cocon tissé ou céramiques émaillées sont autant de créations marketing pour déjouer l’image traditionnelle du deuil, l’uniformité du noir. Une autre « révolution » préfigure cette « mort de la mort » que nous annonce, dans un livre tout récent, Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et ex-PDG de Doctissimo. Les enjeux de la biotechnologie aux fantastiques expériences auront des retombées bien plus surprenantes et des conséquences révolutionnaires quant à l’homme dans son rapport au monde. Les thérapies géniques et autres progrès médicaux offrent une évolution qui dépasse de loin la médecine de ressuscitation (réanimations, greffes…). Pourrait s’ensuivre, au cours de ce XXIe siècle, des conflits éthiques, politiques et sociaux qui nous obligeraient à revoir les fondements de l’humanisme. Autre débat, autre époque…



Réalité ou fiction : le destin tragique du Japon

24 03 2011

Ce n’est pas la fin du monde et pourtant le Japon vient d’enregistrer la catastrophe la plus importante de son histoire, naturelle et nucléaire, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Que ce soit à cause de la localisation de l’archipel volcanique ou à cause de la science, ce pays a subi des séismes destructeurs et des bombes atomiques dont se nourissent largement les mangas, films d’animation et d’action et oeuvres picturales. Bien plus qu’une inspiration légitime, cette tendance à l’ultra-réalisme serait ancrée dans la pensée profonde japonaise.
Japon: les animes apocalyptiques - Libération vidéo
Japon: les animes apocalyptiques – Libération vidéo

LES CATACLYSMES, DE LA REALITE A LA FICTION

Fukushima, comme un écho à Hiroshima, vient rappeler la douloureuse histoire du Japon. Les 6 et 9 août 1945, deux villes japonaises vivaient un cauchemar atomique. Ce potentiel de destruction, le Japon y est exposé aussi par un emplacement au carrefour de deux plaques tectoniques, le nombre important de volcans en activité (une vingtaine dont le mont Fuji), des pluies abondantes et de nombreux typhons en provenance du Pacifique. Entre irradiation et séisme, les désastres sont devenus des « classiques » de la fiction japonaise.

Une évocation emblématique, en manga, fut celle de Gen d’Hiroshima de Keiki Nakasawa, âgé de 6 ans quand la bombe explosa : souffrances du peuple japonais dans un Japon fasciste et fanatique, mort lente ou condamnation des survivants, l’incompréhension et la colère, la peur et la faim au ventre (1972)… Plus tôt, en 1954, la thématique du monstre, fruit des expériences nucléaires américaines, a fait de Godzilla, lézard géant préhistorique, une allégorie des armes nucléaires et a incarné  la peur que ces expériences se reproduisent, après les attaques de Nagasaki et Hiroshima (films, comics et jeux vidéos).

Des scenarii post-apocalyptiques (destruction du monde, survie de jeunes héros, reconstruction ou mort) ont vu le jour ces dernières années, avec l’Arme ultime. D’autres publications comme La submersion du Japon en 1972 ou A spirit of the sun décrivent un pays aux prises avec les éléments (tremblement de terre, tsunami) . Le dessin animé Ponyo sur la falaise de Miyazaki (2009) évoque un tsunami, monstre marin qui engloutit un village, une manière poétique d’incarner la force de la nature. Tokyo magnitude 8 suit le parcours de Jin et Nanako, deux camarades de lycée, dans un Tokyo en ruines, suite à un tremblement de terre.  La grande vague de Hokusaï est sans doute, quant à elle, l’une des plus anciennes illustrations (1831) du phénomène de tsunami.

C’est dire la panoplie de personnages, de Gen à Astro boy, qui fait partie de la culture populaire au Japon. Mais la fin du monde n’existe pas dans la mythologie japonaise ! Comment expliquer alors ces références si souvent empruntées à la réalité  et le stoïcisme dont font preuve les Japonais ?

LA SERENITE, PARADE RELIGIEUSE

Les phénomènes exceptionnels qui ont déjà mis à mal cette île du bout du monde sont une fatalité, une épreuve que la vie inflige et qui doit concourir à la renaissance, à la reconstruction. Contrairement à la philosophie occidentale qui veut que l’Homme domine la nature, les croyances japonaises sont  centrées sur le shinto, qui met l’accent sur l’harmonie entre l’homme et la nature. Le bouddhisme, de son côté,  invite à l’acceptation, au renoncement sans amertume ni frustration. On admire la sérénité de ces hommes et femmes et la solidarité envers les autres, dans leur malheur :  ces qualités sont parties intrinsèques de leur nature ; ils se savent éphémères et ont un sens aigu du temps qui passe. A travers les mangas, la peinture ou le cinéma, les Japonais exorcisent leurs peurs, souvent dans la violence. Et si la science devient folle, nul doute qu’ils relèveront le défi, en adoptant l’attitude qui consiste à rester maître d’eux pour reconstruire leur avenir, telle une éternelle revanche !

En marge de ces récents événements, il faut souligner l’initiative de Café Salé qui réunit des passionnés de création graphique : dessin, BD, manga, photo, webdesign… Ils ont créé un blog collaboratif Tsunami, des images pour le Japon, un projet artistique et solidaire pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. Les dessins originaux mis en ligne seront mis aux enchères et feront l’objet d’un ouvrage collectif. Les bénéfices seront reversés à l’Association Give2Asia.

SOURCES :

  • – Hiroshima, l’histoire de la première bombe atomique ; Editions Gallimard Jeunesse
  • – Mangas, 60 ans de bande dessinée japonaise/Gravett, Paul ; Editions du Rocher
  • – le site Japoninfos.com


Burn-out en milieu scolaire…

17 03 2011

Le dernier numéro des têtes chercheuses -magazine d’actualité et de culture scientifique en Pays de Loire- livre un dossier sur le « travail en chantiers » : statut, organisation, conditions pour un travail mieux vécu et mieux partagé ; car la santé au travail ne doit pas devenir un problème chronique…ce ne sont pas les élèves qui me contrediront. Il se trouve que l’article d’un clinicien, maître de conférences à l’université de Nantes, s’adapte parfaitement à la sphère scolaire… En voici la teneur :

Fatigue, ennui, malaise… comment ces souffrances psychiques ont-elles gagné la sphère scolaire ? Les enseignants sont-ils « trop durs », les « enseignés » trop plaintifs ? A l’écart des vives controverses médiatiques, (rythmes scolaires, réformes des lycées)  des recherches scientifiques abordent le sujet sous différents angles :

  • – organisation des tâches,
  • – mode de management,
  • – conditions de travail … et psychologie des différents acteurs.

Le malaise, pointé du doigt par les psychologues, et ressenti par  55 % des élèves, est un état désagréable résultant de la difficulté réelle à satisfaire une demande émanant de l’enseignant (exécuter une tâche, prendre une décision…) ; l’effort fourni pour s’ajuster à cette difficulté est nommée coping (de to cope : s’adpater, faire face).  La permanence ou la répétition de cette situation est source de symptômes somatiques perceptibles à n’importe quelle heure de la journée (troubles du sommeil, de la digestion…). Les pauvres petits sont alors victimes du burn-out (« épuisement » bien compréhensible).

Certains spécialistes décrivent le burn-out comme un syndrome constitué :

  • – d’un épuisement émotionnel (difficulté à ressentir ou exprimer des émotions -la participation orale et même écrite est en constante diminution !)
  • – d’un désinvestissement de la relation à autrui (attitude cynique ou froide… je dirais même plus) et
  • – d’un inaccomplissement personnel (conscience d’un sentiment de perte de ses capacités).

Cette pathologie provient, avant tout, de la difficulté à gérer des situations relationnelles lorsqu’elles sont obligées (obligation scolaire jusqu’à 16 ans, hélas). Ainsi le burn-out ne serait pas tant une conséquence du travail lui-même (de moins en moins effectué, d’ailleurs) ou de son cadre mais plutôt « la valence négative » de la relation à autrui (puissance de répulsion ici, que le sujet – l’élève- éprouve à l’égard de la situation (sa présence en classe).

Les études montrent que le phénomène est banalisé – parce que inéluctable…- En l’absence de prise en charge, le burn-out peut évoluer vers une pathologie plus sévère et propice au décrochage. L’enjeu des recherches porte donc sur :

  • – la réduction des manques (de personnel !) et
  • – le rapprochement du travail et du bonheur (un ministère à créer ?).

L’échec-symptôme d’abord, la pression sociale ensuite… La « rééducation » nationale a vraiment du boulot sur la planche !

J’allais oublier : un site canadien, du Secrétariat à la Jeunesse, qui se mobilise pour la persévérance scolaire et l’accomplissement personnel ; c’est Vitamine tes études et son test « manque de jus« . A conseiller sans modération !



L’indignation, un mot à la mode ?

21 01 2011

Le roman noir de la crise, avec ses traîtres, ses héros, son suspense inspire bien des débats, des constats et des questions. L’argent-roi est montré du doigt, mais aussi l’absence d’objectifs d’une société dépourvue de valeurs. Même les artistes s’y mettent, pour mettre en cause une société de plus en plus verrouillée par les lobbies, sorte de voyoucratie labellisée. S’indigner collectivement, mais aussi individuellement serait-il un acte de résistance propre à anéantir la mécanique infernale de la financiarisation ?

Premier constat : le secteur financier est le seul à s’être relevé du krach de 2008, grâce aux milliards injectés par les Etats, qui, eux, continuent d’accumuler les déficits publics et le nombre croissant de chômeurs. La poudre aux yeux de la finance virtuelle coule l’occident. L’économie mondialisée triomphe du social et cette déferlante ne rencontre que peu d’opposition (un scandale médiatisé par ci, une réforme avortée par là…). La révolte était l’apanage des classes ouvrières mais la machine à fric a broyé les idéologies : le partage des richesses est une utopie, la précarisation une réalité mais les droits de l’homme, la démocratie trouvent-ils encore un écho chez les citoyens du monde ?

Entre ces deux extrêmes : les banques scandaleusement riches et les pauvres toujours plus pauvres, les classes moyennes, dynamisées pendant les Trente Glorieuses ont une mobilité sociale moins collective. Leurs enfants n’ont pas les mêmes perspectives d’avenir, même si leur niveau d’études est supérieur à celui de leurs parents, et montrent une inquiétude légitime face à la trappe du chômage. Cette nouvelle donne sociale, depuis une vingtaine d’années, a pour conséquence de faire primer l’intérêt particulier sur l’intérêt général, la consommation constituant l’enjeu essentiel.

Pour dépasser ce comportement, le principe des droits universels doit se combiner avec la diversité culturelle, nous disent les sociologues. Il faut faire appel, d’abord, à la conscience individuelle pour que chacun retrouve sa « dignité », pour qu’une force morale, et pas forcément sociale, fasse renaître l’esprit démocratique. Cet esprit se retrouve par exemple, dans le grand mouvement écologique de sauvetage de la planète. Le citoyen ne peut laisser les seuls politiques prendre des décisions. S’il est capable de se révolter, de s’indigner, il devient acteur du changement. Preuve en est, dans un autre contexte, le soulèvement populaire en Tunisie ou les mouvements des intellectuels, des étudiants ou des femmes en Iran.

En occident, la crise semblerait faire oublier que les motifs d’indignation existaient avant elle : l’école républicaine, le droit au logement, la justice pour tous sont des thèmes récurrents des discours politiques non suivis d’effets. Stéphane Hessel rappelle, dans son recueil, que la Résistance est née de ce sursaut des consciences.  La manifestation de l’indignation passe aussi par les urnes ou la désobéissance civile quand il s’agit de faire respecter des intérêts supérieurs à la loi ( les membres du Réseau Sans Frontières qui s’opposent à l’expulsion d’élèves étrangers, les agents E.D.F. qui rétablissent le courant chez des chômeurs qui en sont privés…) ou d’empêcher l’atteinte à la dignité humaine… Tout ce que, profondément, l’art engagé propose au travers d’écrits, de pièces de théâtre ou de films.

2010 a vu naître, chez plusieurs artistes, le désir de choquer mais plus que l’indignation, ils veulent avant tout transmettre l’espoir, s’emparer d’un débat politique pour secouer la démocratie :

  • Inside Job, documentaire de Charles Ferguson, à vocation pédagogique, présente un tableau rigoureux, où experts et responsables du krach de 2008 témoignent, avec plus ou moins de bonne foi -quand ils ne coupent pas court à l’entretien- du cynisme des lobbyistes.
  • Sous toi la ville, thriller allemand réalisé par Christophe Hochhaüsler, démontre l’aliénation des corps et des esprits par la finance : une passion impossible sur fond de place financière, d’une implacable acuité politique même si le dispositif esthétique de froideur ne sert pas le film.
  • Effondrés ou la débâcle des « winners » du monde du business et de l’argent sous la plume de Matthieu Larnaudie.

A quoi sert cette mobilisation sinon à briser la résignation populaire et réveiller la magie de l’espoir ? Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est volontaire. A nous d’en tirer les leçons !

http://www.dailymotion.com/video/xfdif9



La mémoire en question

23 09 2010

A partir du 15e siècle, l’imprimerie permet de stocker ou de diffuser de nombreux savoirs et le raisonnement prime alors sur l’ingestion mécanique. Devenus, quelques siècles plus tard, objets de science, la mémoire et l’intelligence se distinguent : la première est divisée en processus divers (mémoire gestuelle, auditive, procédurale…) tandis que la deuxième est associée à des facultés de raisonnement mais aussi de perception, d’intuition, de créativité. Dans notre société, l’intelligence reste prépondérante sur la mémoire et pourtant la faculté de comprendre repose sur des connaissances acquises grâce à la mémoire. Comment fonctionne cette dernière  ? Que deviendrait l’Histoire sans la mémoire ? Les ressources numériques dans ce domaine sont-elles un atout ?

LA MACHINE A SOUVENIRS

« Avoir un trou de mémoire,  « Avoir une mémoire d’éléphant », « un aide-mémoire »… autant  d’expressions qui laisseraient supposer que la mémoire est sujette à l’oubli. En effet, elle n’a rien d’un muscle qu’il suffirait d’exercer pour la renforcer. Mais développer des stratégies d’apprentissage peut se révéler bénéfique, en particulier pour un patient qui souffre d’amnésie. Les deux hémisphères cérébraux étant spécialisés, la gestion de l’hémisphère préservé, dans ce cas, est sollicité pour rééduquer l’hémisphère atteint. De même, chez un sujet sain, la synesthésie peut l’amener à associer une image ou une couleur à l’audition d’une musique et faciliter la mémorisation. Et pour ne pas être saturé, le cerveau effectue un travail de tri et d’élimination. Peut-on dire pour autant qu’il y a effacement ou oubli définitif ? D’après Freud, il s’agirait plutôt du passage d’un souvenir dans l’inconscient, souvenir pouvant être réactivé lors d’un choc ou d’un traumatisme.

L’oubli n’est pas l’apanage de la mémoire individuelle. Si ses performances sont altérées, c’est aussi qu’elle est fonction du contexte  émotionnel et, dans ce sens, la mémoire collective est « victime » du même syndrome : les actes de collaboration, pendant la seconde guerre mondiale, les massacres perpétrés en Algérie ont ainsi échappé à l’histoire nationale pendant un certain temps. L’occultation d’un passé douloureux permet d’aller de l’avant, l’oubli  ressemble alors au silence. Quels liens existe-t-il donc entre histoire et mémoire ?

LA REPRESENTATION DU PASSE

L’Histoire raconte les événements du passé, vise à les faire comprendre par une documentation la plus exhaustive possible, sans jugement de valeur ; mais l’Histoire, c e sont les historiens, attachés à la culture de leur époque, enclins à une subjectivité inconsciente.

La mémoire, elle, restitue aussi le passé et l’interprète mais favorise un point de vue actuel en s’appuyant sur certains éléments plus anciens. Elles ont, en commun, la même finalité : construire une identité sociale. En cela, le « devoir de mémoire » témoigne de la relation étroite entre histoire et mémoire.

L’Histoire nourrit la mémoire collective, fournit des éléments essentiels à l’identité  communautaire. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le concept de patrimoine est fondamental : des responsables politiques ont cherché à mettre en lumière certains faits historiques et légiféré pour ne pas « oublier » et soustraire, aux yeux du monde, des crimes contre l’humanité (lois mémorielles) : les génocides, la traite négrière – à l’origine : les thèses négationnistes. Autres preuves du passé : les musées et les collections.

CONSERVATION ET RESSOURCES NUMERIQUES

Les collections, du « cabinet de curiosités » de la Renaissance à la constitution de musées modernes, témoignent de notre culture et ont une fonction mémorielle. Mais la sélection d’objets donne une image réductrice, basée sur des usages ou des critères de choix aléatoires (spécialités, périodes…). Depuis 1950 avec l’accélération de l’évolution technologique, la sauvegarde d’instruments ou de savoir faire s’accompagne de témoignages de scientifiques, de photographies et maintenant de bases de données Internet pour stocker et diversifier les moyens de transmission des connaissances. Le patrimoine ainsi généré, avec la participation de ses producteurs, est virtuel mais interactif et en construction permanente.

La sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel (interviews, animations…) ne remplacera pas la visite d’un musée mais offre un accès facile et permanent ainsi que des des outils de recherche ou la création de supports pédagogiques pour une transmission culturelle, riche d’exemples dans le temps et dans l’espace. A noter tout de même que le multimedia est soumis à des pannes qui occasionnent 40 % de pertes de mémoire.

La mémoire informatisée n’est donc pas idéale malgré tout, parce que de nombreux savoirs-faire demeurent difficiles à formaliser par des moyens informatiques. Elle n’en reste pas mois un système de communication et d’archivage accessible à deux milliards d’internautes dans le monde. Aujourd’hui, la prouesse serait d’inclure des métadonnées dans les pages web, c’est-à-dire des informations qui décrivent leurs contenus : les ordinateurs deviendraient « capables » de raisonner. Le web sémantique est l’objet de nombreuses recherches.

SITOGRAPHIE

Article réalisé d’après le magazine « Têtes chercheuses » (Actualité et culture des sciences en Pays de Loire).



C’est du chinois

10 09 2010

L’écriture chinoise se compose d’idéogrammes (idéo = idées, gramme = écrit) qui datent de plus de 5000 ans. Symbolisant des objets, ils ont évolué vers une simplification pour aider à la modernisation et à l’alphabétisation du plus grand nombre, à partir de 1956. Cette simplification, critiquée par la suite, a engendré la remise à l’ordre du jour des pictogrammes d’origine. Et ces signes font partie aujourd’hui de l’enseignement programmé dans de nombreuses écoles françaises.

Lisa Bresner, écrivain et sinologue, et Isabelle Lenoble ont créé un court film d’animation pour décrypter l’écriture des idéogrammes de façon ludique. Un dragon facétieux encourage la jeune héroïne à écrire le nom des objets qui disparaissent de son univers, pour les voir réapparaître : ici, son chat. Lisa Bresner, en février 2007, a déjà publié « Mes premières leçons de chinois » pour explorer cet univers de signes mystérieux, accompagné d’un CD pour découvrir aussi la dimension sonore de cette langue.


C’est la société rennaise Vivement lundi qui a produit le premier épisode de ce court-métrage, qui devrait devenir une série, dédiée aux plus jeunes. Présenté aux acheteurs du Marché International du Film d’Animation à Annecy, il participera, auvec quatre autres films français sélectionnés, au festival International d’Ottawa en octobre.



C'est du chinois – Pilote
envoyé par Vivement_Lundi. – Films courts et animations.