Des nouilles … au caviar

26 01 2012

Vik Muniz, artiste brésilien, mêle la photographie et la création d’oeuvre d’art dans une vision très personnelle de chefs-d’oeuvres connus : il joue les illusionnistes à l’aide de matériaux plus ou moins incongrus : sang de synthèse, chocolat, confitures mais aussi diamants, papier journal… Comment est-il passé d’une enfance pauvre à Sao Paulo aux expositions dans les musées, sans une véritable éducation artistique mais avec la même obsession, la perception visuelle ?

SON ORIGINALITE

Pour tout bagage, Vik Muniz a suivi des cours de dessin dans un atelier du soir et découvre l’histoire de l’art via des magazines ou quelques livres. Il emporte avec lui, aux Etats-Unis, son pays d’adoption, un kaléidoscope d’images qu’il s’amuse à reproduire, plus tard, pour offrir au spectateur un regard neuf sur des oeuvres classiques. Pas question pour lui de peinture à l’huile ou d’encres mais des matériaux inhabituels -du sucre, du fil de fer, des cendres- pour créer des simulations d’oeuvres, que la photographie immortalisera.
Son originalité tient à la multiplicité des supports qu’il utilise : des spaghettis pour la Méduse de Caravage, du caviar pour Frankenstein, des pièces de puzzle pour Picasso, des diamants pour les portraits de Marilyn Monroe et de Liz Taylor. Entre souvenirs de voyage et Pop Art, Vik Muniz interroge le statut de l’image médiatique, car les oeuvres mythiques dont il s’inspire deviennent des trompe-l’oeil : pour l’artiste, notre monde d’images doit nous rendre sceptique et nous inviter à retrouver une réalité chaque fois différente.

SA TECHNIQUE

Sa technique vise à élargir la gamme des moyens classiques au service de l’art contemporain. Mais c’est grâce à la photo argentique qu’il entend déclencher les mécanismes psychiques de la représentation et susciter une participation du spectateur. L’optique suggérerait presque une notion philosophique : celle du cours des choses éternellement effacé par l’immédiateté.

Il  parsème, dans ses collections,  une dose d’humour espiègle pour mieux induire le spectateur en erreur et sensibiliser, d’une manière plus générale, le public à la lecture de l’image. Ces oeuvres plastiques redéfinissent les contours, les ombres d’une peinture selon le matériau choisi : le sirop de chocolat  brun brillant sur l’image de Pollock amène de la sensualité ; le fil gris pour les prisons de Piranèse rappelle l’enfermement et le mystère, l’utilisation de pigments purs dans ses remakes de toiles de maîtres renouvelle la toile pour un rendu presque tactile, mettant ainsi en cohérence sujets et matériaux.

Sa dernière exposition à Avignon s’intitule avec justesse « le musée imaginaire » : 110 oeuvres revisitées pour une mise en abyme de l’Histoire des arts. Après le succès récompensé de l’exposition et du film documentaire l’accompagnant « Waste land », qui lui a été consacré en 2008 au Museum of  Modern Art de New York, nul doute que cet illusionniste nous réapprendra sans cesse à regarder l’art  photographique ou pictural comme une histoire des représentations suivant des échelles de valeur, des techniques et des époques.

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