Ernest Pignon-Ernest : l’artiste qui fait parler les murs

17 08 2010

L’espace Encan de La Rochelle présente cet été, une rétrospective de l’oeuvre d’Ernest Pignon en 500 dessins, sérigraphies et photos, intitulée « Parcours éphémères » ; l’occasion de s’intéresser au travail d’un autodidacte, inspiré très jeune par le tableau « Guernica » de Picasso…

Découper la silhouette d’une image forte, d’un personnage sur un pochoir pour la dessiner ou la peindre sur un support naturel ou urbain (rocher, mur) : une façon d’interpeller les passants pour les tirer de l’indifférence, c’est ainsi qu’EPE est devenu le précurseur du street art. « Je fais remonter à la surface enfouie, les souvenirs oubliés, je réactive leur potentiel symbolique ».

Processus inédit, le travail de cet artiste est composé d’images peintes ou sérigraphiées sur du papier. Ensuite  apposées sur des murs ou dans des cabines téléphoniques, ces affiches se fondent dans le décor urbain. Leurs photographies, avant la dégradation ou la destruction, permettent, outre de garder une trace, de saisir l’interaction entre l’oeuvre et le passant . EPE précise « ce que je colle sur les murs, c’est une image et non un trompe-l’oeil ». Pour lui, la photographie trahit son travail car « elle impose un cadrage, alors que toute [ma] démarche est bâtie sur le refus du cadre ». Depuis 1974, il prend les photos de ses oeuvres lui-même. Malgré ces réserves, la photo est le moyen qui restitue le mieux sa démarche, mais « l’oeuvre c’est l’intervention de mes dessins dans la rue ».

Portrait en pied de Mahmoud Darwich, poète emblème de la Palestine

D’Alger à Nice, de Paris à Ramallah, les lieux servent de cadre à ses dessins engagés pour réveiller les consciences : à Nice,  sa ville natale, dont le maire avait décidé un jumelage avec la ville du Cap, alors sous le régime de l’Apartheid, des affiches d’une famille africaine derrière des barbelés ont été placardées sur le parcours du « cortège municipal ». D’autres affiches suivront sur les travailleurs clandestins, l’avortement, le mur de séparation entre Palestine et Israël avec le poète Mahmoud Darwich : « c’est la place exacte du poète dans la souffrance, de l’histoire et l’éblouissement du présent » (Olivier Py).

Rites de la vie et de la mort, ces oeuvres en noir et blanc, inspirées de la Renaissance (Le Caravage) au fusain ou à la pierre noire, traduisent la lumière et les ténèbres napolitaines, Naples ville contemporaine avec la drogue, le chômage, la Camorra, mais riche de mythologies millénaires.

L’artiste réalise aussi des portraits célèbres d’auteurs, poètes ou écrivains, de musiciens (Desnos, Nerval, Rimbaud,  Neruda, Beethoven…). esquisses, dessins inédits, gravures, photos nous emmènent dans l’univers baroque et insolite d’un passeur d’émotions aux talents multiples. A La Rochelle, jusqu’au 22 août.

A VOIR

Le livre catalogue « Ernest Pignon-Ernest, face aux murs », éd. Delpire, 240 p.,
Interview récente de Ernest Pignon-Ernest

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