La mémoire en question

23 09 2010

A partir du 15e siècle, l’imprimerie permet de stocker ou de diffuser de nombreux savoirs et le raisonnement prime alors sur l’ingestion mécanique. Devenus, quelques siècles plus tard, objets de science, la mémoire et l’intelligence se distinguent : la première est divisée en processus divers (mémoire gestuelle, auditive, procédurale…) tandis que la deuxième est associée à des facultés de raisonnement mais aussi de perception, d’intuition, de créativité. Dans notre société, l’intelligence reste prépondérante sur la mémoire et pourtant la faculté de comprendre repose sur des connaissances acquises grâce à la mémoire. Comment fonctionne cette dernière  ? Que deviendrait l’Histoire sans la mémoire ? Les ressources numériques dans ce domaine sont-elles un atout ?

LA MACHINE A SOUVENIRS

« Avoir un trou de mémoire,  « Avoir une mémoire d’éléphant », « un aide-mémoire »… autant  d’expressions qui laisseraient supposer que la mémoire est sujette à l’oubli. En effet, elle n’a rien d’un muscle qu’il suffirait d’exercer pour la renforcer. Mais développer des stratégies d’apprentissage peut se révéler bénéfique, en particulier pour un patient qui souffre d’amnésie. Les deux hémisphères cérébraux étant spécialisés, la gestion de l’hémisphère préservé, dans ce cas, est sollicité pour rééduquer l’hémisphère atteint. De même, chez un sujet sain, la synesthésie peut l’amener à associer une image ou une couleur à l’audition d’une musique et faciliter la mémorisation. Et pour ne pas être saturé, le cerveau effectue un travail de tri et d’élimination. Peut-on dire pour autant qu’il y a effacement ou oubli définitif ? D’après Freud, il s’agirait plutôt du passage d’un souvenir dans l’inconscient, souvenir pouvant être réactivé lors d’un choc ou d’un traumatisme.

L’oubli n’est pas l’apanage de la mémoire individuelle. Si ses performances sont altérées, c’est aussi qu’elle est fonction du contexte  émotionnel et, dans ce sens, la mémoire collective est « victime » du même syndrome : les actes de collaboration, pendant la seconde guerre mondiale, les massacres perpétrés en Algérie ont ainsi échappé à l’histoire nationale pendant un certain temps. L’occultation d’un passé douloureux permet d’aller de l’avant, l’oubli  ressemble alors au silence. Quels liens existe-t-il donc entre histoire et mémoire ?

LA REPRESENTATION DU PASSE

L’Histoire raconte les événements du passé, vise à les faire comprendre par une documentation la plus exhaustive possible, sans jugement de valeur ; mais l’Histoire, c e sont les historiens, attachés à la culture de leur époque, enclins à une subjectivité inconsciente.

La mémoire, elle, restitue aussi le passé et l’interprète mais favorise un point de vue actuel en s’appuyant sur certains éléments plus anciens. Elles ont, en commun, la même finalité : construire une identité sociale. En cela, le « devoir de mémoire » témoigne de la relation étroite entre histoire et mémoire.

L’Histoire nourrit la mémoire collective, fournit des éléments essentiels à l’identité  communautaire. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le concept de patrimoine est fondamental : des responsables politiques ont cherché à mettre en lumière certains faits historiques et légiféré pour ne pas « oublier » et soustraire, aux yeux du monde, des crimes contre l’humanité (lois mémorielles) : les génocides, la traite négrière – à l’origine : les thèses négationnistes. Autres preuves du passé : les musées et les collections.

CONSERVATION ET RESSOURCES NUMERIQUES

Les collections, du « cabinet de curiosités » de la Renaissance à la constitution de musées modernes, témoignent de notre culture et ont une fonction mémorielle. Mais la sélection d’objets donne une image réductrice, basée sur des usages ou des critères de choix aléatoires (spécialités, périodes…). Depuis 1950 avec l’accélération de l’évolution technologique, la sauvegarde d’instruments ou de savoir faire s’accompagne de témoignages de scientifiques, de photographies et maintenant de bases de données Internet pour stocker et diversifier les moyens de transmission des connaissances. Le patrimoine ainsi généré, avec la participation de ses producteurs, est virtuel mais interactif et en construction permanente.

La sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel (interviews, animations…) ne remplacera pas la visite d’un musée mais offre un accès facile et permanent ainsi que des des outils de recherche ou la création de supports pédagogiques pour une transmission culturelle, riche d’exemples dans le temps et dans l’espace. A noter tout de même que le multimedia est soumis à des pannes qui occasionnent 40 % de pertes de mémoire.

La mémoire informatisée n’est donc pas idéale malgré tout, parce que de nombreux savoirs-faire demeurent difficiles à formaliser par des moyens informatiques. Elle n’en reste pas mois un système de communication et d’archivage accessible à deux milliards d’internautes dans le monde. Aujourd’hui, la prouesse serait d’inclure des métadonnées dans les pages web, c’est-à-dire des informations qui décrivent leurs contenus : les ordinateurs deviendraient « capables » de raisonner. Le web sémantique est l’objet de nombreuses recherches.

SITOGRAPHIE

Article réalisé d’après le magazine « Têtes chercheuses » (Actualité et culture des sciences en Pays de Loire).

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