L’art crâne

1 04 2010

Dans la mode, la musique, la pub, les têtes de mort sont partout. Même l’art s’en mêle et le musée Maillol à Paris  met en vedette ces silhouettes ricanant sur la futilité des biens terrestres : « C’est la vie » jusqu’au 28 juin. L’occasion de s’interroger sur l’origine de cette image, profane ou religieuse.

TOUT UN SYMBOLE

tete de mort pompeiLa Rome Antique nous a légué la phrase célèbre « Memento mori » -Souviens-toi que tu vas mourirmais c’est surtout à la fin du Moyen Age qu’elle prend toute sa signification. Ainsi la tête de mort orne les uniformes de certaines armées en Europe au XVe siècle, tandis qu’au XVIIIe siècles elle est l’emblème des pirates, avec les tibias croisés sur un pavillon annonçant le danger. Dans les années 30, les peintres Dali, Braque ou Picasso ont utilisé ce motif dans des natures mortes. Il est repris par les SS de l’Allemagne nazie et évoque, quelques années plus tard, le poison et le danger pour signaler la toxicité chimique.

Aujourd’hui, le recours à cette iconographie établit un nouveau rapport à la mort, dédramatisé mais conscient : la mort fait partie de la vie, alors jouis du présent. Carpe diem quoi ! On constate avec ce bref historique que cette « épidémie » ressurgit dans les périodes de crise (guerres, Shoah, sida…) et on pourrait y entrevoir les marques d’une angoisse collective face aux catastro phes écologiques, au réchauffement climatique, au terrorisme ou aux crises politiques et financières.


DERISION, DESILLUSION

tetemort parfumSigne d’anarchie ou de rébellion sur les blousons de cuir des Hell’s Angels, la mort a roulé sa bosse pour ne réapparaître qu’en 2000, avec le mouvement gothique, d’abord au Japon puis en Occident : « le besoin de se donner la chair de poule et aussi s’assumer face au phénomène des avatars ou des secondes vies qu’offre Internet » explique la styliste Nelly Rodi. Ces squelettes que l’on exhibe « crânement » (vêtements, foulards, tatouages) sont-ils l’expression du « Fuck the system » (pied de nez à la mort) ou une réponse à la culture de masse qui fétichise le scato, l’horreur ou le trash ?

En matière de mode, les enseignes de prêt-à-porter ont emboîté le pas aux marques de luxe pour exploiter la fascination schizophrénique de notre société -hantée par la vieillesse- pour la mort. La vanité de l’existence qui s’est développée au Moyen Age, nous rattrape avec l’apparition de nouveaux artistes comme Damien Hirst, Basquiat, Barcelo… qui veulent apprivoiser la mort plutôt que l’occulter et cette mode macabre, elle-même éphémère, nous renvoie à notre condition de simple vivant, obsédé par les richesses matérielles.

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