L’indignation, un mot à la mode ?

21 01 2011

Le roman noir de la crise, avec ses traîtres, ses héros, son suspense inspire bien des débats, des constats et des questions. L’argent-roi est montré du doigt, mais aussi l’absence d’objectifs d’une société dépourvue de valeurs. Même les artistes s’y mettent, pour mettre en cause une société de plus en plus verrouillée par les lobbies, sorte de voyoucratie labellisée. S’indigner collectivement, mais aussi individuellement serait-il un acte de résistance propre à anéantir la mécanique infernale de la financiarisation ?

Premier constat : le secteur financier est le seul à s’être relevé du krach de 2008, grâce aux milliards injectés par les Etats, qui, eux, continuent d’accumuler les déficits publics et le nombre croissant de chômeurs. La poudre aux yeux de la finance virtuelle coule l’occident. L’économie mondialisée triomphe du social et cette déferlante ne rencontre que peu d’opposition (un scandale médiatisé par ci, une réforme avortée par là…). La révolte était l’apanage des classes ouvrières mais la machine à fric a broyé les idéologies : le partage des richesses est une utopie, la précarisation une réalité mais les droits de l’homme, la démocratie trouvent-ils encore un écho chez les citoyens du monde ?

Entre ces deux extrêmes : les banques scandaleusement riches et les pauvres toujours plus pauvres, les classes moyennes, dynamisées pendant les Trente Glorieuses ont une mobilité sociale moins collective. Leurs enfants n’ont pas les mêmes perspectives d’avenir, même si leur niveau d’études est supérieur à celui de leurs parents, et montrent une inquiétude légitime face à la trappe du chômage. Cette nouvelle donne sociale, depuis une vingtaine d’années, a pour conséquence de faire primer l’intérêt particulier sur l’intérêt général, la consommation constituant l’enjeu essentiel.

Pour dépasser ce comportement, le principe des droits universels doit se combiner avec la diversité culturelle, nous disent les sociologues. Il faut faire appel, d’abord, à la conscience individuelle pour que chacun retrouve sa « dignité », pour qu’une force morale, et pas forcément sociale, fasse renaître l’esprit démocratique. Cet esprit se retrouve par exemple, dans le grand mouvement écologique de sauvetage de la planète. Le citoyen ne peut laisser les seuls politiques prendre des décisions. S’il est capable de se révolter, de s’indigner, il devient acteur du changement. Preuve en est, dans un autre contexte, le soulèvement populaire en Tunisie ou les mouvements des intellectuels, des étudiants ou des femmes en Iran.

En occident, la crise semblerait faire oublier que les motifs d’indignation existaient avant elle : l’école républicaine, le droit au logement, la justice pour tous sont des thèmes récurrents des discours politiques non suivis d’effets. Stéphane Hessel rappelle, dans son recueil, que la Résistance est née de ce sursaut des consciences.  La manifestation de l’indignation passe aussi par les urnes ou la désobéissance civile quand il s’agit de faire respecter des intérêts supérieurs à la loi ( les membres du Réseau Sans Frontières qui s’opposent à l’expulsion d’élèves étrangers, les agents E.D.F. qui rétablissent le courant chez des chômeurs qui en sont privés…) ou d’empêcher l’atteinte à la dignité humaine… Tout ce que, profondément, l’art engagé propose au travers d’écrits, de pièces de théâtre ou de films.

2010 a vu naître, chez plusieurs artistes, le désir de choquer mais plus que l’indignation, ils veulent avant tout transmettre l’espoir, s’emparer d’un débat politique pour secouer la démocratie :

  • Inside Job, documentaire de Charles Ferguson, à vocation pédagogique, présente un tableau rigoureux, où experts et responsables du krach de 2008 témoignent, avec plus ou moins de bonne foi -quand ils ne coupent pas court à l’entretien- du cynisme des lobbyistes.
  • Sous toi la ville, thriller allemand réalisé par Christophe Hochhaüsler, démontre l’aliénation des corps et des esprits par la finance : une passion impossible sur fond de place financière, d’une implacable acuité politique même si le dispositif esthétique de froideur ne sert pas le film.
  • Effondrés ou la débâcle des « winners » du monde du business et de l’argent sous la plume de Matthieu Larnaudie.

A quoi sert cette mobilisation sinon à briser la résignation populaire et réveiller la magie de l’espoir ? Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est volontaire. A nous d’en tirer les leçons !

http://www.dailymotion.com/video/xfdif9

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