Justice française, justice américaine : des systèmes différents

23 05 2011

L’actualité fournit parfois l’occasion de se pencher sur des sujets qui ne nous sont pas familiers mais qui intriguent. Pourtant  la justice américaine, -puisqu’il s’agit d’elle- tellement présente dans des séries télévisées, nous est dévoilée au travers de scénarii toujours bien ficelés, à tel point que nous faisons la confusion entre deux systèmes très différents : le système américain et le système français. Avec l’affaire DSK, nous ne manquons pas d’informations sur le déroulement de la procédure américaine, mais les parallèles ne s’appliquent pas forcément selon la notoriété des inculpés. Voici donc un tableau, modeste comparatif des deux systèmes, et quelques liens qui aident à faire la part des choses :

Les reportages télévisés font valoir également une certaine décontraction, à l’intérieur de la Cour de justice, où les avocats plaident en costume de ville, ce qui tranche avec la solennité d’une cour française où les différentes robes portées par les magistrats rappellent leur origine « noble » (noblesse de robe regroupant les nobles occupant des fonctions de justice ou de finance). Moins faciles à identifier, les avocats américains, souvent formés aux meilleures écoles, s’assimilent plus à des « businessmen » qu’à des auxiliaires de justice. L’argent, du côté américain, joue un grand rôle puisqu’une transaction est possible entre les deux parties, achetant en quelque sorte le silence de l’adversaire.

En France, nous parlons souvent de « justice à deux vitesses » : l’une pour les riches, où les relations, le rang social, la notoriété sont des « atouts », l’autre pour les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de se payer les meilleurs avocats. La réforme de la procédure pénale, prévue en début de cet été, fait grincer des dents, et sortir les magistrats dans la rue. Enfin, la suppression envisagée du juge d’instruction fait craindre une dépendance croissante de la justice à la chancellerie.




L’art du camouflage

19 05 2011

Liu Bolin est sculpteur. Il modèle la matière depuis l’âge de 13 ans. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Pékin (2001), il a délaissé un moment la sculpture pour des performances éphémères qu’il immortalise sur des photographies.  La destruction de son atelier dans un quartier d’artistes en 2005 sera l’événement déclencheur de son nouveau concept : se fondre dans le décor comme un cri de révolte muet, face aux autorités chinoises.

Le langage de l’image traduit, dans son oeuvre singulière, la croissance économique de la Chine, la société de consommation qui happe l’humanité. Liu « disparait », dans des mises en scène photographiques pour s’abstraire de l’oppression. Pour cela, il choisit soigneusement ses décors, à valeur de symboles : sur des panneaux électoraux, dans des drapeaux, des messages de propagande…

Le plasticien caméléon donne à voir des sculptures humaines qui ne sont pas sans rappeler les personnages traditionnels du théâtre chinois, aux maquillages stylisés, à l’apparence de masques. Mais cet art engagé, à « l’invisibilité » ludique le rend encore plus intégré au monde d’aujourd’hui pour mieux questionner les systèmes économiques, politiques, esthétiques dans un réalisme étudié ( la couleur rouge associée à l’élément  » feu » en Chine…).

L’artiste continue de sculpter : hommes sans yeux (Red Hand) ou sculptures enflammées (Burning man). Ses travaux exposés à Paris, Vérone, Londres New York ou Shangaï depuis 2007 lui valent une reconnaissance internationale.




Le nouveau visage de la mort

1 05 2011

La religion conduit à porter un regard différent sur la dépouille mortelle et les rites funéraires selon qu’on est catholique, musulman ou juif… Mais la question du corps reste fondamentale : respect du défunt et destin « éternel ». Même si la mort s’est désocialisée et médicalisée depuis les années 50, « l’art de bien mourir » fait salon pour faire tomber les tabous autour de la mort. Certains trouvent même dans le dernier voyage une inspiration créative. Les obsèques évoluent : même le virtuel s’en mêle. Est-ce que la mort peut de venir écolo et numérique et tromper l’angoisse ? Pourquoi la tendance actuelle est-elle à la personnalisation des funérailles ?

LA VIE, LA MORT SELON LES RELIGIONS

La religion a toujours joué un rôle prépondérant sur le plan social ou individuel, dans la vie de l’homme. Elle essaie de répondre aux interrogations humaines sur la vie, le bonheur, la création du monde et la vie après la mort. Au moment de la sépulture, les rites traduisent le souci d’accorder au défunt :

  • – « une vie éternelle » , encensé et aspergé d’eau bénite en signe de respect (catholicisme).
  • – « un au-delà meilleur et durable », la vie  sur terre n’étant qu’un passage. Le mourant vit ainsi, avec sérénité, un trépas attendu et accepté. En revanche, l’intégrité du corps est respectée (pas d’incinération ou de mutilation). C’est le point de vue de l’islam.
  • – respect et dignité de la dépouille mortelle : le soin du mort s’impose pour le délivrer des impuretés terrestres ; la sacralité du corps interdit le don d’organes et l’incinération (judaïsme).

La plupart des croyances font  valoir que le corps n’est qu’un support biologique et provisoire pour l’âme ; celle-ci devant se dégager de l’enveloppe corporelle. Mais on va de plus en plus à l’encontre des pratiques traditionnelles et le rituel religieux tombe en désuétude, notamment en Occident.

MOUREZ, NOUS FERONS  LE RESTE

Dans notre civilisation où les croyances s’effondrent, l’entourage des défunts se réapproprie la cérémonie avec la volonté de rendre le rituel moins anonyme, plus chaleureux et plus « humain », d’autant plus que la techno-médecine fait reculer la mort et croître l’espérance de vie. Est-ce le début de la désacralisation de la mort ?

Récemment, se tenait à Paris le Salon de la mort. Il y était question de dons d’organes, de thanatopraxie, de soins palliatifs, d’euthanasie, mais aussi d’urnes artistiques, d' »héritages numériques », de webgrammes (messages, photos sur réseaux sociaux), de mises en vidéos et de cercueils personnalisés. Des sites Internet proposent de garder en mémoire les dernières volontés, les références bancaires, renseignements administratifs à transmettre et même les identifiants sur les réseaux sociaux pour pouvoir agir post-mortem, selon les volontés du défunt. Les webgrammes, eux,  sont envoyés après le feu vert de la banque (pour les documents importants) ou après le décès pour publier messages,  photos. Un autre site propose des « albums de vie » ou des « livrets de voeux » pour imaginer des funérailles qui soient à votre image, laisser des témoignages, une biographie… une façon de laisser à vos proches le le meilleur de vous-même… moyennant finances (de 30 à 400 euros).

Les cercueils personnalisés, en papier recyclé, mosaïque colorée, urnes en cocon tissé ou céramiques émaillées sont autant de créations marketing pour déjouer l’image traditionnelle du deuil, l’uniformité du noir. Une autre « révolution » préfigure cette « mort de la mort » que nous annonce, dans un livre tout récent, Laurent Alexandre, chirurgien, énarque et ex-PDG de Doctissimo. Les enjeux de la biotechnologie aux fantastiques expériences auront des retombées bien plus surprenantes et des conséquences révolutionnaires quant à l’homme dans son rapport au monde. Les thérapies géniques et autres progrès médicaux offrent une évolution qui dépasse de loin la médecine de ressuscitation (réanimations, greffes…). Pourrait s’ensuivre, au cours de ce XXIe siècle, des conflits éthiques, politiques et sociaux qui nous obligeraient à revoir les fondements de l’humanisme. Autre débat, autre époque…



Réalité ou fiction : le destin tragique du Japon

24 03 2011

Ce n’est pas la fin du monde et pourtant le Japon vient d’enregistrer la catastrophe la plus importante de son histoire, naturelle et nucléaire, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Que ce soit à cause de la localisation de l’archipel volcanique ou à cause de la science, ce pays a subi des séismes destructeurs et des bombes atomiques dont se nourissent largement les mangas, films d’animation et d’action et oeuvres picturales. Bien plus qu’une inspiration légitime, cette tendance à l’ultra-réalisme serait ancrée dans la pensée profonde japonaise.
Japon: les animes apocalyptiques - Libération vidéo
Japon: les animes apocalyptiques – Libération vidéo

LES CATACLYSMES, DE LA REALITE A LA FICTION

Fukushima, comme un écho à Hiroshima, vient rappeler la douloureuse histoire du Japon. Les 6 et 9 août 1945, deux villes japonaises vivaient un cauchemar atomique. Ce potentiel de destruction, le Japon y est exposé aussi par un emplacement au carrefour de deux plaques tectoniques, le nombre important de volcans en activité (une vingtaine dont le mont Fuji), des pluies abondantes et de nombreux typhons en provenance du Pacifique. Entre irradiation et séisme, les désastres sont devenus des « classiques » de la fiction japonaise.

Une évocation emblématique, en manga, fut celle de Gen d’Hiroshima de Keiki Nakasawa, âgé de 6 ans quand la bombe explosa : souffrances du peuple japonais dans un Japon fasciste et fanatique, mort lente ou condamnation des survivants, l’incompréhension et la colère, la peur et la faim au ventre (1972)… Plus tôt, en 1954, la thématique du monstre, fruit des expériences nucléaires américaines, a fait de Godzilla, lézard géant préhistorique, une allégorie des armes nucléaires et a incarné  la peur que ces expériences se reproduisent, après les attaques de Nagasaki et Hiroshima (films, comics et jeux vidéos).

Des scenarii post-apocalyptiques (destruction du monde, survie de jeunes héros, reconstruction ou mort) ont vu le jour ces dernières années, avec l’Arme ultime. D’autres publications comme La submersion du Japon en 1972 ou A spirit of the sun décrivent un pays aux prises avec les éléments (tremblement de terre, tsunami) . Le dessin animé Ponyo sur la falaise de Miyazaki (2009) évoque un tsunami, monstre marin qui engloutit un village, une manière poétique d’incarner la force de la nature. Tokyo magnitude 8 suit le parcours de Jin et Nanako, deux camarades de lycée, dans un Tokyo en ruines, suite à un tremblement de terre.  La grande vague de Hokusaï est sans doute, quant à elle, l’une des plus anciennes illustrations (1831) du phénomène de tsunami.

C’est dire la panoplie de personnages, de Gen à Astro boy, qui fait partie de la culture populaire au Japon. Mais la fin du monde n’existe pas dans la mythologie japonaise ! Comment expliquer alors ces références si souvent empruntées à la réalité  et le stoïcisme dont font preuve les Japonais ?

LA SERENITE, PARADE RELIGIEUSE

Les phénomènes exceptionnels qui ont déjà mis à mal cette île du bout du monde sont une fatalité, une épreuve que la vie inflige et qui doit concourir à la renaissance, à la reconstruction. Contrairement à la philosophie occidentale qui veut que l’Homme domine la nature, les croyances japonaises sont  centrées sur le shinto, qui met l’accent sur l’harmonie entre l’homme et la nature. Le bouddhisme, de son côté,  invite à l’acceptation, au renoncement sans amertume ni frustration. On admire la sérénité de ces hommes et femmes et la solidarité envers les autres, dans leur malheur :  ces qualités sont parties intrinsèques de leur nature ; ils se savent éphémères et ont un sens aigu du temps qui passe. A travers les mangas, la peinture ou le cinéma, les Japonais exorcisent leurs peurs, souvent dans la violence. Et si la science devient folle, nul doute qu’ils relèveront le défi, en adoptant l’attitude qui consiste à rester maître d’eux pour reconstruire leur avenir, telle une éternelle revanche !

En marge de ces récents événements, il faut souligner l’initiative de Café Salé qui réunit des passionnés de création graphique : dessin, BD, manga, photo, webdesign… Ils ont créé un blog collaboratif Tsunami, des images pour le Japon, un projet artistique et solidaire pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. Les dessins originaux mis en ligne seront mis aux enchères et feront l’objet d’un ouvrage collectif. Les bénéfices seront reversés à l’Association Give2Asia.

SOURCES :

  • – Hiroshima, l’histoire de la première bombe atomique ; Editions Gallimard Jeunesse
  • – Mangas, 60 ans de bande dessinée japonaise/Gravett, Paul ; Editions du Rocher
  • – le site Japoninfos.com


Burn-out en milieu scolaire…

17 03 2011

Le dernier numéro des têtes chercheuses -magazine d’actualité et de culture scientifique en Pays de Loire- livre un dossier sur le « travail en chantiers » : statut, organisation, conditions pour un travail mieux vécu et mieux partagé ; car la santé au travail ne doit pas devenir un problème chronique…ce ne sont pas les élèves qui me contrediront. Il se trouve que l’article d’un clinicien, maître de conférences à l’université de Nantes, s’adapte parfaitement à la sphère scolaire… En voici la teneur :

Fatigue, ennui, malaise… comment ces souffrances psychiques ont-elles gagné la sphère scolaire ? Les enseignants sont-ils « trop durs », les « enseignés » trop plaintifs ? A l’écart des vives controverses médiatiques, (rythmes scolaires, réformes des lycées)  des recherches scientifiques abordent le sujet sous différents angles :

  • – organisation des tâches,
  • – mode de management,
  • – conditions de travail … et psychologie des différents acteurs.

Le malaise, pointé du doigt par les psychologues, et ressenti par  55 % des élèves, est un état désagréable résultant de la difficulté réelle à satisfaire une demande émanant de l’enseignant (exécuter une tâche, prendre une décision…) ; l’effort fourni pour s’ajuster à cette difficulté est nommée coping (de to cope : s’adpater, faire face).  La permanence ou la répétition de cette situation est source de symptômes somatiques perceptibles à n’importe quelle heure de la journée (troubles du sommeil, de la digestion…). Les pauvres petits sont alors victimes du burn-out (« épuisement » bien compréhensible).

Certains spécialistes décrivent le burn-out comme un syndrome constitué :

  • – d’un épuisement émotionnel (difficulté à ressentir ou exprimer des émotions -la participation orale et même écrite est en constante diminution !)
  • – d’un désinvestissement de la relation à autrui (attitude cynique ou froide… je dirais même plus) et
  • – d’un inaccomplissement personnel (conscience d’un sentiment de perte de ses capacités).

Cette pathologie provient, avant tout, de la difficulté à gérer des situations relationnelles lorsqu’elles sont obligées (obligation scolaire jusqu’à 16 ans, hélas). Ainsi le burn-out ne serait pas tant une conséquence du travail lui-même (de moins en moins effectué, d’ailleurs) ou de son cadre mais plutôt « la valence négative » de la relation à autrui (puissance de répulsion ici, que le sujet – l’élève- éprouve à l’égard de la situation (sa présence en classe).

Les études montrent que le phénomène est banalisé – parce que inéluctable…- En l’absence de prise en charge, le burn-out peut évoluer vers une pathologie plus sévère et propice au décrochage. L’enjeu des recherches porte donc sur :

  • – la réduction des manques (de personnel !) et
  • – le rapprochement du travail et du bonheur (un ministère à créer ?).

L’échec-symptôme d’abord, la pression sociale ensuite… La « rééducation » nationale a vraiment du boulot sur la planche !

J’allais oublier : un site canadien, du Secrétariat à la Jeunesse, qui se mobilise pour la persévérance scolaire et l’accomplissement personnel ; c’est Vitamine tes études et son test « manque de jus« . A conseiller sans modération !



Tout pour la musique

11 03 2011

Et si l’harmonie venait de la nature, tout simplement ? Des corbeaux sur des lignes électriques, un paysage banal, mais cette photo vue sur un journal, a inspiré Jarbas Agnelli, musicien brésilien. La position des volatiles sur les fils, se traduit par une mélodie envoûtante, agrémentée d’arrangements musicaux…

Birds on the Wires from Jarbas Agnelli on Vimeo.


Une étudiante américaine a choisi  « de se donner en spectacle » pour son examen de fin d’année. Son but  ? Prouver qu’elle connaît parfaitement le langage des signes … dans une chorégraphie toute personnelle :

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OK go, groupe de rock américain, a l’habitude de créer des clips surprenants ; le dernier en date met en vedette des chiens dressés bien accompagnés par ce groupe,  dont le nom vient de leur enfance : en colonie de vacances, leur moniteur leur disait « OK Go ! ». A voir ci-dessous !

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BONNE FIN DE VACANCES, pour ceux qui y sont encore !



Portraits de justice

25 02 2011

En décembre dernier, le Nouvel Obs relatait l’éviction d’un dessinateur de presse, François Peyrucq, par le président de la Cour, lors du procès d’un militant basque de l’E.T.A. Protestation vive des journalistes contre ce non-respect des droits de la presse dans les tribunaux. Le dessin est souvent la seule image disponible, quand il n’existe pas de photos d’un accusé ou d’un prévenu, pour illustrer un article ou un reportage de télévision. Une exposition sur le sujet, (terminée depuis le 14 septembre 2010) au Parlement de Bretagne, à Rennes, et le site de la  Bibliothèque du Centre Pompidou, inspiré de cette même expo, nous en apprennent davantage sur un métier peu connu.

PETITE HISTOIRE

A partir du 16e siècle, la gravure a permis de diffuser la représentation d’un procès en images. Après la révolution, le dessin met véritablement en scène, par le regard de l’artiste, les faits qui se déroulent au sein du prétoire : les croquis nombreux traduisent les différents sentiments qui animent les protagonistes. Des affaires, telles que celles de Dreyfus ou de Zola, sont ainsi propulsées dans l’opinion, mobilisée. C’est l’aspect documentaire qui est alors privilégié, mais le dessin d’audience revêt plus tard un côté satirique avec les caricatures qui dénoncent souvent l’institution judiciaire ou fustigent une justice répressive (Daumier).

METIER  : REPORTER

La prise de photographies, tolérées jusque-là, a été strictement interdite par une loi de 1954. Le dessin d’audience est ainsi le seul à témoigner du déroulement d’un procès : son cadre, son mobilier, les costumes, la gestuelle des avocats ou l’organisation même de la cour de justice. Souvent diplômé des Beaux-Arts, l’artiste est aussi journaliste. L’outil de publication peut justifier un parti pris caricatural (Charlie Hebdo, le canard enchaîné,…). Les dessinateurs actuels emploient d’ailleurs le mot « couvrir » pour énumérer les différents procès auxquels ils assistent. Leur collaboration avec des grands quotidiens ou des hebdos, en font des reporters spécialisés sur les grands moments de procédure : interrogatoire, réquisitoire, délibération.


Des noms comme Tignous, François Peyruck, Cabu, Riss ou Sylvie Guillot trouveront-ils le moyen de renouveler le genre ? Car depuis quelques années, les caméras et appareils photos sont rentrés dans l’enceinte du tribunal : la technologie numérique pourrait apporter un second souffle à cet art, produit dans l’urgence, qui s’attache à décortiquer les rouages judiciaires sans connaître la fin du « film »…




Le monde selon Moebius

10 02 2011

Un des rares à être publié outre-Atlantique dans le 9ème art, c’est MOEBIUS, comme l’anneau du même nom, Jean Giraud alias Gir et Moëbius, fait souvent référence à sa double facette ; deux pseudonymes pour une identité artistique aux styles différents. Gir s’est inspiré de la photographie, du cinéma pour devenir plus tard Moebius et sortir du cadre traditionnel de la BD. La métamorphose est un thème cher à jean Giraud qui préside à la scénographie de l’exposition MOEBIUS TRANSE-FORME, actuellement à la fondation Cartier.

TRAIT DE GENIE

Créateur de la série Blueberry, co-fondateur de Métal Hurlant et des Editions Humanoïdes Associés, Jean Giraud (né en 1938), a profondément influencé les univers de la Science-Fiction (Arzach, le Garage Hermétique, l’Incal), de la BD, de la vidéo et du cinéma (Le 5ème élément, Abyss, Alien, Tron).

Ses lectures adolescentes (SF, Asimov, Moorcock), ses études d’arts appliqués, ses voyages et ses rencontres (Jigé, Jodorowsky) caractérisent toute son oeuvre, remplissent son imaginaire. Au fil des années, il expérimente tous les possibles en matière de narration graphique. C’est un principe directeur que de « voir en relief », de laisser libre cours à son imagination. Ce « jongleur de l’espace-temps » arpente même sa propre création aux côtés de ses personnages dans sa dernière série Inside Moebius.


L’espace des possibles pour le dessinateur, c’est le désert, un élément naturel qu’il se plaît  à peupler de créatures hybrides, mi-animales, mi-mécaniques, dans des décors de protubérances tentaculaires ou de végétations foisonnantes. « Quand on est en méditation, c’est la réalité qui devient un désert » assène-t-il. L’humain, l’animal, le végétal et le minéral s’amalgament pour donner lieu à des mutations brutales : pétrification, désintégration, vieillissement. Il s’agit, à travers le dessin, de défier les lois de la rationalité et de la vraisemblance.

Moebius revendique sa fascination pour la transformation. De ses « rêves lucides » et de sa passion pour les sciences et la nature, naît un univers graphique révolutionnaire dans la mesure où le rêve le fait accéder à un abîme de possibilités et la transe à un processus créatif.

METAMOEBIUS

De sa réflexion incessante sur le monde qui l’entoure et de son intérêt pour la génétique Métamoebius (en référence au portrait filmé de l’exposition) a bousculé les lois de la nature et créé des connexions originales entre les espèces existantes. Les danses tribales maliennes, les costumes chinois du 16e siècle ou ceux des époques précolombiennes l’ont inspiré pour dessiner les costumes  d’Alien de Ridley Scott ; mais plus que la métamorphose plastique, ses dessins ou ses films d’animation traduisent son goût pour le vivant en perpétuelle évolution, son évasion du réel pour illustrer ses fantasmes jusqu’à inventer un langage propre : les cokefluch (plat préparé par un synthétiseur d’aliments), la gondole antigrav (véhicule pour circuler dans le Garage Hermétique) ou l’arangue (véhicule à trois roues), l’Edelfe (petit être de la planète Edena) ou moins poétique l’Homéopute (femme à pratiques sexuelles relaxantes dans l’Incal).

Depuis le 12 octobre, la Fondation Cartier présente les oeuvres de J. Giraud à travers plus de 400 documents. Une première partie est consacrée aux personnages, de Blueberry, héros de western, à John Difool, détective privé de l’Incal, et à des autoportraits comme un double de l’auteur lui-même qui préfigure la deuxième partie, celle de l’univers métaphorique où se confond rêve et réalité, entre images labyrinthiques, mutations humaines et sculptures cristallines.

Le monde de Moebius existe comme ce ruban à face unique mais image miroir, constamment en devenir, à la fois éphémère et tendant vers l’immortalité.

Voir aussi :



Le duo June et Lula

26 01 2011

Deux filles, une guitare, une harmonie chorale, c’est June et Lula, un, duo français qui nous offre, avec leur premier album Sixteen times la redécouverte d’un style folk américain des années 60, pour le son, et des textes signés par elles-mêmes dans la langue de Shakespeare.

Tressy et Céline -leurs vrais prénoms- depuis le lycée fréquenté en Seine-et-Marne, ont eu envie de marier leurs voix : l’une chantait dans un groupe de rock, l’autre jouait du violoncelle. Leur duo complice date de 2008 et parcourt les terrasses de cafés avant de signer un contrat avec un label indépendant. L’univers bluesy, gospel ou jazz séduit par la simplicité de l’interprétation : une guitare acoustique et deux voix qui font penser à l’harmonie vocale de Simon and Garfunkel. Fraîcheur délurée, tendresse coquine, romance au féminin pluriel, June et Lula,  c’est tout cela à la fois, qu’une aisance vocale maîtrisée promet à un bel avenir !

La deuxième bonne surprise, c’est que ce duo féminin de 22 ans s’ingénie à composer des textes à la fois tendres et effrontés  pour évoquer une certaine sensualité, une liberté revendiquée entre l’amour et le désamour : une modernité étonnante sur une musique américaine un peu oubliée.

Pour en savoir plus, consultez leur myspace et le parcours de leur tournée !

http://www.dailymotion.com/video/xfn79k


L’indignation, un mot à la mode ?

21 01 2011

Le roman noir de la crise, avec ses traîtres, ses héros, son suspense inspire bien des débats, des constats et des questions. L’argent-roi est montré du doigt, mais aussi l’absence d’objectifs d’une société dépourvue de valeurs. Même les artistes s’y mettent, pour mettre en cause une société de plus en plus verrouillée par les lobbies, sorte de voyoucratie labellisée. S’indigner collectivement, mais aussi individuellement serait-il un acte de résistance propre à anéantir la mécanique infernale de la financiarisation ?

Premier constat : le secteur financier est le seul à s’être relevé du krach de 2008, grâce aux milliards injectés par les Etats, qui, eux, continuent d’accumuler les déficits publics et le nombre croissant de chômeurs. La poudre aux yeux de la finance virtuelle coule l’occident. L’économie mondialisée triomphe du social et cette déferlante ne rencontre que peu d’opposition (un scandale médiatisé par ci, une réforme avortée par là…). La révolte était l’apanage des classes ouvrières mais la machine à fric a broyé les idéologies : le partage des richesses est une utopie, la précarisation une réalité mais les droits de l’homme, la démocratie trouvent-ils encore un écho chez les citoyens du monde ?

Entre ces deux extrêmes : les banques scandaleusement riches et les pauvres toujours plus pauvres, les classes moyennes, dynamisées pendant les Trente Glorieuses ont une mobilité sociale moins collective. Leurs enfants n’ont pas les mêmes perspectives d’avenir, même si leur niveau d’études est supérieur à celui de leurs parents, et montrent une inquiétude légitime face à la trappe du chômage. Cette nouvelle donne sociale, depuis une vingtaine d’années, a pour conséquence de faire primer l’intérêt particulier sur l’intérêt général, la consommation constituant l’enjeu essentiel.

Pour dépasser ce comportement, le principe des droits universels doit se combiner avec la diversité culturelle, nous disent les sociologues. Il faut faire appel, d’abord, à la conscience individuelle pour que chacun retrouve sa « dignité », pour qu’une force morale, et pas forcément sociale, fasse renaître l’esprit démocratique. Cet esprit se retrouve par exemple, dans le grand mouvement écologique de sauvetage de la planète. Le citoyen ne peut laisser les seuls politiques prendre des décisions. S’il est capable de se révolter, de s’indigner, il devient acteur du changement. Preuve en est, dans un autre contexte, le soulèvement populaire en Tunisie ou les mouvements des intellectuels, des étudiants ou des femmes en Iran.

En occident, la crise semblerait faire oublier que les motifs d’indignation existaient avant elle : l’école républicaine, le droit au logement, la justice pour tous sont des thèmes récurrents des discours politiques non suivis d’effets. Stéphane Hessel rappelle, dans son recueil, que la Résistance est née de ce sursaut des consciences.  La manifestation de l’indignation passe aussi par les urnes ou la désobéissance civile quand il s’agit de faire respecter des intérêts supérieurs à la loi ( les membres du Réseau Sans Frontières qui s’opposent à l’expulsion d’élèves étrangers, les agents E.D.F. qui rétablissent le courant chez des chômeurs qui en sont privés…) ou d’empêcher l’atteinte à la dignité humaine… Tout ce que, profondément, l’art engagé propose au travers d’écrits, de pièces de théâtre ou de films.

2010 a vu naître, chez plusieurs artistes, le désir de choquer mais plus que l’indignation, ils veulent avant tout transmettre l’espoir, s’emparer d’un débat politique pour secouer la démocratie :

  • Inside Job, documentaire de Charles Ferguson, à vocation pédagogique, présente un tableau rigoureux, où experts et responsables du krach de 2008 témoignent, avec plus ou moins de bonne foi -quand ils ne coupent pas court à l’entretien- du cynisme des lobbyistes.
  • Sous toi la ville, thriller allemand réalisé par Christophe Hochhaüsler, démontre l’aliénation des corps et des esprits par la finance : une passion impossible sur fond de place financière, d’une implacable acuité politique même si le dispositif esthétique de froideur ne sert pas le film.
  • Effondrés ou la débâcle des « winners » du monde du business et de l’argent sous la plume de Matthieu Larnaudie.

A quoi sert cette mobilisation sinon à briser la résignation populaire et réveiller la magie de l’espoir ? Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est volontaire. A nous d’en tirer les leçons !

http://www.dailymotion.com/video/xfdif9