Des trésors dans nos poubelles

29 05 2012

Ce n’est pas nouveau, l’art de la récup  a déjà donné lieu à des expositions, des concours… Des artistes offrent une deuxième vie à des matériaux recyclables, certes, mais qui envahissent nos poubelles : plastique, métal, carton. Pour mieux prendre conscience des volumes de déchets et des possibilités de leurs reconversion artistique, voici un petit tour du monde « Art d’éco » :

Le plastique, inventé en 1869, est de plus en plus utilisé mais 15 % seulement sont recyclés dans le monde. Il représente même un 8ème continent -c’est son nom- : une gigantesque plaque de déchets, découverte dans l’océan Pacifique (6 fois la France), en 1997. Il donne lieu aussi à un jeu interactif au Futuroscope de Poitiers pour nous sensibiliser à la pollution marine.

– Un artiste urbain new-yorkais propose un spectacle étonnant : Joshua Allen Harris fabrique des animaux ou créatures bizarres à l’aide de sacs plastiques et de scotch, qu’il place au-dessus des bouches de métro. Le souffle qui s’en échappe gonfle les structures, leur donnant ainsi une vie éphémère.

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Martine Camillieri, plasticienne française, est une pionnière en matière de détournement et de recyclage : installations d’objets, (autels et temples), photos (camion-bidons) et son site de gardiennage virtuel d’objets perdus, livres (de cuisine pour les enfants, manuel écologique),  tout est prétexte pour jouer avec les objets, questionner nos pratiques de consommation. Martine Camillieri milite pour une écologie douce, cultive l’art et la drôlerie : toujours dans l’optique de « ré-enchanter » le quotidien, elle conçoit des buffets décalés, de la vaisselle comestible ou bio-dégradable.


– 300 millions de tonnes : c’est la production annuelle de papier -que nous recyclons à plus de 70 % en France. Le gros problème c’est le tri. Comme les autres déchets, il est devenu un terrain d’exploration pour des artistes qui en font des vêtements, des robots … ou des livres comme en Argentine : une maison d’édition pas comme les autres « Eloïsa Cartonera » est née … de la débâcle économique en 2001 ; des recycleurs ramassent papiers et cartons pour les revendre à des usines de récupération. Un écrivain argentin s’en mêle et lance une maison d’édition ; les plus belles pièces servent à faire des couvertures de livres. L’atelier grandit dans un quartier populaire ; les habitants, enfants ou adultes, armés de pochoirs, de pinceaux et de peinture participent à l’aventure. Le concept est en train de faire le tour du monde.

 

 

 

 

 

 

– Quoi de plus résistant que le métal ? Les métaux ont une grande espérance de vie, surtout sous forme de déchets ! Des canettes à l’informatique, l’électronique ou l’automobile, ils ont été les symboles du progrès mais causent des dégâts durables dans l’environnement. Leur réutilisation permet aux artistes de devenir les rois du recycl’art. Exemple la galerie Brauer : ce dernier, plasticien, sculpteur, peintre graphiste, partage sa galerie avec d’autres designers pour réhabiliter des objets déchus ; une sorte de pied-de-nez- à la société de consommation frénétique : sculptures lumineuses, accumulations électroniques aux allures vintage, « l’objet enfin de vie devient une trésor en devenir ». Rien n’est jamais figé.

 A l’occasion de la conférence sur le développement durable, RIO + 20, du 20 au 22 juin, l’accent sera mis sur deux thèmes spécifiques : une économie verte dans le contexte de l’éradication de la pauvreté et un cadre institutionnel pour le développement durable. En parallèle, le Sommet des Peuples appelle à une large mobilisation contre la marchandisation de la nature… En attendant, les déchets d’oeuvres sont déjà une transition écologique !


 



Entre-scotch

10 02 2012

Au lieu d’utiliser de la peinture, Max Zorn découpe au scalpel des bandes de scotch et les superpose pour réaliser des tableaux. Cette idée lui est venue en observant le travail de designers de voitures qui  projetaient, à toute vitesse, leurs idées sur de grands tableaux, à l’aide de rubans adhésifs. Depuis quelque années, le « tape art » qui existait déjà en tant qu’art urbain et le scotch multicolore permettaient de réaliser des fresques, comme celle-ci dans le métro parisien (exécutée par un collectif slovène, ORTO).

TapeArt – Fejzo & Luka Ursic from Multipraktik on Vimeo.

Max, qui vit à Amsterdam, a admiré l’éclairage des vieilles rues, un brun doré qui projette des ombres, créant des images graphiques séduisantes ; il décide alors d’utiliser du plexi-glass pour y appliquer du scotch brun translucide. Ces portraits sont souvent inspirés du cinéma,  de la chanson ou de la peinture. Les superpositions dévoilent plus ou moins de lumière et sculptent les visages d’une manière saisissante.

Il réalise ses oeuvres en parcourant l’Amérique du Nord, le Canada et l’Australie en passant par l’Europe où il escalade lampadaires et immeubles pour offrir ses créations au regard de tous dans les rues de San Sebastian, Lisbonne ou Berlin.

Belle performance au final !

Le site de Max Zorn

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Autre graffeur, australien cette fois, Buff Diss, parcourt le monde avec ses rouleaux de scotch et décore aussi bien  des surfaces verticales qu’horizontales mais aussi dans le « vide », dans l’air, de la 3D sans endommager les murs !

Sa galerie ici

Autre artiste, cette jeune femme française Eugénie Fauny, qui travaille avec le scotch d’une très belle manière.

« Mille fragments de mots, de lettres, de couleurs et d’images s’entre-scotchent, s’arrachent au papier et se restructurent sur les tableaux (toile, plexiglas, bois) et sur les objets détournés (lampes, bidons, valise) de cette plasticienne hors-norme. Adepte de la poésie lettriste, elle crée à l’aide du ruban adhésif repositionné, un souffle cadencé, heurté, hyper-ventilé, témoin acerbe et juste de nos modes de communication. Sans concession pour elle-même, Eugénie Fauny, au son déchirant du scotch qu’elle coupe de ses dents, recrée ainsi ses propres messages… arrachés… au ruban de la vie. »

En fait « l’art scotch » n’est pas vraiment une invention du 21e siècle et son précurseur s’appelle : Gil Joseph Wolman. Celui-ci  entreprend en 1959 un travail  résolument pictural, incluant des matières plastiques, des cirages, des papiers mâchés dans lesquels il inscrit des écritures et des graffitis. Avec l’Art scotch commence, en 1964, la période la plus prolifique du travail de Gil Joseph Wolman :fragments de textes et d’images arrachés par des bandes adhésives dans des journaux et qui restent inscrits sur la colle.  Reportés  sur divers supports (planches de bois, toiles) en lignes superposées qui posent autant la question de la constitution du tableau dans sa relation au monde que la « dissolution et la constitution du mouvement » (titre de l’exposition Wolman à la galerie Valérie Schmidt en 1968). La densité du scotch fait un effet de matière et le procédé rigoureux, par bandes régulières posées horizontalement, donne aux mots une nouvelle dimension.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutes ces expériences manuelles, montage et jeu graphiques, chroniques du monde, constituent les prémices des graffitis et de l’art urbain.

 

 



Le storytelling art

29 09 2011

La tendance du storytelling est apparue vers les années 1980 dans les discours politiques américains. Le président Ronald Reagan, ancien acteur et entouré de consultants, formés en écoles de commerce est l’un des premiers à avoir utilisé cette méthode pour convaincre ses électeurs. D’autres disciplines -la sociologie, le droit, l’éducation- ont été séduites car « raconter des histoires » permet de capter l’attention et de susciter l’émotion. Et dans le domaine artistique, Marc Ferrero a inauguré, en 1989, un nouveau rapport à la narration, mais sur les murs. C’est le STORYTELLING ART.

SON UNIVERS ET SA TECHNIQUE

Très tôt influencé par les Comics, cet artiste français, autodidacte, combine la BD, la peinture figurative et les techniques cinématographiques de cadrage. Marc Ferrero a  choisi de quitter « les planches », après divers projets et voyages pour développer s on imaginaire en peinture, mais scenarii en tête, ses personnages, grand format, se déclinent sur des toiles ou l’histoire de héros contemporains, se lit toile après toile. La thématique du monde urbain fournit un décor de gratte-ciel, d’embouteillages, de jeux d’argent et de clubs jazzy pour interpréter un roman graphique, entre les huiles , les acryliques, les pochoirs et les lyrics.

Trois superhéros :

  • Duke, dandy anglais jazzman, fan de poker,
  • Lisa, femme fatale, franco-américaine et
  • Don Cello di Cordoba, champion de polo et fou de tango argentin

sont les personnages récurrents d’une histoire Il était une fois la Comitive , qui luttent contre la pègre new-yorkaise. Sculptures, tableaux en 3D, vidéo-clips, toutes les techniques,  de la BD à la musique, font de cette aventure un vrai thriller dont les protagonistes se promènent aux quatre coins de la planète.

UN FILM, VERSION ACRYLIQUE

Car ce roman graphique est composé, jusqu’à maintenant, de 4 000 oeuvres, propriété de collectionneurs privés. Art séquentiel, aux dimensions de peinture classique, le Storytelling Art doit son originalité au croisement de styles que développe Marc Ferrero : une BD à la verticale  qui se lit dans les musées ou les galeries, dont les acheteurs peuvent créer leur propre histoire (à condition d’en avoir les moyens quand même !).

Depuis son premier salon d ‘art contemporain en 1999, à New York, M. Ferrero a su adapter sa connaissance de scenarii de BD à un décor artistique qui dévoile une intrigue, « un road painting » comme une série TV, semant des indices dans ses tableaux. Il existe même une bande-son grâce à Jérome Obry qui allie la pop rock, le jazz et le tango pour mettre en scène l’univers de la Comitive (dont les membres affiliés reçoivent une newsletter alléchante !).



L’art du camouflage

19 05 2011

Liu Bolin est sculpteur. Il modèle la matière depuis l’âge de 13 ans. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Pékin (2001), il a délaissé un moment la sculpture pour des performances éphémères qu’il immortalise sur des photographies.  La destruction de son atelier dans un quartier d’artistes en 2005 sera l’événement déclencheur de son nouveau concept : se fondre dans le décor comme un cri de révolte muet, face aux autorités chinoises.

Le langage de l’image traduit, dans son oeuvre singulière, la croissance économique de la Chine, la société de consommation qui happe l’humanité. Liu « disparait », dans des mises en scène photographiques pour s’abstraire de l’oppression. Pour cela, il choisit soigneusement ses décors, à valeur de symboles : sur des panneaux électoraux, dans des drapeaux, des messages de propagande…

Le plasticien caméléon donne à voir des sculptures humaines qui ne sont pas sans rappeler les personnages traditionnels du théâtre chinois, aux maquillages stylisés, à l’apparence de masques. Mais cet art engagé, à « l’invisibilité » ludique le rend encore plus intégré au monde d’aujourd’hui pour mieux questionner les systèmes économiques, politiques, esthétiques dans un réalisme étudié ( la couleur rouge associée à l’élément  » feu » en Chine…).

L’artiste continue de sculpter : hommes sans yeux (Red Hand) ou sculptures enflammées (Burning man). Ses travaux exposés à Paris, Vérone, Londres New York ou Shangaï depuis 2007 lui valent une reconnaissance internationale.




Clovis Trouille, un peintre anar

22 10 2010

« Il est vrai que je n’ai jamais travaillé en vue d’obtenir un grand prix à une biennale de Venise quelconque, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison »… Vous avez dit subversif ? Clovis Trouille l’a revendiqué toute sa vie au point de ne jamais faire de la peinture son métier pour garder son indépendance.

UN PEINTRE SULFUREUX ET ANARCHISTE

Ce diplômé des Beaux-arts d’Amiens, au patronyme mystérieux (mais authentique), né en 1889, gagne sa vie en illustrant des journaux d’Amiens puis en devenant peintre maquilleur : il éclaircit le teint, retouche un sein, dessine une arcade sur les mannequins de plâtre exposés dans les vitrines. Il peint pendant ses heures de loisirs. mais mobilisé en 1914 et traumatisé par la guerre, il bascule dans l’anarchie et ne cessera de dénoncer la collusion de l’église, de l’armée et de l’état.

Sa peinture est plus remarquable par l’histoire qu’elle raconte que par sa technique avant-gardiste. Il utilise l’huile et  le collage, préfigurant le pop-art. Lecteur de Sade, il fait de nombreuses références à l’écrivain érotique, et pourfend, en même temps, l’armée et le clergé. Avec humour, il met en scène ses propres funérailles, se nourrit de références littéraires (le bateau ivre) ou picturales (l’embarquement pour Cythère). Cet éternel contestataire, toujours incisif, a su se faire remarquer, sans presque jamais exposer, par son refus de la norme et son côté « surréaliste ».

VOYOU, VOYANT, VOYEUR

L’artiste est découvert par Dali en 1930 lors de l’exposition des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, avec Remembrance qui recèle tous les thèmes développés par Clovis Trouille qui dit lui-même pratiquer « un art voyou, voyant, voyeur ». C’est le titre de l’exposition, mise au point par trois villes : L’Isle-Adam, Charleville-Mézières et Laval. Par son inspiration (l’imagerie populaire) et ses compositions, l’oeuvre de Clovis s’inscrit dans la continuité de Rousseau, peintre lavallois. Ses toiles aux couleurs vives exaltent la liberté de moeurs, la fascination pour les mises en scène macabres où se mêlent autant le voyeurisme que l’attirance pour le monde du music-hall et du cirque dans une provocation joyeuse et humoristique.



Au musée d’art naïf, Vieux-Château, place de la Trémoille, du 16 octobre’au 16 janvier, à Laval. Tél. 02 43 53 39 89. Du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h ; le dimanche de 14 h à 18 h. Entrée : 1 €, visite commentée : 2 €.



Rencontre entre l’architecture et la BD

9 10 2010

Jean-Marc Thévenet, ex-directeur du festival de la BD à Angoulême et Francis Rambert, directeur de l’Institut Français d’Architecture se sont vus proposer la mise en oeuvre de l’exposition Archi et BD, la ville dessinée, au Palais de Chaillot, depuis juin dernier. Pour le premier « le mode ludique de la BD est plus actuel que jamais » ; pour le second : « c’est un signe si les plus grands architectes du moment, Herzog et de Meuron, se servent des cases et des bulles pour faire comprendre leurs projets futurs ». Servie par une scénographie inédite, l’exposition se veut une articulation de ces deux mondes dans une chronologie ponctuée de références aux métropoles internationales.

LA VILLE DESSINEE

Elle regroupe deux types de créations : architecture et bande dessinée qui sont, depuis longtemps, visionnaires. A travers les productions éditoriales des deux dernières décennies, l’importance du décor urbain pose, avec pertinence, la question d’une ville meilleure (François Schuiten et Benoît Peeters, Enki Bilal…), qu’elle soit européenne ou asiatique. Cette dimension onirique fait partie des univers explorés par les architectes. Ils cherchent dans la BD un moyen de communiquer leur travail par l’album, les cases ou les bulles, mettant en scène un projet pour sensibiliser à l’architecture (les Suisses Herzog et de Meuron ont présenté ainsi leur projet urbain Metrobasel).

Vers les années 60, l’ambiance high tech et le mouvement Pop’art marquent l’époque en proposant une nouvelle esthétique de vie quotidienne -transport, habitat…- (l’exposition universelle de 1958 fut, à ce titre, très innovante). Archigram, groupe d’architectes et les auteurs de l’école belge matérialisent cette vision plus ou moins utopiste (Les pirates du silence de Franquin). Le support populaire qu’est la BD, sa souplesse narrative deviennent un élément de parenté avec l’architecture ; les univers s’entrecroisent pour raconter la ville ou l’habitat (Jacques Rougerie « Habiter la mer », inspiré de jules Verne).

  • – De même, la bande dessinée se nourrit de supports inattendus comme la peinture ou le cinéma. Alors qu’en Chine, il n’y a pas si longtemps, elle était considérée comme un art décadent, elle devient, dans le monde entier, un patrimoine de référence avec ses propres courants graphiques.
  • – L’architecture emprunte, elle aussi parfois, au cinéma des instruments comme le storyboard dans le cadre de concours ou de publications.

La vision urbaine est un bel exemple de ce mélange des univers d’autant plus que cette influence esthétique se retrouve dans les jeux vidéos, un support graphique émergent.

LA SCENOGRAPHIE

Plutôt qu’un étalage répétitif de planches de petites dimensions, l’exposition est rythmée par un va-et-vient des références entre architecture et BD. La scénographie joue sur les agrandissements de planches ou de cases. Autre impératif : la lumière. Une membrane blanche (le barrisol, nouveau matériau), déformable, est rétro-éclairée  pour baliser un parcours presque irréel dans une sorte de vaisseau spatial. C’est un jeu de cache-cache entre les deux  expressions artistiques, imaginé par l’agence Projectiles. La membrane, tenue par une sorte d’échafaudage,  est tirée ou poussée en coulisses, formant un relief mouvant où apparaissent les planches originales, les maquettes, films et documents sonores.

Après Paris, New York, Tokyo est devenue une vitrine architecturale et culturelle, concomitamment avec l’avènement du manga. L’exposition nous fait ainsi  voyager, de villes suspendues ou mobiles à des chaos universels aux dimensions de guerre civile. Carnet de voyages,  imaginaires ou réels, à travers des espaces urbains pour mieux appréhender la concordance de ces dédales d’images où le visiteur se sent habitant plus que spectateur.

A voir au Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro jusqu’au 28 novembre.

François Schuiten



L’art crâne

1 04 2010

Dans la mode, la musique, la pub, les têtes de mort sont partout. Même l’art s’en mêle et le musée Maillol à Paris  met en vedette ces silhouettes ricanant sur la futilité des biens terrestres : « C’est la vie » jusqu’au 28 juin. L’occasion de s’interroger sur l’origine de cette image, profane ou religieuse.

TOUT UN SYMBOLE

tete de mort pompeiLa Rome Antique nous a légué la phrase célèbre « Memento mori » -Souviens-toi que tu vas mourirmais c’est surtout à la fin du Moyen Age qu’elle prend toute sa signification. Ainsi la tête de mort orne les uniformes de certaines armées en Europe au XVe siècle, tandis qu’au XVIIIe siècles elle est l’emblème des pirates, avec les tibias croisés sur un pavillon annonçant le danger. Dans les années 30, les peintres Dali, Braque ou Picasso ont utilisé ce motif dans des natures mortes. Il est repris par les SS de l’Allemagne nazie et évoque, quelques années plus tard, le poison et le danger pour signaler la toxicité chimique.

Aujourd’hui, le recours à cette iconographie établit un nouveau rapport à la mort, dédramatisé mais conscient : la mort fait partie de la vie, alors jouis du présent. Carpe diem quoi ! On constate avec ce bref historique que cette « épidémie » ressurgit dans les périodes de crise (guerres, Shoah, sida…) et on pourrait y entrevoir les marques d’une angoisse collective face aux catastro phes écologiques, au réchauffement climatique, au terrorisme ou aux crises politiques et financières.


DERISION, DESILLUSION

tetemort parfumSigne d’anarchie ou de rébellion sur les blousons de cuir des Hell’s Angels, la mort a roulé sa bosse pour ne réapparaître qu’en 2000, avec le mouvement gothique, d’abord au Japon puis en Occident : « le besoin de se donner la chair de poule et aussi s’assumer face au phénomène des avatars ou des secondes vies qu’offre Internet » explique la styliste Nelly Rodi. Ces squelettes que l’on exhibe « crânement » (vêtements, foulards, tatouages) sont-ils l’expression du « Fuck the system » (pied de nez à la mort) ou une réponse à la culture de masse qui fétichise le scato, l’horreur ou le trash ?

En matière de mode, les enseignes de prêt-à-porter ont emboîté le pas aux marques de luxe pour exploiter la fascination schizophrénique de notre société -hantée par la vieillesse- pour la mort. La vanité de l’existence qui s’est développée au Moyen Age, nous rattrape avec l’apparition de nouveaux artistes comme Damien Hirst, Basquiat, Barcelo… qui veulent apprivoiser la mort plutôt que l’occulter et cette mode macabre, elle-même éphémère, nous renvoie à notre condition de simple vivant, obsédé par les richesses matérielles.



Des apprentis artistes

19 10 2009

chaudronnerie1lightOu comment façonner des  sculptures en préparant un B.E.P. de chaudronnier. Treize jeunes du lycée professionnel Robert Buron, à Laval, vont s’atteler, tout au long de l’année, à la fabrication de sculptures sur le thème de « Ubu dans la vie quotidienne ». Ils ont,  pour les accompagner :

  • – leur professeur de français qui les fera travailler sur la pièce de l’écrivain lavallois Afred Jarry, Ubu Roi,
  • – leur enseignant en structure métallique,
  • – le sculpteur Louis Derbré.

REALISATION D’OUVRAGES CHAUDRONNES

A priori, cet intitulé ne laisse pas envisager une quelconque motivation  artistique. Les secteurs d’activités concernent, en effet,  plutôt la construction navale, ferroviaire ou aéronautique. L’enseignement dispensé utilise des manipulations sur différents postes d’atelier, faisant appel à des notions de dessin industriel, de traçage et à la programmation de commandes numériques ; des débouchés comme tuyauteur, soudeur ou chaudronnier sont proposés aux élèves, soit directement après le B.E.P., soit en poursuivant leurs études par un bac professionnel « Structures métalliques » -bâtiment métal, verre, aluminium-, organisation  et gestion de travaux…

Rien qui ne fasse apparaître une dimension artistique. Et pourtant… le profil de l’élève requiert une bonne représentation des objets dans l’espace, le goût de la précision et du travail soigné, de la dextérité… de là à se muer en artiste, il n’y a qu’un pas !

UN PROJET INNOVANT

A l’initiative d’une commerçante qui voulait dynamiser une rue piétonne du centre ville, ce projet va permettre en outre, à une discipline méconnue de faire valoir son travail et de motiver les jeunes : les sculptures réalisées seront exposées dans cette rue et un vote du public sera organisé pour sélectionner l’oeuvre qui méritera de figurer en bonne place à la mairie de Laval, tandis que les autres rejoindront le jardin de la Perrine.

ubuLes élèves ont déjà choisi leur thème : un Ubu skieur ou un Ubu pêcheur verront le jour avec les conseils prodigués par le « maître » Louis Derbré  et même si les formes à représenter ne sont pas évidentes, ce projet artistique est un challenge pour le chef de travaux du lycée et ses élèves, un aboutissement original qui va dévoiler un potentiel de créativité dont les auteurs n’étaient sans doute pas conscients.

Confiants et conscients de vivre une belle aventure, ces jeunes ont une mission d’ici juin 2010 : celle de susciter la curiosité, d’attirer le regard, d’émouvoir, de surprendre le passant ou le touriste qui découvrira leurs réalisations. Ce sera sans doute leur plus belle récompense !



SLAM vous dit quelque chose ?

18 05 2009

GCM, entendez par là, Grand Corps Malade, vient d’utiliser ses talents de « slammeur » pour scander ses inquiétudes « sur l’école à deux vitesses, les réformes à deux balles, les profs sous-payés… ». Est-ce que le message passe mieux par la poésie ? D’où vient le slam et l’engouement qu’il suscite depuis quelques années ?

L’ART DE LA PAROLE

Né à Chicago dans les années 80, le slam est une forme d’expression poétique qui prend source dans toutes les traditions orales du monde, que ce soit chez les Grecs et l’Agora en passant par les griots d’Afrique de l’Ouest ou les duels d’improvisation du Brésil ou de Cuba.

En anglais, « slam » signifie « claquement »  ; pour des textes lus, scandés,  et qui doivent secouer l’auditoire, une forme de poésie déclamée, proche du rap à capella. En faisant participer le public à des scènes de poésie ouvertes et par le biais de compétitions, Mark Smith, ouvrier en  bâtiment et poète, a redonné un nouveau souffle à cette forme d’art qui privilégie l’excellence sur le plan oral et sur celui de l’écriture. Les grands noms du slam en France sont Grand Corps Malade et Abd Al Malik, (sur scène à Laval le 4juin prochain). Ils travaillent les textes à la virgule près, en vers le plus souvent, les thèmes et la forme varient ; les mots rythment le phrasé, sont musique à eux seuls ; le timbre de la voix, la diction sont les seuls « costumes » de scène ; pas de décor ou d’accessoires ; ceux qui montent sur scène prennent le pouvoir et souvent « répandent le virus ».

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LE SLAM, OUTIL DE LA LANGUE

C’est, entre autres, dans le milieu scolaire qu’il séduit les professeurs de français, soucieux de motiver leurs élèves pour l’étude de la poésie. L’écriture slam permet d’aborder de nombreuses figures de style -allitérations, assonances-, champs lexicaux, et de comprendre ce que signifie la musique des mots. Pour les plus grands, il peut être utilisé pour illustrer des exemples de poésie engagée : arguments et mise en forme du langage renouvellent le genre. Les professeurs de F.L.E. y voient un support à l’apprentissage de la langue par son côté ludique et socio-culturel.

Aors slam : phénomène de mode ou mouvement culturel à part entière ?

Pour connaître ses origines, son histoire :

Fiches pédagogiques et réflexions sur le slam :

Un exemple d’exercices effectués pour un concours SNCF l’an dernier dans mon établissement



Galerie d’art

7 03 2009

 Vous connaissiez la VPC (vente par correspondance) mais l’art aussi se met à votre portée, que ce soit pour un vernissage, en chaussons depuis votre salon, mais sans les petits fours, ou pour un achat très personnel : un portrait de votre ADN à accrocher sur les murs de votre appartement. Pour le premier, il s’agit du collectif Manytoo : il rassemble essentiellement des élèves des Beaux-Arts de Quimper et organise sa première exposition numérique. Pour le second, une société de création de tableaux peronnalisés avec l’ADN de ses clients vous propose ses services…

VERNISSAGE VIRTUEL

  Le collectif Manytoo, élèves Quimpérois donc, a habitué le public à sortir des parcours balisés pour s’exposer par leurs propres moyens. Ils ont, par exemple, investi, chacun à leur tour, leurs appartements, invitant le public à y entrer, comme dans une galerie.

En 2009, ils reviennent avec une idée originale : le collectif organise en effet sa première exposition numérique… Le concept est né de la distance. En effet, une bonne partie du « Manytoo club », comme ils se sont baptisés, est en voyage d’étude pour l’année. Aux quatre coins du monde à Porto, Bruxelles, Montréal ou encore Poznan, ils ont décidé de se rassembler sur le net et de monter une expo en commun. À des milliers de kilomètres les uns des autres, ils ont travaillé sur le thème « Rassure moi ». Ils ont eu deux semaines pour réaliser une oeuvre et la mettre sur le blog de l’expo.

Depuis lundi 23 février, à 20 h, vous pouvez vous connecter ici et laisser faire les artistes !

leur myspace

 

VOTRE ADN EN PEINTURE

 

Oubliés les tableaux de vos ancêtres qui trônaient dans la maison familiale.. Dépassées les photos de famille encadrées, posées sur les buffets. Aujourd’hui c’est le profil de votre molécule identitaire, votre profil ADN, que vous pouvez afficher au mur. Une représentation en couleur de votre singularité où l’art et la science se mélangent pour donner un air de science-fiction à votre déco.

 

Copyright © <Helys>

Deux créateurs de la société Helys, l’un est docteur en biologie moléculaire et l’autre en biochimie. Yannick Bontemps et Alain Simeon , alors étudiants, trouvaient de la beauté dans les fragments d’ADN : « en même temps, c’est la molécule de la vie ! »

Au-delà de ce « moi »  exposé, il  y a le patrimoine de ses parents que l’on transmet à ses enfants et qui est unique.

Plusieurs étapes sont nécessaires à la fabrication de ces tableaux.

A la commande, un kit de prélèvement  vous est envoyé, (grand coton-tige que l’on frotte à l’intérieur de la joue pour prélever l’ADN comme dans les meilleurs feuilletons américains).

Mon ADNMon ADNMon ADNMon ADNMon ADNMon ADN

 Des fragments de cet ADN sont sélectionnés arbitrairement puis copiés et assemblés, fixés dans un gel, photographiés en haute définition et l’ensemble est colorisé. Le résultat est imprimé sur un support au choix, toile, plaque d’aluminium ou plexiglas.

Dernière touche personnelle, vous pouvez signer l’oeuvre. Ce sera authentique ! Que diriez-vous de figurer dans les collections de chez Christie’s ??