Friending

29 11 2010

« Nous avons cru inventer une société de communication, nous avons, en fait, inventé une société de solitude »  a prononcé récemment le publicitaire Jacques Séguela. La croissance exponentielle de la toile dans notre vie nous pousserait à tisser des  liens distants et instables qui provoqueraient un sentiment d’isolement. Plusieurs publications récentes tendent à prouver le contraire… Alors piège international ou bien outil pédagogique ?

INTERNET : OUTIL DE DESOCIALISATION OU DE SOLITUDE ?

Nos usages informatiques ne peuvent être séparés de nos pratiques sociales. Selon nos cultures, le « cyberespace » peut devenir source d’enfermement et d’isolement angoissant (Japon) ou outil  de socialisation en matière d’informations privées sur les réseaux ; mais entre les deux, le plus grand nombre se sert d’Internet dans le cadre déjà existant des relations familiales ou des connaissances professionnelles et amicales. L’effet socialisant du web s’apparente aux moyens de communication (dé)passés -téléphone, courrier- et ne se substitue pas à la communication en face à face mais le complète de la même manière. D’ailleurs, force est de constater que le niveau de communication numérique est plus important chez ceux qui, déjà, lisent plus, vont au théâtre ou au cinéma. On ne peut pas dire, non plus, que les nouvelles technologies n’aient aucun impact : les réseaux sociaux, omniprésents, deviennent une marque de notre époque.


PARTAGE ET INFORMATION

Internet serait-il alors un média démocratique ? Quels types de relations se mettent en place ? Twitter, Flickr ou Facebook sont des sites de partage qui ont fait, par la massification des usages, se multiplier par onze le nombre des internautes, en quinze ans. Les façons de communiquer se sont transformées (blogs wikis…), notamment en ce qui concerne l’information et la politique  : une prise de parole en « public », une interaction qui permet, à chacun, de s’identifier à un public, comme l’a fait la presse au siècle dernier. « La foule » peut alors se passer d’intermédiaire (comme la presse justement ou la publicité) pour donner son avis, partager une opinion, mais à distance entre des millions de personnes.

Les sociologues  voient dans les réseaux un stabilisateur social dans la mesure où les utilisateurs y trouvent les occasions de s’entraider, d’échanger des remarques, d’évoluer. Ces liens nouveaux enrichissent et « comblent des espaces vides entre groupes sociaux. » L’organisation d’apéros géants ou de manifs témoignent de cette mutation en cours, même si ces relations, dites « faibles », concourent rarement à des actions collectives. Le journaliste et  blogueur américain, Malcolm Gladwell, a fait débat aux Etats-Unis, en soutenant que les « réseaux sociaux ne peuvent entraîner un réel engagement social, un activisme IRL (In the Real Life), à défaut d’une organisation structurée, hiérarchisée en présence de liens forts« , rien de révolutionnaire, quoi ! Malgré tout, les connexions distantes entre membres d’un réseau permettent aux anonymes de faire entendre leur voix.

VIE PRIVEE, VIE PUBLIQUE

Et si la technologie n’avait pour ambition que d’offrir à chacun l’occasion d’affirmer sa personnalité, son identité ? Certes, le concept d’amitié est plutôt bouleversé, « affadi » diront certains. Dans ce cas, la technologie peut-elle véritablement aider à se construire ? Que peut gagner notre vie privée à être publique ?

Depuis des années, on assiste à une exposition de plus en plus grande de l’intimité d’internautes alors que les mêmes se sentent fichés ou surveillés. C’est ce que l’expert, Daniel Kaplan, appelle « le paradoxe de la vie privée ». Hormis les réels problèmes qu’engendre Internet pour des personnes vulnérables, Il constate que que les utilisateurs des réseaux sont beaucoup moins inconscients qu’il n’y paraît.  Ils gèrent le risque en semant des indices implicites ou « baratinent » mais ce n’est pas de la transparence passive, au contraire ; il y a une forme de « théâtralisation de soi ». Parmi les motivations  :  être reconnu personnellement ou professionnellement, partager des passions et accéder à des services, l’utilisateur des réseaux sociaux place en dernier la protection de la vie privée.  La législation existe mais les sanctions ne sont pas souvent appliquées ; quant à la C.N.I.L., elle ne maîtrise plus la surveillance publique, dépassée par l’ampleur du phénomène. Pour D. Kaplan, la logique voudrait que « le web devienne lui-même un réseau social » (sans intermédiaire, comme Facebook), car la vie privée a une valeur sociale (base de réflexion pour nous frotter aux autres et réagir) et cette valeur-là « nous permet d’avoir une vie publique ».

Pour gagner l’adhésion du plus grand nombre, le fait de se protéger devrait lui aussi être valorisé par la société et cela passe par l’éducation. On peut enseigner, à l’école, les moyens de se protéger des dangers d’Internet mais il faudrait aussi tirer le meilleur possible de cet outil « pour se construire  comme individu autonome et socialement inséré, reconnu et apprécié… ». Cela suppose de mobiliser la technologie d’une manière différente.

Sources :

  • – Les liaisons numériques. ers une nouvelle sociabilité ? /Casilli, Antonio ; Ed. Le Seuil
  • – La Démocratie Internet. Promesses et limites/Cardon, Dominique ; Ed. le Seuil
  • – Mediactivistes/Cardon, Dominique ; Ed. Les presses de Science Po
  • -Informatique, libertés, identités/Kaplan, Daniel ; FYP Editions.


Pearltrees : l’art d’enfiler les perles

5 11 2010

Vous connaissez Netvibes : la page qui réunit à portée de clic  tous les sites dont vous avez besoin (cinéma/expos/presse… ou éducation à la paix/à la santé/à l’environnement…) Et bien maintenant il y a PEARLTREES, pour, à la fois, garder sous la main les pages web de vos passions, les partager via un blog, facebook ou twitter, ou encore découvrir les passions de vos amis et les ajouter à une branche de votre arbre (non pas généalogique, quoique…). Lisez plutôt…

LES PERLES

Chaque perle est cliquable, mobile et effaçable. Une fenêtre donne des infos sur son contenu, ses liens et ses commentaires éventuels. Le « pearltree » regroupe et organise les perles par thème. C’est donc un dossier où vous classez un contenu défini. Vous organisez votre monde web à partir de vos intérêts, en utilisant l’extension pearltrees. Le plus ? Vos découvertes enrichissent celles des autres et vice-versa puisque vous avez le droit de prendre les pearltrees qui vous intéressent et de les ajouter à votre compte.  Un code couleur (bleu) indique une connexion et vous permet de « rencontrer » ceux qui partagent les mêmes intérêts que vous. Vos pearltrees sont aussi exportables.

UNE NAVIGATION INTELLIGENTE


Chaque navigation est enregistrée et transforme votre surf en carte, interconnectée grâce à des perles communes, d’où des ramifications de plus en plus riches, au gré de la sensiblité des différents internautes. L’organisation ainsi construite en arborescence retrace le chemin parcouru vers votre information. Un exemple avec la cartographie de Biblioblogosphère de Silvère Mercier « bibliobsédé », chargé de médiation numérique au Centre Pompidou.

Un outil original, à mi-chemin entre les marque-pages et les cartes heuristiques, qui permet de capturer des URL dans des « réseaux de perles » instructifs. A explorer dans les CDI et pourquoi pas dans les disciplines d’enseignement !

L’inscription, c’est ici



Expression libre

11 06 2010

A quoi servent les nouvelles technologies ? je vous propose une sélection de vidéos artistiques et un site politico-rock… A vous de choisir, lequel soulève votre enthousiasme ?

LE LABORATOIRE d’IMAGES ET RUBIKA

rubikaC’est un projet mené par un directeur artistique, Christian Janicot, qui associe des artistes d’horizons variés -mais du monde papier- aux étudiants de Supinfocom, école d’animation en images de synthèse.

Les univers graphiques des artistes ont donc pris vie pour donner douze courts-métrages qui bousculent les codes de la 3D  ;  « trop d’hyperréalisme tue l’imaginaire ! » : saynètes burlesques, dessins en noir et blanc, antihéros, le tout d’une esthétique décoiffante comme le « renversant » Rubika, de Guillaume Plantevin, une planète où la gravité se vit à l’horizontale ! Ces douze courts-métrages participent au festival d’Annecy

Et, pour voir un extrait de Rubika, c’est ici

annefrank

LA CACHETTE D’ANNE FRANK

Le musée hollandais, pour ses 50 ans, a recréé l’univers virtuel de la jeune juive, cachée dans un immeuble avant sa déportation. Du grenier au sous-sol, la visite guidée (en anglais) se fait grâce à la souris par des vues à 360°. Cette « annexe secrète », aménagée comme elle l’était du temps de la clandestinité, présente à l’aide de textes,  vidéos et documents, les protecteurs, les événements du monde extérieur, les objets, la vie quotidienne pendant la seconde guerre mondiale. C’est ici

MON WAKA, OPERATION SEDUCTION

Lancé le 17 mai dernier et hébergé chez Skyblog, qui assure la modération, ce blog se veut un outil de  communication envers les jeunes. L’Etat, puis que c’est lui le « promoteur » a investi 2 millions d’euros pour séduire un public qui « lâche ses coms » mais est plus familier de Skyrock et facebook que des services d’informations du gouvernement.

L’orienteur, les ressources, l‘alternance, la sécurité : « exprime-toi pour que ça bouge ! », autant de rubriques pour guider la génération des 15-25 ans. Et l’état « de proximité » tutoie les Djeuns’ :  « t’as envie de partir ?… « , « t’es boursier ?… » pour s’exprimer comme sur skyrock. Pour se faire une idée ou  à consulter :





Do u spik SMS ?

28 01 2010

SMSAstuce phonétique, le langage SMS (Short Message Service), largement utilisé par nos ados, est en passe de devenir le langage codé par excellence, hermétique aux adultes. Doit-il être toléré, combattu pour que le plus grand nombre, en tous cas sur Internet, se fasse comprendre ?

analogies-sonoresCertains y voient un appauvrissement du vocabulaire dans le sens où le SMS populaire n’utilise que quelques abréviations pour communiquer avec un petit nombre ; il n’a rien d’un langage universel puisqu’il n’existe pas de syntaxe standard. On constate d’ailleurs la fréquence des verbes « aimer,  « aller »,  « vouloir », « pouvoir ». D’autres y voient un procédé de raccourci phonétique, ludique et créatif. Le paradoxe, tout de même, réside dans l’observation de graphies inattendues qui allongent plutôt que d’écourter :

  • – l’absence d’une seule lettre (la dernière souvent, maigre économie !),
  • – la réduction des lettres doublées à une seule,
  • – l’emploi des majuscules ou des chiffres (A2m1 pour à demain, anniversR….  anniv étant plus bref !)

Que peut-on en déduire ? Que ces jeunes font preuve d’1compétence ou… d’1 compétence ? (ce qui revient au même dans le langage SMS !). Le danger vient plutôt du fait que les les jeunes enfants « acquièrent cette compétence » avant de maîtriser l’écrit standard ou normalisé (ce qui n’est pas le cas des jeunes adultes).

Les sociolinguistes se penchent sur la question mais aucune conclusion n’est avancée pour le moment. De plus, les technologies évoluent très rapidement ; dans ce cas le langage abrégé est-il une menace ou peut-il être considéré comme un enrichissement au même titre que l’apparition des acronymes (SIDA) et autres apocopes (ado) ?  Le moins que l’on puisse dire est qu’il est réservé à un tranche de la population et qu’il ne suscite pas d’intérêt particulier de la part des non-utilisateurs. il n’est pas sûr que ce langage codé perdure ! Une symphonie inHeV en quelque sorte…

Pour vous aider à comprendre :

un traducteur de textos en ligne

Et en exemple 😉 une fable de LafontN

Extrait de  » Le corbeau et le renard »

Traduction SMS » Phil Marso

mètre korbo, sur 1 arbre p’Rché,
tenè en son bek 1 froma’J.
mètre renar, par l’od’Er aléché,
l’8 t’1 a p’E prè ce langa’J :
« é ! bjr, mrs du korbo,
ke vs ête joli ! ke vs me 100’blé bô !
100 mentir, 6 votr’ rama’J
se raport’ a votr’ pluma’J,
vs ête le fénix dê ote 2 cê boa »
a cê mo le korbo ne se 100 pa 2 joa;
É pr montré sa b’L voa,
il ouvr’ 1 lar’J bek, l’S tom’B sa proa.
le renar 100 sèzi, É 10 : « mon bon msr,
aprené ke tou flat’Er
vi ô D’pan 2 cel’8 ki l’ékout’ :
c’7 leson vo bi’1 1 froma’J, 100 dout’ » .

http://www.profsms.com




Revue de presse en images

9 02 2008

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A l’approche de la 19ème semaine de la presse à l’école : un éclairage pour découvrir ce genre, le dessin de presse, et suivre l’actualité, pour des élèves qui lisent peu de journaux nationaux ou des quotidiens régionaux qui n’en publient pas.

Sur Internet, les dessins de presse sont souvent isolés de leur contexte. Sur papier, les éléments textuels jouent un rôle pour la compréhension en confirmant le message transmis par les messages visuels.tchad.jpg

Alors que le dessin induit un raisonnement a minima, la lecture de l’article voisin va privilégier l’interprétation désirée par l’émetteur et fournir des indications de lieu ou de temps, le dessin faisant office de relais.

Pris dans les combats entre l’armée et les rebelles,
les habitants de N’Djamena sont en pleine détresse… (Le Courrier International)

Souvent justifié par des événements socio-politiques, le dessin de presse, sorti de son contexte, entre directement dans l’art graphique. Il suppose, de toutes manières, une approche journalistique de la part du dessinateur et un minimum de références culturelles -géographie, géopolitique, histoire, mythes et symboles- des lecteurs. Mais c’est un bon moyen d’amener les élèves à porter un regard critique sur le traitement de l’actualité par les médias.

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Qui veut mes ados ? Pour favoriser l’adoption d’adolescents, plus difficiles « à caser » que des bébés, des Américains ont choisi des méthodes de marketing éprouvées. Quitte, explique le Usa Today, à donner l’impression qu’il s’agit de biens de consommation… (Le Courrier International)

Ce regard décalé vise généralement à provoquer, à faire réfléchir, à émouvoir ou même à dénoncer. En tout état de cause, le dessin de presse ne laisse pas indifférent, d’autant plus que, satire ou caricature, il permet d’épingler, avec humour, pays ou personnages, sur des thèmes variés de société. Exemples :

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Merci à Julo

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 D’autres dessins de Olivier Thiébault ici

Répertoire de liens :

Références :

  • Guide du dessin de presse/Forcadell ; Ed. Syros
    Clés pour le dessin d’humour/Schneider, J.B.


Le monde vous veut du bien

11 01 2008

Aujourd’hui, les sites sociaux du Net représentent 6,5 % du trafic total ; ils vous proposent : du travail, des conseils, des amis ou… l’âme soeur. En 2007, 48 % des internautes étaient inscrits sur l’un d’eux.

©Ces enseignes « sans but lucratif » (encore que la publicité y soit bien présente) , que sont Myspace, Facebook ou YouTube ne reposent que sur l’échange, la convivialité, le lien social.

Exemples :

« Viadeo » nous incite à rentrer dans le monde de l’entreprise. C’est un accélérateur de rencontres qui met en application le vieil adage « les amis de mes amis sont mes amis ». Vous désirez démultiplier votre réseau de relations professionnelles ? Inscrivez-vous… Attention, il faut souscrire à la version payante si vous souhaitez effectuer une recherche par nom et être mis en relation.

« Copainsdavant » : cousin français de l’américain Facebook, ce site permet de retrouver vos vieilles connaissances de lycée, de collège et maintenant de bureau. Une simple liste d’inscrits s’affiche. Si vous voulez en savoir plus -en tous cas pour l’instant-, il faut débourser. Mais si vous vous êtes perdus de vue… est-ce vraiment par hasard ?©

Mythique Meetic,terrain de chasse pour les uns, S.O.S. en mal d’amour pour les autres, ce site est un miroir aux alouettes. Où s’arrêtent le cynisme et l’opportunisme ? Où commencent les illusions ?

Myspace : paradis des musiciens, des artistes en général, il est le champion de tous les réseaux sociaux ; à grand renfort d’images, de listes d’écoute, d’animations et de blogs : une page perso pour se faire connaître (parfois, ça marche !).

Comme les autres, il traduit le besoin d’appartenance à un groupe dans une société où règne l’individualisme. « Ma jeunesse et mes rêves se doivent d’être sur Facebook » clame une internaute accro, « je t’invite à join my group en quête d’ambition, d’amis et d’events », ajoute-t-elle.

©Vaste programme ! Internet est devenu le réceptacle de cet échange inexistant -il faut le croire ! – dans la réalité. En plus d’être chronophage, ce passe-temps a un inconvénient : la plupart de ces sites gardent vos coordonnées… et les communiquent parfois.

Et si on se faisait une bonne bouffe entre potes ?



Pierrick Sorin, l’enfant terrible de la vidéo

13 12 2007

sorin1Enfant du petit écran et de Buster Keaton, amateur de gags visuels et de films muets, Pierrick Sorin, diplômé des Beaux-Arts de Nantes en 1988, trouve rapidement, dans la vidéo, l’outil le plus approprié à son travail de plasticien.

Il est, souvent, l’unique acteur, des parodies qu’il met en scène, sous le signe de la dérision. Dans des décors réels, son personnage, anti-héros, joue des saynètes cocasses et absurdes qui interrogent sur le rôle de l’image, de la télévision, de l’art, où pointe quelquefois une sorte de désespoir mais aussi un humour au premier degré.

Pierrick Sorin a créé également des dispositifs appliqués à la communication événementielle. Il a collaboré avec Jean-Paul Goude pour Chanel ou réalisé certains temps forts des Galeries Lafayette. Il a également réalisé des reportages TV, des clips vidéos. A voir, en particulier, l’animation sur le Shoes bar à Nantes ou Cétait bien du coulis de tomates sur son site perso (voir le lien ci-dessous).

Exposé à New York, Tokyo, Venise, Londres, Madrid, la Fondation Cartier ou le Centre Pompidou, il fait partie de ces artistes contemporains qui poussent à l’extrême perfection, la technicité de l’art d’aujourd’hui.

Actuellement, il collabore à la mise en scène d’un opéra de Rossini au Châtelet : sorin2tableau vivant sur un écran géant où les caméras capturent, tour à tour, les mouvements des acteurs et des décors miniatures pour créer une surenchère d’effets visuels.

Pour mieux le connaître et l’apprécier faites un tour du côté de son site !