911 : « à l’ombre des tours mortes »

15 09 2011

« Il y aura des attaques spectaculaires dans le mois ou dans les semaines à venir. Elles auront lieu simultanément et provoqueront des dégâts massifs. Les attaques viseront les intérêts américains, peut-être même auront-elle lieu aux Etats-Unis… » Il s’est écoulé 10 ans depuis le crash de deux avions dans les tours jumelles du World Trade Center, 102 minutes qui ont fait 3 000 morts et changé le monde. A l’occasion du dixième anniversaire de cette tragédie, on peut parler de production littéraire et cinématographique sans précédent, liée à une date historique.

LE POIDS DES MOTS

Dans les premières semaines après le 11/09, de nombreux romanciers sont confrontés à la violence des images, trop réelles, trop présentes pour que la fiction trouve sa place. Quelques-uns se voient davantage témoigner, comme Paul Auster, à travers un reportage mais rien (même les assassinats de Kennedy ou M. Luther King) n’est comparable à ce traumatisme. Le premier à s’y coller (sans beaucoup de succès) est un français, Frédéric Beigbeder, avec la problématique essentielle : peut-on romancer le 11 septembre ? Il s’écoulera quelques années avant que les écrivains américains s’emparent du sujet et révèlent la puissance symbolique de ces images spectaculaires : un changement géopolitique, les failles d’une superpuissance, l’illusion démocratique… (Don de Lillo « l’homme qui tombe »…)…

 

Ils se sont d’abord focalisé sur les mécanismes du fanatisme et le psychisme des terroristes puis sur le jour du 11/09 mais c’est le monde d' »après » qui retiendra leur attention : Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près« , ou Joseph O’Neil « Netherland » ; mais aussi sur les conséquences militaires  : Freedom de Jonathan Franzen.

La BD, elle aussi, s’interroge et progressivement, elle est passée de la narration cauchemardesque, la question du deuil (« mardi 11 septembre« /Henrik Rehr,  « le 11ème jour« /Sandrine Revel), au registre de la politique-fiction (la série « 9/11 » en France) et même a offert, plus récemment (2009-2010) des réponses sur le mode humoristique avec « Ben Laden dévoilé » ou « Bush et Ben ». L’album-référence a été publié en 2004 par Art Spiegelman,  qui a vécu cette journée dramatique à New York même « A l’ombre des tours mortes« . Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à la revanche (Holly terror de Frank Miller). A noter que certains dessinateurs – Enki Bilal, Stan Lee (Spiderman), avaient prophétisé la destruction de monuments symboliques (la Tour Eiffel, les tours jumelles), dès 1988.

LE CHOC DES IMAGES

L’attentat a tourné en boucle sur nos petits écrans et face à l’onde de choc, les cinéastes américains ont préféré cacher ce que l’Amérique n’était pas prête à voir. Du court-métrage de Sean Penn au film de Spike Lee, la 25e heure, le choc visuel des tours qui s’effondrent, des corps qui tombent est avant tout une réalité humaine. Comme pour la littérature, la fiction a mis du temps à trouver sa place. Il est d’abord question des héros malgré eux : les pompiers new-yorkais de World Trade Center de Oliver Stone, ou les passagers du Vol 93, qui ont évité l’impact du quatrième avion sur la Maison Blanche. Par la suite, l’événement est cristallisé par l’invasion (« La guerre des mondes » en 2005 avec Tom Cruise) ou la destruction des humains (« Je suis une légende » en 2007 avec Will Smith, avant le plus récent 2012 ou Cow-boys et envahisseurs avec Harrison Ford. Mais Hollywood a aussi  traduit une prise de conscience et une remise en question avec des films plus engagés contre l’administration Bush et l’occupation militaire en Irak et en Afghanistan. C’est le cas de Syriana (2006) ou Mensonges d’état de Ridley Scott (2008) et Green zone (2010) quand le héros recherche vainement des armes de destruction massive en Irak.

Les plasticiens, quant à eux, ont contourné la représentation par différentes techniques, à la fois puzzles d’une Amérique violentée et instantanés d’une architecture audacieuse mais fragilisée. A la date souvenir, 70 oeuvres seront exposées au Museum of Modern Art, souvent antérieures à la tragédie, mais qui illustrent ce que l’art renvoie au monde après les horreurs des guerres, des génocides ou bombes atomiques.

L’attentat du 11/9, s’il a changé New York et les Américains, a laissé une empreinte dans les domaines culturel et artistiques d’Islam. Du 7 au 17 septembre, un festival, Islam and the City (ICI) célèbre les relations avec l’Amérique, à travers des concerts, des débats, films et une pièce de théâtre « 11 septembre » pour que l’amalgame entre terrorisme et religion ne soit désormais qu’un cliché. Il comptera, parmi ses invités, Shérif El Gamal, le directeur du projet Park51, « la mosquée de Ground zéro ».

Par ses images multidiffusées, les scènes spectaculaires d’une catastrophe en direct ont imprimé pour toujours notre imaginaire. Métaphore artistique : l’Histoire majuscule a réduit en poussière des vies bien réeelles mais les fictions donnent aussi « tendresse et sens à tout cet espace hurlant » (De Lillo).

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La mémoire en question

23 09 2010

A partir du 15e siècle, l’imprimerie permet de stocker ou de diffuser de nombreux savoirs et le raisonnement prime alors sur l’ingestion mécanique. Devenus, quelques siècles plus tard, objets de science, la mémoire et l’intelligence se distinguent : la première est divisée en processus divers (mémoire gestuelle, auditive, procédurale…) tandis que la deuxième est associée à des facultés de raisonnement mais aussi de perception, d’intuition, de créativité. Dans notre société, l’intelligence reste prépondérante sur la mémoire et pourtant la faculté de comprendre repose sur des connaissances acquises grâce à la mémoire. Comment fonctionne cette dernière  ? Que deviendrait l’Histoire sans la mémoire ? Les ressources numériques dans ce domaine sont-elles un atout ?

LA MACHINE A SOUVENIRS

« Avoir un trou de mémoire,  « Avoir une mémoire d’éléphant », « un aide-mémoire »… autant  d’expressions qui laisseraient supposer que la mémoire est sujette à l’oubli. En effet, elle n’a rien d’un muscle qu’il suffirait d’exercer pour la renforcer. Mais développer des stratégies d’apprentissage peut se révéler bénéfique, en particulier pour un patient qui souffre d’amnésie. Les deux hémisphères cérébraux étant spécialisés, la gestion de l’hémisphère préservé, dans ce cas, est sollicité pour rééduquer l’hémisphère atteint. De même, chez un sujet sain, la synesthésie peut l’amener à associer une image ou une couleur à l’audition d’une musique et faciliter la mémorisation. Et pour ne pas être saturé, le cerveau effectue un travail de tri et d’élimination. Peut-on dire pour autant qu’il y a effacement ou oubli définitif ? D’après Freud, il s’agirait plutôt du passage d’un souvenir dans l’inconscient, souvenir pouvant être réactivé lors d’un choc ou d’un traumatisme.

L’oubli n’est pas l’apanage de la mémoire individuelle. Si ses performances sont altérées, c’est aussi qu’elle est fonction du contexte  émotionnel et, dans ce sens, la mémoire collective est « victime » du même syndrome : les actes de collaboration, pendant la seconde guerre mondiale, les massacres perpétrés en Algérie ont ainsi échappé à l’histoire nationale pendant un certain temps. L’occultation d’un passé douloureux permet d’aller de l’avant, l’oubli  ressemble alors au silence. Quels liens existe-t-il donc entre histoire et mémoire ?

LA REPRESENTATION DU PASSE

L’Histoire raconte les événements du passé, vise à les faire comprendre par une documentation la plus exhaustive possible, sans jugement de valeur ; mais l’Histoire, c e sont les historiens, attachés à la culture de leur époque, enclins à une subjectivité inconsciente.

La mémoire, elle, restitue aussi le passé et l’interprète mais favorise un point de vue actuel en s’appuyant sur certains éléments plus anciens. Elles ont, en commun, la même finalité : construire une identité sociale. En cela, le « devoir de mémoire » témoigne de la relation étroite entre histoire et mémoire.

L’Histoire nourrit la mémoire collective, fournit des éléments essentiels à l’identité  communautaire. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le concept de patrimoine est fondamental : des responsables politiques ont cherché à mettre en lumière certains faits historiques et légiféré pour ne pas « oublier » et soustraire, aux yeux du monde, des crimes contre l’humanité (lois mémorielles) : les génocides, la traite négrière – à l’origine : les thèses négationnistes. Autres preuves du passé : les musées et les collections.

CONSERVATION ET RESSOURCES NUMERIQUES

Les collections, du « cabinet de curiosités » de la Renaissance à la constitution de musées modernes, témoignent de notre culture et ont une fonction mémorielle. Mais la sélection d’objets donne une image réductrice, basée sur des usages ou des critères de choix aléatoires (spécialités, périodes…). Depuis 1950 avec l’accélération de l’évolution technologique, la sauvegarde d’instruments ou de savoir faire s’accompagne de témoignages de scientifiques, de photographies et maintenant de bases de données Internet pour stocker et diversifier les moyens de transmission des connaissances. Le patrimoine ainsi généré, avec la participation de ses producteurs, est virtuel mais interactif et en construction permanente.

La sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel (interviews, animations…) ne remplacera pas la visite d’un musée mais offre un accès facile et permanent ainsi que des des outils de recherche ou la création de supports pédagogiques pour une transmission culturelle, riche d’exemples dans le temps et dans l’espace. A noter tout de même que le multimedia est soumis à des pannes qui occasionnent 40 % de pertes de mémoire.

La mémoire informatisée n’est donc pas idéale malgré tout, parce que de nombreux savoirs-faire demeurent difficiles à formaliser par des moyens informatiques. Elle n’en reste pas mois un système de communication et d’archivage accessible à deux milliards d’internautes dans le monde. Aujourd’hui, la prouesse serait d’inclure des métadonnées dans les pages web, c’est-à-dire des informations qui décrivent leurs contenus : les ordinateurs deviendraient « capables » de raisonner. Le web sémantique est l’objet de nombreuses recherches.

SITOGRAPHIE

Article réalisé d’après le magazine « Têtes chercheuses » (Actualité et culture des sciences en Pays de Loire).



Louisiane : la poubelle de l’Amérique

27 05 2010

Etat américain plus connu pour sa musique et son folklore que pour son industrie, la Louisiane fait (ou a fait) parler d’elle pour des raisons moins plaisantes. Après l’ouragan Katrina qui a dévasté la région en août 2006, cette fois, c’est une pollution de vaste ampleur qui menace les côtes et même l’intérieur des terres en pénétrant dans les marais. L’occasion de rappeler l’histoire de ce coin d’Amérique, dont le sous-sol est l’enjeu économique depuis déjà des décennies.

ORIGINES

BayouLouisianeRené-Robert Cavelier de la Salle prend possession du Mississippi, au nom du roi de France,  le 9 avril 1682 et baptise, en l’honneur du roi Soleil, cette vaste région  « Louisiane » qui s’étend au Nord, des Grands Lacs,  jusqu’au Sud, le Golfe du Mexique.

– Colonisée à la fin du règne de Louis XIV, elle est l’objet de mirifiques investissements de la Compagnie des Indes car la Louisiane a un potentiel de fertilité (agriculture,  riz, tabac, plantations) et de commerce (fourrures, céréales…).

– Mais elle a un goût de danger aussi : les marais et ses fièvres, les indiens… et les colons ne se bousculent pas pour habiter cet endroit inhospitalier.  Alors on y envoie d’anciens prisonniers, des prostituées et on fait appel à la main-d’oeuvre docile du Sénégal.

– La banqueroute des investisseurs aboutit à la cession de la rive occidentale du Mississippi à l’Angleterre, en partie aussi à l’Espagne, puis concède à la nouvelle nation « Les Etats-Unis », le droit de naviguer sur le fleuve, et la ville de la Nouvelle-Orléans. Puis, sous Napoléon Bonaparte, le rêve d’empire colonial français en Amérique s’effrite et la Louisiane devient américaine.

Il ne reste,  aujourd’hui, qu’un code civil en langue française et quelques descendants de Français du Canada, les Cadiens -ou Cajuns- pêcheurs de crevettes, établis dans les bayous, qui sont les derniers témoins de la présence française en Louisiane. La partie la plus méridionale a conservé ce nom pour devenir en 1812 le 18ème état américain.

AUJOURD’HUI

louisianeCet état s’étend au nord sur un secteur de basses collines et au Sud, sur un domaine, situé au niveau de la mer, parsemé d’innombrables bayous et rivières. Couverte de bois, elle est infestée d’alligators. D’importants travaux d’endiguement ont été réalisés pour protéger la plaine des crues dévastatrices du Mississippi. De plus, le climat subtropical humide expose la région à de violents cyclones qui frappent la côte. La capitale en est Bâton-Rouge mais la ville principale reste La Nouvelle-Orléans. 67 % de Blancs, 31 % de Noirs et deux minorités, créoles et cajuns composent la population.

L’invasion de l’industrie pétrolière, depuis les années 1930  a défiguré la Louisiane à coup de kilomètres de canaux dans les  marais, d’arbres coupés, d’eaux polluées. La pauvreté est telle dans cet état, que l’on ne s’étonne pas de voir cohabiter le pétrole et la pêche… « Ici, on pense pétrole, on mange pétrole, on est pétrole » raconte un personnage de Lucky Luke. Quatre mille plateformes ont été installées dans le Golfe du Mexique.  Plus d’argent pour cet état conservateur lié au lobby de l’or noir et plus d’emplois pour la population locale. Le forage est devenu indispensable à l’économie locale et surtout nationale, mais c’est surtout en Floride ou en Californie que le produit est dépensé pour satisfaire le mode de vie de quelques-uns. On continue de fermer les yeux sur les dangers de l’industrie pétrolière pour l’écosystème du bayou et malgré l’épisode Katrina, l’érosion des zones côtières n’est plus un sujet d’actualité.

BurkeLa Louisiane, terre de sacrifices ? C’est ce que dénonce l’écrivain james Lee Burke. Entre indifférence honteuse et prise de conscience tardive, les gouvernements successifs n’ont fait qu’aggraver la destruction de cette région, privée d’aides fédérales pour lutter contre la drogue, l’alcool et la criminalité. La Louisiane a toujous payé dans sa chair la colonisation, les planteurs et aujourd’hui les compagnies pétrolières, sans compter le racisme ambiant, cultivé pour mieux diviser et assurer le pouvoir aux patrons de l’empire pétrochimique. Une Amérique en souffrance, en voie de sous-développement…




LIRE AUSSI :
  • – Jésus prend la mer de James Lee Burke, Editions Rivages
  • – Autant en emporte le vent/Mitchell, Margaret
ou VOIR :
  • – Louisiana stories/ film documentaire ; 2008
  • – Dans la brume électrique/Tavernier, Bertrand ; tiré d’un ouvrage de Burke.


A la mémoire des Tsiganes

24 02 2010

tsiganes2Préfecture de la Loire inférieure, le 24 octobre 1940 (extrait) :
 » Comme suite à notre entretien de ce jour, j’ai l’honneur de vous confirmer que la Feldkommandantur de Nantes a décidé le rassemblement de tous les Bohémiens se trouvant en Loire-Inférieure. Ces derniers devront être concentrés par les soins de la Préfecture dans un camp où ils seront surveillés par la police française » …

2010 : Un collectif d’associations a programmé une année consacrée à la mémoire de l’internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces camps de concentration ne sont pas mentionnés dans les livres d’histoire. Ce projet est parrainé par Tony Gatlif dont le film « Liberté » sort ce 24 février.

L’HISTOIRE

Après la loi du 6 janvier 1912, imposant un carnet anthropométrique au départ comme à l’arrivée des Roms en France, la méfiance à l’égard des gens du voyage se traduit par un décret les assignant à résidence dans des communes choisies par les préfets, le 6 juin 1940. Puis une ordonnance du 4 octobre 1940, sous Vichy, décide de les interner dans différents camps (27 au total), répartis sur toute la France . Sur les 700 000 tsiganes vivant en Europe pendant la seconde guerre mondiale, la moitié au moins a péri dans les camps, tués par les nazis. Mais la plupart des tsiganes, en France, a été internée (et non déportée).

Car la  «question tsigane» est abordée de deux points de vue différents :

  • –    Pour les allemands ces populations doivent être arrêtées et déportées au même titre que les juifs ;
  • –     pour le gouvernement de Vichy, il s’agit de sédentariser ces nomades qui échappent aux contrôles et dispose de trop de libertés  malgré les lois en vigueur (mais pour cette raison, elle échappe à une déportation fatale) ; pour la IIIe république s’exprime le souci de formater des citoyens laïcs et  éduqués. En mai 1946, un an après l’arrêt des hostilités, ils sont les derniers internés français à quitter les camps.

Parmi ces 6000 hommes, femmes et enfants, personnes âgées et  nourrissons furent victimes des  conditions de vie déplorables des camps : manque d’hygiène et d’une alimentation suffisante. Les familles n’étaient pas séparées, les enfants furent même scolarisés dans le but de les socialiser. Les adultes, eux travaillaient pour des entreprises françaises ou allemandes. Aucune aide d’association caritative ou d’indemnité de l’administration pour ces «gadgés» qui inspiraient toujours la méfiance, pas de compensation morale non plus puisque ces événements n’ont laissé aucune trace.

Il aura fallu attendre une quarantaine d’années  pour que des historiens s’attardent sur ce qu’ils appellent «le génocide oublié » et quelques plaques commémoratives pour rappeler que des camps d’internement des tsiganes ont existé en France.

LE FILM

LibertefilmDepuis ses débuts, Tony Gatlif,  connu pour notamment Les Princes (1982), Latcho Drom (1992), Gadjo Dilo (1997) ou Vengo (2000), voulait témoigner du génocide des Tsiganes et du sort qui leur a été réservé pendant la 2ème guerre mondiale. A la lecture du livre de Jacques Sigot, Un camp pour les Tsiganes , il retient le portrait d’un certain Tolloche arrêté et interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) puis libéré grâce à un notaire du coin qui lui a permis d’acheter une maison pour quelques francs symboliques, lui épargnant ainsi d’être fiché comme nomade ; à partir de cette histoire, et aussi à la demande des Roms qui lui demandaient de réaliser un film sur ce sujet, il entreprend le tournage de Liberté.

Pour lui, pas de « film-reconstitution » à la manière de La grande vadrouille mais une histoire simple d’une de ces familles qu’on appelait Bohémiens, parfois Manouches, qui arrive dans un petit village de France, confrontée à la méfiance populaire mais aidée aussi par quelques Justes, l’institutrice et le maire (le notaire dans la vraie histoire). Des portraits, des visages mais pas de détails en gros plans,  ni de voitures d‘époque,  ni uniformes. Pour lui «la reconstitution est une barbarie» et  «dans la mémoire des tsiganes, les nazis sont en noir et blanc».

Hommage donc à ces oubliés de l’histoire, mais aussi comme un écho à l’actualité : à ces files de SDF qui attendent la soupe populaire à la Bastille ou ailleurs, ou ces Africains ou Afghans, arnaqués par des passeurs et reconduits à la frontière. « Renvoyés d’où ils viennent, la seule différence est qu ‘on ne les tue pas… » (Citations de T. Gatlif)

SITOGRAPHIE

La date du 6 avril 2010 a été déterminée comme lancement de cette année mémorielle en référence au décret-loi du 6 avril 1940 interdisant la circulation des « nomades » sur la totalité du territoire métropolitain.

Et aussi :

LIVRES

  • – Les Tsiganes en France, un sort à part  1939-1946/M. Christine Hubert et Emmanuel Filhol ; Ed. Perrin
  • Les Tsiganes une destinée européenne/Henriette Asséo ; Gallimard
  • J’ai vu pleurer un vieux tsigane/Guy Jimenes ; Oskar Editions
  • Ces barbelés que découvre l’histoire, Montreuil-bellay, 1940-1945/Jacques Sigot ; Ed. Wallada



Vos papiers SVP

13 11 2009

CNILa carte nationale d’identité aura 90 ans en 2010. De simple livret visant à repérer les personnes jugées « dangereuses » à la carte à puce électronique évoquée en 2007, c’est une longue histoire…

Sous Napoléon III, des documents d’identification et le livret ouvrier permettent de suivre les personnes non sédentarisées pour l’un et la conduite et les compétences pour l’autre. Puis, à partir de 1889, apparaît le concept de la nationalité : plus question de contrôler ou discriminer permis conduiremais plutôt exprimer son appartenance à une communauté. Il faut attendre la 4ème république pour que soit mise en place la CNI, symbole d’égalité entre tous les français. Elle est devenue un document banal,  non obligatoire depuis 1955 (puisqu’un permis de conduire par exemple, peut justifier son identité) mais 7 français sur 10 la possèdent.

Dans les années 80, le document en carton fait place à une carte sécurisée et informatisée. Cette évolution correspond à une politique sécuritaire répressive, marquée par la lutte contre l’immigration clandestine et la délinquance. Gratuite depuis 1998, elle reste falsifiable et plus de 200 000 personnes par an se font usurper leur identité.

En Europe,  l’Angleterre est réfractaire à sa mise en place et invoque une atteinte aux libertés, mais en Allemagne, en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas et au Portugal, elle est obligatoire. Elle n’existe pas aux Etats-Unis.

serrureLe projet de carte biométrique ( à puce avec état-civil, photo et empreintes digitales) avait été suspendu en 2005 mais le projet doit être à nouveau déposé en 2010. A voir… en cette période d’affirmation de l’identité nationale.

A noter tout de même l’inquiétude d’associations qui déplorent la multiplication des fichiers informatiques (stockage, diffusion) qui ne respectent pas la vie privée et les libertés. Consultez,  avec intérêt,  le site de la CNIL.



Leçon d’histoire

1 10 2008

Ou comment intéresser la jeune génération aux événements ou faits marquants qui ont jalonné le siècle passé ?
Alex Rudolph, étudiant allemand en « media design » a utilisé ce qu’il sait manier, l’outil graphique et informatique pour le conjuguer avec une carte par ci, quelques photos ou frises chronologiques par là et révéler, en quelques minutes, l’histoire du conflit israélo-palestinien. Trois mois et 1/2 lui ont été nécessaires pour réaliser ce projet : écrire le scénario et préparer les animations graphiques. « One of my goals is to show that education and learning may also have a cool look » (Un de mes buts est de montrer que l’éducation et l’apprentissage peuvent aussi avoir un aspect branché).
Pari réussi, car le produit réalisé est aussi pertinent sur le plan pédagogique que sur le plan graphique.
Vidéo en allemand, sous-titrée en anglais ! : … un exemple d’interdisciplinarité, cours d’histoire, de langues et d’art (à visionner plusieurs fois !)
Merci et bravo, Alex



Créateurs d’images : LES AFFICHISTES

26 05 2008

A l’époque du tout numérique, comment peut-on définir le métier d’affichiste ? Entre artistes et graphistes, les vrais auteurs s’adaptent (ou pas) à de nouveaux outils, en dehors de toute compromission avec une logique économique. L’affiche reste d’ailleurs un grand témoin de l’histoire. Elle est plus souvent connue ou reconnue que son propre auteur … mais remontons le temps !

HISTORIQUE

affiche-litho1.jpgL’affichage existait déjà dans la Grèce antique, gravée sur le bois de piliers tournants (axones) ou à Rome, écrit à la pourpre ou au charbon sur des murs blancs (album). Au Moyen Age, elle disparaît au profit des crieurs qui annoncent les ordres officiels, pour revenir au 15ème siècle en Angleterre puis en France. L’affiche est bientôt soumise à une règlementation (approbation du juge ou du lieutenant de police à partir de 1669). Les premières affiches commerciales apparaissent surtout au 18ème siècle avec les programmes de théâtre, gravées sur bois puis sur cuivre jusqu’à l’invention, en 1798, de la lithographie.

L’ART NOUVEAU
Il faut attendre le 19ème siècle pour que l’utilisation de la couleur soit introduite( Jules Cheret) et que l’affiche devienne un mode d’expression à part entière : Eugène Grasset qui a donné la petite semeuse à Larousse ou Toulouse-Lautrec qui inaugure une série d’affiches consacrées au cabaret avec la Goulue au Moulin Rouge.



L’impact visuel trouve un nouveau langage : grandes plages colorées, équilibre des rapportscassandre.jpg
textes-images, stylisation des dessins. Début du 20ème siècle, le patchwork géométrique de l’école viennoise (Gustav Klimt) fait place au cubisme brillamment illustré par Cassandre qui joue également sur les slogans : Dubo, Dubon, Dubonnet (1920-1930). Autres affiches célèbres au langage graphique de plus en plus stylisé : le bonhomme Banania de Hervé Moran ou le bouillon Kub de Cappiello.

L’AFFICHE MODERNE

Pendant la seconde guerre mondiale, l’affiche s’est faite propagande pour la Résistance notamment, puis plus tard, pour rappeler le poids idéologique d’un Marx ou d’un Mao Zedong.

Après le photomontage qui allie graphisme et photo, l’humour renouvelle le genre après guerre (1950-1960) : belge, italien, polonais. Puis l’affiche séduit les peintres comme Salvador Dali ou Georges Mathieu. Les agences de publicité se développent ; on note, dans les années 60, un retour au surréalisme avec des affiches psychédéliques. Les supports et les réseaux deviennent sophistiqués mais l’affiche doit affronter la concurrence des moyens audio-visuels.

affichesida.jpgAujourd’hui, elle peut être destinée à servir une campagne (prévention routière, lutte contre le sida) ou refléter les malaises de notre société (la pollution, le tabac…). Elle relaie le plus souvent les événements culturels (concerts, festivals etc…) et la typographie y tient une large place, évoluant sans cesse.

Même si l’informatique est entrée aux Beaux-Arts, les créateurs d’images apprennent toujours à leurs élèves à détourner, piéger, provoquer pour que ces images, mémoires du monde, ne laissent pas indifférent.

Sites :