Chronique : on nous aurait menti ??

18 04 2012

La blancheur du net s’achète

L’ère numérique fait des taches et une compagnie française d’assurance A.A y a vu la nécessité de « réinventer son métier »… pour vous éviter la honte d’être livré à la vindicte populaire. Si quelqu’un a raconté des salades sur vous, votre réputation risque d’en prendre un coup, et indirectement celle de vos proches ; « Protection familiale intégråle » lave plus blanc que blanc et vous n’aurez plus rien à craindre des médisances et photos volées à votre intimité (qui, soit dit entre nous, ne sont plus tellement intimes sur la toile ;-)). Espérons que le nettoyeur a les mains propres ; en tous cas l’e-réputation a désormais un sauveur qui coûte 13 euros par mois ! Enfin une pub qui ne vise pas que la ménagère de – 50 ans !

Image de prévisualisation YouTube

Vous pouvez aussi, apprendre à maîtriser votre image sur le web… et c’est gratuit !

 Ampoules tueuses

 

Les ampoules basse consommation sont des engins de mort : un documentaire autrichien « Bulb Fiction » a mené l’enquête. Ces ampoules, 5 fois plus économes, contiennent du mercure et produisent un champ électrique bien plus puissant qu’un écran d’ordinateur.

Depuis 2009, l’Union européenne a donc choisi de bannir progressivement les lampes à incandescence. Mais les lampes à fluorescence sont-elles aussi bonnes pour l’environnement, peu chères et peu consommatrices d’énergie que tous le prétendent . Un film à propos de la lumière comme source de vie, mais aussi des questions financières et commerciales qui l’accompagnent. Et une démonstration de la résistance des individus face au pouvoir : c’est l’histoire de David contre Goliath.

Tout flou (beaucoup plus poétique)

Au programme de France 3 samedi prochain (tôt pour les vacances : 8h25) un court métrage poétique dont le héros, Arnaud est  myope, il préfère voir le monde sans ses lunettes  et évoluer dans un monde peuplé de créatures imaginaires . Nouvelle réalisation de l’illustrateur et animateur 2D Jean-Claude Rozec, « Cul de bouteille » a déjà décroché de nombreux prix dont le Prix du court métrage d’animation pour enfants au festival international d’animation  d’Ottawa (en octobre 2010).

Un conte merveilleux et fascinant au style pictural audacieux : un crayonné en noir et blanc qui donne aux êtres et aux choses une dimension tour à tour onirique ou effrayante !

Cul de Bouteille – Specky four eyes par Vivement_Lundi



Friending

29 11 2010

« Nous avons cru inventer une société de communication, nous avons, en fait, inventé une société de solitude »  a prononcé récemment le publicitaire Jacques Séguela. La croissance exponentielle de la toile dans notre vie nous pousserait à tisser des  liens distants et instables qui provoqueraient un sentiment d’isolement. Plusieurs publications récentes tendent à prouver le contraire… Alors piège international ou bien outil pédagogique ?

INTERNET : OUTIL DE DESOCIALISATION OU DE SOLITUDE ?

Nos usages informatiques ne peuvent être séparés de nos pratiques sociales. Selon nos cultures, le « cyberespace » peut devenir source d’enfermement et d’isolement angoissant (Japon) ou outil  de socialisation en matière d’informations privées sur les réseaux ; mais entre les deux, le plus grand nombre se sert d’Internet dans le cadre déjà existant des relations familiales ou des connaissances professionnelles et amicales. L’effet socialisant du web s’apparente aux moyens de communication (dé)passés -téléphone, courrier- et ne se substitue pas à la communication en face à face mais le complète de la même manière. D’ailleurs, force est de constater que le niveau de communication numérique est plus important chez ceux qui, déjà, lisent plus, vont au théâtre ou au cinéma. On ne peut pas dire, non plus, que les nouvelles technologies n’aient aucun impact : les réseaux sociaux, omniprésents, deviennent une marque de notre époque.


PARTAGE ET INFORMATION

Internet serait-il alors un média démocratique ? Quels types de relations se mettent en place ? Twitter, Flickr ou Facebook sont des sites de partage qui ont fait, par la massification des usages, se multiplier par onze le nombre des internautes, en quinze ans. Les façons de communiquer se sont transformées (blogs wikis…), notamment en ce qui concerne l’information et la politique  : une prise de parole en « public », une interaction qui permet, à chacun, de s’identifier à un public, comme l’a fait la presse au siècle dernier. « La foule » peut alors se passer d’intermédiaire (comme la presse justement ou la publicité) pour donner son avis, partager une opinion, mais à distance entre des millions de personnes.

Les sociologues  voient dans les réseaux un stabilisateur social dans la mesure où les utilisateurs y trouvent les occasions de s’entraider, d’échanger des remarques, d’évoluer. Ces liens nouveaux enrichissent et « comblent des espaces vides entre groupes sociaux. » L’organisation d’apéros géants ou de manifs témoignent de cette mutation en cours, même si ces relations, dites « faibles », concourent rarement à des actions collectives. Le journaliste et  blogueur américain, Malcolm Gladwell, a fait débat aux Etats-Unis, en soutenant que les « réseaux sociaux ne peuvent entraîner un réel engagement social, un activisme IRL (In the Real Life), à défaut d’une organisation structurée, hiérarchisée en présence de liens forts« , rien de révolutionnaire, quoi ! Malgré tout, les connexions distantes entre membres d’un réseau permettent aux anonymes de faire entendre leur voix.

VIE PRIVEE, VIE PUBLIQUE

Et si la technologie n’avait pour ambition que d’offrir à chacun l’occasion d’affirmer sa personnalité, son identité ? Certes, le concept d’amitié est plutôt bouleversé, « affadi » diront certains. Dans ce cas, la technologie peut-elle véritablement aider à se construire ? Que peut gagner notre vie privée à être publique ?

Depuis des années, on assiste à une exposition de plus en plus grande de l’intimité d’internautes alors que les mêmes se sentent fichés ou surveillés. C’est ce que l’expert, Daniel Kaplan, appelle « le paradoxe de la vie privée ». Hormis les réels problèmes qu’engendre Internet pour des personnes vulnérables, Il constate que que les utilisateurs des réseaux sont beaucoup moins inconscients qu’il n’y paraît.  Ils gèrent le risque en semant des indices implicites ou « baratinent » mais ce n’est pas de la transparence passive, au contraire ; il y a une forme de « théâtralisation de soi ». Parmi les motivations  :  être reconnu personnellement ou professionnellement, partager des passions et accéder à des services, l’utilisateur des réseaux sociaux place en dernier la protection de la vie privée.  La législation existe mais les sanctions ne sont pas souvent appliquées ; quant à la C.N.I.L., elle ne maîtrise plus la surveillance publique, dépassée par l’ampleur du phénomène. Pour D. Kaplan, la logique voudrait que « le web devienne lui-même un réseau social » (sans intermédiaire, comme Facebook), car la vie privée a une valeur sociale (base de réflexion pour nous frotter aux autres et réagir) et cette valeur-là « nous permet d’avoir une vie publique ».

Pour gagner l’adhésion du plus grand nombre, le fait de se protéger devrait lui aussi être valorisé par la société et cela passe par l’éducation. On peut enseigner, à l’école, les moyens de se protéger des dangers d’Internet mais il faudrait aussi tirer le meilleur possible de cet outil « pour se construire  comme individu autonome et socialement inséré, reconnu et apprécié… ». Cela suppose de mobiliser la technologie d’une manière différente.

Sources :

  • – Les liaisons numériques. ers une nouvelle sociabilité ? /Casilli, Antonio ; Ed. Le Seuil
  • – La Démocratie Internet. Promesses et limites/Cardon, Dominique ; Ed. le Seuil
  • – Mediactivistes/Cardon, Dominique ; Ed. Les presses de Science Po
  • -Informatique, libertés, identités/Kaplan, Daniel ; FYP Editions.


Les e-traces : le pétrole du XXIe siècle

23 03 2010

downloadLa littérature a déjà mis en scène ce que les technologies qualifiées de « nouvelles » pourraient entraîner dans un système où la justice sociale ferait défaut et qui permetttraient autant l’émancipation que l’asservissement des hommes (Huxley, Orwell, Bradbury…). Dans le cadre du Festival organisé par LDH (Ligue des Droits de l’Homme) sur le thème « Les droits humains à l’ère des nouvelles technologies » : Technologie mon amour, deux artistes belges, Nicolas Malevé et Michel Cleempoel ont présenté YOOGLE, « un jeu de l’oie » interactif pour prendre conscience du fichage lié au web 2.0.

SOURIEZ VOUS ETES NUMERISES

Le projet e-traces (incluant Yoogle) s’intéresse à la circulation des infos que nous laissons sur les forums ou les chats, les moteurs de recherche, les sites de rencontres. Il s’articule autour de trois axes :

  • -un site d’informations qui regroupe des articles sur les constats ou inquiétudes face à l’intrusion d’Internet et/ou du numérique dans notre vie privée,
  • – le contexte d’une surveillance généralisée, facilitée par le web 2.0,
  • – et un projet de « jeu sérieux » : Yoogle.yoogle LOGO

Précieuses archives que ces données collectées dans la presse internationale sur la vidéosurveillance, les puces RFID (Radio Frequency Identification), le bluetooth (connexion sans câble entre appareils électroniques), et qui permettent de s’interroger sur l’emballement technologique où l’impensable devient possible et où le « no limit » fascine sans que nous mesurions les effets de puissants dispositifs que nous ne maîtrisons pas.

Enjeux humains et sociaux sur le plan du droit (droit à l’image, protection de la vie privée, relations humaines virtuelles) de la science (les nanotechnologies, les données médicales personnelles, les biotechnologies), de la géolocalisation (carte d’identité, GPS) : toutes ces technologies « parlent de nous » sans le moindre pouvoir de décision de notre part et nous sont imposées sans alternatives (carte d’identité). Liaisons dangereuses puisque cette exploitation des données ne garantit aucune confidentialité, que ce soit sur le plan informatique ou sur le plan juridique. A lire avec intérêt.

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YOOGLE, le SERIOUS GAME

aboutusChaque inscription, achat, enregistrement, consultation sur un site agit comme autant de capteurs reliés à des systèmes informatiques, capables d’interpréter nos mouvements, nos aspirations, nos données personnelles à des fins d’exploitation. Le prolongement ludique du projet e-traces : Yoogle permet, de manière humoristique et édifiante, de découvrir les coulisses du web 2.0 en jouant tour à tour l’internaute lambda, l’administrateur (d’un réseau social par exemple), l’entreprise ou l’état qui achète les profils d’acheteurs à des fins commerciales, et/ou de contrôle ou de propagande.

goQue vous soyez l’un ou l’autre, vous lancez les dés virtuellement et l’aventure commence ! L’usager pourra se faire peur en réalisant que son comportement dans un jeu en ligne (prudence, agressivité, décision, malhonnêteté…) servira à lui délivrer des publicités ciblées ou que sa recherche d’emploi, depuis son portable de bureau, sera notifiée via l’intranet de l’entreprise. Même si les scénarios frisent quelquefois la caricature, vous affrontez la dure loi du web 2.0 : embûche et entourloupe pour une  traçabilité de plus en plus sophistiquée dans les domaines aussi variés que le self scanning dans les supermarchés, la navigation par GPS ou la vidéosurveillance des espaces publics ou privés.

Le tout numérique pose la question du respect des droits humains et sous l’aspect d’une interface anodine, peut conduire à un fichage illégitime dont nous sommes inconscients. C’est tout l’enjeu de ce projet où les banques, les administrations, les  gouvernements « nuiront gravement » à la démocratie et à la liberté, si les consommateurs (et surtout les jeunes) ne sont pas avertis de cette récupération … invisible.

A lire :

  • – La zone du dehors/Damasio, Alain ; Folio
  • – Thomas Drimm t. 1 : la fin du monde tombe un jeudi/Cauwelaert, Didier ; Albin Michel (jeunesse).

A voir :

  • –  N° 9 (en DVD), de Shane Acker, film d’animation édité par Twin Pics