Justice française, justice américaine : des systèmes différents

23 05 2011

L’actualité fournit parfois l’occasion de se pencher sur des sujets qui ne nous sont pas familiers mais qui intriguent. Pourtant  la justice américaine, -puisqu’il s’agit d’elle- tellement présente dans des séries télévisées, nous est dévoilée au travers de scénarii toujours bien ficelés, à tel point que nous faisons la confusion entre deux systèmes très différents : le système américain et le système français. Avec l’affaire DSK, nous ne manquons pas d’informations sur le déroulement de la procédure américaine, mais les parallèles ne s’appliquent pas forcément selon la notoriété des inculpés. Voici donc un tableau, modeste comparatif des deux systèmes, et quelques liens qui aident à faire la part des choses :

Les reportages télévisés font valoir également une certaine décontraction, à l’intérieur de la Cour de justice, où les avocats plaident en costume de ville, ce qui tranche avec la solennité d’une cour française où les différentes robes portées par les magistrats rappellent leur origine « noble » (noblesse de robe regroupant les nobles occupant des fonctions de justice ou de finance). Moins faciles à identifier, les avocats américains, souvent formés aux meilleures écoles, s’assimilent plus à des « businessmen » qu’à des auxiliaires de justice. L’argent, du côté américain, joue un grand rôle puisqu’une transaction est possible entre les deux parties, achetant en quelque sorte le silence de l’adversaire.

En France, nous parlons souvent de « justice à deux vitesses » : l’une pour les riches, où les relations, le rang social, la notoriété sont des « atouts », l’autre pour les plus modestes, qui n’ont pas les moyens de se payer les meilleurs avocats. La réforme de la procédure pénale, prévue en début de cet été, fait grincer des dents, et sortir les magistrats dans la rue. Enfin, la suppression envisagée du juge d’instruction fait craindre une dépendance croissante de la justice à la chancellerie.




Portraits de justice

25 02 2011

En décembre dernier, le Nouvel Obs relatait l’éviction d’un dessinateur de presse, François Peyrucq, par le président de la Cour, lors du procès d’un militant basque de l’E.T.A. Protestation vive des journalistes contre ce non-respect des droits de la presse dans les tribunaux. Le dessin est souvent la seule image disponible, quand il n’existe pas de photos d’un accusé ou d’un prévenu, pour illustrer un article ou un reportage de télévision. Une exposition sur le sujet, (terminée depuis le 14 septembre 2010) au Parlement de Bretagne, à Rennes, et le site de la  Bibliothèque du Centre Pompidou, inspiré de cette même expo, nous en apprennent davantage sur un métier peu connu.

PETITE HISTOIRE

A partir du 16e siècle, la gravure a permis de diffuser la représentation d’un procès en images. Après la révolution, le dessin met véritablement en scène, par le regard de l’artiste, les faits qui se déroulent au sein du prétoire : les croquis nombreux traduisent les différents sentiments qui animent les protagonistes. Des affaires, telles que celles de Dreyfus ou de Zola, sont ainsi propulsées dans l’opinion, mobilisée. C’est l’aspect documentaire qui est alors privilégié, mais le dessin d’audience revêt plus tard un côté satirique avec les caricatures qui dénoncent souvent l’institution judiciaire ou fustigent une justice répressive (Daumier).

METIER  : REPORTER

La prise de photographies, tolérées jusque-là, a été strictement interdite par une loi de 1954. Le dessin d’audience est ainsi le seul à témoigner du déroulement d’un procès : son cadre, son mobilier, les costumes, la gestuelle des avocats ou l’organisation même de la cour de justice. Souvent diplômé des Beaux-Arts, l’artiste est aussi journaliste. L’outil de publication peut justifier un parti pris caricatural (Charlie Hebdo, le canard enchaîné,…). Les dessinateurs actuels emploient d’ailleurs le mot « couvrir » pour énumérer les différents procès auxquels ils assistent. Leur collaboration avec des grands quotidiens ou des hebdos, en font des reporters spécialisés sur les grands moments de procédure : interrogatoire, réquisitoire, délibération.


Des noms comme Tignous, François Peyruck, Cabu, Riss ou Sylvie Guillot trouveront-ils le moyen de renouveler le genre ? Car depuis quelques années, les caméras et appareils photos sont rentrés dans l’enceinte du tribunal : la technologie numérique pourrait apporter un second souffle à cet art, produit dans l’urgence, qui s’attache à décortiquer les rouages judiciaires sans connaître la fin du « film »…