Réalité ou fiction : le destin tragique du Japon

24 03 2011

Ce n’est pas la fin du monde et pourtant le Japon vient d’enregistrer la catastrophe la plus importante de son histoire, naturelle et nucléaire, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Que ce soit à cause de la localisation de l’archipel volcanique ou à cause de la science, ce pays a subi des séismes destructeurs et des bombes atomiques dont se nourissent largement les mangas, films d’animation et d’action et oeuvres picturales. Bien plus qu’une inspiration légitime, cette tendance à l’ultra-réalisme serait ancrée dans la pensée profonde japonaise.
Japon: les animes apocalyptiques - Libération vidéo
Japon: les animes apocalyptiques – Libération vidéo

LES CATACLYSMES, DE LA REALITE A LA FICTION

Fukushima, comme un écho à Hiroshima, vient rappeler la douloureuse histoire du Japon. Les 6 et 9 août 1945, deux villes japonaises vivaient un cauchemar atomique. Ce potentiel de destruction, le Japon y est exposé aussi par un emplacement au carrefour de deux plaques tectoniques, le nombre important de volcans en activité (une vingtaine dont le mont Fuji), des pluies abondantes et de nombreux typhons en provenance du Pacifique. Entre irradiation et séisme, les désastres sont devenus des « classiques » de la fiction japonaise.

Une évocation emblématique, en manga, fut celle de Gen d’Hiroshima de Keiki Nakasawa, âgé de 6 ans quand la bombe explosa : souffrances du peuple japonais dans un Japon fasciste et fanatique, mort lente ou condamnation des survivants, l’incompréhension et la colère, la peur et la faim au ventre (1972)… Plus tôt, en 1954, la thématique du monstre, fruit des expériences nucléaires américaines, a fait de Godzilla, lézard géant préhistorique, une allégorie des armes nucléaires et a incarné  la peur que ces expériences se reproduisent, après les attaques de Nagasaki et Hiroshima (films, comics et jeux vidéos).

Des scenarii post-apocalyptiques (destruction du monde, survie de jeunes héros, reconstruction ou mort) ont vu le jour ces dernières années, avec l’Arme ultime. D’autres publications comme La submersion du Japon en 1972 ou A spirit of the sun décrivent un pays aux prises avec les éléments (tremblement de terre, tsunami) . Le dessin animé Ponyo sur la falaise de Miyazaki (2009) évoque un tsunami, monstre marin qui engloutit un village, une manière poétique d’incarner la force de la nature. Tokyo magnitude 8 suit le parcours de Jin et Nanako, deux camarades de lycée, dans un Tokyo en ruines, suite à un tremblement de terre.  La grande vague de Hokusaï est sans doute, quant à elle, l’une des plus anciennes illustrations (1831) du phénomène de tsunami.

C’est dire la panoplie de personnages, de Gen à Astro boy, qui fait partie de la culture populaire au Japon. Mais la fin du monde n’existe pas dans la mythologie japonaise ! Comment expliquer alors ces références si souvent empruntées à la réalité  et le stoïcisme dont font preuve les Japonais ?

LA SERENITE, PARADE RELIGIEUSE

Les phénomènes exceptionnels qui ont déjà mis à mal cette île du bout du monde sont une fatalité, une épreuve que la vie inflige et qui doit concourir à la renaissance, à la reconstruction. Contrairement à la philosophie occidentale qui veut que l’Homme domine la nature, les croyances japonaises sont  centrées sur le shinto, qui met l’accent sur l’harmonie entre l’homme et la nature. Le bouddhisme, de son côté,  invite à l’acceptation, au renoncement sans amertume ni frustration. On admire la sérénité de ces hommes et femmes et la solidarité envers les autres, dans leur malheur :  ces qualités sont parties intrinsèques de leur nature ; ils se savent éphémères et ont un sens aigu du temps qui passe. A travers les mangas, la peinture ou le cinéma, les Japonais exorcisent leurs peurs, souvent dans la violence. Et si la science devient folle, nul doute qu’ils relèveront le défi, en adoptant l’attitude qui consiste à rester maître d’eux pour reconstruire leur avenir, telle une éternelle revanche !

En marge de ces récents événements, il faut souligner l’initiative de Café Salé qui réunit des passionnés de création graphique : dessin, BD, manga, photo, webdesign… Ils ont créé un blog collaboratif Tsunami, des images pour le Japon, un projet artistique et solidaire pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. Les dessins originaux mis en ligne seront mis aux enchères et feront l’objet d’un ouvrage collectif. Les bénéfices seront reversés à l’Association Give2Asia.

SOURCES :

  • – Hiroshima, l’histoire de la première bombe atomique ; Editions Gallimard Jeunesse
  • – Mangas, 60 ans de bande dessinée japonaise/Gravett, Paul ; Editions du Rocher
  • – le site Japoninfos.com


La BD qui monte : le manga

17 12 2007

manga1Le terme Manga, créé au 19ème siècle par le peintre Hokusai, est constitué de deux idéogrammes : Man (exécuté de manière rapide et légère) et Ga (dessin). Le manga, tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne date que du 20ème siècle et celui qui va imposer sa technique de dessin et de narration pour des décennies, s’appelle Osamu Tezuka.

Les caractéristiques du manga

Presque toujours en noir et blanc, ils sont publiés dans des revues peu coûteuses sur du papier recyclé. Ces story manga utilisent un découpage « cinématographique » : cadrage et découpage temporel. Des personnages aux grands yeux sont supposés renforcer l’expressivité du visage. A noter aussi le recours aux onomatopées, beaucoup plus fréquentes et au champ d’application plus large qu’en France :

  • – le sourire : Niko Niko manga2
  • – le scintillement : Pika Pika , d’où le nom de Pikachu, mascotte qui vaut son pesant de yens.

Les publications s’adressent à des tranches d’âge précises :

  • – Shônen pour jeunes garçons,
  • – Shôjo pour jeunes filles.

et privilégient des thèmes comme le sport, l’action, les combats, les histoires de lycées ou les histoires de méchants. L’impact du Manga, au Japon, dépasse de loin la portée de la BD en France. Plus qu’un loisir, c’est un media très populaire, parfois reconnu comme un art à part entière. Les prétendants pour devenir mangaka (créateurs de mangas), sont des forçats de la créativité.

En France

CandyVers la fin des années 70, l’animation japonaise fait une entrée en force avec Goldodrak, puis Candy pour les filles et Albator pour les garçons. Mais les éditeurs parlent d’effet de mode. Enfin les années 2000, avec l’arrivée d’Internet, des sites spécialisés, des salons, relancent l’engouement pour le manga. Celui-ci s’impose, désormais, dans la lecture adolescente par son prix bon marché et ses sorties régulières.

Une nouvelle génération d’auteurs français, influencés par leurs propres lectures manga, publient des BD métissées des techniques manga et franco-belges.

Adaptés en jeux vidéos, en dessins animés, les mangas ont aussi leur chaîne TV sur Canalsat.


Pour en savoir +

  • – le manga de Stéphane Ferrand, collection Les Essentiels de Milan
  • – Manga, 60 ans de bd japonaise, édition du Rocher, 2005
  • – Animeland, magazine mensuel, hors série n° 5.

Sites

Du dessin à l’animation, extrait d’une émission diffusée sur Arte le 03/03/1998.
Au CDI, à partir de janvier, création d’un rayon « Mangas »  : Histoires courtes de Toriyama, Glaucos de Tanaka, le passage de Kita Konno, Aqua et Aria de Kozue Amano, Guns Smith cats et Nekomajin…