Le storytelling art

29 09 2011

La tendance du storytelling est apparue vers les années 1980 dans les discours politiques américains. Le président Ronald Reagan, ancien acteur et entouré de consultants, formés en écoles de commerce est l’un des premiers à avoir utilisé cette méthode pour convaincre ses électeurs. D’autres disciplines -la sociologie, le droit, l’éducation- ont été séduites car « raconter des histoires » permet de capter l’attention et de susciter l’émotion. Et dans le domaine artistique, Marc Ferrero a inauguré, en 1989, un nouveau rapport à la narration, mais sur les murs. C’est le STORYTELLING ART.

SON UNIVERS ET SA TECHNIQUE

Très tôt influencé par les Comics, cet artiste français, autodidacte, combine la BD, la peinture figurative et les techniques cinématographiques de cadrage. Marc Ferrero a  choisi de quitter « les planches », après divers projets et voyages pour développer s on imaginaire en peinture, mais scenarii en tête, ses personnages, grand format, se déclinent sur des toiles ou l’histoire de héros contemporains, se lit toile après toile. La thématique du monde urbain fournit un décor de gratte-ciel, d’embouteillages, de jeux d’argent et de clubs jazzy pour interpréter un roman graphique, entre les huiles , les acryliques, les pochoirs et les lyrics.

Trois superhéros :

  • Duke, dandy anglais jazzman, fan de poker,
  • Lisa, femme fatale, franco-américaine et
  • Don Cello di Cordoba, champion de polo et fou de tango argentin

sont les personnages récurrents d’une histoire Il était une fois la Comitive , qui luttent contre la pègre new-yorkaise. Sculptures, tableaux en 3D, vidéo-clips, toutes les techniques,  de la BD à la musique, font de cette aventure un vrai thriller dont les protagonistes se promènent aux quatre coins de la planète.

UN FILM, VERSION ACRYLIQUE

Car ce roman graphique est composé, jusqu’à maintenant, de 4 000 oeuvres, propriété de collectionneurs privés. Art séquentiel, aux dimensions de peinture classique, le Storytelling Art doit son originalité au croisement de styles que développe Marc Ferrero : une BD à la verticale  qui se lit dans les musées ou les galeries, dont les acheteurs peuvent créer leur propre histoire (à condition d’en avoir les moyens quand même !).

Depuis son premier salon d ‘art contemporain en 1999, à New York, M. Ferrero a su adapter sa connaissance de scenarii de BD à un décor artistique qui dévoile une intrigue, « un road painting » comme une série TV, semant des indices dans ses tableaux. Il existe même une bande-son grâce à Jérome Obry qui allie la pop rock, le jazz et le tango pour mettre en scène l’univers de la Comitive (dont les membres affiliés reçoivent une newsletter alléchante !).



Clovis Trouille, un peintre anar

22 10 2010

« Il est vrai que je n’ai jamais travaillé en vue d’obtenir un grand prix à une biennale de Venise quelconque, mais bien plutôt pour mériter dix ans de prison »… Vous avez dit subversif ? Clovis Trouille l’a revendiqué toute sa vie au point de ne jamais faire de la peinture son métier pour garder son indépendance.

UN PEINTRE SULFUREUX ET ANARCHISTE

Ce diplômé des Beaux-arts d’Amiens, au patronyme mystérieux (mais authentique), né en 1889, gagne sa vie en illustrant des journaux d’Amiens puis en devenant peintre maquilleur : il éclaircit le teint, retouche un sein, dessine une arcade sur les mannequins de plâtre exposés dans les vitrines. Il peint pendant ses heures de loisirs. mais mobilisé en 1914 et traumatisé par la guerre, il bascule dans l’anarchie et ne cessera de dénoncer la collusion de l’église, de l’armée et de l’état.

Sa peinture est plus remarquable par l’histoire qu’elle raconte que par sa technique avant-gardiste. Il utilise l’huile et  le collage, préfigurant le pop-art. Lecteur de Sade, il fait de nombreuses références à l’écrivain érotique, et pourfend, en même temps, l’armée et le clergé. Avec humour, il met en scène ses propres funérailles, se nourrit de références littéraires (le bateau ivre) ou picturales (l’embarquement pour Cythère). Cet éternel contestataire, toujours incisif, a su se faire remarquer, sans presque jamais exposer, par son refus de la norme et son côté « surréaliste ».

VOYOU, VOYANT, VOYEUR

L’artiste est découvert par Dali en 1930 lors de l’exposition des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires, avec Remembrance qui recèle tous les thèmes développés par Clovis Trouille qui dit lui-même pratiquer « un art voyou, voyant, voyeur ». C’est le titre de l’exposition, mise au point par trois villes : L’Isle-Adam, Charleville-Mézières et Laval. Par son inspiration (l’imagerie populaire) et ses compositions, l’oeuvre de Clovis s’inscrit dans la continuité de Rousseau, peintre lavallois. Ses toiles aux couleurs vives exaltent la liberté de moeurs, la fascination pour les mises en scène macabres où se mêlent autant le voyeurisme que l’attirance pour le monde du music-hall et du cirque dans une provocation joyeuse et humoristique.



Au musée d’art naïf, Vieux-Château, place de la Trémoille, du 16 octobre’au 16 janvier, à Laval. Tél. 02 43 53 39 89. Du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h ; le dimanche de 14 h à 18 h. Entrée : 1 €, visite commentée : 2 €.



L’art foot

4 06 2010

oneshotA la veille de cette coupe du monde tant attendue par des millions d’aficionados, on serait tenté de voir en ce jeu parfois guerrier, un condensé de culture populaire, de rituel collectif, d’émotion mais aussi d’enjeux financiers et politiques. Sous ces différentes facettes, le football réunit de quoi inspirer des peintres, des sculpteurs, des photographes et l’exposition ONE SHOT, à Charleroi, le prouve.

LE LANGAGE DU FOOT

La télévision se charge, tous les 4 ans, de mettre en scène la compétition internationale et ne retient, le plus souvent, que la performance physique, les  gestes techniques ou les buts marqués. Mais au-delà du regard concentré du spectateur, l’oeil exercé d’un écrivain, d’un cinéaste, de tout créateur y trouve un matériau d’ordre psychologique ou plastique. Dans Zidane, un portrait du XXIe siècle, deux réalisateurs ont braqué une vingtaine de caméras sur l’individu face à un entourage où les distances, les rythmes sonores et visuels dégagent une trame passionnelle, écrivent une tragédie selon contrepiedles états d’âme du héros. Le spectacle « Contrepied« , création de la Compagnie française Black, blanc, beur, propose un langage chorégraphique qui mêle les codes du football à ceux du hip-hop.

Cela prouve qu’en dehors du cadre médiatique, le football peut servir de révélateur et que le spectateur lambda peut « lire »  autre chose que le reportage anecdotique de la partie qui se joue. C’est ainsi que l’art s’intéresse aux formes, aux aspects sociaux et politiques du football. C’est ainsi que l’art s’intéresse aux formes, aux aspects sociaux et politiques du football.

ONE SHOT

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Photo extraite du film Kill the referee

Depuis son ouverture en mars 2010, l’exposition intrigue : la cinquantaine d’artistes récrée l’univers du football, à travers des oeuvres surprenantes et différents aspects témoignent de son implication dans la société : du comportement haineux des hooligans à l’exploitation du tiers-monde en passant par la surmédiatisation de ses idoles.

L’espace de création B.P.S. 22 consacre son hall principal aux sculptures, photos et dessins, tandis que la salle annexe propose vidéos et projections sur grand écran. Les artistes, originaires de Suisse, Afrique du Sud, Royaume-Uni, France, Japon, Mexique… illustrent l’évolution de ce sport sur une trentaine d’années. Entre le développement des clubs supporters et les liens entre football et politique, les souvenirs d’enfance liés à cette tradition populaire et le merchandising accru, la culture « anti-foot » des années 80 a fait place au culte du spectacle de masse dont ont été nourris les artistes exposés qui assument cet héritage populaire et le transforment en métaphore du monde contemporain.

FootcontrerasUn jeune artiste français, Cyprien Gaillard, explore la violence des supporters tandis que Kendell Geers pose des masques d’hommes politiques sur des  ballons. Les phases de jeux célébrées par les photos de Robert Davies se mêlent aux dessins de Laurent Dandois. Mais les femmes ne sont pas en reste : le foot a inspiré les napperons de Maria Zgragger imprimés de stades ou les cardigans de Julie Henry aux motifs footballistiques.


Bref, dans ce match art-sport, les entrées, multiples, sont empreintes d’émotion et d’humanité. Les gradins, autant que la pelouse, témoignent d’une ferveur presque « religieuse » et chaque artiste a su interpréter, à sa manière, un spectacle qui réunit toutes les couches de la population.

Expo ONE SHOT BPS22 – Charleroi



LEB, les couleurs de la poésie

23 10 2009

leb1Depuis 6 ans, l’artiste mayennais était allé voir plus loin que son vert département. Il est revenu avec un style qui s’est affirmé et se répand dans une explosion de couleurs, d’humour et de chants d’oiseaux.

On a plaisir, une fois poussée la porte de la chapelle des Calvairiennes, à se retrouver dans un monde vibrant où le rouge le dispute au jaune ou au bleu. La faune mais aussi les étoiles, la lune colorent ou animent ces 75 oeuvres. Un univers fantasque et exubérant que cet autodidacte révèle au grand jour par la variété et le souci du détail.

LEB se définit avant tout comme un coloriste. Les formats sont de taille car il aime les grands espaces. Et dans cet univers, il insère des éléments : une mèche de cheveux personnelle comme moustache de Dali, des morceaux de dentelles au fenêtres, un soleil enrelief sur une toile ; monde de rêve et de poésie chatoyant, mais pas si éloigné de la vraie vie. Il aime Miro, Dali mais aussi Prévert.

 Quelquefois absurde, caricaturale ou contestataire -il dénonce parfois les injustices- la peinture de LEB veut passer un message, imprimer les esprits, secouer les consciences. Gouache, acrylique, moulages de plâtre ou de terre cuite sont les instruments qui servent à construire une toile ou une sculpture autour d’un symbole. Tout est le reflet d’une capacité à s’émerveiller, s’étonner, s’amuser : le  banal devient insolite, le réel transcendé.

« Comment faites-vous pour faire briller le soleil ? » demande un enfant… C’est le talent d’un peintre autodidacte à la limite du surréalisme et du naïf.

  Présente jusqu’au 25 octobre, l’exposition peut ravir vos yeux sinon, faites un détour ici.

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