Comme on parle !

13 12 2010

Nos ancêtres ont emporté en voyage les mots de leur langue maternelle dans des contrées lointaines, au Canada, aux Antilles, en Nouvelle-Calédonie ou l’ont importée chez nos voisins les plus proches : la Belgique, la Suisse ; mais souvent le sens en a été détourné ou bien l’on a inventé des expressions nouvelle au gré de la fantaisie ou des besoins. Dans l’hexagone, la langue française s’est enrichie, à l’inverse d’expressions étrangères, notamment anglophones et les medias aidant, quelques formules toutes faites prennent le pas sur un langage plus étoffé. Certains parlent même de Maladies Auditivement Transmissibles (M.A.T. ?)… Notre langue est-elle, pour autant, en train de s’appauvrir?

LA MELODIE DU BONHEUR

Quand les explorateurs partaient conquérir des pays au bout du monde, ils imposaient leurs coutumes et leurs langues aux habitants mais ceux-ci bariolaient le français, selon leur imaginaire de sonorités nouvelles, d’associations joyeuses, marquées par l’accent autochtone. De retour en France, ces expressions n’ont pas forcément la même signification. Etre bien habillé au Sénégal (la chemise dans le pantalon), c’est être braillé d’où le contraire, imaginé par les mêmes habitants, qui a été introduit en France : débraillé. De même au Québec, « on se met sur son trente-six » pas comme en France ! (sur son trente-et-un). Et si on a la niaque, « on lâche pas la patate ». On pourrait « ambiancer » ainsi  (s’amuser) à rapporter ces savoureuses expressions qui narrent le bon temps, les modes vestimentaires ou les colères et autres désordres, traduits dans les pays francophones pour la plupart.

A MORT LES MOTS !

Le phénomène actuel en France se caractérise plutôt par des tics de langages propres à une époque, à une génération ou à un milieu professionnel. A entendre certains, nous sommes tous affectés par un virus… Victimes de leur emploi abusif, certains mots deviennent des automatismes lexicaux qui jalonnent les conversations entre amis ou envahissent les cours de récrés. Car ces expressions ont désormais un mode de contamination unique : les médias, télévision, presse, blogs… Des tics de langage qui se répandent par mimétisme : Frédéric Pommier, chroniqueur sur France Inter, en a fait un recueil humoristique et dénonce, avec un clin d’oeil, ce conformisme verbal qui nous pousse à répéter « hallucinant »,  « c’est clair », « improbable », « quelque part », les journalistes étant les principaux colporteurs de ces expressions galvaudées mais « juste » incontournables car ce langage établit un mode de relation entre les individus, notamment chez  les adolescents.

Et puis les mots changent : de branché à désuet éculé, de vocable sacré à jargon ringard, la machine sociale ne s’arrête jamais. Les mots reflètent notre pensée, habitent notre inconscient mais quelquefois on préférerait ce proverbe… « le silence est d’or » !

Sources

  • – Mots en toc et formules en tic/Pommier, Frédéric, Le Seuil.
  • – Lâche pas la patate/Treps, Marie ; Ed. Le Sorbier